Archives de Tag: Libéralisme

Sacré choix : les robinsonnades du féminisme contemporain.

Par défaut

« En écartant toute forme d’objectivité, les théoriciens font à présent de la théorie, bien comprise comme l’élucidation d’un état donné, une entreprise purement esthétique où les limites séparant le politique du culturel disparaissent » – Gregogy Smulewicz-Zucker & Michael J.Thompson . [1]

       Le vieux Marx nous avait déjà appris des monades libérales, qu’il nommait lui-même avec ironie : « robinsonnades »[2] . Ainsi, l’individu, fort de ses droits naturels et inaliénables, peut tranquillement vaquer à ses occupations et veiller à sa propre conservation. L’homme-individu est isolé, et ne saurait s’associer avec ses pairs – si ce n’est pour rappeler l’Etat à ses devoirs garantissant une jouissance matérielle et immédiate.

La liberté circonscrite en nécessité forme ainsi le socle des constitutions modernes. Mais il serait bien hasardeux de prétendre que le libéralisme que nous qualifierons d’ « apolitique », reste conforme, tant dans sa conceptualisation que dans le soubassement de l’action publique contemporaine, aux prémices vantés par les Pères fondateurs. Précisément, la « postmodernité » ne constitue pas seulement une étape chronologique, ni un contenu simplement esthétique, mais un ensemble de postulats structurant le fonctionnement des Institutions et par là-même, la dynamique entre acteurs et actrices de la société politique.

Dès lors, il s’agit dans le présent article d’en examiner succinctement les enjeux au regard d’une tendance (prétendue) féministe faisant du « choix » et du « consentement » les fondements de revendications présentées comme « progressistes ».

Quand le privé devient politique

       Il convient dans un premier temps de préciser les termes de la citation d’ouverture. Si des critères extrinsèques au domaine politique font à présent office d’injonctions égotiques impérieuses auprès des pouvoirs publics, mais également des citoyens et citoyennes au sens aristotélicien du terme – il s’agit moins d’un entrelacement entre « politique » et « culture », que d’une confusion entre le social et le politique. Car au sens le plus classique de la notion, il n’est de culture qu’une production de l’esprit- et plus particulièrement, de Culture Publique permettant le concours de chacune et chacun à l’élaboration réfléchie du socle et du matrimoine communs. La « contre-culture » américaine que l’on observe dans les années 1960 par exemple, relève davantage d’un rapport de défiance à l’ « Establishment », et d’arrangements marginaux censés favoriser l’exploration du « moi » profond, de modes de vie débridés et infantiles propres à faire râler les vilains parents trop « square ».

Cela est pourtant dans ce contexte que le féminisme émerge, une nouvelle fois, après cent cinquante ans de lutte. Il ne s’agit guère de revenir sur les revendications et les logiques qui les ont animées – néanmoins, quelques slogans, en France, ont mené à des récupérations contemporaines qui posent, en tout euphémisme, problème. Les trois principaux : « Mon corps m’appartient », « Le privé est politique », ou encore l’expression : « la liberté de disposer de son corps », constituent aujourd’hui le mantra des groupes dits « pro-sexes » ou « intersectionnels ».

Qu’est-ce à dire ? Premièrement, il n’est plus question, à l’instar de Karl Marx, de « robinsonnades » en toute quiétude et gentiment misanthropes ; mais plutôt d’un morcellement infra-politique à partir duquel la politique et même la « justice sociale », ne s’apprécient qu’en tant que l’autorité publique facilite la coexistence d’intérêts divergents. En toute indifférence, l’action féministe contemporaine ne consiste plus aujourd’hui à relever les enjeux d’actes en dissonance au regard des principes fondamentaux notamment, mais à militer en faveur d’un accompagnement d’un état donné en fonction du ressenti, de l’appréhension, du sentiment, des névroses diverses et variées, que peuvent expérimenter les femmes et les hommes.

Or, cela ne va pas sans une caution intellectuelle bien installée dans les chaires universitaires. Un des « cas d’école » les plus assassins en relativisme pragmatique sous couvert compassionnel, est en fait un discours prononcé par Judith Butler en 2012, à l’occasion de la remise de prix Adorno, intitulé : « Qu’est-ce qu’une vie bonne ? »[3] . La philosophe, d’une très grande générosité, déplore le sort néolibéral s’acharnant sur les « minorités » et les précaires. Elle s’interroge ainsi sur la capacité de mener une « vie bonne » dans un monde « mauvais »[4] .

Néanmoins, elle refuse, comme beaucoup de penseurs postmodernes non point friands de nihilisme propre au XIXème siècle, le repli individualiste, exclusif, et propose au contraire de penser une société qui permettrait la coexistence de « vies plurielles ». Chacune et chacun doit toutefois être capable de réfléchir et faire sens de son propre mode de vie. Mais ce sens ne relève pas d’une logique « top-down ». Car les individus sont toujours fragiles face à l’institution. Une bonne institution, est une institution au chevet du corps souffrant. Pourtant, la société contemporaine, selon l’auteure, est régie par une « biopolitique » hiérarchisant les modes de vie. Nous y voilà.

       L’Etat Big-Mother [5] prend soin de ses petits, citoyens-victimes, pommés dans la jungle de la responsabilité civique et, car il faut bien entretenir la flamme de la « radicalité », toujours en pleine fantasmagorie du pouvoir [6] au cas où l’on oserait leur dire : « non ». Ce « paternage intensif », si on laissait de côté les élucubrations psychanalytiques, montre toute la portée d’une privatisation du domaine politique.

L’on ne compte plus les conséquences d’une telle démarche. La plus récente, les recommandations d’Amnesty International rendues publiques le 11 août 2015, en vue d’une libéralisation du servage sexuel. « Mon corps m’appartient », il est donc un objet d’échange. Les Etats n’ont rien à dire, car les femmes prostituées ne sont pas de pauvres ingénues qu’il faudrait secourir. Par contre, l’Etat doit accéder à toute requête matérielle en l’occurrence, favorisant le libre exercice de l’activité prostitutionnelle. Une logique comptable et gestionnaire, mais sous-tendant une « vie bonne » si l’on en croit l’appréciation butlérienne.

Les dernières conclusions d’Emmanuel Todd dans son ouvrage Qui est Charlie ? (2015) obéissent à la même logique. Les musulmans sont une classe opprimée et stigmatisée. Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont commis une infamie en osant rire de l’intégrisme islamiste. Les manifestations du 11 janvier 2015 étaient en réalité, une réaction purement bourgeoise – en attesterait la composition sociologique des manifestants. Dès lors, le principe fondamental de laïcité est une forme de domination. Prétendre que le voile est une négation de l’égalité constitutionnelle entre les femmes et les hommes, ainsi qu’un non -respect de la laïcité relève d’une « phobie » anti-islam. Les filles ont bien le droit de s’habiller comme elles le souhaitent en Etat libéral.

       Il faut ainsi reconnaître ce subtil mélange complémentaire entre un égotisme décomplexé – car finalement, nulle considération de principe et rationnelle n’est requise pour justifier la « problématicité » de ce qui fait office de revendication – et un élan humanitaire concrétisé par une intervention institutionnelle censée remédier à toutes contraintes freinant une maximisation utilitaire. Bien qu’il soit sur toutes les lèvres, sans jamais être défini- tels sont les attributs du néo-libéralisme.

A plus forte raison, la notion de « néolibéralisme à visage humain » n’est pas simplement un prétexte économiciste, mais elle est le ressort privilégié d’une tendance féministe postmoderne.

Féminisme-caprice et éthique post mortem

Dans la lignée de ce qu’affirmait le philosophe Günther Anders déplorant la prégnance du « fantôme de la consommation » sur le monde commun :

« Parce que au-dessus de nos têtes, à nous qui opérons ce libre choix, avant même notre libre choix, on a tranché » [7]

L’incantation du « libre choix » et d’une éthique prétendument compensatoire constitue si ce n’est un leurre, une légitimation indéniable de toute licence coutumière patriarcale- quoiqu’évidemment, non point jugée comme telle.

En effet, le « bon » de la vie postmoderne, repose en fait sur la bienveillance supposée de chacune et de chacun, sans examen à l’égard du fondement d’un acte. Autrement dit, le summum de la liberté célébrée en monade égotique, porte exclusivement sur le « moyen », et non la fin. Le moyen justifie la fin, et non l’inverse. Dès lors, l’on parlera de « GPA éthique », d’ « acheteurs (prostitutionnels) éthiques », de « proxénétisme éthique », d’ « accommodements raisonnables ».

Le « faire sens » butlérien, en somme, est fondé sur le maintien de privilèges dont l’effet (entendu comme essentiellement psychologique) se trouverait atténué puisque le bénéficiaire d’une « prestation » reconnaîtrait les mérites de la subordonnée. Réciproquement, la fin n’est que la somme des désirs de chacun. La société ne projette aucune unité, aucune visée. Loin de l’isonomia au cœur du projet démocratique, et garantissant la non- négociabilité des droits des femmes (ainsi que la non patrimonialisation de leur corps, jadis, une évidence), la justice féodale prend un nouveau souffle par caprices corporatistes, mais dont la manifestation édulcorée suffirait à attester d’une dimension « éthique ».

Aussi, si je veux un enfant et que la biologie ne le permet pas, l’adoption n’est pas envisageable. Une femme doit mettre à disposition son corps et suspendre ses droits pendant neuf mois pour porter les gamètes étrangers. C’est ainsi que le 1er septembre 2015, aux Etats-Unis, Sherri Dickson, 51 ans, propose à sa fille et son gendre de porter « leur » enfant. La grand-mère est aussi la mère de son petit-fils ; qu’à cela ne tienne, seuls les sentiments font la filiation.

Plus encore, l’argent serait une médiation suffisante pour justifier un « choix » ou un « consentement ». Peu importe l’option considérée, toutes se valent. Conformément à la tradition libérale, il y aurait manquement ou « injustice » uniquement lorsque la violence intervient. Grâce à cela, il est en effet très aisé d’endiguer la traite que ce soit des « mères porteuses » ou des femmes prostituées, puisque du moment qu’elles ne sont pas au seuil de la mort, elles auront choisi ou consenti à leur sort d’une manière ou d’une autre.

Cette éthique post mortem, qui n’est en réalité qu’un simulacre, consacre la démission du politique, et par suite, de l’action féministe politique. La bonne volonté de seigneurs phalliques devrait, selon cette perspective « libéralo-gauchiste », se substituer aux principes fondamentaux rendant tangible une citoyenneté pleine et entière des femmes. En d’autres termes, la « liberté de choix » n’est que liberté d’indifférence futile et esthétique, dès lors qu’elle n’est pas précédée d’une liberté politique dûment exercée. Plutôt que de laisser le sort patriarcaliste « trancher au-dessus de nos têtes », le pouvoir politique authentique des femmes réside dans la contribution engagée et tranchée des principes au fondement de l’ordre commun.

        « Au nom de quoi ? » pourraient rétorquer les tenantes et tenants d’un féminisme-caprice lâche, et qui pourtant n’ont aucun mal à justifier le maintien « éthique » d’une aristocratie phallique – simplement au nom de l’égalité et de la dignité, de sorte qu’il soit impossible de « faire le mal sans l’ombre du Bien », en paraphrasant Machiavel ; après tout, on a toujours le choix ? Et l’assumer, ce n’est pas de jouer l’innocent, même la larme à l’œil.

[1] In « The Treason of Intellectual Radicalism and the Collapse of Leftist politics », §17, consultable à l’adresse : http://logosjournal.com/2015/thompson-zucker/, 2015. La traduction est personnelle.

[2] Karl MARX, Introduction à la critique de l’économie politique, L’Altiplano, Flash-Back, 2008 (1859), 104p.

[3] Le discours a été publié chez Payot en 2014, mais il est consultable en ligne également.

[4] Les Anciens définissaient la Cité comme cadre propice à la « vie bonne », une vie qui ne se contente pas de jouissance immédiate, mais exigeant recul critique, courage, vertu et dépassement de soi. Judith Butler, « mine de rien », prend l’exact contrepied. Si elle prétend refuser tout abandon normatif, il ne faudrait tout de même pas que le politique institue le social. Plutôt l’inverse, dans une logique de « reconnaissance ». L’Etat doit faire proche au corps souffrant.

[5] L’expression est inspirée de l’ouvrage par Michel Schneider, Big Mother : Psychopathologie de la vie politique, Odile Jacob, 2002, 256p. Toutefois, nous parlerons en ce qui nous concerne, car ces relents psychanalystes ne nous sient guère, de paternage intensif.

[6]Voir Jean-Pierre LE GOFF, « La fantasmagorie du pouvoir » in La démocratie post-totalitaire, La Découverte, 2002, p131-140.

[7]In L’obsolescence de l’homme : sur l’âme à l’époque de la révolution industrielle, Paris, Ivrea, 2002, p13.

-Virginia Pele, féministe et politiste attérrée.

NB :  Ceci est une version allégée de « La leçon de Plotin » :  http://susaufeminicides.blogspot.fr/2014/09/la-lecon-de-plotin.html

© Women’s liberation without borders 2015

Unauthorized use and/or duplication of this material without express and written permission from this blog’s author and/or owner is strictly prohibited. Excerpts and links may be used, provided that full and clear credit is given to Women’s liberation without borders with appropriate and specific direction to the original content. However, no link is to be reproduced on slanderous motives and/or miscategorization. Therefore, before any use of network Tools such as scoop-it or pinterest, the author’s permission is required.

Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

 

Publicités

La main sur le cœur, Amnesty International passe du ‘bienveillant proxénétisme’ au secours des femmes en Inde.

Par défaut

« La pitié conditionne, au titre de disposition subjective, l’entrée dans la communauté politique. Mais si la pitié dispose à la communauté, elle ne vient pas en lieu et place des institutions. » – Myriam Revault D’Allones, L’homme compassionnel, Paris, Seuil, 2008, 104p.

L’Allégorie de la Foi (1670-1674) par Johanne Vermeers (1632-1675). http://kerdonis.fr/ZJOHANNVERMEER/page35.html

L’Allégorie de la Foi (1670-1674) par Johanne Vermeers (1632-1675). http://kerdonis.fr/ZJOHANNVERMEER/page35.html

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’internet ou la tendance « JT » généralisée fait efficacement vaciller la jugeote citoyenne. La larme à l’œil serait-elle ce subtil je-ne-sais quoi par lequel on pardonnerait immanquablement toute incohérence se révélant dramatique et irresponsable pour les Droits des femmes ? Les associations de conservation du patrimoine seigneurial bordélique ont de quoi enchaîner les succès auprès des hautes personnalités en moralité compassionnelle : que la critique politique se garde d’investir l’agora numérique ou même concrète, trop de complexité tue l’élan sensationnel. Si bien qu’il suffit de reformuler cela en un commandement : que l’on doit se garder, en somme, de « casser le plan »- avec tout le dépit que contient l’expression- des agitateurs humanitaires.

C’est ainsi que le 31 juillet dernier, un conseil de village en Inde condamne deux jeunes filles à être violées en guise de sentence déshonorante pour les familles, suite au départ de leur frère amoureux d’une femme de caste supérieure.

Amnesty International se sentant la compétence d’un législateur ou d’un Etat, décide alors de faire circuler une pétition pour enjoindre l’Inde à accorder une protection aux filles abominablement condamnées. Oh que cela est louable. Bien sûr, les condamnées n’ont pas attendu le secours altruiste et vaillant de l’association pour s’enfuir et initier elles-mêmes le recours auprès de la Cour Suprême indienne.

Toutefois, comprenez, la bonne conscience est telle que le monde entier doit signer une pétition initiée par une association proxénète, mais qui l’est sous les meilleures intentions. Amnesty, c’est le Bien, voilà tout.

Pourtant, nombre d’actions menées par les associations de femmes indiennes se multiplient au moins depuis un an contre le viol, et bien davantage contre le fléau prostitutionnel. Sans compter les enjeux politiques que représentent, non seulement l’ (inexistante) égalité entre les femmes et les hommes dans le pays, mais également la stabilité démocratique d’un pouvoir politique en proie aux conflits inter-religieux, ainsi que le non-respect de l’abolition constitutionnelle de la caste des Intouchables. Mais qu’un chef de village fasse le maire, que les inégalités territoriales rendent la Constitution figurative, et donc que les Droits des femmes indiennes soient un joli mirage – Amnesty International n’en a globalement cure.

L’on anticipe déjà l’objection béate : Oui mais, quel rapport entre le communiqué datant du 11 août, soit de trois semaines (délai relativement long pour la génération postmoderne) -justifiant le bienveillant proxénétisme (sorte de nouvelle « main invisible »), et cette infâme et archaïque condamnation au viol ?

Le saucissonnage acritique faisant office d’axiologie chez les nouveaux acteurs organisés ou non organisés, le fait se décompose en quelques pièces accommodantes, au gré des sentiments et des envies, avec l’espoir qu’à force, la vérité accommode également les sens.

Comme précisé, Amnesty International n’en a pratiquement cure du contexte politique indien. Ce qui fait problème dans les prises de position de l’association, pour le moins ambigües, schizophrènes, aristocrates, pathétiques, incohérentes, absurdes ; relève du continuum libéral qui ne considère la liberté qu’en tant qu’elle n’entrave pas celle d’autrui- soit, une liberté négative qui fonde la justice uniquement au prisme de la violence.

Evidemment, l’éthique minimaliste requise dans cette configuration fait mouche. Lorsque la force brute s’exerce, l’acte est laid. Du moment que l’argent assure la médiation entre le consentement de la femme et les injonctions de l’homme qui paie, l’acte est légitime. C’est tout simplement le degré zéro d’une communauté fonctionnelle, cet humanisme autonome est le néant politique.

De la même manière que la logique humanitaire affère à l’urgence – d’ailleurs, les Droits de l’Homme sont bien distincts du droit humanitaire- Amnesty International ne fonde son action qu’au paroxysme, ses experts n’ont donc aucun mal à envisager tout ésotérisme alambiqué justifiant maintes formes de servitude dite volontaire.

Pour quiconque tient à cœur la tangibilité, la qualité et la pérennité du Droit des femmes et de leur citoyenneté, cette ligne résignée et lacunaire relève tout simplement d’une hypocrisie bien-pensante. Heureusement que les fidèles tentent de sauver la crédibilité des humanitaires amnestyens, en sorte que,  comme dans le tableau de Johanne Vermeers, la Foi Amnestyenne s’étende au monde entier.

En somme, la vie d’une femme est monnayée, leurs droits, selon cette perspective libérale humanitaire, ne se mesurent qu’à l’aune d’une somme d’argent déboursée « dans de bonnes conditions matérielles » contre sévices sexuels cantonnés quant à eux, au domaine de la vie privée du proxéneur (Christine Gamita, 2013). Tel est le lien établi par Amnesty International entre le Droit et l’économie. En conséquence, cela est le cadre argumentatif même d’Amnesty International qui pose question. Lorsque l’association en arrive à considérer comme un échange tout à fait recevable un acte sexuel rétribué en nature, l’on est en droit de se demander : mais après tout, et si ces filles avaient été condamnées à « travailler » dans les bordels de Mumbai, cela aurait-il été moins blâmable ?

Par suite, une approche au compte-gouttes de la pétition mise en circulation, mais également de toute autre action amnestyenne, néglige tout bonnement ce point politique cardinal. Amnesty International n’est pas neutre. Amnesty International n’agit pas aveuglément ; si l’ « urgence » est son curseur, ce n’est que pour justifier en rhétorique un cantonnement de l’action humanitaire et publique à l’état de fait. Car il ne faut pas oublier que l’association s’arroge la compétence d’émettre des recommandations aux Etats.

Aussi, comment, à terme, la citoyenne ou le citoyen peut-il agir contre les féminicides dont sont victimes les femmes dans le monde ? Il paraît pour le moins curieux de faire des féminicides des actes ponctuels qui ne pourraient être alors, que ponctuellement appréhendés.

L’engagement ne se résout pas dans un clic intempestif ; efficacité, effectivité et visée doivent être articulées, sans concession – telle est l’intelligence du politique, et sa concrétisation n’est que plus grande lorsque le projet est collectivement mené à bien. Il ne s’agit guère de « tout ou rien », mais de prudence et donc de sens pratique. Les associations de femmes indiennes et les ONG féministes en manifestent chaque jour le potentiel. Pourquoi ne pas agir et signer avec elles ?

Hors Amnesty, il y a un salut. Cautionner l’écart libertarien de l’association, revient à le légitimer. L’engagement est politique, ou il n’est que profession de foi. Difficile donc de juger les propositions comme s’il s’agissait de choisir un bien dans un supermarché : celui-là, il me plaît, celui-là ne me plaît pas, celui-là n’est pas mal, et ainsi de suite …

L’on doit pourtant compter avec les anciennes et anciens militants Amnestyens qui ont du mal à se figurer que l’association n’a rien d’angélique. Or, il est tout à l’honneur des militantes féministes en particulier, de reconnaître le manquement de l’ONG au regard des droits fondamentaux des femmes.

Ainsi que l’exprimait Moïra Sauvage, ancienne responsable de la Commission Femme d’Amnesty France, le 13 août 2015 dans Le Nouvel Observateur :

« Ce n’est pas ce mouvement-là auquel je veux continuer de donner mon temps, mon énergie et mes convictions. Même si je crois encore dans les valeurs et le travail effectué par Amnesty en plus de 50 ans et qu’ils me semblent encore nécessaires, en ce qui concerne les femmes – et je ne serai certainement pas la seule – j’irai, le cœur déçu, militer ailleurs. »

On peut douter de la nécessité du travail de l’ONG à l’avenir, étant donné ses orientations enclines à la patrimonialisation du corps des femmes, et les conséquences éminemment désastreuses de leurs propositions ; mais voilà un bel exemple d’engagement authentique et cohérent.

Finalement, si les droits fondamentaux des femmes ne s’apprécient que par compassionnalisme et se trouvent, en fonction du degré de violence, rendus négociables ; il va sans dire qu’une main sur le cœur accompagnée de vœux pieux est très esthétique, mais l’on peut néanmoins pressentir la limite intrinsèque de cette promesse humanitaire gentiment circonscrite par bigoterie phallique marchande faisant des femmes des citoyennes de seconde zone, et sous-tendant une pétition, somme toute, niaise. Le viol est un crime. Les féminicides sont une abjection et ne sont pas tolérables. Mais ce n’est pas une fois au seuil de la mort que la victime devrait pouvoir espérer justice.

              —-

© Women’s liberation without borders 2015

Unauthorized use and/or duplication of this material without express and written permission from this blog’s author and/or owner is strictly prohibited. Excerpts and links may be used, provided that full and clear credit is given to Women’s liberation without borders with appropriate and specific direction to the original content. However, no link is to be reproduced on slanderous motives and/or miscategorization. Therefore, before any use of network Tools such as scoop-it or pinterest, the author’s permission is required.

Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

El feminismo : una política de emancipación en contra el dogmatismo religioso.

Par défaut

La compañera María L. nos hizo el honor de traducir la entrevista que WLWB había realizado con Ana Pak en 2012, feminista, exiliada iraní que nos contaba su historia y su opinión sobre el feminismo « identitario » contemporáneo.

 

Huda Sharawi

Huda Sharawi (1879-1947). Pionera del feminismo en Egipto. Fue una de las primeras feministas que denunciaba el velo islámico.

 

Cuando la revolución iraní estalló en 1979, yo era un joven corazón que se unió al grito de millones de personas que querían encontrar la libertad.

Pero esta revolución fue instrumentalizada por los islamistas (que eran una ínfima minoría). De manera análoga a lo que vemos hoy en Egipto, Túnez, Libia y otros países bajo las leyes islámicas, lo primero que hicieron fue atacar a las mujeres. Jomeini nos obligó a ocultarnos.

Yo era muy joven entonces, pero mi cuerpo de niña sintió profundamente el temor de las miles de mujeres iraníes que protestaban contra el velo, y se alarmaban al unísono unidas por su indignación.

Sentí la revuelta de las mujeres, a pesar de que aún no podía comprenderlo todo.

Es necesario saber que Jomeini en un primer momento se vió obligado a reconsiderar algunas de sus posiciones, dada la ira de las mujeres, las revueltas y las manifestaciones cotidianas de las mujeres!

Tuvo que declarar lo siguiente “No, el Estado islámico no obligará a las mujeres a usar velo, quedará bajo su decisión. El velo será una elección de las mujeres”.

Pero unos días después de la declaración de renuncia de Jomeini, oí atónita, en las noticias, a Banisadr, el primer presidente del régimen islámico, declarando que “si el Islam velaba a las mujeres era porque la ciencia había demostrado que había ondas capaces de excitar a los hombres, y que esas ondas se escondían en el pelo de las mujeres. Por esa razón, con el fin de garantizar que los hombres y las mujeres puedan vivir en paz en la sociedad y sin excitación, el Islam exige que las mujeres sean veladas. Será obligación de las mujeres llevar velo ».

Estas palabras me dejaron sin habla. Todos los medios eran buenos para imponer el velo a las mujeres. Cuando el régimen no podía hacerlo en nombre de la religión, trataba de imponerlo utilizando los llamados argumentos “científicos”.

Y en última instancia, el régimen islamista utilizó la violencia y la humillación no contada, permanente y constante contra las mujeres, para forzar a las iraníes a ocultarse bajo un velo.

En un primer momento, a través de golpes, palizas, brutalidades, insultos, amenazas , por despidos en masa de las mujeres como funcionarias y en las empresas, e imposiciones de jubilación.

Violaciones, violencias físicas repetidas, multas, detenciones y encarcelamientos. El velo se impuso en las mujeres que permanecieron contratadas y en las que querían ser contratadas.

Velar el cuerpo de la mujer presenta en sí mismo la violencia del patriarcado en nuestro cuerpo. Como en la prostitución, la violencia le es inherente. Esta violencia, psicológica y corporal, esta en la sexualización de las mujeres.

Así que sí, esta experiencia de un régimen fascista-islamista me dio una cierta rejilla de lectura del mundo, que forja mi feminismo y que me consigue, como en muchas otras mujeres, las antenas necesarias para detectar las estrategias de intimidación de los islamistas y para determinar la aberración que consistía en tener que aceptar todo en nombre de la tolerancia cultural.

Por otra parte, no tenemos necesidad de sufrir una mutilación genital femenina para luchar contra la mutilación. Muchas mujeres luchan contra los extremismos religiosos y en particular el islamismo, sin haberlos sufrido personalmente.

En nombre de la tolerancia y del “relativismo cultural”, En nombre de la “lucha contra la islamofobia”, se nos impone incluso aquí en las sociedades más democráticas y bastante libres, el miedo a los extremistas religiosos y la prohibición de criticar las religiones, especialmente el islam, y nos condena al silencio.

Los islamistas y sus aliados nos quieren hacer callar y nos designan como “islamófobos” para lograrlo.

Pero de hecho, tengo miedo del islamismo como tengo miedo de todos los fascismos, y no veo por qué debo ocultarlo.”

A decir verdad, varias razones me llevaron a esta intransigencia hacia el islamismo. La primera es mi propia experiencia como iraní, y que ante la imposición de Jomeini a las mujeres, muchas iraníes eran etiquetadas como islamófobas si se resistían. Esta misma etiqueta se encuentra en los países democráticos en los que no podemos criticar libremente el islamismo o el velo sin ser catalogados de islamofobos.

Ser radical es para mí estar radicalmente en contra de todas las formas de patriarcado, que inventa tantas instituciones (religión, matrimonio, prostitución…) para atrapar y oprimir a las mujeres. Consiste en ser radicalmente opuesto a todas las religiones, y al Islam también.

Las religiones patriarcales se distinguen por estar fundadas sobre la misoginia, y tienen como principal obsesión el monopolio del control sobre los cuerpos de las mujeres.

Así que si ser feminista radical, significa querer cambiar el mundo, queremos liberarlo de todas las instituciones patriarcales (religión, cultura, matrimonio, prostitución, Estado …), en realidad yo soy una feminista radical. Y hasta me pregunto cómo sería posible ser feminista sin ser en consecuencia radical.

WLWB: Usted mencionó en la entrevista que “hasta que las mujeres y feministas dejen de adherirse a cualquier ficción inventada por los hombres: la raza, la religión, la nación, la cultura, la afiliación política … no podemos liberarnos.” Porque es así?

Efectivamente, en tanto que mujeres, adherirse a los inventos de los hombres; sus religiones, sus culturas, sus conceptos, devuelve o nos conduce a negar u olvidar nuestra pertenencia a la clase mujeres, y por tanto a no iniciar la lucha necesaria contra estas opresiones, o peor, alejarnos de nuestra lucha común. La adhesión consciente o inconsciente de las mujeres a los inventos de los hombres nos cuesta muy caro.

Lo que diferencia la opresión de las mujeres de otras opresiones es que nosotras no sólo estamos oprimidas sólo por la fuerza sino también por la astucia, por la cultura o la religión, afectivamente, por el chantaje emocional, económico y también física o corporalmente por parte de la clase opresora.

Las mujeres somos la única mayoría oprimida que sufre a sus opresores constantemente, incluso en su cama.

De hecho, los esclavos hombres y los proletarios tienen al menos la posibilidad de no tener la obligación de soportar sexualmente a aquellos que les explotan y les dominan.

Esta es la razón por la que la opresión de las mujeres es la más antigua de las opresiones. Puede cambiar de cara, de forma o denominación, pero continuará tratando de encadenar a las mujeres si no se adoptan medidas para que esto no ocurra.

Para dar sólo un ejemplo bien conocido en la historia de la lucha de las mujeres: El derecho al voto. Mientras las mujeres sufragistas lucharon por el derecho al voto, a algunas mujeres se opusieron, repitiendo el discurso de los hombres que dijeron que las mujeres no podrían votar!

Como he argumentado en otro escrito, a veces es difícil y puede ser doloroso para las mujeres darse cuenta de que pertenecen a una clase oprimida y menospreciada incesantemente.

Dicho esto, las mujeres debemos aprender a deshacernos de los reflejos misóginos que hemos interiorizado. Porque estamos tan impregnadas por el apartheid de género, ya sea en la familia, en todas las culturas y países, que utilizamos esta misoginia contra nosotras mismas y contra las otras mujeres defendiendo los argumentos del dominante! Tal vez sea porque algunos se sienten desanimadas y toman caminos aparentemente “menos peligrosos”.

Muchas mujeres prefieren así aferrarse a lo que nos divide y nos separa, en lugar poner en marcha y aplicar métodos de lucha y crear nuestros propios conceptos para un mundo diferente.

WLWB: Sin embargo, muchas corrientes feministas: El feminismo liberal, el postmodernismo, “el feminismo negro”, transnacionales, etc … reivindican la diferencia de las mujeres de color, mujeres para las que el feminismo radical es un invento de las mujeres blancas occidentales y de clase superior. ¿Cómo se explica este rechazo a sentirse “unidas a la clase mujeres”?

Ah, aquí estamos en el corazón del problema! Que es precisamente dividir las mujeres para oprimirlas mejor!

Y aún hoy, algunos que se dicen de izquierda, rechazan las constataciones y reivindicaciones feministas, afirmando que son la emanación de pensamientos “burgueses” …

Tanto si eres burguesa como si no, lo cierto es que si eres una mujer no puedes caminar con calma sola en la calle, en ninguna parte ni en ningún momento.

Y tanto si eres burguesa como si no, en irán serás condenada a ocultarte de todos para enarbolar la bandera de tu sexualización e inferioridad.

Es más, le diré que la primera vez que oí en los medios hablar contra los “valores occidentales”, contra las “feministas occidentales” y contra las “mujeres occidentalizadas” fue en Irán en 1979, cuándo los islamistas reprimían las manifestaciones de las mujeres contra el velo.

En esa época trataban de silenciar a las mujeres llamándolas “prostitutas”. Cuando el número de manifestantes superó varios miles, las calificaron como “realistas” y luego a “occidentalizadas” y después de “pro-occidentales” y finalmente “islamófobas”!

Es importante saber que durante los años oscuros en Irán, de 1983 a 1989, los organismos internacionales encargados de la comprobación de violaciones de los derechos humanos, bajo la presión de miles de exiliados que podían testificar, querían visitar las cárceles iraníes, donde fueron torturados y ejecutados miles de mujeres y hombres, prisioneros y prisioneras políticas.

Pero en respuesta, en ese momento, el régimen creó un “derecho del hombre islámico” con el fin de disponer la existencia de “razones culturales y religiosas” para oponerse a los controles internacionales y poder justificar las masacres y la barbarie del régimen iraní!

Esto está en total oposición a los derechos humanos fundamentales y universales, supuestamente de los países occidentales, si hemos de creer al régimen iraní!

Así que si existen los derechos del hombre islámico, reivindicados como algo especial, ¿por qué no ir más allá en este razonamiento y crear así un concepto de feminismo islámico?¿no?

Bien, tal fue la conmoción que sentí cuando escucho aquí, en Universidad de Paris VIII, en 2009 con motivo de la organización de un taller en la sobre las lesbianas exiliadas e inmigrantes, la palabra extraña “feministas blanco”.

En las reuniones preparatorias de este taller, en el que esperaba que por fin denunciásemos el odio y la misoginia a las comunidades lesbianas de exiliadas, me encontré con acusaciones extraordinarias al “feminismo blanco occidental” que no comprende a las “mujeres racializadas”. Ignorándose el motivo de la organización del taller.

Sin embargo y afortunadamente, ha habido luchas históricas mundiales para la liberación de las mujeres, dirigidas por la solidaridad feminista en todo el mundo, una lucha que ha tenido éxito en algunas áreas.

¿Por qué entonces deberíamos rechazar a las feministas bajo el pretexto de que son “blancas” y reivindicar el concepto de “feminismo islámico” para supuestamente afirmar nuestra diferencia?

Ser una “feminista islámica” ¿no será más bien repetir y asumir las propias invenciones y doctrinas islámicas, todas ellas provenientes de Teherán y de los Hermanos Musulmanes?

Mi respuesta a su pregunta es que la opresión y la dominación de los hombres sobre las mujeres es universal! Por lo tanto, nuestra lucha debe serlo también.

En gran parte también gracias a mujeres que viven en sociedades musulmanas nuestra lucha feminista va avanzando.

Estas mujeres denuncian la violencia que sufren en nombre de la religión, por lo tanto están reivindicando derechos universales.

Malala, la joven pakistaní de 14 años que fue atacada casi mortalmente por los islamistas es un ejemplo.

Ellas llaman regularmente a sus hermanas de los países democráticos para apoyarlas en su lucha contra el islamismo y rechazan esta ficción de “feministas blancas occidentales diferentes”.

Porque saben que sus luchas son semejantes a las que las feministas occidentales han hecho, incluida la lucha contra la opresión de la religión católica.

WLWB: También he remarcado que el feminismo fue objeto de apropiación y se convirtió en la norma de reivindicaciones nada más ni nada menos que de antifeministas y anti mujeres. El surgimiento del feminismo llamado islámico se podría considerar como un tipo de ilustración ¿qué opinas?

El feminismo no puede ser islámico en ningún caso. Al igual que los regímenes en Irán y Afganistán dicen ser “repúblicas islámicas”, no puede ser repúblicas.

En la República el pueblo vota y tienen derechos. Pero en el Islam, es Dios quien elige a los hombres para gobernar la sociedad!

El feminismo es un movimiento, una lucha por la emancipación de las mujeres. No olvidemos que “el Islam” significa “sumisión”, y consiste en la sumisión de los hombres a su dios y en todos los casos la sumisión de las mujeres a los hombres.

Como he dicho anteriormente, el “relativismo cultural”, el “relativismo de los derechos”, la “diferencia de derechos”, fueron inventados por los islamistas y en especial por el régimen islamista de Teherán para luchar contra la empoderamiento de las mujeres y por lo tanto ser capaz de echar por tierra los derechos humanos.

Quienes nos hacen callar en occidente, o quienes desvían peligrosamente la lucha de las mujeres, tienen la misma ideología y juegan el mismo juego que los islamistas.

En occidente los pueblos lucharon contra los dictados fundamentalistas de sus religiones. ¿Por qué entonces, algunos aquí, incluso dentro de las democracias occidentales, piensan que el individuo nacido en una sociedad musulmana no puede tener los mismos derechos que ellos se han arrogado para sí mismos (porque los han luchado), a saber; la dignidad o la libertad de no sufrir la opresión de una religión.

Hoy, en nombre de la “tolerancia” y el nombre del “respeto a la religión de los demás”, algunas personas nos empujan a otro relativismo que pretende evitar cualquier crítica de la religión y del Islam, más particularmente.

Así, los críticos del islam están condenados como blasfemos, incluso aquí. Como personas que insultan, no como críticos. Está claro que hay muchos intereses detrás de esta estrategia de eliminación.

Es obvio que los islamistas no quieren que se les toque el islam, ni que este sea renovado ni que se le ponga límites. Comprendes? Estos hombres deben continuar tranquilamente mutilando sexualmente a las mujeres, deben poder quemarlas, velarlas, violarlas y lapidarlas.

Para socavar todo esto, hay que luchar por la libertad de criticar a todas las religiones, incluyendo el Islam.

¿Qué clase de mundo quieren construir los defensores del relativismo cultural? ¿Cómo pueden legitimar tales actos de barbarie las llamadas sociedades democráticas? ¿El velo, la escisión, la lapidación de mujeres por adulterio debe permitirse bajo el pretexto de la “excepción cultural”?

En ningún caso se debe ser negligente o tomar a la ligera lo que sucede en los países occidentales, esa tendencia al relativismo, porque después de la defensa del velo para las mujeres, nos arriesgamos a que llegue todo lo demás, como sucedió en Irán. Esto es lo que los islamistas están buscando.

Es por eso que no debemos ceder a la intimidación. Es por eso por lo que solamente la lucha feminista, el pensamiento feminista, el movimiento constante del feminismo, incansable, interrogativo, que se cuestione constantemente todo lo que la sociedad androcéntrica y misógina sugiere o propone, ese feminismo, el único, es lo que nos puede liberar.

Defendiendo la universalidad de los derechos de las mujeres, vengan de donde vengan. Sea cual sea el color de su piel! Sea cual sea la creencia de su padre y de su hermano! Sea cual sea su origen cultural y geográfico.

                               — Traducción por María L , Agosto 2015—-

 © Women’s liberation without borders 2015.

Dieu est devenu libertarien.

Par défaut

De la Queer immaculée conception.

Courte note d’indignation.

Jesus-20-12-

            Les abolitionnistes sont des puritaines, les critiques de la prostitution utérine dite GPA, sont puritaines, de pauvres bougresses arriérées qui ne sauraient apprécier les avancées de la science en la matière.

Mais qu’à cela ne tienne : Marie la vierge, Saint Incubateur choisi, élu par notre Père à toutes et tous, avec le consentement du Maître-mari Joseph, nous donne l’exemple.

Ainsi nous affirment nos grands progressistes, évangélistes queeristes incarnant la figure divine évidemment – « Dieu avait [donc] deux pères et une mère […] porteuse » !

Récit biblique soudainement transformé en fait historique justifiant l’abjecte réification des femmes en réceptacles, ces libertariens queeristes sont-ils si désespérés qu’ils n’ont d’argument que le retour au Père de toutes les infamies ?

Caroline Fourest nous en faisait également l’analogie en 2014[1] , l’on aurait pu s’arrêter à rire ; pourtant, il y a quelques jours, Léa Salamé reçoit sur France Inter Lucas Lomenech[2] – sans plus d’étonnement, celui-ci a pu déblatérer sur la merveilleuse leçon d’altruisme que constitue la Gestation Pour Autrui, soit pour nos prochains si désintéressés et bons.

En effet, qui pourrait imaginer un seul instant que les femmes puissent vouloir autre chose que la servitude pour leur salut ? Préserver notre intégrité corporelle, notre dignité et notre autonomie – non pas anomie, vous l’aurez compris – cela paraît saugrenu pour les tenants de l’immaculée conception, qu’elle soit queeriste ou bien traditionnellement illuminée.

Non, nous, femmes, devons dire amen aux maîtres scientistes qui nous disent que nous ne sommes qu’une matière malléable à guise – ainsi, un homme peut être une femme s’il dit qu’il en est, un homme peut commander un enfant à une femme sous prétexte de don de soi sacrificiel, un homme peut dans nombre de pays acheter une femme à des fins prostitutionnelles par fait du Prince, la liste est encore longue de bassesses illégales.

Que nous sommes fort jolies et admirables lorsque nous nous en référons à notre modèle à toutes, Marie la vierge si disponible à tous les hommes qui la prient de jouer les utérus sur pattes. Le sacrifice, la pitié et la compassion sont les plaies de nos démocraties et plus encore, jouent efficacement contre l’émancipation des femmes. L’oubli de soi, en place du souci de soi, telle est l’injonction faite aux femmes.

Aux hommes le courage et l’honneur, aux femmes le sacrifice et le pardon. Aux hommes le souci de soi et l’autonomie, aux femmes la délégation de leur existence et de leurs capacités au service de la tribu patriarcale. Qui peut sincèrement souscrire à une telle justification mythique de ce qui constitue une atteinte très grave aux droits fondamentaux ?

Force est de constater, une fois de plus, qu’il existe une perversion des notions de morale et d’éthique. Il n’y a pas d’éthique, soit d’ethos, une habitude, sans institutions qui donnent une fin morale à partir de laquelle ce jugement éthique s’exerce. Il n’y a pas l’éthique, puis la/le politique. Il n’y a pas le moyen puis la fin. Il n’y a pas d’individu-es asociaux qui de manière subliminale, pourraient exercer un bon jugement.

Prétendre une prostitution éthique, une GPA éthique, un néolibéralisme éthique, relève d’une démission de la pensée et plus encore du politique. Cela est d’un effet pipi de chat – le propre du politique est de mettre en question et de trancher le principe de la chose jugée. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que l’on peut envisager une conduite qui ne dépende pas du bon vouloir arbitraire de celui qui possède un imperium et a toute latitude légale, en conséquence, d’en faire usage.

Le politique conditionne l’éthique. La transformation de la matière sociale et son institution résultante donne lieu à un nouvel éthos permettant (ou non) une réflexivité civique, justement distincte d’une appréhension gestionnaire ou biblique ; lesquelles sont hétéronomes. « Cela a toujours existé », « C’est comme ça, on ne peut rien faire », « C’est la volonté divine », « Ainsi soit-il », «C’est la marche inéluctable du progrès », tout cela exclut par définition toute ambition éthique et morale de la part des citoyens et surtout, des citoyennes. L’éthique et la morale sont ainsi des sommations faibles si elles ne sont pas consolidées par un ordre politique qui en assure l’effectivité et même la sincérité.

Précisément, il se trouve que l’on n’attend rien des citoyennes. Que des femmes fassent preuve de constance et d’initiative est une idée qui ne passerait par la tête de nos évangélistes New Age. La politique n’est qu’une occasion supplémentaire de faire valoir une confirmation de soi : « C’est mon choix », ce choix qui n’engage pas mais qui dédouane – égotisme en plein, l’Etat n’est qu’un pourvoyeur de services, et les individus des usagers qui grappillent et grignotent les droits des femmes, de préférence. Propice à tout dévoiement narcissique, cette obsession à l’égard d’un « Etat réflexif »[3] qui s’abstient de se porter garant de l’intérêt général en dernier ressort, n’est qu’un tremplin vers un retour féodal où chaque petit seigneur prétexte la larme à l’œil le moindre désagrément existentiel pour capter le droit.

        Dès lors, cette réactualisation d’une séparation entre l’âme et le corps, fétichisée d’autant plus aujourd’hui qu’elle arbore une nouvelle façade technologique sous-tendue de nihilisme, confirme ainsi la croyance de ceux qui se prétendaient subversifs : au Dieu d’un Saint Paul, substituons notre Dieu libertarien. L’illimitation sacrificielle biblique concorde fort bien avec l’idéologie égotiste du tout tout-de-suite, moyennant patriarcalisme : allez-y femmes, mettez vos utérus à disposition, cela rapporte, vous n’avez rien d’autre à perdre que vos droits fondamentaux et qui sait, votre santé.

Comble de l’arnaque, l’argent serait devenu une médiation honorable assurant l’échange « altruiste », la traite des ‘mères porteuses’ ne serait qu’une vue de l’esprit et quand bien même, une règlementation permettrait d’endiguer le phénomène. Nous avons compris la parade : admettre le crime pour l’endiguer, la conscience tranquille en place des réparations ; en d’autres termes : la vie est meilleure dans l’eau de là qu’ici-bas où le droit pourrait se substituer à Dieu en tranchant les peines !

         Nous aurons ainsi compris les slogans « pour tous » de ces dernières années : « Ecole pour tous », « Mariage pour tous », « Manif’ pour tous » – au final : « Femmes à volonté pour tous », les citoyennes n’ont qu’à se brosser si elles veulent exister autrement que comme des vaches à lait, des porte-voiles ou des éjaculatoire-automates, les gardiens de la phallocratie postmoderne ont décrété. Au bout d’un moment, jusqu’à quand va-t-on nous servir cet éloge de l’heureux servage domestique ? Quand va-t-on enfin arrêter de tout simplement prendre les femmes pour des cruches déférentes ?

Le bonheur des unes devrait donc se solder par le sacrifice des autres – cet hybris infantile est censé être de gauche et féministe, quand il rétablit le bon droit de ceux qui ne trouvent rien à redire à ce que leur semblable mette leur vie sur la sellette pour leurs beaux yeux. Le devoir est donc unilatéral. Il y a celles qui se sacrifient, et les autres qui littéralement, paient le prix pour se dédouaner. Un devoir rémunéré, une morale négociée par de l’argent, cela s’appelait, jadis, lorsque les mots avaient encore un sens, subordination.

         Le propre et la grandeur de la République est de poser des principes fondamentaux qui ne sont pas négociables et qui assurent la sécurité des citoyen-nes. La loi est au-dessus des parties et ordonne le social. Quand on prétend substituer l’argent à la loi, que l’on prétend faire de l’argent une loi et d’enrober cela sous le terme d’ « éthique », l’on s’aperçoit que la GPA n’est pas une simple question ponctuelle, mais qu’elle est un prisme à travers lequel s’immisce subrepticement une logique mercantile féodale, une fois encore, et justifiant jusqu’à polygamie et inceste [4] .

       Par conséquent, cette immaculée conception queeriste où des hommes se prennent pour Dieu et en font d’ailleurs une entité figurative du culte libertarien, ne laisse rien entrevoir de bon en matière de droits des femmes – en espérant donc, que les politiques, autant que les citoyen-n-es, ne seront pas dupes. Taper des pieds et pleurer les inégalités naturelles pour jouer les apprentis sorciers n’a rien d’une démarche démocratique.

[1] Entre la Mère et la femme prostituée, Caroline Fourest préfère la Mère. Fascinant comme argument pour justifier la règlementation de la GPA en Inde : http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/debat-gpa-manif-pour-tous_b_5944940.html

[2] Bonne chronique critique par Ana-Luana Stoicea-Deram à ce sujet : http://www.marianne.net/agora-maintenant-bible-promouvoir-gpa-100234598.html

[3] Peter KNOEPFEL et al., « Changement social, politiques publiques et Etat » in Revue européenne des sciences sociales, Volume n°36, n°110, 1998, p 151-169.

[4] En avril dernier, un homme demande à sa mère de porter « son » enfant par GPA : « Un séparatiste, qui pour procréer se refuse à toucher une femme, se constitue un gynécée en pointillé : pour sauvegarder sa patrilinéarité et sans qu’aucune trace légale ne reste de la mère. Sa mère se prête en couveuse de haute technologie, une autre dame donne ses ovules pour que le spermatozoïde de monsieur niche.  Vive la gépéha qui réussit des rencontres de premier type, avec « polygynie /polygamie symbolique irréalisée* » et union matrimoniale incestuelle en devenir d’une nouvelle sorte incestueuse.» http://susaufeminicides.blogspot.fr/2015/04/maternite-en-question.html

 

© Women’s liberation without borders 2015.

La Minute Théorie Politique. Benjamin Constant à usage citoyen.

Par défaut

Etant donné les confusions incessantes dans le débat public, et en particulier de la part de nos métaphysiciens hors pairs j’ai nommé la bande « pro-q » – le blog consacrera quelques pages aux Idées Politiques. Cela évitera également le tout-blanc-hétérosexuel-phallocrate. Avertissement : seulement les idées générales sont présentées et la seconde partie est une mise en perspective qui ne rend pas compte exhaustivement de l’avis de la bloggeuse.

Les principes de politique. Benjamin Constant (1810)

Benjamin Constant (1767-1830)

Benjamin Constant (1767-1830)

Benjamin Constant (1767-1830) est un romancier, homme politique et philosophe originaire de Suisse. A 39 ans, Constant apparaît comme un raté. Il occupe en Allemagne dans la cour du duc de Brunswick- de 1787 à 1794- la fonction subalterne de chambellan. En 1795, il va à Paris. Le Directoire (gouvernement de la Ier République) lui confie la tâche de publiciste et pamphlétaire. Il s’engage alors dans la défense de la République pour barrer la route à la contre-Révolution. C’est ainsi qu’en 1796, il écrit Du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s’y rallier contre les réactionnaires de l’opinion, et publie par la suite Des effets de la Terreur en réaction aux nostalgiques du jacobinisme.

C’est à cette époque qu’il est très actif politiquement : il devient agent municipal à Luzarches, il fonde le Club de Salm, écrit des discours pour Jean- Baptiste Louvet-ancien girondin- et Sieyès, et se présente avec succès à des élections.

Néanmoins, Benjamin Constant reste favorable à une révision des institutions du Directoire et se laisse recruter par les brumairiens. Il décide alors de prendre part au coup d’Etat de Bonaparte, mais la portée de son implication reste indéterminée.

Mais une fois Bonaparte au pouvoir, Benjamin Constant est le premier à dénoncer les risques despotiques du nouveau régime, alors qu’une majorité de la classe politique se réjouit de la chute du Directoire. C’est en 1800 que Constant entre au Tribunat (institution où l’on discute publiquement des futures lois) où il tente de faire voter une opposition Parlementaire au régime Napoléonien. Il en est exclu au bout de deux ans.

Ainsi, entre 1802 et 1814, Benjamin Constant s’éloigne du monde politique pour se consacrer à ses travaux littéraires – il publie en l’occurrence Adolphe, Ma vie, …- et poursuit ses recherches sur la religion. Il créée en 1813 avec Germaine de Staël, le groupe antinapoléonien Coppet, et seul cercle ayant connaissance de ses travaux du moment. Il n’a pas la renommée qu’il souhaite en dehors de son cercle d’amis, ce qui nourrit d’autant plus son aversion pour l’arbitraire : « le despotisme a tout aplani ».

Aussi, entre 1796 et 1806, il se consacre à l’étude politique. Au moment où Napoléon arrive au pouvoir, Constant change de paradigme : ce qui l’intéresse n’est plus la forme du régime, mais la quantité de pouvoir attribué à chaque gouvernement. Dès lors, entre février et octobre 1806, il rédige Les principes de politique applicables à tous les gouvernements. Cela fait partie de ce qu’il appelle « son grand traité ».

L’objet de l’ouvrage consiste alors à déterminer les modalités constitutionnelles qui garantissent une justice impartiale, les droits et libertés individuels, la limitation du pouvoir – notamment par la séparation de la sphère publique et privée- et le rôle de la puissance publique, l’Etat, dans la sauvegarde des intérêts individuels et la sûreté.

I) Les principes de politique, vers gouvernement modéré qui garantisse les libertés publiques.

Si Benjamin Constant termine de rédiger les Principes de politique en 1806, le texte n’est pas publiable tel quel sous peine de censure. Ainsi, à la veille d’en remanier le plan, il abandonne et écrit Adolphe. En 1810, il effectue la relecture du texte et corrige le traité dans une nouvelle copie qui constitue la mise au net des manuscrits.

En 1815, Les principes de politique sont publiés. Les pensées de 1806 sont assez fidèlement diffusées, bien qu’au prix de nombreuses mutilations et remaniements. Mais les manuscrits ne sont pas accessibles jusqu’en 1961 pour le traité de 1810, et 1974 pour la version de 1806.

A) L’individu face à la puissance étatique.La liberté individuelle contre le pouvoir

Avec Les principes de politique, Constant n’est plus le défenseur d’une tendance ou d’un parti politique. Il cherche des principes universels, ‘applicables à tous les gouvernements’. En fait, la parution de l’Essai de morale et de politique par Mathieu Molé – légitimant le régime napoléonien – est l’ouvrage ayant  conduit Benjamin Constant à écrire Les principes. En effet, Molé justifie le régime napoléonien en utilisant des concepts rousseauistes, largement récusés par Constant  puisque conduiraient nécessairement à la Terreur montagnarde.

Plus précisément, partant de l’approche induite par Montesquieu dans l’Esprit des Lois, Benjamin Constant montre que le problème n’est pas seulement en la concentration du pouvoir, si ce n’est en son essence même. En effet, selon Montesquieu, le nombre de détenteurs du pouvoir importe peu- qu’il s’agisse d’une monarchie ou d’une démocratie-, seule la manière dont il est exercé compte. Ainsi, le pouvoir est illégitime lorsqu’il est absolu. D’où la nécessaire séparation des pouvoirs. Or, pour Benjamin Constant : « vous avez beau diviser les pouvoirs ; si la somme totale du pouvoir est illimitée, les pouvoirs divisés n’ont qu’à former une coalition, et le despotisme est sans remède. Ce qui importe, ce n’est pas que nos droits ne puissent être violés par tel ou tel pouvoir, sans l’approbation de tel autre, mais que cette violation soit interdite à tous les pouvoirs » ( Chapitre i, ‘ De la souveraineté du peuple’ in Les principes, 1815).

L’inviolable sphère privée

Pour ce faire, Benjamin Constant affirme l’inviolabilité des droits individuels, dont le droit de propriété. La propriété est un droit essentiel selon l’auteur, afin de garantir l’indépendance d’esprit du philosophe, du citoyen, non plus dépendant de la nécessité, ni d’autrui pour subvenir à ses besoins. A partir de là, Benjamin Constant prône la séparation de la sphère privée et publique. La première étant celle où l’individu a pleins droits, sans que ce qu’il nomme « l’autorité sociale » ne puisse intervenir. Dès lors, il s’agit d’amoindrir la sphère étatique. A travers cette approche, Benjamin Constant souligne le conflit inhérent entre l’autonomie de l’individu et celle de la société : «La liberté n’est autre chose que ce que les individus ont le droit de faire et ce que la société n’a pas le droit d’empêcher » (Principes, 1806, I, 3,28). La liberté marque ainsi la frontière entre la sphère publique et privée.

Aussi, Benjamin Constant ne se contente pas de la simple déclaration de principes. Selon l’auteur, il faut une sauvegarde positive des libertés individuelles, et cela nécessite des corps intermédiaires dans chaque domaine – politique et judiciaire.
L’auteur insiste alors, la morale privée autant que publique, ainsi que l’industrie repose sur la sauvegarde des libertés individuelles. Et de conclure dès lors que « l’arbitraire détruit la morale ». En effet, « Lorsque l’arbitraire frappe sans scrupule les hommes qui lui sont suspects, ce n’est pas seulement un individu qu’il persécute, c’est la nation entière qu’il indigne d’abord et qu’il dégrade ensuite ». (Chapitre xviii, ‘ De la liberté individuelle’ in Les principes, 1815).

Le rôle du gouvernement est clairement affirmé : il doit assurer la sûreté et les jouissances privées : « Pourquoi veut-on que l’autorité réprime ceux qui attaqueraient nos propriétés, notre liberté ou notre vie ? Pour que ces jouissances nous soient assurées ». (Ibid)

Le contrôle citoyen du pouvoir politique

Si Benjamin Constant démarque une séparation nette entre ce qui relève du domaine public et privé, il ne néglige pas pour autant l’initiative individuelle et citoyenne.

Premièrement, au niveau judiciaire, il invoque la stricte indépendance des tribunaux chargés exclusivement de la vérification des plaintes et de l’investigation des délits. De la même manière, les jurés laissent leurs intérêts privés de côté de sorte que « l’esprit public surmonte la tiédeur et l’égoïsme des individus laissés à leurs jouissances privées » (chapitre xix, ‘ Des garanties judiciaires’, in Les principes, 1815). Il s’agit là d’une nécessité s’ils ont à cœur la sauvegarde de leur propre sûreté en tant qu’individus.

A cette participation citoyenne, Benjamin Constant défend ardemment la liberté de la presse, puisqu’elle permet aux citoyens d’avoir accès à l’information et d’ainsi concourir aux fonctions représentatives pour une meilleure rotation des charges (chapitre xvi, ‘ De la liberté de la presse’ in Les principes, 1815).

C’est ainsi qu’il met en garde contre le repli individuel et la délégation aveugle du pouvoir à des représentants. Si les droits individuels sont ‘sacrés’, ils ne le sont au détriment de la liberté politique -indispensable contre l’arbitraire et l’accaparement du pouvoir : « L’art des gouvernements qui oppriment les citoyens, c’est de les tenir éloignés les uns des autres et de rendre les communications et les réunions dangereuses » (Principes, 1806, « Additions », 628).

Pour autant, l’auteur ne souscrit pas à la conception faisant de la « volonté générale » des citoyens le pôle déterminant des institutions, puisqu’elle peut tout autant conduire à une ‘tyrannie convulsive’.

B) La représentation politique et l’excès d’ « esprit civique ».

L’abstraite souveraineté populaire.

Benjamin Constant procède également à la critique du Contrat Social de Rousseau, pour lequel le projet d’autonomie prévaut. En effet, la loi émane de la volonté générale : seul est légitime le gouvernement qui fait vivre la communauté selon la loi qu’elle a elle-même voulue. Ainsi, ce n’est pas la manière dont est exercé le pouvoir qui le rend bon, mais la manière dont il est institué. Seule la République peut justifier son bien fondée, puisqu’il revient alors au peuple souverain de décider de la loi selon laquelle il vivra.

Constant adhère à l’idée selon laquelle le pouvoir doit être l’expression de la volonté du peuple. Le bon régime est définitivement démocratique.
Toutefois, la souveraineté totale du peuple a des limites. Et la conception rousseauiste est trop abstraite. En effet, Rousseau oublie que la volonté générale est déposée seulement entre les mains de quelques-uns. Donc une majorité d’individus se sacrifie pour une minorité.

La majorité n’est pas un critère de légitimité suffisant pour justifier la loi. Fondamentalement, que des actes condamnables se trouvent cautionnés sous prétexte qu’ils émanent de « la volonté générale », et donc, que la « volonté générale » se trouve une autorité sans borne conduit tout autant au despotisme, comme l’a montré la Terreur en France : « Lorsqu’on établit que la souveraineté du peuple est illimitée, on crée et l’on jette au hasard dans la société humaine un degré de pouvoir trop grand par lui-même, et qui est un mal, en quelques mains qu’on le place. Confiez-le à un seul, à plusieurs, à tous, vous le trouverez également un mal. » (chapitre i, « De la souveraineté du peuple », in Les Principes, 1815).

C’est ainsi qu’il énonce le principe selon lequel : « La démocratie est l’autorité déposée entre les mains de tous, mais seulement la somme nécessaire pour la sûreté de l’association. […] Le peuple peut se dessaisir de cette autorité en faveur d’un seul homme ou d’un petit nombre, mais leur pouvoir est borné, comme celui du peuple qui les a revêtus. » ( I,7,41). Le philosophe encourage ainsi les citoyens à la désobéissance civique lorsque les lois sont injustes.

Dès lors, c’est avant tout l’établissement d’une loi fondamentale, ou Constitution, qui énonce et précise l’étendue possible de toutes les lois et de tous les pouvoirs.

L’impossible démocratie directe.

Au livre XVI des Principes de politique (1806), Benjamin Constant compare la liberté des Anciens et celle des modernes. L’émergence de l’industrie, de la propriété et ainsi de la liberté individuelle rend impossible le gouvernement du peuple par lui-même : « Les affections domestiques remplacent les grands intérêts publics » ( Principes, 1806, XVI, 7, 433). En effet, la notion de ‘liberté individuelle’ était complètement étrangère aux Anciens. Le citoyen était tout entier à la collectivité – sans pouvoir jouir de ses biens (incohérence historique, précisons tout de même*). Or, le citoyen moderne n’a plus tout le temps de se consacrer aux affaires publiques. La représentation permet donc à l’individu de s’adonner à la satisfaction de ses intérêts privés, sans déléguer entièrement le pouvoir alors exercé au moment de l’élection.

Par là-même, le philosophe dénonce l’idée de religion civile chez Rousseau. En effet, selon l’auteur du Contrat Social, l’Etat est apte à décider des sentiments et des croyances à adopter en cohésion avec l’intérêt public. L’intolérance est ici civile, non pas religieuse.

De plus, selon Constant, lorsque le gouvernement intervient en ce domaine, il fige la religion dans un état qui ne permet l’examen. L’autorité ne doit pas agir sur la conviction mais sur l’intérêt. « Ni l’Etat, ni le dogme ne doivent empêcher l’opinion qui est une propriété sacrée. » (chapitre xvii, ‘ De la liberté religieuse’, in Les principes de politique, 1815).

La représentation se révèle être efficace pour garantir à l’individu non seulement son autonomie matérielle, mais également intellectuelle. Même si l’auteur délimite une frontière nette entre les sphères privées et publiques, il parvient par le biais de la représentation, à rétablir l’équilibre entre liberté individuelle et politique. L’autonomie individuelle assure l’indépendance nécessaire au citoyen pour exercer son esprit critique, mais également civique dans l’examen des lois adoptées en son nom grâce à l’élection libre.

L’encadrement des Assemblées représentatives.

Les Assemblées représentatives sont dotées de pouvoirs spécifiques, qu’elles ne peuvent outrepasser sous peine d’être révoquées. Ceci est la condition même d’un régime démocratique selon Benjamin Constant. Loin de constituer une ‘offense’, « la dissolution des assemblées n’est point, comme on l’a dit, un outrage aux droits du peuple, c’est au contraire, quand les élections sont libres, un appel fait à ses droits en faveur de ses intérêts. » (Chapitre iii, ‘Du droit de dissoudre les assemblées représentatives’ in Les principes, 1815).

Dès lors, leur initiative encadrée, rien ne les empêche de faire des propositions de lois aussi souvent qu’elles le jugent nécessaire. Le gouvernement peut également émettre des projets de lois. Mais puisque les Assemblées bénéficient d’une légitimité supplémentaire  car résultant de l’élection par le peuple, leurs initiatives risquent d’être plus rares. Benjamin Constant pose ainsi les jalons du parlementarisme.

De la même manière, les ministres sont responsables juridiquement. Ils peuvent donc être arrêtés en cas d’abus de pouvoir, d’actes illégaux et préjudiciables à l’intérêt public et atteintes manifestes à la liberté, la sûreté et la propriété. Evidemment, ces abus ne relèvent par définition d’aucune de leurs attributions, et se trouvent ainsi condamnables. La possibilité de faire valoir un tort commis par les ministres peut être formulée par les citoyens, mais également par les représentants, puisqu’amendés par les premiers.

Aussi, au niveau des relations internationales, le pouvoir de l’Etat se trouve limité par les Assemblées représentatives. En effet, elles sont les seules à disposer de la compétence pour accorder la levée d’hommes et l’impôt. Elles représentent le sentiment national pour contraindre l’exécutif à faire la guerre, ou la paix quand la défense est atteinte.

Toutefois, les traités doivent être signés par le gouvernement. L’Etat est le seul acteur international, il est le moyen par lequel les nations communiquent. Ex : Angleterre. Les traités sont examinés par le Parlement, non pour les rejeter ou les admettre, mais pour déterminer si les ministres ont rempli leur devoir dans les négociations.

En conséquence, Les principes de politique mettent essentiellement en avant les modalités constitutionnelles nécessaires afin de limiter chaque pouvoir, que celui-ci émane des représentants, de l’Etat ou des citoyens. Peu importe la forme de gouvernement- le tout est de garantir la liberté individuelle et politique de chaque individu-citoyen.

Néanmoins, quelle place l’œuvre de Benjamin Constant accorde-t-elle à l’action politique, compte-tenu de la séparation définitive qu’il établit entre les sphères publiques et privées ?

II) Le libéralisme de Benjamin Constant : entre inconstance, opportunisme et prémices libertariens.

Benjamin Constant tend à subordonner la politique à l’état de fait (sauvegarde des intérêts individuels), sans nécessairement l’envisager comme la scène d’une activité politique créative menée par les citoyens eux-mêmes. Une citoyenneté par ailleurs, qui semble dépendre – pour être effective- du statut de propriétaire. Même si l’auteur récuse cette appartenance de classe, la situation matérielle semble tout de même corroborer l’idée d’une citoyenneté concomitante à la possession de capital. C’est ainsi que cette réduction de la politique établit par Benjamin Constant – aussi assimilée à l’étatique- annonce les germes du néolibéralisme contemporain.

A) Une conception de la liberté politique peu substantielle.

Dans La Cité et les lois, Cornelius Castoriadis remet en question la conception de Benjamin Constant concernant la participation politique. En effet, si celui-ci met en garde contre le repli, il n’envisage la participation citoyenne qu’en tant que surveillance de l’action des gouvernants élus – donc de manière indirecte- et oppose autonomie collective et individuelle. Cornelius Castoriadis reconnaît pleinement le risque énoncé par l’auteur des Principes. Néanmoins, il affirme que seul l’exercice effectif du pouvoir politique par les citoyens permet de remédier au repli. Plus précisément : le repli individuel est inhérent à la délégation du pouvoir civique. Il s’agit là d’une « contre-éducation politique » à partir de laquelle les citoyens n’ont plus le sens du bien public, ni ne savent prendre des initiatives.

Selon l’auteur, la liberté politique ne peut être envisagée que comme partage du pouvoir entre tous. Plus largement, une liberté tangible est le fait de citoyens actifs- signe d’une autonomie individuelle et collective. « La liberté sous la loi », telle est l’implication de l’autonomie ; auto-nomos, étymologiquement – la loi que l’individu se donne à lui-même, et par extension, que la cité se donne à elle-même. Conformément à la définition que donne Aristote de la démocratie, au sein de laquelle « le citoyen est capable de gouverner et d’être gouverné »- Cornelius Castoriadis invalide la critique de Benjamin Constant à l’égard de Rousseau. La participation citoyenne implique que ceux-ci gouvernent, prennent part aux ‘tâches politiques’, autant qu’ils sont pour un temps gouvernés par d’autres. Personne ne monopolise le pouvoir, lequel est révocable au passage. Par conséquent, l’opposition qu’établit Constant entre l’individu et la collectivité est inopérante.

Par suite, pour autant que la liberté politique soit effective, créatrice et non pas seulement conforme à l’état de fait – la séparation des sphères publique et privée est à relativiser. Non pas que tout soit politique, mais tout ce qui attrait à la sphère dite privée peut se trouver en fait dépolitiser. Preuve en est, Benjamin Constant s’oppose au droit de vote des ouvriers car aliénés par le travail, et se prononce en faveur du vote censitaire. C’est ainsi que dans La haine de la démocratie, Jacques Rancière affirme qu’une telle distinction – non pas seulement énoncée par Benjamin Constant au demeurant – constitue davantage « … la domination de ceux qui détiennent les pouvoirs immanents à la société ». Dès lors, il convient d’ « élargir la sphère publique » pour mettre un terme à une citoyenneté de classe, relative en fonction de ceux qui auraient plus de pouvoirs – économique en l’occurrence- que d’autres.

Outre cette critique du libéralisme formulé par Benjamin Constant, Henri Guillemin-historien auteur de Madame de Staël, Benjamin Constant et Napoléon (1958) – voit dans l’œuvre de Benjamin Constant un plaidoyer pour l’opportunisme, et n’entrevoie dans les engagements de Benjamin Constant qu’une inconstance chronique.

En effet, dans un article anti-bonapartiste publié le 19 mars 1815, il écrit  : « Je n’irai pas, misérable transfuge, me traîner d’un pouvoir à l’autre, couvrir l’infamie par le sophisme et balbutier des mots profanés pour racheter une vie honteuse » (Article, 150-1).Quinze jours plus tard, il rédige une Constitution pour Napoléon qui l’a nommé au Conseil d’Etat. Il s’oppose donc à Louis XVIII.

C’est ensuite qu’il publie en mai 1815, les Principes de politique par hostilité à la dictature napoléonienne. Il demande finalement Grâce à Louis XVIII et soutien la Seconde Restauration. Contrairement à ce qu’affirme Benjamin Constant à la fin de sa vie, Guillemin ne voit aucune fidélité à ses propres principes, si ce n’est maintes tentatives d’échapper aux condamnations. Benjamin Constant n’a donc jamais pris la responsabilité de ses engagements.

B) Une pensée précurseur du néolibéralisme contemporain.

Etienne Hoffman dans l’introduction des Principes de politique (édition 1997, Pluriel), souligne l’actualité de l’œuvre de Benjamin Constant. En effet, avec la montée de l’Etat –providence et la centralisation, l’autorité et l’intervention de l’Etat se trouvent accrues et même légitimées. Or pour Constant : « tout ce qui, en fait d’industrie, laisse l’industrie rivale s’exercer librement, est individuel, et ne saurait être légitimement soumis au pouvoir social. ».

En lecteur d’Adam Smith et Jean-Baptiste Say, Benjamin Constant prône l’autorégulation de l’économie. L’entreprise et la propriété privée, telles sont les libertés inaliénables par la puissance étatique. Aussi, la pensée de Benjamin Constant tend quasiment vers l’extinction de l’Etat. Elle annonce les prémices libertariens – bien que l’approche de Constant ne soit pas un éloge de l’immoralité – en faisant de l’Etat un organe de coercition en contradiction inhérente avec les libertés individuelles, et de la politique un simple garant des jouissances privées.

D’une logique économiciste, la sphère politique devenant aujourd’hui jusqu’à l’extension du domaine privé – l’on passe d’une logique libérale visant l’Etat minimal, au concours des pouvoirs publics à l’expansion du marché et son inscription dans l’économie mondiale. C’est ainsi que politiquement, l’Institution n’est plus qu’un cadre de régulation dont on a du mal à entrevoir la « modération » prônée tout de même par l’auteur.

Et sans gêne, si l’élargissement du suffrage universel engendrait déjà la méfiance, les nouveaux aristocrates se tournent désormais du côté des pauvres dont ils encouragent vivement le commerce de l’intégrité contre rémunération dûment « encadrée ». Prostitution, GPA, les femmes sont des marchandises comme les autres. Il nous reste ainsi à penser l’articulation du domaine social et politique – sans prétendre que le « privé est politique », ni qu’il existerait une scission intrinsèque. En particulier, l’impératif démocratique tendrait plutôt à ce que les femmes soient porteuses des valeurs et des principes féministes institutionnalisés – sans que des bécasses (aka E.Abecassis) prétendent que puisque l’égalité est de droit, il n’y aurait plus qu’à restaurer une rapport névrotique sadien entre les femmes et les hommes. La constance fondatrice d’une éthique féministe (à distinguer du commandement) est peut-être ce sur quoi la théorie féministe n’a pas assez creusé (pour le moment) – et d’insister sur « mon corps m’appartient », « mon choix », l’on a omis le risque de dévier à l’anomie la plus totale.

Ainsi, Les principes de politique mettent en avant des dispositions constitutionnelles au fondement d’un gouvernement modéré. La modération du gouvernement, loin d’être synonyme d’immobilisme, est au contraire la clé du pluralisme politique et de la délibération. L’encadrement des pouvoirs permet en l’occurrence, la sauvegarde des libertés fondamentales – dont les libertés individuelles se trouvant absolument inviolables. Ainsi, quelle que soit la forme de gouvernement, la sûreté, la propriété et la liberté d’association de chaque citoyen sont préservées.

En complément : Tvetan Todorow, Benjamin Constant, La passion démocratique, Hachettes Littératures, 1997, 221pp.

© Women’s liberation without 2015 (2013)

Unauthorized use and/or duplication of this material without express and written permission from this blog’s author and/or owner is strictly prohibited. Excerpts and links may be used, provided that full and clear credit is given to Women’s liberation without borders with appropriate and specific direction to the original content. However, no link is to be reproduced on slanderous motives and/or miscategorization. Therefore, before any use of network Tools such as scoop-it or pinterest, the author’s permission is required.

Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

Ne m’enchaîne pas, je m’en charge.

Par défaut

                                                       De l’auto-subordination militante.

                                                                 Restribus, Acte II.

« Et alors [que Solon] pouvait devenir tyran en s’alliant à celui qu’il voudrait, il préféra se faire haïr de tous deux [le parti populaire et le parti oligarchique], en sauvant sa patrie et en lui donnant des lois meilleures » – Aristote, La Constitution d’Athènes (XI,2).

 

Tout va toujours bien en Restribus. Intégrisme ou proxénétisme -une simple question de gestion. (Source image : http://avecunpetitrien.canalblog.com/albums/santons_7cm/photos/48052841-le_ravi.html)

Tout va toujours bien en restribus. Intégrisme ou proxénétisme -une simple question de gestion. (Source image : http://avecunpetitrien.canalblog.com/albums/santons_7cm/photos/48052841-le_ravi.html)

 

L’actualité est  bien riche ces derniers jours. Entre les tensions associatives autour de la mélanine de Marianne[1], la longueur des jupes spécialement conçues pour les femmes et les filles de confession musulmane [2] , les factions poussent un peu plus le bouchon jusqu’à mettre l’administration des établissements scolaires dans l’embarras et jusqu’au renoncement manifeste du gouvernement. Un programme des collèges faisant une place d’honneur à l’Islam, à l’instar des Lumières, facultatives – qui voudrait comprendre et connaître les fondements de l’Etat de droit ? – le latin distillé dans d’autres matières, que de nouvelles réjouissantes.

Si nous en croyons les groupuscules, la France est un pays raciste, colonial (aucun changement depuis la IIIème République, cela vous aurait-il échappé ?) et l’histoire des religions n’y aurait jamais été enseignée. Ce n’est évidemment pas le cas, mais la France est si laide lorsqu’elle ne donne pas la primauté aux clercs.

Clou du spectacle – et c’est peu de le dire – la journaliste Caroline Fourest se trouve virtuellement mise au pilori durant l’émission « On n’est pas couché » du 2 mai, face à Aymeric Caron. Son Eloge du blasphème (2015) aurait ainsi été prétexte non pas seulement à des questions stupides de type : « ne pensez-vous pas que votre analyse est biaisée et exclut les croyants » ? (reformulation) – mais également à un règlement de comptes. Cette femme blanche n’aurait donc aucun scrupule ! Défendre les principes de la République et en particulier, ce pressant devoir citoyen qu’est le blasphème est un scandale lorsque l’on a des cheveux châtains et les yeux bleus. Blague intersectionnelle à part, ces injonctions au faciès nuisent au débat démocratique – à croire que chaque participante et participant doit raconter sa vie avant de proposer. La Noblesse urbaine définirait de nouvelles modalités du débat public, dont tout engagement devrait être impérativement écarté. Un débat réussi serait un débat œcuménique, qui ne fait de mal à personne, surtout pas aux clercs : « Il n’y a pas de place dans votre argumentation pour les personnes qui ne pensent pas comme vous »- pérorer de manière insensée, identitaire, la larme à l’œil de compassion envers les serfs – voilà l’horizon (im)politique que l’on nous propose (ou impose …).

« Ne me libère pas, je m’en charge » ainsi est formulée la ritournelle gauchiste, partant du fameux slogan féministe. Les femmes, jadis, avaient pour dessein de s’émanciper de tutelles masculines – en tant que citoyennes, sujets politiques, et non en tant que poupées russes postcoloniales. Les femmes et non les mères, pauvres, blanches, vertes, prostituées ou que sais-je encore, avaient donc un projet politique de mise à distance de principes et pratiques phallocrates. Même si la rhétorique vaguement identitaire planait, peu de chances que l’envers eut été: « laisse-moi être une femme au foyer, c’est mon choix. », sous-entendu – attendons le déluge avant qu’il y ait un quelconque changement. Non, vraiment cette fascination messianique a la dent dure.

Qu’est-ce à dire précisément ? Nous connaissons la rhétorique gauchiste faussement subversive de gestion – et non pas d’émancipation, soit de rupture – d’inspiration corporatiste. Depuis les années 1980, la gauche radicale est en recherche active de prolétariat – et substitue la « classe » à la multitude morcelée mais, sans surprise, devant prévaloir dans tout agenda politique digne de- ce- nom- tribal.

Quelle différence, somme toute, entre auto-subordination (servitude volontaire) et auto-émancipation ? Une différence de degré manifestement.

Ainsi, les femmes voilées doivent « s’arranger entre elles », les femmes prostituées doivent elles-mêmes se libérer. Nous sommes tout de même en droit de demander à nos congénères probablement sous la houlette de prédicateurs et proxénètes, ainsi qu’à leurs compagnons pathologiques « de gauche » : Dans quel monde vivez-vous ?

Cela donne plutôt cette impression : je suis dans ma bulle et la politique n’est rien d’autre qu’un rapport entre usagers et pourvoyeurs de services – je suis donc en droit de narguer mes concitoyennes athées, laïques et féministes. Egocratie en plein ou New Public Management très mal transposé – quelle est donc cette obsession nombriliste ?

Les femmes sont citoyennes de pleins droits et responsables politiquement – ce n’est donc pas de « libération-ingérence » dont il s’agit, même si les coutumes patriarcales sont de fait, mais de responsabilité pure et simple. Rendre compte et raison de pratiques qui manifestement sont problématiques au regard des principes fondamentaux relève d’un exercice citoyen – et cela ne peut se faire sous un air misologue. J’anticipe les levées de boucliers perverses : « société répressive » – je pense que chacune et chacun est capable de voir les mutations politiques, juridiques et sociales des années 1950 à nos jours, tout de même ?

Un point aveugle étant de considérer les groupes politiques en termes sociologiques – et donc de faire, par exemple, des musulmanes des dévotes invétérées n’ayant une once d’esprit critique à l’encontre de stigmates d’appropriation tribale d’impureté tels le voile. L’on rétorque alors : « Oui mais, beaucoup ne pense pas comme vous ! » – pas possible ! Personne ne l’avait remarqué.

Le débat à proprement parler, lequel n’est pas une conversation, un échange de bons procédés où chacun « agree to disagree », mais une délibération requérant rigueur et souci du bien public – devient donc une sorte de déclaration de foi ou de vœux pieux, et bien sûr, tout est attaque personnelle. Les enfants sont susceptibles.

Examinons un passage historique fondamental dans notre civilisation occidentale (le gros mot). Aurait-on dû attendre qu’un athénien tyrannisé mette en place l’Ecclésia, plutôt que de laisser Clisthène – aristocrate – procéder à la réorganisation territoriale et institutionnelle annonçant les prémices de la démocratie athénienne ? En définitive, sont-ce les principes ou le « background » individuel qui devraient prévaloir ?

Bien sûr, il ne s’agit guère d’ignorer les tendances messianiques « civilisatrices » qui ont animé les entreprises coloniales et le paternalisme phallocrate – mais il y a une différence notoire et sans précédent à reconnaître autrui comme égale et donc, de confronter directement ce qui fait dissension. Assumer le conflit, tel est l’impératif démocratique, et tel est bien entendu, la première chose qu’esquivent les chefs de clan – moyennant accusations et litanies.

Alors évidemment, l’intégration Républicaine n’est pas inclusive mais discriminatoire de principes. Il est absolument fondamental, par souci d’égalité politique, que chacune et chacun soit mis devant des modalités d’organisation de l’espace politique et commun auxquels elle/il peut se fier. Si le droit et la loi sont tangents, à quel clan se vouer ? Quel recours pour une femme musulmane se référant à la « justice » qui lui sied – celle de tribunaux islamiques en Angleterre, par exemple ? Et puis, d’idéalisme à n’en plus pouvoir – l’on prétendra qu’elle a le choix ? Le Droit à la carte – religieux ou laïque, du pareil au même. Un retour à l’arbitraire féodal édulcoré sous les belles sonorités du « droit à la différence ». Différentes, mais surtout pas singulières – les bonnes sauvages doivent chérir leur « culture d’origine » pour le bien de la cause, attention.

Emmanuel Todd nous en aura fait voir – l’islam serait en l’occurrence, la religion de l’opprimé et par suite, il serait peu approprié d’émettre la moindre critique. Cette infantilisation serait gage de respect et de considération ? Outre la grave minimisation du phénomène intégriste sous l’égide d’un « clash des civilisations » ou économisme mythique – ce renoncement mène au musèlement de citoyennes faisant valoir autrement les enjeux d’un culturalisme qui brouille les repères et les termes des problèmes posés publiquement. L’injonction émergente et prépondérante, favoriser la concorde sociale plutôt que la lutte délibérative politique.

Oserait-on affirmer avec Rousseau qu’il vaut mieux une liberté politique périlleuse qu’une servitude tranquille ? Il n’est tout de même pas croyable que des acteurs se réclamant de gauche enjoignent les opprimés … à le rester et surtout, de faire l’autruche forts de lâcheté, et certainement pas de respect. Ainsi, concomitant au narcissisme militant, la servitude publiquement étalée – « Ne m’enchaîne pas, je m’en charge (et toi avec) », nouvel adage postmoderne ? Assurément.

15/05/15 : Ainsi nous continuons nos aventures dans ce monde parallèle Restribal, avec une déclaration enthousiasmante de Rokhaya Diallo cette semaine dans Paris Match – à croire qu’ils font exprès de corroborer nos propos ? « Je me bats pour que les femmes puissent disposer de leur corps, c’est à dire se voiler ou se prostituer » http://www.donotlink.com/f5dn Marcher en harmonie frémissante de conformisme avec les clercs et les proxénètes, c’est ce que l’on peut appeler un féminisme très courageux 🙂

 

[1] D’un côté une Marianne suggérée en symbole raciste puisque femme blanche et donc remplaçable par une figure plus typée selon nos audacieux, et de l’autre la manœuvre étant qualifiée … de raciste puisqu’instrumentaliserait la représentation des femmes et des hommes noirs. Y a-t-il plus royaliste que le roi ? Les clans se disputent la pureté. http://www.donotlink.com/f0nt
[2] Toutes les couleurs, toutes les tailles et tous les prix. http://www.donotlink.com/f1pg

© Women’s liberation without borders 2015

Unauthorized use and/or duplication of this material without express and written permission from this blog’s author and/or owner is strictly prohibited. Excerpts and links may be used, provided that full and clear credit is given to Women’s liberation without borders with appropriate and specific direction to the original content. However, no link is to be reproduced on slanderous motives and/or miscategorization. Therefore, before any use of network Tools such as scoop-it or pinterest, the author’s permission is required.

Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.

La Charte des valeurs québécoises face à la mythification de l’exclusion.

Par défaut

                                 Quelques mots de soutien aux citoyen-n-es québécois-e-s.

 

        Le gouvernement québécois a proposé il y a quelques jours, l’adoption d’une Charte des Valeurs Québécoises afin de palier la montée intégriste, et sa légitimation culturaliste grandissante et instituée par les accommodements raisonnables. Cris de colère de la part des gourous intégristes et ses martyres voilées, voilà que le gouvernement ne serait rien d’autre qu’un corps fasciste, raciste, et autoritaire.

Pourtant, nous voilà face à une Charte qui affirme les jalons d’une communauté politique ayant à cœur l’émancipation humaine, la liberté, et l’égalité de toutes et tous. Bien sûr, les tendances postmodernes ayant parfaitement passé un coup de lifting au bios politikos d’Aristote en faisant de la démocratie le milieu naturel des individus, le terrain est nécessairement bien entretenu pour le retour en force de pratiques phallocrato-mystiques, archaïques, mais si subversives face au monstre occidental. Huntington célébré, l’honneur du théoricien honni est sauf.

Ainsi, évidente est l’arnaque consistant à réclamer le privilège de l’authenticité culturelle, en mêlant le registre normatif et la matière principielle propre au domaine politique. En d’autres termes, il s’agit simplement d’une manipulation libérale selon laquelle l’Etat ou le politique, n’a pas à s’immiscer dans les affaires privées. Or chères lectrices, nous savons bien qu’il s’agit de laisser libre cours aux excès de zèle des demi-dieux, conquérant et privatisant l’espace commun à toutes et à tous, ainsi que l’espace politique. Il semble qu’au-delà de la sacralité des textes et pratiques religieuses féminicidaires de surcroît, dont -quelle honte !- nous serions ‘phobes’ de rejeter et de critiquer, la souveraineté individuelle paraît  d’autant plus sacrée. Car, allez dire aux femmes revendiquant le port du voile et de la burqua comme le nec plus ultra de la liberté des femmes, qu’il s’agit là d’un péché ; vous verrez qu’il y a bien un Dieu qu’elles vénèrent, et celui-ci possède un phallus très matériel, non point spirituel.

En effet, il n’est nulle part fait mention dans les écrits coraniques du port du voile pour les femmes. A l’instar de notre ami Saint Paul, qui j’en suis sûre, nos chers et chères collègues si progressistes et antiracistes n’hésiteraient pas à tancer – « L’homme, lui, ne doit pas se couvrir la tête, parce qu’il est l’image et le reflet de Dieu…Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion. », affirme-t-il- ; le coran parle du voilement comme d’une introspection que tout croyant et toute croyante doit mener. A la sourate 33, le terme ‘voile’ désigne notamment le corps humain lui-même, où apparaît la lumière divine, et mortel à la fois. Il s’agit d’un passage métaphorique, que l’on aurait pu conserver dans sa dimension proprement spirituelle. Au lieu de cela, les intégristes ont pris de sacrées libertés n’est-ce pas, mais éminemment en concordance avec les principes phallocrates. Comme le souligne le poète Mohamed Kacimi en évoquant la Charia, les islamistes reprennent les outils analytiques élaborés en Occident ( en faisant par exemple, du voile une obligation institutionnalisée et juridique pour soi-disant se distancer de la débandade moderne occidentale, tout en profitant d’une rhétorique postmoderne afin de légitimer une telle position), pour leur propre intérêt mystique autoritaire: « La Charia, c’est le mimétisme aveugle, le respect de la lettre et le mépris de l’esprit. J’ai toujours pensé que l’intégrisme était une forme d’analphabétisme ».  Pendant des siècles, les philosophes arabes ont travaillé à la fin du mysticisme. Pour ne citer qu’un seul exemple, Al-Fârâbî, premier traducteur d’Aristote, s’est consacré aux sciences et à la philosophie tout particulièrement. Si son œuvre est largement inspirée de la pensée grecque,  et qu’elle se trouve à ce titre contestable d’un point de vue féministe, il n’en demeure pas moins qu’il a mis au centre de ses études l’épanouissement intellectuel, la pensée et la sagesse découlant à cette époque, de l’activité philosophique. Tant et si bien que cela lui a valu le surnom de mubtadi, insulte signifiant ‘novateur’.

Ainsi, les luttes identitaires contre la prétendue suprématie occidentale -autant au passage, que les revendications nationalistes-, évacuent l’histoire des peuples communiquant et échangeant. La culture n’a pas de frontière, et elle ne gagne qu’en diversité. Production de l’esprit – que ce soit artistique, intellectuelle, culinaire, artisanale-, elle n’a rien à voir avec des pratiques féminicidaires, évinçant les femmes sous un voile.  Elle est le fruit de l’unicité ou de la singularité de chaque femme rétablit par la sphère politique. Or, si les modernes aiment à utiliser l’exclusion des femmes dès l’Antiquité, pour mythifier la figure de l’exclu-e, il s’avère pourtant peu adéquat d’élaborer de nouvelles catégories plongées dans une altérité telle, qu’elle ne permettraient plus de penser l’espace commun et l’émancipation. Le musèlement des femmes par le gouvernement phallocrate, est une entreprise consensuelle, autoritaire et uniformisante, visant à empêcher toute créativité politique de la part des subordonnées. Apparaître sur l’espace public, c’est s’affranchir des appartenances identitaires. Voilà ce que nous offre une liberté politique bien instituée. Voilà tout ce que ne permet pas le port du voile.

En effet, est mise en avant une théorie du complot contre les musulman-e-s. Et quid des femmes de culture musulmane critiques des pratiques mystiques ? Ces revendications identitaires créent des micro- communautés, enfermant les dissidentes qui rentreraient quelque peu dans les critères d’appartenance : femme, musulmane, orientale etécétéra dans le silence le plus totale, sous peine d’être accusées de trahison ?

Mauvaise foi mise à part, il est plus qu’aisé de comprendre qu’une organisation politique qui se veut démocratique ne peut se porter garante d’un tel projet. Le ministre Bernard Drainville, chargé des instances démocratiques le souligne très bien: la charte, qu’il nomme lui-même ‘ La Charte québécoise des droits et libertés’, a pour objet d’instaurer un espace commun, mais également pluriel en termes de liberté d’opinions. Chaque citoyen-n-e a droit à la libre expression de ses convictions politiques, au traitement égal devant la loi, et à la liberté de conscience. Nulle part n’est mentionnée une privation de ces droits – politiques quant à la libre expression de l’opinion-, pour causes confessionnelles. Une femme musulmane, catholique, protestante, orthodoxe, juive, et je vous laisse continuer la liste, peut librement s’exprimer indépendamment de ses inclinations religieuses.  Alors, pourquoi scander à l’exclusion fasciste lorsque précisément, ces droits fondamentaux s’appliquent à toutes et à tous ?

Le droit des communautaristes de revendiquer leurs pratiques phallocrato-mystiques est précisément garantit par ces principes. Nous voyons très bien de quoi il s’agit : le tout-se-vaut, le droit subjectif au détriment des droits fondamentaux, est quant à lui, garant d’une unilatéralité qui par définition, permet d’empêcher l’expression de toute dissidence. L’Etat doit organiser les cultes religieux, pour rétablir une sacralité dogmatique que les femmes ont mis des siècles à combattre. Et quel meilleur moyen que de placer cette manipulation sous l’égide normatif ? Au monstre occidental, opposons la victime orientale : les femmes voilées, stigmatisées, exclues. D’autant que contrairement à l’affirmation répandue, les communautaristes sont loin d’être contre le contrôle étatique, dès lors qu’il assure leurs intérêts via les accommodements raisonnables. On déplore ainsi une Charte stigmatisante -tandis qu’elle s’applique à toute confession et à chaque citoyen-n-e-, lorsqu’en même temps on réclame un traitement distinct organisé par l’Etat.

Pourtant, je peux vous assurer qu’il n’est pas besoin de porter un voile pour être victime de racisme. En outre, j’ajoute qu’il est plus que commode de le porter pour bénéficier d’une complaisance qui ferait pâlir de dégoût Huda Sharaawi. Revendiquer le port de stigmates patriarcaux, et ensuite lamenter la stigmatisation des femmes musulmanes ? Chères lectrices, on nous prend pour des truffes. Car une stigmatisation a bien lieu : quelle surprise les femmes se distançant des places assignées par la phallocratie déclenchent-elles. Ainsi, si vous avez le malheur d’avoir un nom exotique, je témoigne ici et maintenant des yeux ronds et les foudres que l’on vous lance lorsque vous apparaissez en tant que femme libre de ses convictions : sans voile, ni distinction particulière autre que celles qui constituent votre singularité en tant qu’être humain, exprimant un point de vue, mettons, laïque et féministe.

A l’instar de Christine Delphy qui a omis à l’époque, de passer un coup de téléphone à Khomeiny pour lui dire de péter un coup, car le voile c’est comme porter des piercings, et qu’il est à cet égard inutile de serrer les vices envers les iraniennes ; les femmes de culture musulmane se sont battues et se battent encore pour leurs droits civiques : cette capacité d’exercer un pouvoir politique effectif, dissensuel, et non identitaire, partageant un souci du monde avec leurs concitoyen-n-es. L’émancipation confère au droit sa dimension politique. Les contentieux politiques investissement les institutions. C’est ce que l’on observe actuellement en Egypte, où des femmes luttent pour une démocratie féministe,  séculaire et anticapitaliste. Aussi, quelle hypocrisie est-ce là de crier à l’exclusion, lorsque la politique et les luttes qui s’y conduisent constituent précisément une prise de position avec, mais aussi contre d’autres forces agissantes ?

La Charte des valeurs québécoises est une prise de position, l’institution de principes fondateurs et émancipateurs pour les citoyen-n-es québécois-e-s, dont la citoyenneté est de fait, garantit par un équilibre dissensuel énoncé dans la Charte elle-même. Au niveau politique, elle permet le libre déroulement des confrontations des différents groupes associatifs. Elle ne nie en rien, en reprenant les termes de Claude Lefort, ‘ la division originaire du social’.

En revanche, dans la mesure où elle admet que l’égalité relève du domaine public, l’Etat laïque constitue l’organe du maintien et du respect du principe, de l’axiome qu’est l’égalité. L’égalité est un principe appartenant à la sphère politique, mais elle est également le socle de l’espace commun (et dispositions communes) à toutes et à tous. L’école publique en l’occurrence, dépend de l’organe étatique. Dès lors, elle ne peut être le lieu où s’exprime une quelconque appartenance identitaire. Si l’école assure la passerelle entre la famille, et le monde, elle s’adresse aux élèves en tant qu’être humain à part entière. A moins de réifier les femmes en voile – ou d’en faire des barques comme le souligne si bien Christine Gamita, ethnologue et auteure du blog susauxféminicides-, les filles de confession musulmane, catholique, protestante, juive, athée, soufie, etcétéra, peuvent librement bénéficier de l’enseignement public. Encore une fois, où est l’exclusion ?

 D’autant que poser les filles en réceptacles impures, tentatrices et asservies aux demi-dieux, n’est certainement pas compatible avec une appréhension féministe démocratique et séculaire. De la même manière, les femmes travaillant au sein des services publics, comme le souligne le ministre, doivent faire preuve d’un devoir de réserve puisqu’elles sont agentes au sein d’instances où s’active la neutralité étatique. Il ne faut pas confondre la neutralité de l’Etat, avec l’indifférence et la caution étatique. La neutralité est une notion principielle que l’Etat fait valoir et respecter. Elle ne s’apparente guère au laissez-faire. D’où les sanctions en cas de manquement.

Une telle prise de position n’empêche pas de faire la critique de l’évangélisme libérale, promouvant l’hypersexualisation des femmes d’une toute autre manière que le port du voile. Notons au demeurant, dans le cas français, que cette position séculaire a été mise en oeuvre lors de la Commune de Paris, où les religieuses n’étaient pas admises dans les écoles et les hôpitaux publics en tant que souscrivant aux pratiques dogmatiques chrétiennes au sein de ces instances.

Bizarrement, les culturalistes et pseudo-féministes ont plus d’égard pour la liberté de conscience des femmes et plus importante, pour leur liberté politique lorsqu’elles sont de milieux chrétiens, que de ‘culture’ musulmane. Pourtant, je vous prie de croire qu’il y a autant de dissensions parmi les femmes ‘orientales’ qui ne parlent pas d’une seule voix, que parmi les femmes ‘occidentales’. La domination intracommunautaire existe bel et bien.

Alors, on nous targue de vouloir imposer une norme aux femmes voilées, d’entraver à leur liberté, alors que nous consacrons leur liberté de nous contredire en les confrontant à ce sujet politique, et non normatif. Ceux et celles qui imposent leurs préceptes, ce sont les gourous communautaristes. Jusque dans les instances étatiques, l’on devrait nous imposer des pratiques féminicidaires au nom du libre choix ?

Tyrannie de la souveraineté individuelle, moi je fais le choix de me ranger du côté des femmes qui luttent pour leur liberté, l’égalité, contre les carcans phallocrato-mystiques, contre toutes les formes instituées de la phallocratie.

La Charte des valeurs québécoise est un premier pas dans une lutte de longue haleine contre les intégrismes, l’autoritarisme, et pour l’émancipation humaine qu’il revient aux citoyennes de construire sans jamais baisser la garde. Les institutions se maintiennent, mais se renouvellent également. N’en déplaise à certain-e-s, la politique est un horizon indépassable, où la domination doit sans cesse rendre des comptes. Pour la masquer, exploser à coups de litanies au nom de l’intolérance témoigne manifestement d’un refus d’assumer la pluralité dissenssuelle, distincte. Or, quand on revendique des positions phallocrates et pratiques féminicidaires en nous narguant en plus, il ne faut pas s’attendre qu’à des louanges.

© Women’s liberation without borders [2013]

Unauthorized use and/or duplication of this material without express and written permission from this blog’s author and/or owner is strictly prohibited. Excerpts and links may be used, provided that full and clear credit is given to Women’s liberation without borders with appropriate and specific direction to the original content. However, no link is to be reproduced on slanderous motives and/or miscategorization. Therefore, before any use of network Tools such as scoop-it or pinterest, the author’s permission is required.

Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

http://www.lactualite.com/opinions/charte-des-valeurs-respirons-par-le-nez/  « Pour qu’il y ait neutralité, il faut qu’il y ait apparence de neutralité. Le vêtement religieux est un langage non verbal qui exprime la foi, les croyances et le code de valeurs de la personne qui le porte et c’est pour cette raison qu’elle tient à le porter. Faire prédominer cet affichage signifie que l’on place ses croyances au-dessus des valeurs véhiculées par l’État employeur. Accepterait-on qu’un fonctionnaire nous serve avec un teeshirt portant l’inscription «Je suis athée; libérez-vous de la religion»? « 

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/387315/laicite-quatre-mises-au-point-essentielles « Le symbole religieux introduit donc une barrière symbolique et une inégalité de fait entre les personnes qui le portent et les autres. Dans le cas du hidjab, par exemple, l’histoire nous montre que si plusieurs femmes l’adoptent volontairement, par piété ou pour des raisons identitaires, celles qui refusent de le porter sont souvent dénigrées et accusées d’être impudiques, harcelées et soumises à des pressions morales pour les pousser à s’y soumettre. »