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La main sur le cœur, Amnesty International passe du ‘bienveillant proxénétisme’ au secours des femmes en Inde.

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« La pitié conditionne, au titre de disposition subjective, l’entrée dans la communauté politique. Mais si la pitié dispose à la communauté, elle ne vient pas en lieu et place des institutions. » – Myriam Revault D’Allones, L’homme compassionnel, Paris, Seuil, 2008, 104p.

L’Allégorie de la Foi (1670-1674) par Johanne Vermeers (1632-1675). http://kerdonis.fr/ZJOHANNVERMEER/page35.html

L’Allégorie de la Foi (1670-1674) par Johanne Vermeers (1632-1675). http://kerdonis.fr/ZJOHANNVERMEER/page35.html

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’internet ou la tendance « JT » généralisée fait efficacement vaciller la jugeote citoyenne. La larme à l’œil serait-elle ce subtil je-ne-sais quoi par lequel on pardonnerait immanquablement toute incohérence se révélant dramatique et irresponsable pour les Droits des femmes ? Les associations de conservation du patrimoine seigneurial bordélique ont de quoi enchaîner les succès auprès des hautes personnalités en moralité compassionnelle : que la critique politique se garde d’investir l’agora numérique ou même concrète, trop de complexité tue l’élan sensationnel. Si bien qu’il suffit de reformuler cela en un commandement : que l’on doit se garder, en somme, de « casser le plan »- avec tout le dépit que contient l’expression- des agitateurs humanitaires.

C’est ainsi que le 31 juillet dernier, un conseil de village en Inde condamne deux jeunes filles à être violées en guise de sentence déshonorante pour les familles, suite au départ de leur frère amoureux d’une femme de caste supérieure.

Amnesty International se sentant la compétence d’un législateur ou d’un Etat, décide alors de faire circuler une pétition pour enjoindre l’Inde à accorder une protection aux filles abominablement condamnées. Oh que cela est louable. Bien sûr, les condamnées n’ont pas attendu le secours altruiste et vaillant de l’association pour s’enfuir et initier elles-mêmes le recours auprès de la Cour Suprême indienne.

Toutefois, comprenez, la bonne conscience est telle que le monde entier doit signer une pétition initiée par une association proxénète, mais qui l’est sous les meilleures intentions. Amnesty, c’est le Bien, voilà tout.

Pourtant, nombre d’actions menées par les associations de femmes indiennes se multiplient au moins depuis un an contre le viol, et bien davantage contre le fléau prostitutionnel. Sans compter les enjeux politiques que représentent, non seulement l’ (inexistante) égalité entre les femmes et les hommes dans le pays, mais également la stabilité démocratique d’un pouvoir politique en proie aux conflits inter-religieux, ainsi que le non-respect de l’abolition constitutionnelle de la caste des Intouchables. Mais qu’un chef de village fasse le maire, que les inégalités territoriales rendent la Constitution figurative, et donc que les Droits des femmes indiennes soient un joli mirage – Amnesty International n’en a globalement cure.

L’on anticipe déjà l’objection béate : Oui mais, quel rapport entre le communiqué datant du 11 août, soit de trois semaines (délai relativement long pour la génération postmoderne) -justifiant le bienveillant proxénétisme (sorte de nouvelle « main invisible »), et cette infâme et archaïque condamnation au viol ?

Le saucissonnage acritique faisant office d’axiologie chez les nouveaux acteurs organisés ou non organisés, le fait se décompose en quelques pièces accommodantes, au gré des sentiments et des envies, avec l’espoir qu’à force, la vérité accommode également les sens.

Comme précisé, Amnesty International n’en a pratiquement cure du contexte politique indien. Ce qui fait problème dans les prises de position de l’association, pour le moins ambigües, schizophrènes, aristocrates, pathétiques, incohérentes, absurdes ; relève du continuum libéral qui ne considère la liberté qu’en tant qu’elle n’entrave pas celle d’autrui- soit, une liberté négative qui fonde la justice uniquement au prisme de la violence.

Evidemment, l’éthique minimaliste requise dans cette configuration fait mouche. Lorsque la force brute s’exerce, l’acte est laid. Du moment que l’argent assure la médiation entre le consentement de la femme et les injonctions de l’homme qui paie, l’acte est légitime. C’est tout simplement le degré zéro d’une communauté fonctionnelle, cet humanisme autonome est le néant politique.

De la même manière que la logique humanitaire affère à l’urgence – d’ailleurs, les Droits de l’Homme sont bien distincts du droit humanitaire- Amnesty International ne fonde son action qu’au paroxysme, ses experts n’ont donc aucun mal à envisager tout ésotérisme alambiqué justifiant maintes formes de servitude dite volontaire.

Pour quiconque tient à cœur la tangibilité, la qualité et la pérennité du Droit des femmes et de leur citoyenneté, cette ligne résignée et lacunaire relève tout simplement d’une hypocrisie bien-pensante. Heureusement que les fidèles tentent de sauver la crédibilité des humanitaires amnestyens, en sorte que,  comme dans le tableau de Johanne Vermeers, la Foi Amnestyenne s’étende au monde entier.

En somme, la vie d’une femme est monnayée, leurs droits, selon cette perspective libérale humanitaire, ne se mesurent qu’à l’aune d’une somme d’argent déboursée « dans de bonnes conditions matérielles » contre sévices sexuels cantonnés quant à eux, au domaine de la vie privée du proxéneur (Christine Gamita, 2013). Tel est le lien établi par Amnesty International entre le Droit et l’économie. En conséquence, cela est le cadre argumentatif même d’Amnesty International qui pose question. Lorsque l’association en arrive à considérer comme un échange tout à fait recevable un acte sexuel rétribué en nature, l’on est en droit de se demander : mais après tout, et si ces filles avaient été condamnées à « travailler » dans les bordels de Mumbai, cela aurait-il été moins blâmable ?

Par suite, une approche au compte-gouttes de la pétition mise en circulation, mais également de toute autre action amnestyenne, néglige tout bonnement ce point politique cardinal. Amnesty International n’est pas neutre. Amnesty International n’agit pas aveuglément ; si l’ « urgence » est son curseur, ce n’est que pour justifier en rhétorique un cantonnement de l’action humanitaire et publique à l’état de fait. Car il ne faut pas oublier que l’association s’arroge la compétence d’émettre des recommandations aux Etats.

Aussi, comment, à terme, la citoyenne ou le citoyen peut-il agir contre les féminicides dont sont victimes les femmes dans le monde ? Il paraît pour le moins curieux de faire des féminicides des actes ponctuels qui ne pourraient être alors, que ponctuellement appréhendés.

L’engagement ne se résout pas dans un clic intempestif ; efficacité, effectivité et visée doivent être articulées, sans concession – telle est l’intelligence du politique, et sa concrétisation n’est que plus grande lorsque le projet est collectivement mené à bien. Il ne s’agit guère de « tout ou rien », mais de prudence et donc de sens pratique. Les associations de femmes indiennes et les ONG féministes en manifestent chaque jour le potentiel. Pourquoi ne pas agir et signer avec elles ?

Hors Amnesty, il y a un salut. Cautionner l’écart libertarien de l’association, revient à le légitimer. L’engagement est politique, ou il n’est que profession de foi. Difficile donc de juger les propositions comme s’il s’agissait de choisir un bien dans un supermarché : celui-là, il me plaît, celui-là ne me plaît pas, celui-là n’est pas mal, et ainsi de suite …

L’on doit pourtant compter avec les anciennes et anciens militants Amnestyens qui ont du mal à se figurer que l’association n’a rien d’angélique. Or, il est tout à l’honneur des militantes féministes en particulier, de reconnaître le manquement de l’ONG au regard des droits fondamentaux des femmes.

Ainsi que l’exprimait Moïra Sauvage, ancienne responsable de la Commission Femme d’Amnesty France, le 13 août 2015 dans Le Nouvel Observateur :

« Ce n’est pas ce mouvement-là auquel je veux continuer de donner mon temps, mon énergie et mes convictions. Même si je crois encore dans les valeurs et le travail effectué par Amnesty en plus de 50 ans et qu’ils me semblent encore nécessaires, en ce qui concerne les femmes – et je ne serai certainement pas la seule – j’irai, le cœur déçu, militer ailleurs. »

On peut douter de la nécessité du travail de l’ONG à l’avenir, étant donné ses orientations enclines à la patrimonialisation du corps des femmes, et les conséquences éminemment désastreuses de leurs propositions ; mais voilà un bel exemple d’engagement authentique et cohérent.

Finalement, si les droits fondamentaux des femmes ne s’apprécient que par compassionnalisme et se trouvent, en fonction du degré de violence, rendus négociables ; il va sans dire qu’une main sur le cœur accompagnée de vœux pieux est très esthétique, mais l’on peut néanmoins pressentir la limite intrinsèque de cette promesse humanitaire gentiment circonscrite par bigoterie phallique marchande faisant des femmes des citoyennes de seconde zone, et sous-tendant une pétition, somme toute, niaise. Le viol est un crime. Les féminicides sont une abjection et ne sont pas tolérables. Mais ce n’est pas une fois au seuil de la mort que la victime devrait pouvoir espérer justice.

              —-

© Women’s liberation without borders 2015

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Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

Lettre ouverte: Christine Delphy ou le mythe de la bonne sauvage.

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Madame,

   Ce qui suit est bien une lettre ouverte qui ne pouvait s’annoncer sans un titre donnant d’emblée le point discuté.

   Je souhaiterais réagir au sujet de votre récente chronique dans le Guardian datant du 20 juillet 2015 intitulé : « French Feminists are failing Muslim women by supporting racist French Laws »*. Bien que vous n’en soyez guère à votre premier coup éclectique dirons- nous, permettez que ce dernier article ait constitué en ce qui me concerne, la goutte ayant fait déborder le vase.

   Ainsi avez-vous tenté d’élucider de manière très succinte le processus de communautarisation du féminisme entre la période des années 1970 à nos jours. Cette communautarisation aurait principalement conduit à une exclusion des femmes musulmanes et plus largement, à un rejet de l’islam en tant que tel. Vous ajoutez par ailleurs que, si le principe de laïcité n’est pas en soi « ostracisant », il a été instrumentalisé par – entre autres acteurs- les partis politiques et les lobbies.

La chronique se poursuit en précisant les raisons du voilement des femmes.

Les femmes « choisissant » de porter le hijab le feraient pour dénoncer l’hostilité à l’égard des musulmans. Le hijab, simple manifestation spirituelle, constituerait ainsi refuge permettant aux femmes de montrer leur solidarité avec les « membres du même groupe racial » (« same racial group »). Partant, ce port du voile intégral s’avère  être un acte de défiance envers l’Institution, ou selon les termes qui vous seraient plus fidèles, envers « l’ordre dominant » stigmatisant cette même communauté.

Autrement dit, le port du hijab procèderait d’une démarche auto-émancipatrice.

D’ailleurs, la conclusion précise : il revient aux femmes musulmanes, minorités opprimées, de déterminer elles-mêmes les modalités d’émancipation qui leur conviennent. Nous devinons à cet égard que ces modalités ne sauraient se rapporter à un « excès » par rapport à des identités pré-constituées, d’un côté comme de l’autre. Contre ce « racisme », il faut symétriquement affirmer une prétendue authenticité culturelle.

    J’aimerais ainsi réagir sur trois points. Brièvement, votre approche semble quelque peu détonner avec l’ensemble de vos précédents travaux. Si le « matérialisme » dont vous vous réclamez n’empiétait pas sur l’entreprise politique d’émancipation, vous semblez retomber en fonctionnalisme pur qui ne laisserait de place qu’à une réappropriation de normes dans un système clos strictement, et dont la seule issue serait la reconnaissance identitaire. Par suite, je souhaiterais également revenir sur le concept de laïcité ainsi que son rapport au féminisme. Et enfin, sur l’intolérable infantilisation des femmes musulmanes manifeste dans votre chronique. En effet, il semblerait que celles-ci ne sauraient être autre chose que des dévotes tribales, incapables d’un rapport réflexif à la religion islamique. Ou du moins, incapables de s’organiser sans un « retour aux sources ».

    Votre article débute évidemment en rappelant vos titres et votre expérience en tant que militante historique du Mouvement de Libération des Femmes. Auteure d’un ouvrage, entre autres, devenu un classique : L’Ennemi principal (1977), vous procédiez jadis à une analyse systémique et structurelle de l’oppression des femmes. Vous aviez mis en lumière la continuité, partant d’une démarche matérialiste, s’entendant « marxisante », entre l’exploitation domestique des femmes et la subordination politico- sociale résultante. Alors, pour se libérer de la tutelle masculine, les femmes devaient s’organiser entre elles pour construire un projet social dénué de toute interférence patriarcale. Ce patriarcat étant tentaculaire, si bien que – comme l’avaient d’ailleurs énoncé les féministes américaines- le « privé est politique ».

    Il ne me semble pas qu’en exploitation domestique, vous ayez, à quelque endroit, suggéré aux femmes au foyer de s’organiser entre elles et éventuellement, de faire des ateliers cuisine pour mieux servir leur mari ? Ou que l’Etat les paie, histoire de compenser les effets sociaux et psychologiques d’une telle domesticité ? Je ne crois pas non plus que vous ayez encouragé les femmes catholiques anti-avortement à s’organiser entre elles, cette fois en club de lecture biblique pour gentiment pérorer sur la sexualité de Marie Madeleine ? Et d’ailleurs, vous ne semblez pas non plus souscrire à la gestion des risques en matière de prostitution, où les femmes devraient elles-mêmes veiller à cacher un couteau quelque part dans les lieux règlementés de la prostitution pour prévenir une agression ? Pourtant, le réglementarisme permet bien aux femmes prostituées de gérer toutes seules comme des grandes les problèmes, moyennant un statut reconnu et services adaptés (ironie, précisons à toutes fins utiles).

En ces cas, vous êtes très claire. Le foyer n’est pas un paradis terrestre, l’avortement est un droit, la prostitution est une violence faite aux femmes. Mais les femmes devraient se voiler intégralement pour soutenir la tribu ? La pression des pères, des frères, des maris exercée sur les femmes pour qu’elles ne se comportent pas comme ces françaises « légères », ne serait que vue de l’esprit ? L’Ayatollah Khomeini en 1979 avait donc raison d’encourager le voilement des femmes pour affirmer l’identité iranienne contre l’Occident – après tout, les femmes n’auront à terme perdu que leurs droits.

Peut-être avez-vous eu vent de la nomination par le Parti Socialiste d’un secrétaire national ayant été condamné à six mois de prison avec sursis pour violence aggravée contre sa compagne ? Cela ne vous aura pas non plus échappé que le motif de l’agression – s’il convient d’appeler ceci un « motif »- eut été que la femme se comportait trop comme une « française » ?

Alors bien sûr, cela n’a pas constitué le fondement de la condamnation. Mais M.Yacine Chaouat, d’un zèle hors du commun, a bien déploré l’ « islamophobie » à l’origine des réactions sur les réseaux sociaux- lesquelles affirmaient la responsabilité politique du PS dans la garantie du principe d’égalité entre les sexes et ainsi, la non légitimité d’une telle nomination.  L' »islamophobie » est manifestement une incantation malhonnête; agiter la figure sacrée de l' »opprimée » pour susciter la compassion à l’égard de voyous, cela est probablement le comble de la démagogie.

Toutefois, les femmes musulmanes (et encore pire, les hérétiques de culture musulmane) devraient se taire et ne pas bénéficier des mêmes droits à l’intégrité que n’importe quelle autre citoyenne pour sauver l’honneur des « membres du même groupe racial » ? Vous faites bien trop d’honneur à l’extrême droite en l’érigeant de la sorte comme curseur politique.

J’anticipe la critique et cela me permet d’aborder un second point.

Vous affirmez précisément que les féministes françaises auraient fait preuve d’une condescendance envers les femmes musulmanes dont vous précisez l’origine maghrébine. Ainsi ne seraient-elles pas considérées comme de « vraies françaises » par les féministes « blanches », de même que le féminisme leur serait dénié.

    Premièrement, pourriez-vous m’indiquer à quel moment l’évolution de l’anatomie féminine a fait apparaître le voile comme organe des femmes africaines du nord ? Vous parlez des femmes musulmanes comme si elles étaient automatiquement des porte-voiles et que cela constituait leur nature spécifique. Madame, considérer la différence radicale d’autrui sans établir a priori un rapport hiérarchique s’appelle racialisme. Somme toute, pour être correctes, les femmes musulmanes ne sauraient être que de bonnes sauvages rentrant parfaitement dans vos critères d’inspiration vaguement tiers-mondistes.

Poursuivons, vous dites que le féminisme leur est confisqué. Si vous considérez le féminisme comme une identité, alors il n’y a pas de problème, chacune connaît aujourd’hui la chanson : « I am what I am ». En revanche, si vous avez un minimum un souci de cohérence politique, précisément calibré par un projet politique – le féminisme n’est pas un simple produit de consommation soumis aux aspirations de factions hétéroclites. Le féminisme, comme tout ce qui relève du domaine politique, est discriminant de principes. Aussi, de la même manière que votre conception de la laïcité est assez étrange, vous formulez en pointillés une conception de l’égalité qui n’est en rien « inclusive », mais bien proportionnelle : chacun son droit fonction de la place qu’il ou elle occupe dans la Cité.

Sans assumer cette posture proprement politique, vous n’admettez même pas que les tenantes du multiculturalisme se regroupent en associations –mais vous voudriez que chaque groupe féministe adhère massivement, dévotement à cette visée. Selon vous, les féministes républicaines, dont je rappelle tout de même que la pensée républicaine n’est pas réductible à la vie politique durant la IIIème République, devraient tout bonnement ignorer l’histoire et les implications du voilement des femmes par culpabilité coloniale ?

Pourtant, l’égalité consiste en une confrontation des propositions entre pairs, non pas en compassionalisme lâche. D’ailleurs, votre discours ne trompe personne. Celui-ci dessine clairement les contours d’une gestion multiculturaliste des affaires publiques. Un acquis, selon cette perspective, si fondamental que serait le droit à des horaires non mixtes en piscine pour les femmes musulmanes qui pourront s’y baigner en « burkini » ! L’Etat est moins vilain lorsque l’on est en mesure de capter le droit.

D’une démarche holiste, l’on passe donc à l’individualisme méthodologique : le « choix », la « perception », l’ « identité » semblent être des notions commodes … lorsque l’on parle des Autres? Comment pouvez-vous passer d’un Mouvement de Libération pluriel dans les discussions à l’œuvre, mais régulé par des principes fondateurs communs, à un éclectisme incohérent où chaque groupe sociologique de femmes devrait empiler les déterminations pour agir?

Mais pire encore, comment parvenez-vous à tolérer le sacrifice des femmes … pour des hommes sous prétexte qu’appartiendraient au « même groupe racial » ? Depuis quand la religion est une « race » en outre ?

L’auto-subordination militante serait ainsi le nouveau leitmotiv du féminisme contemporain ?

Car votre chronique manifeste une contradiction phénoménale : d’un côté vous dites que les femmes voilées ne sont pas de pauvres victimes soumises, et de l’autre vous avancez que les féministes non communautaristes devraient les laisser gentiment, tranquillement, sans les perturber, sans les brusquer s’organiser entre elles puisque seraient, selon une rhétorique libérale huilée, des minorités opprimées. Elles ne seraient donc pas aptes à répondre à la critique?

    Dans une autre mesure, pensez-vous sérieusement qu’il soit si inadmissible de se dévoiler pendant quelques heures dans les administrations publiques et à l’école ?

En l’occurrence, vous affirmez que les femmes voilées subissent des discriminations sexistes et racistes. Vous ne faites aucune mention des attributs de la première, mais vous la subordonnez volontiers à la seconde. Ainsi, que le voile indique l’impureté des femmes non point autorisées à circuler dans l’espace public en sujets de droits autonomes serait moins subordonnant que des instances publiques permettant de mettre à l’écart les traditions héritées ? Le stigmate d’impureté ségrégationniste par essence … devrait s’imposer comme tel dans ce qui constitue le socle de principes et de valeurs communs ?

En conséquence, l’école, lieu par excellence de l’apprentissage et exercice critique de la pensée vers l’autonomie, devrait se faire l’écho de coutumes patriarcales familiales ? Vous pensez sincèrement que des parents qui voilent leur fille si jeune vont accepter sans broncher qu’un jour celle-ci rentre à la maison et leur disent : « Maman, Papa, je suis athée» ?

L’école est une instance publique qui est la seule à pouvoir faire autorité contre les pressions familiales. La fille n’est alors plus livrée à elle-même pour confronter la dévotion de ses parents ; et elle dispose d’un espace pour expérimenter sans une espèce de gymnastique intellectuelle abstraite, l’égalité et la citoyenneté. Soit ce qui relève de la solidarité et de l’intérêt public. Non pas de la concurrence entre intérêts divergents et l’indifférence relativiste.

Il est commode d’instrumentaliser les filles pour en faire une monnaie d’échange ou de chantage ; et d’empêcher le corps enseignant d’expliquer le principe de laïcité et les raisons en conséquence, de l’interdiction des signes religieux ostentatoires à l’école. Cela paraît ainsi une décision unilatérale arbitraire alimentant dûment la défiance et le repli identitaire.

      Vous dites que la laïcité a fait l’objet d’une « réinterprétation radicale ». Retour de la fameuse ritournelle consistant à dire que le principe ne serait applicable qu’aux agents administratifs ; et que les individus ne seraient tenus à rien du tout. J’avoue que je suis perdue. Est-ce à dire que même les petites filles auraient une liberté de conscience telle, qu’elles porteraient le voile elles aussi par solidarité avec les « membres du même groupe racial » ?

Mais plus encore, le port du voile n’est pas interdit en France, les femmes ont les mêmes droits que toutes – seulement, comme mentionné plus haut, vous considérez le voile comme une greffe justifiant des accommodements. Une fois de plus, c’est un certain modèle de société que vous défendez. Ce n’est pas l’anti-racisme qui est au cœur de votre texte, mais précisément, une reconnaissance racialiste à l’origine d’un ordonnancement juridique tout à fait spécifique. Subjectivisme en plein, l’inclination de certaines devrait justifier des dérogations au droit commun – la loi du silence imposée au reste des citoyennes et des citoyens : dites amen ou taisez-vous. En annexant le débat politique à une question de modes de vie, celui-ci se trouve circonscrit à une synthèse individuelle de termes qui ne trouveraient que localement leur application (ainsi vont les sonates en mineur : « c’est mon choix », « j’ai mes raisons ») sans égard pour l’ordre commun.

Or telle n’est pas la vocation de la laïcité. Je rappelle tout de même qu’elle n’est pas un produit spontané de l’Occident. De même que contrairement à une approche identitaire, elle ne consacre pas une marginalité égotique – la laïcité articule l’autoconstitution du sujet, non pas dans un rapport narcissique, mais toujours en confrontation à l’altérité ou l’extériorité de l’espace public. Cet espace public a une vocation universelle (il tend à la généralité), il requiert autolimitation et justesse. La liberté politique ne consiste donc pas à râler la concrétisation inauthentique d’une prétendue identité tribale, mais à être capable de relever ce qui affère au domaine public et privé. Agresser une femme voilée n’est pas plus tolérable que de prétendre que le voile est une espèce de résistance antiraciste. Ce sont les deux faces d’une même pièce.

      Dès lors, votre tendance à vous exprimer au nom des femmes musulmanes reste sidérante. Les femmes musulmanes ne sont pas un bloc identitaire (oui, jeu de mots). Etrangement, personne n’a eu écho de votre soutien à l’occasion de la manifestation du 10 juillet 2015 organisée par le Collectif des Femmes sans voile d’Aubervilliers ; mais on ne compte plus le nombre de pétitions que vous avez signées avec des prédicateurs tels Tariq Ramadan.

Sans compter que les femmes de culture musulmane athées sont absolument absentes de votre discours. Cela montre le clivage proprement politique de cette affaire. Les citoyennes de confession musulmane, les citoyennes de culture musulmane athées – bref, les citoyennes ayant à cœur l’émancipation véritable, le souci du Bien Public et des libertés publiques sont ignorées, voire reléguées à des anomalies, ou de viles traîtresses colonisées par l’Occident. C’est malin.

Comme votre proche idéologique Emmanuel Todd, vous tentez d’objectiver sous de faux prétextes sociologistes -l’islam est la religion des pauvres opprimés- ce qui relève d’un militantisme identitaire mettant en concurrence les bonnes et les mauvaises sauvages. Alors, il est bien aisé de réduire la vie politique à un affrontement entre l’extrême droite et les gentils gauchistes aux côtés de la veuve et l’orphelin ; lorsque la complexité du problème est complètement évincée. L’organisation « entre elles » des femmes sans voile d’Aubervilliers ne semble en l’occurrence, pas rentrer dans vos critères d’auto-émancipation effective et subversive. Seraient-elles racistes ?

     Enfin, vous terminez votre chronique en suggérant qu’il serait grand temps de mettre un terme au désaccord autour du voile qui divise inutilement le « mouvement » féministe. En effet, il est toujours facile d’esquiver le conflit en déplaçant la problématique de l’intégrisme et du patriarcalisme, à un simple port du voile coutumier. Comme vous le signifiez, nous manquons effectivement de temps. Quand des caricaturistes sont assassinés parce que se moquent de l’intégrisme, et que des féministes ne trouvent rien de mieux à faire que de proférer l’incantation névrotique « phobique », sans considération pour les femmes d’ici et d’ailleurs qui luttent contre les coutumes abrahamiques faisant des femmes des propriétés tribales, c’est que le problème devient en effet très pressant.

Si, comme vous le prétendez abusivement, les lois françaises sont racistes de ne pas considérer les femmes d’origine maghrébine comme des mineures ne pouvant se passer du stigmate d’impureté, je ne sais que penser de votre projet ouvertement racialiste.

-Virginia PELE, citoyenne féministe, politiste atterrée

*Lien vers l’article par C.Delphy :  http://www.donotlink.com/g1o0
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Les seigneurs à la table ronde de la démocratie contemporaine. Le Prince devenu serf.

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Chronique de ras-le-bol
Pour l’intérêt général.

 

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Cesare Maccari (1840-1919), Cicero Catilinam denuntiat (1882-1888) fresque – Palazzo Madama, Rome

« La pensée politique est représentative. Je forme une opinion en considérant une question donnée à différents points de vue, en me rendant présentes à l’esprit les positions de ceux qui sont absents ; c’est-à-dire que je les représente. Ce processus de représentation n’adopte pas aveuglément les vues réelles de ceux qui se tiennent quelque part ailleurs d’où ils regardent le monde dans une perspective différente ; il ne s’agit pas de sympathie comme si j’essayais d’être ou de sentir comme quelqu’un d’autre, ni défaire le compte des voix d’une majorité et de m’y joindre, mais d’être et de penser dans ma propre identité où je ne suis pas réellement. Plus les positions de gens que j’ai présentes à l’esprit sont nombreuses pendant que je réfléchis sur une question donnée, et mieux je puis imaginer comment je sentirais et penserais si j’étais à leur place, plus forte sera ma capacité de pensée représentative et plus valides seront mes conclusions finales,mon opinion. (C’est cette aptitude à une « mentalité élargie » qui rend les hommes capables de juger ; comme telle, elle fut découverte par Kant dans la première partie de sa Critique du jugement, encore qu’il ne reconnût pas les implications politiques et morales de sa découverte.) Le véritable processus de formation de l’opinion est déterminé par ceux à la place de qui quelqu’un pense et use de son propre esprit, et la seule condition à cet emploi de l’imagination est d’être désintéressé, libéré de ses intérêts privés. (…) » – Hannah Arendt, « Vérité et politique », in ‘La crise de la culture. Huit exercices de pensée politique’,trad. C. Dupont et A. Huraut, Paris, Gallimard, « Folio Essais », p. 307-309.

Combien avons-nous été, politistes, philosophes, juristes, sociologues, citoyens et citoyennes, optimistes au regard du renouveau de l’action publique ? Nous qui avons lu si avidement nos héros et héroïnes de l’innovation démocratique, Jürgen Habermas, Iris Marion Young, Benjamin Barber, Carole Pateman, John Rawls, et tant d’autres ayant posé les jalons d’une participation citoyenne effective, et plus encore, d’une délibération resituant la citoyenneté au croisement de la représentation et de la participation stricto sensu.Nous y avons cru. A cette visée délibérative articulant légalité et légitimité de la décision publique. Nos auteur-es nous ont fait miroiter l’héritage des luttes féministes et socialistes. Ils nous ont tracé en pointillé l’élan conflictuel à l’origine d’une Unité raisonnée –

Un bref tour d’horizon théorique …

Je dis « nous », mais il ne s’agit peut-être que de moi. Ainsi, selon la perspective en question – prenons celle tracée par Jürgen Habermas, il s’agirait de ne pas tomber dans les travers tant du Républicanisme, que du libéralisme. Schématiquement, selon l’auteur, si l’un insiste sur la vertu civique des citoyens au cœur de la Cité dans le maintien de la liberté et de l’égalité alors garanties par l’Etat et ses lois, soit une vision « substantialiste » du Bien Public, le libéralisme quant à lui fonderait l’action publique sur simple « marchandage » résultant d’un élitisme électoral ; autrement dit, le pouvoir politique serait fondée sur une concurrence stratégique d’intérêts divergents.

Dès lors, afin de surmonter ces « impasses », l’auteur propose l’édiction d’une « scène para-parlementaire » du débat public. En effet, étant entendu la concomitance de l’autonomie privée et politique, l’individu est virtuellement auteur et dépositaire des droits, cette potentialité est actualisée sur la scène publique – non limitée aux portes des Institutions Publiques de l’Etat. Habermas renouvelle ainsi la « Souveraineté » du peuple comprise dans la production même de la volonté générale au moment de la discussion. Si les citoyens obéissent à la loi, c’est qu’ils en sont les auteurs. Nous retrouvons ici l’idée d’auto-législation au fondement de la République démocratique.

A cet élargissement de la sphère publique, il faut ajouter un point fort de la théorie haermassienne consistant à rétablir la portée intégratrice du droit : là où les libéraux misent sur une responsabilité « morale » entre les participants, Habermas insiste sur la responsabilité politique des citoyens découlant non pas du « bon vouloir » de chacun, ou encore, de la « reconnaissance mutuelle » a priori entre les participants, ainsi que de leur appartenance- mais bien de la procédure de débat public. Le droit rend possible le « décentrement » des délibérants par une procédure assurant précisément, l’impartialité et la possible universalisation des propositions. La procédure encadre ainsi l’usage public de la Raison.

La communication entre les participants doit alors assumer une approche rationnelle, tout en permettant l’intégration du point de vue des autres.

Cette dernière proposition me semble légère et presque saugrenue. Habermas fonde la légitimité de la décision finale sur un cadre essentiellement procédural. Certes, le cadre déontologique du débat délimité par la procédure permet de préparer au mieux le déroulement et in fine, la qualité des échanges. L’exigence de « communicabilité » des propositions par un effort de clarification et de rationalisation permet également d’assurer au mieux la « mesure » de la décision finale. Mais Habermas, conformément à sa critique du Républicanisme d’ailleurs (comme s’il n’y en n’avait qu’une approche au demeurant, le bougre a oublié Machiavel), élude complètement la notion d’Intérêt général.

Concrètement, peut-on débattre de tout ? L’intérêt public est-il sous la houlette de la fugacité des délibérations ?

Sous couvert de « dialogue », de « concertation », de « consultation », de « débat public » – peut-on inviter des proxénètes à la Sorbonne ? Est-ce normal que le Chef de l’Etat initie un dialogue avec des autorités religieuses sur le changement climatique ? Les citoyens doivent-ils « intégrer le point de vue » de salafistes ou prédicateurs de tout bord ? Qui peut être acteur du débat public ?

Le fétichisme délibératif.

La principale critique adressée à la notion d’intérêt général que l’on qualifie de « typiquement française » (ce qui est tout à fait faux historiquement) revient à sa première conception volontariste : l’intérêt général serait exclusivement le fait des autorités publiques. L’intérêt général est donc dès le XVIIIème siècle, conçu unilatéralement.

La tendance se poursuit deux siècles plus tard par une prégnance bureaucratique de l’administration, l’Etat opérant par la contrainte légale-rationnelle (M.Weber, 1919). Ce n’est qu’à la fin des années 1970 que l’administration se « démocratise » selon l’expression consacrée, par une première phase consultative visant essentiellement la transparence et la légitimation de décisions tranchées en amont.

Cet aspect centralisé et unilatéral de la décision administrative doit-il nécessairement conduire, par sa critique, à un refoulement du principe d’intérêt général à son fondement ?

Il me semble plus que douteux de miser sur un relativisme procédural qui ne se soucierait que de l’assentiment des citoyens. De même que le postulat « rationnel » reste caduque dans ses effets à long terme- la rationalité utilitaire est bien prévalente et « dominante » aujourd’hui, le sera-t-elle pour les générations futures ?

Ces éloges répétés, célébrés de la délibération par les démocrates contemporains semblent faire preuve de fétichisme à l’égard de la discussion et cela, sans égard pour ce qui constitue la continuité et l’acte de fondation nécessaire à toute démocratie digne de ce nom. Vous pouvez bien mettre la « lapidation » à l’ordre du jour sur la scène de débat public – mais peut-on prétendre honorer le principe d’égalité des sexes et la citoyenneté de la moitié de l’humanité de la sorte ?

Car tel est l’un des enjeux d’une approche délibérative de la démocratie : la vérification et la concrétisation des principes constitutionnels.

Aucune délibération ne peut avoir lieu sans la préexistence de principes fondamentaux garantissant l’efficacité et la politisation des échanges. Le débat public n’est rien de plus qu’un cirque s’il se contente d’irénisme sans aucun acte engagé prévoyant de destin de la Cité; alors, la seule compromission en est l’issue.

Par suite, si le conflit doit être partie intégrante du débat public, il n’est pas le fait de factions agissant par frustration et pure défiance.

La force de l’approche délibérative est de mettre en œuvre l’équivalence entre les participant-es et d’initier un rapport positif à l’institution (A.Fung, 2005). Ainsi, les revendications identitaires n’ont pas leur place. Le peuple, s’il est citoyen, n’est précisément pas un consommateur dont la vocation est de grappiller les pouvoirs publics. Les citoyens et citoyennes sont donc capables de déterminer ce qui relève du domaine public et du domaine privé – sans prédétermination des enjeux pour autant, mais sans égotisme non plus. La tension est difficile mais fondamentale. La Cité n’est jamais une confirmation de soi. L’héritage républicain nous apprend que la maturité politique en devenant partie-prenante de la Cité, permet la maturité individuelle. Cela rejoint quelque peu la jonction entre l’autonomie privée et politique de J.Habermas, à ceci près que l’on insiste sur la structure et les principes de l’Etat.

La devise « Liberté, égalité, fraternité » en est une articulation. Elle sous-tend par exemple l’action d’associations telles Baby Loup. La Crèche s’est donné pour mission de garder les enfants selon des principes féministes et laïques, de permettre aux mères élevant seules leurs enfants de travailler dûment selon leurs horaires, ainsi que de donner des formations aux femmes sans emploi dans un quartier populaire. Mais il valait mieux pour une employée de se présenter voilée en contradiction avec le règlement de la Crèche dont elle avait pris connaissance. L’identité et l’égoïté devaient donc compromettre l’action sociale d’une association œuvrant … dans l’intérêt général.

Plus récemment, la décapitation d’Hervé Corona en Isère en est un autre exemple. Travaillant également au dynamisme locale grâce à son entreprise de transport, il a pourtant fait l’objet d’une attaque mortelle sous fond intégriste. Le dialogue multiculturaliste prôné ces dernières années ne semble pas avoir été efficace.

La pleine actualité de l’intérêt général.

Tel est l’un des écueils de l’approche délibérative formulée ces dernières années. Or, de fait, il y a des postures qui sont tout à fait inconciliables et leurs conséquences doivent être mesurées.

Le principe d’intérêt général au fondement des décisions publiques n’est pas obsolète, mais absolument crucial.

Habermas a pensé en fond sa théorie délibérative sur un fondement identitaire inclusion/exclusion. Malgré lui peut-être, celui-ci finit par retomber dans les travers « moraux» des libéraux, indépendamment des principes politiques. Il n’y a pas inclusion de citoyennes énonçant les termes d’un problème public (bien qu’il le formule ainsi, et à juste titre, en premier lieu), mais inclusion de la mère, de la catholique du village, bref – des « concernées ».

Il s’agit pour lui, dans son interprétation plus que lacunaire d’E.Kant, de veiller à l’universalité tout en admettant la pluralité des identités. En d’autres termes, l’on passe de l’orientation de la Cité à la discussion portant sur les modes de vie. Cela est d’un idéalisme (au sens propre, non pas connoté) qui ne tient absolument pas compte de la réalité quant au choix et mise en œuvre des politiques publiques. Comment voulez-vous que le décideur tranche avec une collection de propositions individuelles ? Quelle cohérence de l’action publique ?

Dans l’Intégration Républicaine (1998, p275-2186), l’auteur donne l’exemple des femmes déplorant les inégalités sociales entre les femmes et les hommes, en dépit d’une égalité constitutionnelle. Celui-ci déclare :

« [Le féminisme radical] a raison d’insister sur le fait que les aspects, sous lesquels les différences entre expériences et situations de vie deviennent significatives pour 1 ‘usage à chances égales que certains groupes de femmes et d’hommes font des libertés d’action subjectives, doivent faire l’objet d’une clarification dans l’espace public, afin d’y donner lieu à un débat public sur l’ interprétation appropriée des besoins et des critères. [ .. . ] Le débat sur 1’autonomie des sujets de droit [ …] est donc relayé par une conception procéduraliste du droit, selon laquelle le processus démocratique doit assurer à la fois l’autonomie privée et l’autonomie publique. Il est, en effet, impossible de formuler adéquatement les droits subjectifs qui doivent garantir aux femmes une vie placée sous le signe de l’autonomie privée, si les intéressées elles-mêmes n’ont pas préalablement articulé et justifié, dans le cadre de débats publics, ce qui appelle, dans les cas typiques, l’égalité ou l’ inégalité de traitement. L’autonomie privée des citoyens égaux en droits ne peut être assurée que dans la mesure même où ils activent leur autonomie civique. »

L’auteur y voir ici très clair. L’autonomie civique conditionne l’autonomie privée. Mais il n’entend pas pour autant par-là que le politique conditionne le social. Il ne définit pas en propre en quoi consiste l’autonomie privée, il n’y a pas de « vertu civique », de « souci de soi ». C’est ainsi que n’importe qui peut intervenir pour n’importe quoi sur la scène publique. Si une femme juge que les institutions administratives font défaut à sa « volonté » (précaution sur le terme) et sa liberté de se voiler, elle peut très bien intervenir et justifier d’accommodements raisonnables. Puisqu’elle est « concernée » par le principe de laïcité, et qu’Aristide Briand ne l’a pas consultée, les pouvoirs publics n’ont pas à restreindre son autonomie privée. Après tout, je peux penser que le voile est une aliénation tribale phallocrate, mais mon interlocutrice peut trouver ça très bien. Donc le législateur fait un droit commun … négociable sous réserve de liberté de conscience attestée par la demandeuse.

Et puis, chacun y va de sa doléance somme toute. L’on passe d’un intérêt général autoréférentiel … à un intérêt général-alibi au nom duquel chaque faction s’exprime. Un nivellement finalement, quant à la monopolisation du pouvoir politique. Ce morcellement ne fait à terme, qu’encourager l’indifférence : chacun fait ce qu’il veut.

Or, l’on peut garder d’une conception weberienne la portée de l’intérêt général incarnée par l’Etat. Cela permet à la délibération de ne pas tourner autour du pot.
Premièrement, si la procédure permet de donner un cadre déontologique tangible, il paraît ridicule de réduire la participation aux simples « concernés » de manière tout à fait utilitaire. Les proxénètes, les proxéneurs (http://susaufeminicides.blogspot.fr/2013/11/amicale-proxene-et-feminicides.html) , les prédicateurs, les croyants, etc sont également concernés par l’abolition de la prostitution et la laïcité. Prétendre sérieusement que la bonne gouvernance doit inclure des esclavagistes et des seigneurs féodaux dépassent l’entendement. Par quelle magie délibérative voudraient-ils renoncer à leurs privilèges ?

Dès lors, les questions politiques doivent conserver la séparation des pouvoirs. Le pouvoir d’ordonnancement appartient à l’Etat. Par souci de neutralité même figurative, les gouvernants doivent débattre forts de leur mandat. Cela ne dispense pas la société civile/politique d’un dynamisme permettant d’éclairer les pouvoirs publics, d’apporter une expertise de terrain, d’organiser des conférences-débats, des campagnes, par exemple. Si les citoyen-n-es participent de la sorte à envisager les champs possibles de la décision, l’ordonnancement final ne leur revient pas. En tout état de cause, les principes et valeurs républicains imprègnent la société.

A l’inverse, rien n’exclut la mise en place d’autorités indépendantes permettant la délibération effective et large de citoyen-nes sur des projets locaux par exemple, voire nationaux ayant des répercussions territoriales. Ou même des instances de débat sur des sujets proprement politiques suivant la même logique de « Chambre Haute ». Cela créée un effet d’apprentissage où chaque citoyen garde un horizon d’intérêt général : l’avis résultant doit être « présentable » à l’autorité publique qui en est alors garante.

Précisément, si l’intérêt général reste d’actualité, cela est parce qu’il répond à un morcellement infra-politique ambiant, où le peuple se trouve incapable d’exercer sa « souveraineté »- laquelle se dérobe dans des postures identitaires et narcissiques selon le vieil adage benthamien : « ce qui est bon est bien ».

En conséquence, la Culture publique et l’intérêt public comme soucis premiers des citoyens et citoyennes, sont les finalités qui garantissent justice et liberté politique. Ils ne reviennent pas seulement aux « Grands » – pas de République sans peuple, pas de peuple-citoyen sans délibération, pas de délibération qui n’ait comme visée le Bien Public.

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Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

Symptômes apathiques. La démocratie sans débat.

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Démosthène pratiquant l'art oratoire par Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ. Selon la légende, pour renforcer sa voix, Démosthène se serait exercé contre le bruit des vagues. http://www.arretetonchar.fr/wp-content/uploads/2013/IMG/archives/ico/Alphabetique/Web/original/Lecomte%20du%20Nouy%20Jean-Jules-Antoine%20-%20Demosthene%20S-Exerce%20A%20La%20Parole.html

Démosthène pratiquant l’art oratoire par Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ. Selon la légende, pour renforcer sa voix, Démosthène se serait exercé contre le bruit des vagues. http://www.arretetonchar.fr/wp-content/uploads/2013/IMG/archives/ico/Alphabetique/Web/original/Lecomte%20du%20Nouy%20Jean-Jules-Antoine%20-%20Demosthene%20S-Exerce%20A%20La%20Parole.html

« Mais, pour l’heure et sans plus tarder, à qui veut ériger stasis en son importance principielle, il suffit de gagner le meson : ce centre de la cité, commun à tous et lieu de la mise en commun qui, pour des citoyens égaux et interchangeables, dessine l’espace d’une parole et d’une action au service du koinon (du ‘commun’) » – Nicole Loraux, « Le lien de la division » in La cité divisée, Paris, Payot, 1997, p98.

 

Le post qui suit est un état des lieux très bref et critique de ce que l’observation du déroulement de débats publics, formels ou informels, révèle de tout à fait affligeant. J’écris donc ici en tant que citoyenne et féministe atterrée.

Outre la réduction de la démocratie à un bulletin de vote tranquillement déposé dans une urne à partir d’une offre électorale que notre ami Shumpeter assimile volontiers à un marché, il semble que l’on assiste plus que jamais au cratos de l’ataraxie la plus totale.

Chacune et chacun sait que les révolutionnaires ont dans un premier temps pris la volonté générale comme principe normatif, sans qu’il n’y ait de réel contenu ‘suffragiste’, comme le montre la Constitution de 1791. La représentation est franchement affirmée comme antidémocratique, contre le peuple inconstant, stupide et dont la ‘volonté générale’ ne peut directement émaner d’un vote. Les représentants « veulent pour la nation » et cette ‘volonté générale’ est garantie par l’impartialité de la loi à laquelle chaque citoyen-n-e doit se soumettre sans y avoir concouru donc. Parmi les fondateurs, élection, représentation et démocratie ne vont pas bien ensemble. Soit, la souveraineté du peuple est évidemment une construction juridique normative, comme nous l’avons indiqué, jusqu’à l’extension des droits politiques, droit de vote en particulier, universel (et unisexuel). Ce n’est qu’à ce moment-là que la souveraineté du peuple est associée à l’élection de représentants et le pouvoir acquiert une dimension démocratique.

Ceci est fort bien, la Suisse est également grande fan de Rousseau, sauf que … où est la concertation et la délibération dans tout cela ?  Nulle démocratie à l’horizon s’il n’y a pas délibération et association des citoyen-n-es aux décisions. Cela veut dire que le référendum n’est pas le summum de la démocratie. Loin de là. L’on a tout au plus achevé (petit jeu de mot, tué, liquidé, insulté) une République, bien que très partielle. En effet, Rousseau exclut toute discussion et délibération, lâchons le mot, confrontation entre citoyen-n-es pour construire une volonté dite générale. Concrètement aujourd’hui, alors qu’il distingue volonté générale et volonté de tous, si l’on se réfère à son système, c’est pourtant bien un vote d’agrégation qui émerge. La citation ci-dessus montre au contraire que chez les athéniens, il est parfaitement clair que le vote majoritaire conduit à une discrimination de principes qui ne va pas faire plaisir à tout le monde. Toujours est-il, le vote en question est le fait de débat, de délibération, d’argumentation, de confrontation, bref, tous les synonymes que vous voulez – permettant aux citoyens de juger et de trancher.

Pratiquement, si les lectrices se posent la question, j’ai grand intérêt pour la démocratie athénienne, mais également pour la Rome antique, qui fait que je me positionne pour un système hybride étant la République démocratique. Beaucoup de récits et de théories à ce sujet, je n’ai malheureusement pas le temps de les discuter et de préciser ma pensée. Tout cela pour dire néanmoins, que ce soit parmi les Anciens grecs ou romains, le conflit donne lieu à un ordre légal et politique au sein de la Cité. Le peuple-Un n’est pas un a priori, mais constamment se démultiplie en fonction d’institutions communes questionnées, et suivant une ré-institutionnalisation. La citoyenneté est donc plurielle mais cette pluralité est une condition de la fondation, de ce qui constitue l’unité de la cité.

Et donc, allez-vous me dire, quel rapport avec l’apathie symptomatique des sociétés contemporaines ?

Evidence.  Je ne reviendrai pas sur les effets de ces symptômes sur le pouvoir politique, ne l’entendez pas incarné dans la figure présidentielle ou que sais-je encore, mais en termes institutionnels, exposés dans la ‘La leçon de Plotin’.

Les masses ont peur. Je dis bien les masses. Ce tout informe prêt à tirer le meilleur parti d’une situation donnée sans examen de sens, ni de principes. Alors bien sûr, la rhétorique autocrate ‘c’est mon choix’, ‘mon identité’, sont récurrentes et ce que l’on observe, elle rythme des débats absolument infructueux. Puisqu’au final, il n’y en a pas. Que ce soit cette espèce de blague qu’est la « démocratie de proximité » où chacun regarde ce que les élus peuvent apporter à leur petit quartier indépendamment d’une échelle plus large de délibération, ces débats organisés au sein d’institutions universitaires où les étudiant-e-s ne font que répéter les légendes qu’on leur a apprises pendant des années sans avoir chercher des références supplémentaires et bien dressé-e-s à ne froisser personne, la petite bourgeoisie qui croit que les droits tombent du ciel, ces élites qui font dans le ‘tout ou rien’ anhistorique, comme si le changement était d’un claquement de doigt- il y a confusion des termes et des projets. 

L’on a d’une part, l’exigence consensuelle de base : si vous défendez une position, des principes, des choix de politiques publiques spécifiques et précis, vous êtes forcément dans l’idéologie … totalitaire. Pourquoi cela ? C’est une conception qui vaut précisément parce que l’interlocuteur/trice n’est pas en mesure de défendre sa propre position. Ne pas être d’accord n’est pas signe d’ignorance. Tout au plus de « mésentente » (J.Rancière), et la démocratie politique, citoyenne est absolument nécessaire parce que les sujets politiques constituent des tiers capables de juger indépendamment d’une affiliation à un parti, ou association. La démocratie n’est pas simplement partisane, elle est délibérative (NB: je ne l’entends aucunement à la manière de Rawls ou Habermas). Cette délibération, si elle venait à être institutionnalisée, encourage la responsabilité citoyenne. Il ne s’agit pas d’émettre des propositions et des avis à la  légère. Cela signifie-t-il que le débat doit se faire de manière aseptisée ? Certainement pas. Pourtant ce que l’on remarque, cette persistance présomptueuse et hautaine d’acteurs se positionnant en surplomb et prétendant à la neutralité.

L’agon, telle est la phobie des sujets contemporains. Cela accompagné d’une potentielle expertise profane des citoyens, les aristocrates sont achevés. Ainsi, chacun-e connait les dispositifs participatifs mis en place, que ce soit les jurys de citoyens au Canada (par exemple,  en Colombie-Britannique, l’on a donné à une assemblée de 160 citoyens le soin d’élaborer une réforme du mode de scrutin. Après un travail de six mois, le projet a été jugé compétent pour être soumis à référendum), la Commission Nationale du Débat Public en France (la portée n’est que consultative, mais l’on ne peut négliger l’avancée non seulement juridique, mais politico-administrative), et bien d’autres cas encore à l’échelle internationale.

Cela montre premièrement que, plutôt que de voir sans cesse une opposition presque ontologique entre les élu-e-s (du peuple) et les citoyen-n-es, il y a au contraire une interaction entre acteurs/trices, une complexité dans l’élaboration des décisions, garantes de leur qualité mais également de leur légitimité. Les élu-e-s rendent des comptes aux citoyen-n-es, et les citoyen-n-es sont responsables politiquement des propositions en cas de désaccord. De même, les mobilisations ne sont plus simplement le fait de groupes organisés, mais également de citoyen-n-es que certains qualifient d’ « ordinaires », capables de juger et de prendre position. Voilà ce qui définit une société politique, et non une société civile, privative, endormie, à la marge, qui fait du bruit mais n’émet aucune alternative sérieuse.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’exclure les initiatives proprement citoyennes : Universités populaires, Universités du citoyen, le community organizing, etc. sont autant de manières, mais non exclusives, de dynamiser la vie locale et celle de la cité.

Par ailleurs, cette confrontation permet de montrer en paraphrasant partiellement Jacques Rancière, « l’universalité des torts » dont une partie des citoyen-n-es fait l’objet. Il ne s’agit pas de réifier ces citoyen-n-es selon la doctrine de l’exclu-e, des damné-es de la Terre. La démocratie agonistique n’est pas l’expression, ni le déploiement des corps souffrants, mais au contraire, l’action, l’initiative, le commencement, le discours en acte, loin de la misologie misérabiliste et identitaire qui capte le droit. Encore une fois, l’aseptique n’est pas non plus la règle.

Après cela, les coincés de la synapse vous traiterons de douce rêveuse – ne se rendant même pas compte que leur propre utopie réaliste est absolument spéculative et insensée. Mais comprenez, que ce soit les masses pour lesquelles le débat public n’est qu’une extension de Secret Story, et qui regardent, se plaignent éventuellement, ou l’attitude esthétique des élites qui critiquent tout, trouvent tout intéressant, défendent tout et n’importe quoi, ou ceux qui prétendent à une Vérité du Peuple, nous sommes face (ou pas d’ailleurs) à des positions qui n’admettent pas la contingence propre au politique. La politique et le pouvoir explicite résultant, ne relèvent pas de la certitude, mais de l’expérience. La pensée évolue en fonction des conséquences souvent imprévisibles des décisions. C’est le propre de la démocratie et ce qui la rend impossible à circonscrire entièrement par une procédure. D’où la vigilance nécessaire, le recul et plus que tout, le souci du monde.

Enfin pour l’heure, il n’est que question de normes et de maximisation de délires divers et variés. Je jette la pierre, les masses sont presque prêtes pour la dictature. Pourvu qu’elle adopte un autre nom, cela passera très bien. Et comme je n’aime pas finir sur une note pessimiste, et légèrement exagérée puisqu’il reste des citoyen-n-es à la recherche du ‘trésor perdu’, terminons avec Cornelius Castoriadis : « Ce n’est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous » (Fait et à faire, 1997).

Virginia PELE, 23/10/14.

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La contribution posthume de Plotin contre les féminicides.

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Le blog susaufeminicides a eu la gentillesse de me laisser la touche pour publier un texte critique de ladite ‘liberté de choix’, sauvant ainsi l’âme de Plotin (205-270 après JC) qui à défaut d’avoir mis en question le statut des femmes à son époque, admit quelques disciples de sexe féminin au sein de l’école de philosophie qu’il avait créée. Quelques siècles plus tard (!) le voici de secours pour une leçon de courage.

Voici le lien du texte intitulé « La leçon de Plotin » : http://susaufeminicides.blogspot.fr/2014/09/la-lecon-de-plotin.html.

Extrait :

« L’on pouvait pressentir le revers narcissique contemporain des constitutions libérales fondées sur des droits dits ‘naturels’ présupposant la nature rationnelle (utilitaire) et autosuffisante de l’homme en tant qu’homme et non parmi ses pairs, dont l’existence a essentiellement pour vocation la conservation de la famille, la sauvegarde de la propriété et la satisfaction des besoins matériels. Ainsi est définie la liberté, aux marges de l’espace public et circonscrite par la nécessité. La naturalité des droits est donc prétexte encore usité pour faire valoir l’unilatéralité des pouvoirs immanents à la société d’une certaine classe d’individus par rapport à d’autres. Toutefois, « l’égalité des conditions » a conduit à un nivellement tel, que chacune et chacun, chaque groupe peut vanter les grâces de la nature pour instituer des privilèges désignés sans gêne sous le terme de ‘droits inaliénables’.

Plus encore est l’opposition affirmée et répétée bien qu’insensée, entre l’individu et la cité, la majorité et la minorité – je vous laisse à cet égard imaginer le contenu et la pertinence de droits dits naturels de femmes asociales et d’hommes asociaux donc ; à la suite d’Aristote, faudrait-il être une bête ou un dieu pour en bénéficier ?-laquelle conduit aujourd’hui, à l’investissement identitaire de l’espace public- (…) Prenons un autre exemple, des hommes prétendent être victimes d’une injustice lorsque la loi prévoit de les sanctionner pour patrimonialisation du corps des femmes à des fins éjaculatoires dites prostitutionnelles. Une fois encore, l’on nous parle de droits individuels, inaliénables – lorsqu’au passage de Rousseau à notre Constitution, le corps est clairement défini comme inaliénable, la monnaie n’en étant sous aucun prétexte principe de négation- et l’on ne s’arrête pas là. Alors que le problème est politisé, le choix est censé faire l’objet d’argument sans davantage de considération jusqu’à devenir un principe autarcique. De la fiction libérale énoncée ci-dessus, il se suffit à lui-même… »

NB : Pour se mettre dans l’ambiance et avec un brin d’ironie, je vous suggère de lire l’article avec cette chanson en accompagnement 🙂 https://www.youtube.com/watch?v=OzHlu5JKJvM

 

© Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

La révolution astro-andrologique du genre.

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       Pardonnez la connotation du titre- il ne se réfère nullement  à la discipline consacrée à l’anatomie masculine. Mais enfin, l’andro logos semble définitivement orienter les chairs et les mœurs actuelles.

Théorie(s) du genre, études de genre … autant de fausses subtilités autour d’un concept devenu sacré. Genre ontologiquement incarné-si je ne suis pas mon sexe, en revanche je suis mon genre. Je choisis, tu choisis, choisissons toutes. «  Egalité des genres » nous dit-on, mais enfin, fonder l’égalité sur l’identité -qu’elle soit interchangeable ou non- n’est-ce pas un peu tourner autour du pot ?

Femmes-abstractions, quelle sophistication ! Appendices toujours, la subversion aurait ainsi eu raison de la subjectivation politique ?  « Politique » de l’état de fait, jouer avec les images est sans nul doute bien plus commode que de renverser les places assignées et les institutions.

Ainsi, la participation effective des citoyennes à la cité (l’égalité) s’entendrait aujourd’hui comme mimétisme – égalitarisme donc- autour du même axe phalloastral.

Les femmes ne sont pas assez novatrices –immanence oblige- mais le genre lui, d’une efficacité redoutable pour expliquer aux filles qu’elles ne sont pas limitées socialement du fait de leur biologie. Le genre indispensable pour dire cela. Les féministes exprimaient la même chose des siècles plus tôt, mais aujourd’hui on ne peut plus se passer du mot ?

Que non, nous ne pouvons plus faire sans. Vilaines dames, nous ne saurions exclure les « déviants »- genrisme exigé finalement, sonate en la mineur pour le pathos, il y a bien des hommes qui se sentent femmes et qui changent de sexe ! Femmes homme-défectueux toujours par contre – une nostalgie grecque ? Qu’elles empêchent d’accéder à la transcendance – obstacle entre l’homme et les dieux, heureusement qu’il y a la technoscience pour y remédier !

Qu’importe ces considérations – il faut bien remporter les prochaines élections municipales et qui sait, se prévaloir de ce (simulacre) petit désaccord entre une certaine droite et une certaine gauche pour les prochaines élections présidentielles. Aaaah … je vois déjà l’UMP fanfaronner de sa ferveur contre la théorie du genre ! Le Parti Socialiste de l’efficacité de l’action publique contre les réactionnaires pour-tous !

Polarisation du débat, consensus bien contraignant, le genre est indéniablement une révolution. L’art et la manière de revenir au point de départ, de tourner en rond : nature et culture, culture ou nature, phsychologisme, sociologisme, idéalisme ou empirisme, décidément, la liberté politique et l’auto-nomie des actrices politiques, la manière dont elles occupent l’espace politique face au pouvoir ne méritent pas l’attention des universitaires. Pas assez de tribulations intérieures, pas assez alambiqué, pas assez insoluble, pas assez …

Comprenez, l’ « oikos combiné » vaut mieux. Ainsi l’on étudiera les femmes – et non les principes générateurs de la phallocratie- et leurs écarts à la « norme ». Etat de fait disais-je, adieu projet d’autonomie, mieux vaut l’agency. Individu souverain – et l’on comprend la manœuvre : si l’on oppose l’individu à la cité ou que l’on en fasse son milieu naturel, en effet, quel meilleur moyen que celui-ci pour tenir les femmes écartées de la scène politique ?- l’auto-subordination devient de manière subliminale le corolaire de l’auto-émancipation. La vieille concurrence agora-polis (quoique … c’est qu’il y avait un vrai dynamisme dans l’Agora …), le social surplomb la politique. Conformisme assuré en d’autres termes.

Pourtant, bien qu’outil universitaire trendy, on l’utilise à tort et à travers, mais personne ne crie ici à l’intellectualisme ?

Mais non, mais non … on l’a vulgarisé jusqu’à passer sous silence les implications – ça passe.

Et de se réjouir de la dépolitisation – comme précisé dans cet article en milieu de page – induite par les « études de genre » pour rendre le féminisme un peu sérieux quoi – Platon ressuscité ? Femmes, tenez-vous hors du monde, vita contemplativa incompatible avec la politique. On progresse, on progresse … oïkoidea ?  Ah je m’amuse aussi avec le grec ancien – je m’excuse auprès des personnes qui le maîtrisent d’ailleurs, cela doit faire mal au sens.

Nous voilà bien avancées en somme. Aucune remise en question des principes, aucune restructuration … simplement des bibliographies à rallonge pour les étudiant-e-s en « sexe, genre et sexualité(s) » où elles/ils apprennent toutes les subtilités, discours cachés, évoqués de la pornographie, toutes les manières de déjouer la norme, de « défaire le genre », de le refaire. Fascinant.Si les femmes apprenaient hier  à coudre, les jeunes femmes apprennent aujourd’hui à sourire les jambes écartées devant une caméra. C’est abrupt. Mais la réalité.

Enfin, la scientificité présumée de ces études permet que cela passe en toute sophistication sans soulever la moindre contestation. C’est ainsi que Science Po Paris organise des  » Queer Week » et que Science Po Aix emmène les étudiant-e-s voir « Jeune et jolie » …

Une vraie révolution (astrale).

https://beyourownwomon.wordpress.com/2013/06/28/femmes-luttons-contre-les-stigmates-genristes/

https://beyourownwomon.wordpress.com/?s=F%C3%A9minisme%2C+politique+et+d%C3%A9mocratie

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2013/07/le-genome-du-genre.html

© Women’s liberation without borders 2014

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Programme d’échange postcolonial.

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 Pour une pragmatique en faveur de la paix entre les nations.

Chacune sait combien les relations internationales sont matière à contentieux : dilemme de sécurité, politique guerrière de notre cher ami Raymond Aron, guerre juste, guerre sainte, communauté internationale, impossible société civile internationale, réalistes, libéraux, constructivistes, clash des civilisations ; bref en vrac, vous voyez, autant de questions et d’éléments essentiels pour les politiques intérieures du reste.

Vous connaissez plus précisément les tenants et aboutissants du fameux ‘clash des civilisations’, mais n’en déplaise au théoricien honni Samuel Huntington, WLWB va vous exposer très simplement une solution claire pour la paix entre les nations, entre les peuples, et entre les ciotyen-n-es.

Nous voilà face à deux conceptions : l’une assurant l’affrontement entre les ‘blocs’ oriental et occidental, et par suite, une autre affirmant l’impossibilité d’une communauté internationale stable. En effet, la guerre serait parfaitement inévitable à cause du principe d’ « anarchie » des Etats qui ne cessent de vouloir accroître leur puissance. Par ailleurs, une trop grande divergence des ‘valeurs’ entre les nations rend impossible leur collaboration. Attachons-nous à ce dernier point, puisqu’il fait (forcément) écho aux ‘litiges’ intérieurs.

Supposons qu’en effet, chaque nation soit absolument autarcique, mais – considérant les mutations géopolitiques depuis la Seconde Guerre Mondiale-, qu’elles doivent a fortiori interagirent pour maintenir l’ordre international promût nous le savons bien, par la Charte de l’ONU définitivement en faveur de la paix.

Une possibilité s’offre à nous, pour à la fois atténuer les craintes d’Huntington, confirmer le constat de John Mueller, et entendre les revendications des Etats autoritaires et théocratiques : le programme d’échange postcolonial.

Le principe est simple : puisque ‘je suis moi, et que toi tu es toi’ : blanche, noire, grande, petite, riche, pauvre, rousse, brune,et cætera, et que nous devons tout de même cohabiter, et bien proposons de faire un échange. Ainsi, à l’instar de nos grands sauveurs, proposant de se voiler par solidarité aux mystiques en occident (voyez vous-même, c’est hilarant https://www.facebook.com/groups/221586881341017/), et bien il ne faut point s’inquiéter : le monstre occidental, si intolérant, décadent, cruel pervers offre dans ses Etats de droit, toutes les mesures nécessaires en faveur de la libre circulation des individu-e-s. Dès lors, nos chers communautaristes en crise d’identité, et malheureusement leur monnaie d’échange que sont les femmes parées d’un voile et dérivés féminicidaires, n’auront qu’à dument allez en Afghanistan, au Yémen, en Iran, en Arabie Saoudite. Et pourquoi pas ? Après tout, les femmes portent le voile, le hijab, la burka, le niquab là-bas, tranquillement. On est même lapidées si ce n’est pas le cas ! Le rêve non ? Point de lieux publics où ne pas porter de signes religieux ostentatoires, c’est 24h/24, et si vous allez en Arabie Saoudite, vous pouvez varier les modèles et les couleurs ; et puis, les féministes sont muselées comme il se doit en phallocratie mystique, donc elles ne pourront pas exprimer leur rejet et leur quête d’émancipation.

Inversement, les femmes des Etats fascistes et autoritaires, pourront venir dans les Etats de droit pour bénéficier de leurs droits politiques, exprimer leur mécontentement, exercer leur liberté politique hors des appartenances identitaires. S’auto-déterminer, être un sujet libre et mettre en accusation la phallocratie où qu’elle soit.

Nos doutes sont ainsi évacués. Grâce au ‘postcolonialisme’, et grâce au ‘postmodernisme’.

Les culturalistes qui prétendent que le voile est un organe féminin, qu’il fait partie des femmes de culture musulmane, ceux-là sont les premiers racistes. Ils réifient les femmes en fonction de ce que les hommes en ont fait. Ils piétinent l’histoire des femmes d’ici et d’ailleurs pour leur liberté et leur émancipation. Ils crachent sur les droits humains des femmes. L’aliénation n’en fait pas partie de ces droits humains. Et dans l’aberration continuons : voilà que l’émancipation ne consiste plus à s’affirmer comme sujet politique en démantelant les institutions subordonnantes, que nenni. Elle consiste à rassembler les moyens pour supporter au mieux l’avilissement. La solidarité postmoderne consiste ainsi à donner de quoi mordre à l’esclave pour supporte les coups de fouets.

Peut-être alors faudrait-il assumer ses dires et ses actes : si la foi et l’aliénation divine est si tentante, il y a bien malheureusement des zones géographiques où Dieu fait la loi. Ou alors on dévoile -n’est-ce pas-l’ hypocrisie : il ne fait aucun doute qu’une fois de plus, il s’agit de plonger les femmes dans la résignation par l’aliénation de leurs aptitudes critiques, de leurs pensées, de leur autonomie et de leur jugement. Si tout se vaut, si les principes d’une communauté politique assoie l’unilatéralité de la sacralité, qu’elle soit individuelle, mystique ou divine, elle rend évidemment impossible l’hérésie, laquelle est absolument fondamentale en démocratie (d’un point de vue non normatif cela va sans dire). Par-là, tout n’est pas équivalent, toutes les propositions ne sont pas égales parce qu’elles n’ont pas le même sens, ni les mêmes implications. Les idées peuvent également être exposées sur la scène politique, mais elles ne sont pas nécessairement aptes à ou souhaitables pour conduire l’orientation de la Cité. Il faut donc examiner ce à quoi nous avons à faire, au lieu des litanies incessantes.

© Women’s liberation without borders 2013