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Le 29 novembre 2013, la France vote l’abolition.

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        La nuit dernière, la France a choisi de faire prévaloir les droits des femmes [1]. Nos droits fondamentaux, civiques et sociaux sans aucune réserve négociable moyennant finance. Hier l’on a affirmé les droits des femmes et des citoyennes dans la lignée de nos prédécesseures courageuses et brillantes. J’ose le dire, nous pouvons être fières nous les femmes, de la ténacité des militantes associatives, des députées abolitionnistes et de la porte-parole du gouvernement, qui toutes (et tous) ont porté ce projet féministe abolitionniste devant l’Assemblée Nationale et donné suite à la proposition de loi.

Cette proposition de loi est un moment fort dans la citoyenneté des femmes. Comme l’a rappelé Catherine Coutelle, elle est constitutive d’une République (res-publica) qui consacre l’égalité des femmes, leur dignité et le respect qui leur est dû. La République démocratique française n’entend pas faire le tri parmi les citoyennes égales, celles qui participent à la vie politique, celles qui exercent leur pouvoir politique, celles qui pensent, qui jugent, agissent, transforment, créent et fomentent des institutions nouvelles, celles qui marquent leur ancrage dans le monde (Hannah Arendt), et celles dont les droits politiques et la dignité seraient relatives. Les femmes dans la prostitution ne sont pas des citoyennes de seconde zone. Elles ne sont pas des êtres humains subalternes, ou des catégories de femmes spécifiques dont on pourrait piétiner les droits humains contre quelque monnaie.

On ne saurait que trop relayer la formulation de la ministre des droits des femmes, n’oubliez pas qu’avant de parler de prostituées, nous parlons d’êtres humains. Ainsi, la gageure qui consistait à réifier les femmes, leur être, leur chair en éjaculatoires, telles des objets ou des automates, n’est plus aujourd’hui. Quelle est donc cette  charité aristocrate qui prendrait les femmes dans la prostitution comme de pauvres filles qui ne mériteraient rien de mieux que des préservatifs pour assurer leur rôle, naturel peut-être ? L’affront que l’on fait à ces femmes, l’affront que l’on a fait pendant longtemps aux survivantes de la prostitution, c’est de n’avoir pas considéré leur intégrité en tant que femmes, libres, égales et dignes. Mépris de l’indifférence, condescendance pragmatique, les tenants du règlementarisme et impensés qu’il sous -tend, n’ont fait qu’asseoir les femmes prostituées dans la servitude.

Aucune lutte pour l’émancipation n’a été menée en référence au statut de subordon-n-és. « Prostituées » n’est donc pas un titre dont devrait découler les lois. On ne renverse pas un tort commis à la citoyenneté des femmes, à leur humanité par un simple renversement de valeurs. Le problème du système prostitionnel ne réside pas dans les stigmates qu’il engendre contre les femmes prostituées, mais bien dans le fait qu’il est contraire de manière inhérente aux principes d’égalité et de liberté, que certains tendent à confondre avec l’anomie. Et c’est bien ce que l’on observe dans les pays règlementaristes. Parquées dans des zones réservées, des lieux clos, femmes impures, malpropres que l’on ne veut pas voir, ces femmes dans la prostitution sont mises sous tutelle, forcées de passer des tests tels du bétail pour assurer la bonne qualité de la marchandise aux prostitueurs (proxys[2]).  Hygiénisme propre au XIXème siècle, c’est bien le curé voisin qui serait content. Ségrégation, isolement, désolation, l’on affirmerait pourtant en Allemagne l’égalité entre les femmes et les hommes, quand ces-derniers peuvent les acheter à leur guise (et avec ristourne selon les revenus !) ? A l’instar d’Elisabeth Badinter qui considère la prostitution comme un droit de l’homme et que la proposition de loi viendrait contredire, peut-être qu’un œil dans le Larousse ne lui ferait pas de mal. Un droit unilatéral s’appelle privilège. Or les femmes ne sont pas les privilèges, ni les biens légitimes des hommes.

On a fait des femmes dans la prostitution des objets sacrifiables, des femmes subalternes spécialement conçues pour satisfaire les désirs pervers des proxys. Et l’on nous a commandé de mettre en place des dispositions pour que cela s’effectue dans de meilleures conditions. Outre une vision romantique, nihiliste, idéaliste et fantasmée de la réalité de la prostitution, il s’agit là non pas d’une demande qui consisterait à étendre les droits universels de toutes, mais bien d’un traitement exceptionnel qui vise à assoir un état de fait abusif. Alors que l’on a lutté pendant des siècles pour mettre fin à la privatisation masculine et arbitraire de l’humanité,  l’on voudrait à présent éloigner l’humanité des droits des femmes. Puisqu’ « il y a dans l’humanité, une obligation à la responsabilité collective » (Hannah Arendt), c’est bien de cette responsabilité civique là, que l’on entend(ait) une fois de plus se dédouaner.

Dès lors, loin de l’universalisation des torts induite par les femmes qui s’affranchissent et font émerger de nouveaux principes ou donnent substance aux principes déclarés, l’on se déplace dans la perspective postmoderne à la marge. Une périphérie à partir de laquelle les modalités institutionnelles devraient simplement assurer la reconnaissance méliorative des places assignées. Ce que cela implique ? La réactualisation d’un syncrétisme patriarcaliste selon lequel le destin des femmes est scellé par le sort réservé aux hommes.

En effet, l’on rabâche l’idée fallacieuse qu’en touchant aux « clients », l’on met dans l’embarras les « prostituées ». Mais ce que l’on ne dit pas, c’est qu’en responsabilisant celui qui paie pour porter impunément atteinte à l’intégrité physique et morale des femmes, l’on permet aux femmes dans la prostitution de poser des limites, de se faire respecter, mais surtout de bénéficier d’alternatives (voir ce que propose la loi pour la réinsertion sociale http://www.assemblee-nationale.fr/14/ta-pdf/1558-p.pdf ) pour en sortir. Voilà ce que c’est, l’auto-nomie.

 Le corps humain est inaliénable (art 16 du Code Civil que la ministre a rappelé, principe constitutionnel d’autant plus), et le corps des femmes devraient y déroger ? Qu’est-ce que cela veut dire, réclamer qu’une constitution démocratique cautionne et laisse des femmes dans la misère -qu’elle soit économique et/ou traumatique (et définitivement coutumière, car 90% des personnes dans la prostitution sont des femmes)- au point d’être contraintes d’aliéner leur être et leur corps ?

De plus, parler de sexualité, quand précisément les femmes prostituées ne poseraient même pas le regard sur les proxys si ce n’était pour de l’argent ? Seule l’unilatéralité règne dans la prostitution.

Ainsi pour les femmes et les filles des générations futures, pour nos concitoyennes d’aujourd’hui et de demain, la proposition de loi affirme l’intégrité physique, morale et politique des femmes. Femmes, citoyennes, et pas à vendre !

Le combat continue mercredi prochain, et à l’échelle internationale pour toutes les femmes qui luttent contre les féminicides, prostitutionnels en l’occurrence.

Intervention de la ministre des droits des femmes à l’AN :
«  Les femmes ont chèrement conquis le droit à la libre disposition de
leur corps. Ce droit est essentiel. (…) C’est précisément parce que je soutiens
ce droit, que je ne reconnais pas le droit à disposer du corps d’autrui. Et que
je réfute de toutes mes forces, cette vision archaïque selon laquelle le corps
des femmes serait un corps disponsible. (…) Je ne veux pas d’une société dans
laquelle les femmes ont un prix. (…) Le corps humain est inviolable. Le corps
humain ne peut pas faire l’objet d’un bien patrimonial, voilà ce qui est écrit
à l’article 16 du Code Civil, et qui fait partie désormais de notre
Constitution. » – Najat Vallaud-Belkacem.

Discours de Catherine Coutelle, Présidente de la délégation aux droits des femmes.  » La loi dispose d’un message clair : il n’existe pas d’un droit des hommes à disposer du corps des femmes » – Catherine Coutelle.

EDIT : Mercredi 4 décembre 2013, la loi est votée. 268 voix en faveur de la proposition de loi, contre 138. Un moment fort pour les droits des femmes, un moment politique important pour chaque citoyen-ne. Ce qui vient de se produire est absolument crucial. En 30 ans d’immobilisme et gestion (a)politique, l’on réalise enfin ce principe intrinsèque à la démocratie : la remise en cause de la loi héritée. Privilèges phalliques intouchables l’on nous avait dit, les femmes chair fraîche que l’Etat s’il légiférait, devait fournir à qui de droit (ie aux proxys), l’action citoyenne et parlementaire ont montré la portée politique des droits humains, la non négociabilité des droits fondamentaux de chacune, et loin de l’approche priviligériale (ou libérale) de la notion de droit, l’on a fait valoir les contentieux civiques qui leur donnent substance dans une logique émancipatrice. Enfin, les femmes non plus distinguées par sous-catégories : toutes citoyennes, libres, égales et dignes !

https://beyourownwomon.wordpress.com/2013/08/23/feminisme-politique-et-democratie/

© Women’s liberation without borders 2013


[1] Vote solennel attendu le 4 décembre 2013.

[2] Je reprends le terme élaboré judicieusement ici http://susaufeminicides.blogspot.fr/2013/02/index-illustre-bal-feministe.html

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La Charte des valeurs québécoises face à la mythification de l’exclusion.

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                                 Quelques mots de soutien aux citoyen-n-es québécois-e-s.

 

        Le gouvernement québécois a proposé il y a quelques jours, l’adoption d’une Charte des Valeurs Québécoises afin de palier la montée intégriste, et sa légitimation culturaliste grandissante et instituée par les accommodements raisonnables. Cris de colère de la part des gourous intégristes et ses martyres voilées, voilà que le gouvernement ne serait rien d’autre qu’un corps fasciste, raciste, et autoritaire.

Pourtant, nous voilà face à une Charte qui affirme les jalons d’une communauté politique ayant à cœur l’émancipation humaine, la liberté, et l’égalité de toutes et tous. Bien sûr, les tendances postmodernes ayant parfaitement passé un coup de lifting au bios politikos d’Aristote en faisant de la démocratie le milieu naturel des individus, le terrain est nécessairement bien entretenu pour le retour en force de pratiques phallocrato-mystiques, archaïques, mais si subversives face au monstre occidental. Huntington célébré, l’honneur du théoricien honni est sauf.

Ainsi, évidente est l’arnaque consistant à réclamer le privilège de l’authenticité culturelle, en mêlant le registre normatif et la matière principielle propre au domaine politique. En d’autres termes, il s’agit simplement d’une manipulation libérale selon laquelle l’Etat ou le politique, n’a pas à s’immiscer dans les affaires privées. Or chères lectrices, nous savons bien qu’il s’agit de laisser libre cours aux excès de zèle des demi-dieux, conquérant et privatisant l’espace commun à toutes et à tous, ainsi que l’espace politique. Il semble qu’au-delà de la sacralité des textes et pratiques religieuses féminicidaires de surcroît, dont -quelle honte !- nous serions ‘phobes’ de rejeter et de critiquer, la souveraineté individuelle paraît  d’autant plus sacrée. Car, allez dire aux femmes revendiquant le port du voile et de la burqua comme le nec plus ultra de la liberté des femmes, qu’il s’agit là d’un péché ; vous verrez qu’il y a bien un Dieu qu’elles vénèrent, et celui-ci possède un phallus très matériel, non point spirituel.

En effet, il n’est nulle part fait mention dans les écrits coraniques du port du voile pour les femmes. A l’instar de notre ami Saint Paul, qui j’en suis sûre, nos chers et chères collègues si progressistes et antiracistes n’hésiteraient pas à tancer – « L’homme, lui, ne doit pas se couvrir la tête, parce qu’il est l’image et le reflet de Dieu…Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion. », affirme-t-il- ; le coran parle du voilement comme d’une introspection que tout croyant et toute croyante doit mener. A la sourate 33, le terme ‘voile’ désigne notamment le corps humain lui-même, où apparaît la lumière divine, et mortel à la fois. Il s’agit d’un passage métaphorique, que l’on aurait pu conserver dans sa dimension proprement spirituelle. Au lieu de cela, les intégristes ont pris de sacrées libertés n’est-ce pas, mais éminemment en concordance avec les principes phallocrates. Comme le souligne le poète Mohamed Kacimi en évoquant la Charia, les islamistes reprennent les outils analytiques élaborés en Occident ( en faisant par exemple, du voile une obligation institutionnalisée et juridique pour soi-disant se distancer de la débandade moderne occidentale, tout en profitant d’une rhétorique postmoderne afin de légitimer une telle position), pour leur propre intérêt mystique autoritaire: « La Charia, c’est le mimétisme aveugle, le respect de la lettre et le mépris de l’esprit. J’ai toujours pensé que l’intégrisme était une forme d’analphabétisme ».  Pendant des siècles, les philosophes arabes ont travaillé à la fin du mysticisme. Pour ne citer qu’un seul exemple, Al-Fârâbî, premier traducteur d’Aristote, s’est consacré aux sciences et à la philosophie tout particulièrement. Si son œuvre est largement inspirée de la pensée grecque,  et qu’elle se trouve à ce titre contestable d’un point de vue féministe, il n’en demeure pas moins qu’il a mis au centre de ses études l’épanouissement intellectuel, la pensée et la sagesse découlant à cette époque, de l’activité philosophique. Tant et si bien que cela lui a valu le surnom de mubtadi, insulte signifiant ‘novateur’.

Ainsi, les luttes identitaires contre la prétendue suprématie occidentale -autant au passage, que les revendications nationalistes-, évacuent l’histoire des peuples communiquant et échangeant. La culture n’a pas de frontière, et elle ne gagne qu’en diversité. Production de l’esprit – que ce soit artistique, intellectuelle, culinaire, artisanale-, elle n’a rien à voir avec des pratiques féminicidaires, évinçant les femmes sous un voile.  Elle est le fruit de l’unicité ou de la singularité de chaque femme rétablit par la sphère politique. Or, si les modernes aiment à utiliser l’exclusion des femmes dès l’Antiquité, pour mythifier la figure de l’exclu-e, il s’avère pourtant peu adéquat d’élaborer de nouvelles catégories plongées dans une altérité telle, qu’elle ne permettraient plus de penser l’espace commun et l’émancipation. Le musèlement des femmes par le gouvernement phallocrate, est une entreprise consensuelle, autoritaire et uniformisante, visant à empêcher toute créativité politique de la part des subordonnées. Apparaître sur l’espace public, c’est s’affranchir des appartenances identitaires. Voilà ce que nous offre une liberté politique bien instituée. Voilà tout ce que ne permet pas le port du voile.

En effet, est mise en avant une théorie du complot contre les musulman-e-s. Et quid des femmes de culture musulmane critiques des pratiques mystiques ? Ces revendications identitaires créent des micro- communautés, enfermant les dissidentes qui rentreraient quelque peu dans les critères d’appartenance : femme, musulmane, orientale etécétéra dans le silence le plus totale, sous peine d’être accusées de trahison ?

Mauvaise foi mise à part, il est plus qu’aisé de comprendre qu’une organisation politique qui se veut démocratique ne peut se porter garante d’un tel projet. Le ministre Bernard Drainville, chargé des instances démocratiques le souligne très bien: la charte, qu’il nomme lui-même ‘ La Charte québécoise des droits et libertés’, a pour objet d’instaurer un espace commun, mais également pluriel en termes de liberté d’opinions. Chaque citoyen-n-e a droit à la libre expression de ses convictions politiques, au traitement égal devant la loi, et à la liberté de conscience. Nulle part n’est mentionnée une privation de ces droits – politiques quant à la libre expression de l’opinion-, pour causes confessionnelles. Une femme musulmane, catholique, protestante, orthodoxe, juive, et je vous laisse continuer la liste, peut librement s’exprimer indépendamment de ses inclinations religieuses.  Alors, pourquoi scander à l’exclusion fasciste lorsque précisément, ces droits fondamentaux s’appliquent à toutes et à tous ?

Le droit des communautaristes de revendiquer leurs pratiques phallocrato-mystiques est précisément garantit par ces principes. Nous voyons très bien de quoi il s’agit : le tout-se-vaut, le droit subjectif au détriment des droits fondamentaux, est quant à lui, garant d’une unilatéralité qui par définition, permet d’empêcher l’expression de toute dissidence. L’Etat doit organiser les cultes religieux, pour rétablir une sacralité dogmatique que les femmes ont mis des siècles à combattre. Et quel meilleur moyen que de placer cette manipulation sous l’égide normatif ? Au monstre occidental, opposons la victime orientale : les femmes voilées, stigmatisées, exclues. D’autant que contrairement à l’affirmation répandue, les communautaristes sont loin d’être contre le contrôle étatique, dès lors qu’il assure leurs intérêts via les accommodements raisonnables. On déplore ainsi une Charte stigmatisante -tandis qu’elle s’applique à toute confession et à chaque citoyen-n-e-, lorsqu’en même temps on réclame un traitement distinct organisé par l’Etat.

Pourtant, je peux vous assurer qu’il n’est pas besoin de porter un voile pour être victime de racisme. En outre, j’ajoute qu’il est plus que commode de le porter pour bénéficier d’une complaisance qui ferait pâlir de dégoût Huda Sharaawi. Revendiquer le port de stigmates patriarcaux, et ensuite lamenter la stigmatisation des femmes musulmanes ? Chères lectrices, on nous prend pour des truffes. Car une stigmatisation a bien lieu : quelle surprise les femmes se distançant des places assignées par la phallocratie déclenchent-elles. Ainsi, si vous avez le malheur d’avoir un nom exotique, je témoigne ici et maintenant des yeux ronds et les foudres que l’on vous lance lorsque vous apparaissez en tant que femme libre de ses convictions : sans voile, ni distinction particulière autre que celles qui constituent votre singularité en tant qu’être humain, exprimant un point de vue, mettons, laïque et féministe.

A l’instar de Christine Delphy qui a omis à l’époque, de passer un coup de téléphone à Khomeiny pour lui dire de péter un coup, car le voile c’est comme porter des piercings, et qu’il est à cet égard inutile de serrer les vices envers les iraniennes ; les femmes de culture musulmane se sont battues et se battent encore pour leurs droits civiques : cette capacité d’exercer un pouvoir politique effectif, dissensuel, et non identitaire, partageant un souci du monde avec leurs concitoyen-n-es. L’émancipation confère au droit sa dimension politique. Les contentieux politiques investissement les institutions. C’est ce que l’on observe actuellement en Egypte, où des femmes luttent pour une démocratie féministe,  séculaire et anticapitaliste. Aussi, quelle hypocrisie est-ce là de crier à l’exclusion, lorsque la politique et les luttes qui s’y conduisent constituent précisément une prise de position avec, mais aussi contre d’autres forces agissantes ?

La Charte des valeurs québécoises est une prise de position, l’institution de principes fondateurs et émancipateurs pour les citoyen-n-es québécois-e-s, dont la citoyenneté est de fait, garantit par un équilibre dissensuel énoncé dans la Charte elle-même. Au niveau politique, elle permet le libre déroulement des confrontations des différents groupes associatifs. Elle ne nie en rien, en reprenant les termes de Claude Lefort, ‘ la division originaire du social’.

En revanche, dans la mesure où elle admet que l’égalité relève du domaine public, l’Etat laïque constitue l’organe du maintien et du respect du principe, de l’axiome qu’est l’égalité. L’égalité est un principe appartenant à la sphère politique, mais elle est également le socle de l’espace commun (et dispositions communes) à toutes et à tous. L’école publique en l’occurrence, dépend de l’organe étatique. Dès lors, elle ne peut être le lieu où s’exprime une quelconque appartenance identitaire. Si l’école assure la passerelle entre la famille, et le monde, elle s’adresse aux élèves en tant qu’être humain à part entière. A moins de réifier les femmes en voile – ou d’en faire des barques comme le souligne si bien Christine Gamita, ethnologue et auteure du blog susauxféminicides-, les filles de confession musulmane, catholique, protestante, juive, athée, soufie, etcétéra, peuvent librement bénéficier de l’enseignement public. Encore une fois, où est l’exclusion ?

 D’autant que poser les filles en réceptacles impures, tentatrices et asservies aux demi-dieux, n’est certainement pas compatible avec une appréhension féministe démocratique et séculaire. De la même manière, les femmes travaillant au sein des services publics, comme le souligne le ministre, doivent faire preuve d’un devoir de réserve puisqu’elles sont agentes au sein d’instances où s’active la neutralité étatique. Il ne faut pas confondre la neutralité de l’Etat, avec l’indifférence et la caution étatique. La neutralité est une notion principielle que l’Etat fait valoir et respecter. Elle ne s’apparente guère au laissez-faire. D’où les sanctions en cas de manquement.

Une telle prise de position n’empêche pas de faire la critique de l’évangélisme libérale, promouvant l’hypersexualisation des femmes d’une toute autre manière que le port du voile. Notons au demeurant, dans le cas français, que cette position séculaire a été mise en oeuvre lors de la Commune de Paris, où les religieuses n’étaient pas admises dans les écoles et les hôpitaux publics en tant que souscrivant aux pratiques dogmatiques chrétiennes au sein de ces instances.

Bizarrement, les culturalistes et pseudo-féministes ont plus d’égard pour la liberté de conscience des femmes et plus importante, pour leur liberté politique lorsqu’elles sont de milieux chrétiens, que de ‘culture’ musulmane. Pourtant, je vous prie de croire qu’il y a autant de dissensions parmi les femmes ‘orientales’ qui ne parlent pas d’une seule voix, que parmi les femmes ‘occidentales’. La domination intracommunautaire existe bel et bien.

Alors, on nous targue de vouloir imposer une norme aux femmes voilées, d’entraver à leur liberté, alors que nous consacrons leur liberté de nous contredire en les confrontant à ce sujet politique, et non normatif. Ceux et celles qui imposent leurs préceptes, ce sont les gourous communautaristes. Jusque dans les instances étatiques, l’on devrait nous imposer des pratiques féminicidaires au nom du libre choix ?

Tyrannie de la souveraineté individuelle, moi je fais le choix de me ranger du côté des femmes qui luttent pour leur liberté, l’égalité, contre les carcans phallocrato-mystiques, contre toutes les formes instituées de la phallocratie.

La Charte des valeurs québécoise est un premier pas dans une lutte de longue haleine contre les intégrismes, l’autoritarisme, et pour l’émancipation humaine qu’il revient aux citoyennes de construire sans jamais baisser la garde. Les institutions se maintiennent, mais se renouvellent également. N’en déplaise à certain-e-s, la politique est un horizon indépassable, où la domination doit sans cesse rendre des comptes. Pour la masquer, exploser à coups de litanies au nom de l’intolérance témoigne manifestement d’un refus d’assumer la pluralité dissenssuelle, distincte. Or, quand on revendique des positions phallocrates et pratiques féminicidaires en nous narguant en plus, il ne faut pas s’attendre qu’à des louanges.

© Women’s liberation without borders [2013]

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http://www.lactualite.com/opinions/charte-des-valeurs-respirons-par-le-nez/  « Pour qu’il y ait neutralité, il faut qu’il y ait apparence de neutralité. Le vêtement religieux est un langage non verbal qui exprime la foi, les croyances et le code de valeurs de la personne qui le porte et c’est pour cette raison qu’elle tient à le porter. Faire prédominer cet affichage signifie que l’on place ses croyances au-dessus des valeurs véhiculées par l’État employeur. Accepterait-on qu’un fonctionnaire nous serve avec un teeshirt portant l’inscription «Je suis athée; libérez-vous de la religion»? « 

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/387315/laicite-quatre-mises-au-point-essentielles « Le symbole religieux introduit donc une barrière symbolique et une inégalité de fait entre les personnes qui le portent et les autres. Dans le cas du hidjab, par exemple, l’histoire nous montre que si plusieurs femmes l’adoptent volontairement, par piété ou pour des raisons identitaires, celles qui refusent de le porter sont souvent dénigrées et accusées d’être impudiques, harcelées et soumises à des pressions morales pour les pousser à s’y soumettre. »

Protégé : Féminisme, politique et démocratie.

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Contre l’impunité des Féminicides.

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« Le ‘viol’ originel était politique : on a volé l’humanité d’une moitié de l’Humanité » – Ti-Grace Atkinson.

Les féminicides forment la clé de voûte du gouvernement phallocrate. Assurant l’effectivité de l’entreprise patriarcaliste, les féminicides constituent le moyen par lequel s’ancre et s’opère la superfluité des femmes  : de la discrimination au meurtre, voilà une opération décisive dans l’avilissement, le dénigrement, et la déshumanisation de la moitié de l’humanité. Je vous propose à cet égard, de découvrir l’interview de Christine Gamita, ethnologue et auteure du blog susauféminicides,afin de comprendre l’importance du concept, et sa reconnaissance dans le Droit (pénal national, européen et international) afin que cesse l’impunité de ce crime contre l’humanité.

WLWB:  Diana Russell définit le féminicide comme « le meurtre des femmes commis par les hommes, parce qu’elles sont nées femmes »[1] . A plusieurs reprises, tu as spécifié que cette définition était incomplète puisqu’elle prenait en compte essentiellement l’aspect meurtrier du concept. Peux-tu étayer l’acception du terme féminicide ?

      D’emblée, posons la simple question à laquelle personne nulle part ne vient ni implicitement, ni explicitement, qui est de savoir pour quelle raison choisir parmi les significations du suffixe, alors que « cide » complet, « cudo« , frapper, de « caedō« , infinitif, « caedere » : Frapper -Abattre, faire tomber. – Abattre, tuer. » ?

Permets-moi, d’appréhender ce grave sujet et éclairer ma propre acception (ethnologique) de féminicide par un balayage commenté de l’émergence et développement du terme au travers des premières occurrences thématiques et leurs attributs ainsi que les alternatives lexicologiques- :

1.1. « féminicide, le meurtre d’une femme. », en anglais, « femicide » satyrique (Corry, 1801[2] ) puis juridique, de droit pragmatique anglo saxon (Wharton,1848 [3] )
1.2. « féminicide » apparait en français, politique et naturaliste, ne se limite pas au meurtre des femmes et des femelles et effleure les contraintes « exotiques » (Toussenel,1853 [4] )
1.3. « Anthologie des féminicides » (non publiée, Orlock, 1974 [5] )
1.3.1. « féminicide » de « Femicides tribunal » (Russell, 1976[6] – récusé [7] »female genocide » & réactivé Orlock [8])

La formulation de Russell que tu cites « were born female » (corrigée par Russel & Harmes en 2001, cf; 1.3. 5.) pour les raisons qui m’étaient de suite venues à l’esprit en en prenant connaissance – Une dizaine d’années en moyenne reste nécessaire aux filles pour atteindre le premier palier de mûrissement, dit nubilité, voire une quinzaine -où elles ne sont pas encore des femmes et n’en accomplissent que partie des stéréotypes- Selon les us et coutumes en vigueur sur son lieu de naissance, elle va être éduquée à devenir la femme que sa société [9] souhaite qu’elle soit.
Considérer le féminicide meurtrier de masse d’élimination d’une population au sens d’un peuple (neutre mais les lignées ne le sont pas) sur le modèle du génocide se heurte à une impossibilité, dûe à l’absence de descendance de lignée exclusivement de femmes (sauf en contes, légendes et mythes masculins) –
Subdivision créée en sous-catégorie du génocide pour le sexe féminin, alors que la mise en sous-catégorie d’homicide ou de génocide relève d’une vision complémentariste, autrement dit hoministe. Humanisme écarté.

Mes réflexions sur « female genocide » et les cours de justice à investir ou créer à ce sujet des féminicides viennent plus détaillées en réponse de ta question 2.
1.3.2. « meurtre de femme car elles sont des femmes » (Russell, 1982 [10] )
1.3.3. « l’assassinat de femmes par des hommes motivés par la haine, le mépris, le plaisir, ou un sentiment de propriété les concernant » ou « sexisme » [11] (Campbell, 1990 )

1.3.4. « féminicide en soi – le meurtre misogyne de femmes par des hommes » [12] , « une forme de violence sexuelle » , « Féminicide : Terrorisme sexiste contre les femmes » [13] (Caputi, Radford et Russell, 1992 [14] )
Repris donc par IACHR concernant les féminicides intrafamiliaux, ou conjugaux (uxoricide) (Sagot, 1995 [15] )
Hormis ce que déjà facilement discernable de naturaliste dans l’étymologie de « violence » et toutes les expressions qui tentent de dire le préjudice subi par les femmes auquel ce mot participe mais en tournant toujours autour par entassement des mots, comme « une forme de violence sexuelle », ou une violence sexuelle entre autres…

Pourquoi pas, mais alors quelles sont les autres ? Cela voudrait dire que l’on peut mettre au même niveau politique les violences sexuelles concernant les hommes ? Pour ma part, je ne le pense définitivement plus.
1.3.5. « meurtre des femelles par les mâles parcequ’elles sont des femelles » [16](qui rappelle la formule de Françoise Héritier, « seule espèce qui.. ») -« femelles étant la reconnaissance de ce que beaucoup de petifes filles sont victimes de féminicides » (définition actuelle Harmes & Russel, 2001[17] )
– La formulation « femelles vs mâles » pour pouvoir indiquer que les petits garçons féminicident des petites filles ne confère-t-elle pas un aspect naturaliste, inexorable, au phénomène ? En rester au meurtre féminicide, nœud d’une impulsion, d’une colère, d’une violence aboutie, en fait un terme naturaliste, qu’il perd derechef lorsque mis en perspective dynamique d’un processus féminicide que l’on aperçoit même à son début. Justement là où plus facile à juguler, pas lorsque c’est trop tard.

– Pourquoi éviter le mot « fille », échu à la naissance du nourrisson de sexe féminin ? Plus facile à voir que là non plus, il n’y a ni égalité, ni réciprocité. Aucune fillette n’a perpétré de masculicide.

1.4. gendercide, gynocide (gynécide), sexocide-

– « gendercide » – alternative partielle sans équivalent en français, « genricide » (?)) – dévolu aux éliminations prénatales de sexe féminin, circonscrit à l’Asie, Chine et Inde (Warren, 1985 [18] ) – « Gendercide » prenant acte du concept sociologique des études de genre et théories adjacentes-

– « gynocide », « désigne spécifiquement le génocide des femmes » (1999 [19] ) – « gynocide…ou du féminicide, c’est-à-dire de cette guerre meurtrière faite quotidiennement aux femmes. » (2008 [20] ) – sous-catégoriel de « gendercide »
– « sexocide », historique – ¨Première vague de répression de la sorcellerie par les tribunaux de l’Inquisition de 1480 à 1520, puis des tribunaux séculiers de 1580 à1630 d’annihilation d’un sexe principalement (d’ Eaubonne, 1999 [21] ) – N’ayant pas lu son bouquin, j’ignore si elle se réfère aux cas actuels de « sorcières » exécutées sans lien avec les monothéismes en Océanie et Afrique.
Ainsi les alternatives de termes alentours, sexocide, et « gendercide » peuvent être dits « inclusifs » (sans correspondance en français, « genricide » (?)) restent ambigus, les deux sexes et les deux genres, comme « sexisme »; et « sexage » toujours à double braquet-

La coercition politique des féminicides ne laissent donc s’infiltrer aucun doute de qui en est cible et n’annihile en rien que les études de femmes, féministes ou de genre, se soit posé la question de la construction des stéréotypes sociaux qui enferment et spolient les femmes.
1.5. « cette agression féminicide », « atrocités sexuelles à caractère génocidaire » (Nenadic -1996 [22] )
On attend encore une fois la brutalité visible pour se servir de « féminicide »… Concernant ce point, une réponse plus détaillée suit à ta question 2. « génocide ».
1.6. féminicide – « tous les meurtres de femmes, quelle que soit le motif ou le statut de l’agresseur.” (1998 [23] )
L’auteure entrevoit-elle la possibilité d’une agresseure, écartée par Harmes et Russell, puisque seul « male » mis en cause dans leur définition ?

Des femmes participent aux féminicides meurtriers, et à tous les autres, ayant intériorisé ce rejet de leur propre sexe, voire pensant qu’en se pliant, elles vont protéger leurs filles, générer un statut social plus enviable que celui de l’état « sauvage ». Ce déterminisme social d’imprégnation favorise les féminicides mais dépouille-t-elle les femmes subordonnées de leur part de responsabilité et de libre arbitre ?

Sur l’autre versant et en dépit du dressage et de l’imprégnation [24] , l’émancipation, indépendance et autonomie économique et politique interdites (malgré les avancées partielles et partiales sur les confettis occidentaux) restent aussi à l’origine de la prise de conscience de certains et certaines et de la résistance montante.

De même que tous les privilégiés statutaires que sont les hommes n’en viennent pas à commettre des féminicides. Ceci démontre que, malgré les modèles sociaux enracinés, le libre arbitre se développe et pousse à la résistance. Notamment et alors même qu’ignorant parfois tout du droit, certains pères qui, par exemple, refusent l’excision féminicide de leurs petites filles.

– Pourquoi attendre que l’assassinat d’une femme, « manifestation extrème de la violence contre les femmes et les petites filles » advienne pour le dire ? L’instant « t » du meurtre qui tombe du ciel ? Non, point du tout, le féminicide a commencé bien avant, déjà le féminicide symbolique précédant le féminicide meutrier et passant par toutes les couleurs de la souffrance.
2. « féminicide est un concept novateur qui va au-delà du concept de D. Russell de « fémicide » car il inclut l’impunité. »[25]
Exemple dans « violence contre les femmes, dont le féminicide est une manifestation extrème » [26]. « en République Dominicaine, les féminicides apparaissent constituer le résultat de relations de pouvoir toujours inégales au détriment des femmes » (proportion d’homicides de femmes à environ 20 % et de féminicides meurtriers à 80 % – 2008 [27] -cette donnée reste à investiguer)
Plus étoffée donc encore, l’appellation au sens de Marcela Lagarde (cf. F) englobe la “qualité” intrinsèque des féminicides. Est-il étonnant que ce mécanisme patriarcal de coercition que le système qui les génère soit couvert par omerta, impunité, tolérance, confondantes à divers degrés sur la planète ? Cela colle à merveille aux « féminicides aggravés » qui frappent les petites filles et les laissent vivre à perpétuer dans l’éducation des enfants leur soumission, la subordination, la routine du terrorisme.
3. Concept féminicides [28] qui fait bilan (ethnologie -anthropologie sociale et culturelle) afin d’introduire le contentieux politique féministe et les torts causés dans le domaine législatif, selon ta formulation (approximativement de tête).

Pourquoi éviterait-on d’appeler les féminicides excisionnels et nuptiaux (compris les viols féminicides), alors que ce sont uniquement les filles qui y sont soumises et victimes ne survivant pas toujours à ces tortures ? Ces crimes n’étant pas qualifiés, leur décès ne l’est pas non plus… ni ce qui survient auparavant et qui sont les pires féminicides parcequ’ils dépècent des petites filles.
D’ailleurs, s’ils avaient un exemple de droit avec ce mot simple de féminicide, ces pères et mères qui refusent les traditions fossilisées au sein de sociétés patriarcales « cristallisées », cela leur simplifierait la vie et la résistance.

3.1 Relatant la présentation du 23 mai / 18 juin 2012 en Assemblée Générale ONU de Rashida Manjoo (ONU Femmes)[29] transcrite par une journaliste juridiquement, transmettant les données du point 33 du rapport : « Le terme « féminicide » (destruction physique, psychologique, économique, institutionnelle de la femme en tant que telle) a pris tout son ampleur dans les paroles du rapporteur spécial des Nations Unis sur la violence contre les femmes : « le féminicide est la première cause de mort en Italie pour les femmes entre 16 et 44 ans » [30]

Je remarque aussi avec tristesse que le féminicide mexicain et alentours de la côte, avec cette condescendance certaine pour l’exotisme… de l’Union Européenne qui sait parfaitement l’utiliser également concernant l’Inde. Cela ne me parait pas concevable de laisser un terme précis et puissant entre des mains nombrilistes et aféministes.

Certes, l’exhumation du terme féminicide provient du Mexique qui semble faire pendant à la montée de la contraception qui entraîne l’autonomie, l’indépendance, l’ultime décision de perpétuer la descendance qui entraîne, comme le soupçonnent certains blogs brésiliens également, un raidissement du machisme. Au XIXème, il n’y avait de résistance que le choix de l’abstinence ou du séparatisme lesbien pour échapper à cette injonction à la maternité du « sang » mâle mais, dès lors que la maîtrise conceptionnelle s’étend… (Moyens contraceptifs en 1976, 30,2 % des femmes, 1987, 52,5 % et 1995, 66,5 % au Mexique [31] versus féminicides meurtriers…Je n’ai pu vérifier cette corrélation mais ce sera aisé à qui me veut se pencher)

Je concluerai cette première réponse de notre entretien par ceci : En fait, le plus grave n’est pas la mort en soi, ce ne sont pas les féminicides meurtriers, ce sont les féminicides qui laissent meurtries et matées, mises et remises en place, l’échine plus souple, la leçon apprise, dressées à servir l’homme en tout cas. En l’occurrence, plus se dissémine la peur des agressions et des agresseurs et plus les filles se tiendront finalement à carreau.
Et lorsque le féminicide devient meurtrier, l’impression qu’il laisse dans la rétine des survivantes encore épargnées.

WLWB : Dans l’article ‘ Féminicides’, tu écris qu’ « Il suffit d’un article, un seul contre les féminicides, plus génocidaires que les génocides, et l’on pourrait espérer de s’acheminer vers une humanité de respect gynophile, ou philogyne, à votre choix. » [32]. Natalie Nenadic dans ‘Femicide : a framework for understanding genocide’ [33], suggère précisément – en prenant le cas du génocide en Bosnie-Herzégovine et Croatie- que l’introduction du terme et du crime Féminicide, définit par l’auteure comme des ‘atrocités sexuelles à caractère génocidaire’ , en tant que catégorie spécifique de crimes devant être traités comme tels par le Tribunal pénal international de l’Ex-Yougoslavie, affinerait davantage la qualification génocidaire d’un acte criminel (non plus limité à l’élimination d’un groupe racial, ethnique, ou religieux). ‘Féminicide’ comporterait ainsi les implications d’un génocide ethnique qui touche les femmes en tant que membre d’une communauté donnée et attaquée, mais dénoterait aussi le caractère systémique (voire systématique) et historique de crimes contre les femmes parce qu’elles sont nées femmes. Pour l’auteure, il s’agit par là – même d’une amélioration de la notion de ‘crimes contre l’humanité’ . Cette conception du Féminicide justifie-t-elle selon toi, son caractère plus ‘génocidaire que les génocides’? Penses-tu également que l’interdiction des féminicides dans le droit international et même en droit pénal français, devrait-être présentée dans la catégorie ‘génocide’ pour rendre manifeste le caractère systémique de l’extermination des femmes ?

    Je n’aime pas trop courir après l’actualité et la stocke habituellement « taguée » dans mon journal mais là tu me tends la perche, dirait-on ;o)
Ferais-tu donc subrepticement allusion dans ta question aux « 52 personnalités féminines » déclenchant une pétition (plateforme ONG « change ») pour faire juger au pénal international, donc sous crimes contre l’humanité, soit sous génocide, les viols en République Démocratique du Congo durant depuis 10 ans ? -Les petits garçons de même molestés seront cités, ce qui se pourrait d’ailleurs faire de même au moyen de féminicide-
Ce tribunal tierce s’occupera donc des viols de temps de guerre mais alors il faut aussi qu’elle s’occupe de la grande Cour des « féminicides de confort » !

En tout cas, j’ai presque l’impression que les « féminines » s’excusent d’être là et soulignent qu’elles sont légitimes parcequ’elles sont « vihaïpi » ? Car, pour commencer, le mot « personnalité » aurait suffi ! Ne voyant aucunement remis en cause le système par cette demande mais peut-être me trompe-je ? Est-ce tactique du petit pas, et entrisme donc réformisme, puisque tu me poses la question, justement ? Cela y ressemble… Quant aux fondements de cette demande, ci-dessous, viennent réflexions subséquentes, qui de toute façon, répondent au texte de Nenadic que tu évoques…

Dans deux cas de Tribunal Pénal Y et R cités par la pétition, il a été estimé que les agressions et esclavages sexuels féminicides étaient crimes contre l’humanité du fait d’intervenir dans le cadre de génocides ainsi que de la guerre d’un peuple patriarcal contre un autre- Cela est concédé parceque ce sont les femmes, épouses, filles, soeurs des hommes ennemis sont ciblées et réduites à néant par tout moyen, psychologique comme sexuel- Par elles, on tente de les atteindre- Par elles, on veut annihiler le clan. Ceci n’a fait qu’enfoncer le clou du patriarcalisme profond du terme « génocide ».

Mais surtout, en tout cas fort difficile à établir que le viol féminicide crime contre l’humanité car en droit international, point de viol qui tienne… car n’oublions pas que le viol féminicide n’est porté nulle part en droit pénal international : En ce qui concerne le viol, « l’élément matériel (l’actus reus) et l’élément moral (la mens rea), ne sont exposés ni dans le statut ni dans les instruments du droit international humanitaire ou des droits de l’homme ». [34]

En droit international donc ce tribunal là lui-même nous indique qu’il n’y avait pas de qualification du viol… ce qui posa problème pour au Tribunal Pénal International Yougoslavie qui a déclaré crimes contre l’humanité les viols répétés de l’esclavage sexuel des femmes ennemies par les militaires Serbes en ex-Yougoslavie.

Ainsi, il est facile de comprendre qu’un troisième tribunal pénal national ne fera nullement reconnaître la spécificité féminicide du viol de guerre et la reconnaissance et réparation des torts causés que veut réclamer le féminisme.

*Précisons tout d’abord “génocide” remis en contexte natif et de l’esprit animant son créateur –
De l’anglais, « genocide », 1945 – Du droit américain, « genocide », Raphael Lemkin, gr. genos, « naissance », « genre », « espèce »  [35]. -« Gene », constituant des chromosomes, proposé par le biologiste danois W. Johannsen en 1909, puis en allemand en 1911 [36] – Pour mémoire, sous cette forme prise en compte par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, AG des Nations unies du 9 décembre 1948 [37].

Par la racine étymologique, l’on voit donc qu’il n’y a de génocide au sens strict autre que celui du sexe féminin génétiquement parlant mais que la place est déjà prise –
Ce serait impossible à faire reconnaître car le passé pèse et vouloir se glisser en explication génocidaire, cela restera de toute façon se blottir dans la logique structurelle patriarcale pour les raisons suivantes. Tout d’abord parlant de fémincides, s’agissant de temps de paix avant tout et non pas des guerres civiles qui alimenent les génocides. C’est sur cela, ainsi que sur la racine « gène » que mon expression jouait de plus génocidaire que « génocide » (1945) – et l’insertion d’un article « génocide » exprimant le Statut de Rome des crimes contre l’humanité (1945) intégré au Code Pénal – Mettant au bas mot en lumière que le seul génocide au fond, la seule élimination du fait d’une population du fait d’un gène concerne exclusivement le chromosome « XX »…

Bien évidemment et malheureusement, le terme étant employé dans un sens passe-partout, où l’on voit d’emblée le massacre des hommes et de leurs biens, et qu’il sera plus que difficile de faire admettre que le génocide n’est que sur le sexe féminin et qu’il entraîne si nous le voulions d’en être les seules en cause. Cela ne réussira pas car le mot « génocide » contextuel est donc marqué profondément du sceau des lignées patriarcales des peuples.

Au travers de sa racine « gène » et concernant ce que dit peuple, ethnie, race, selon le territoire ou l’époque, le modèle du génocide considère une « tribu » (patriarcale en tout cas, qu’elle soit patrilinéaire ou matrilinéaire, la matrinomie et uxorilocalité dépendant toujours de l’avunculat féminin) décimée par une autre toujours de type patriarcale, phallocrate et viriarque.

Lors de ces assauts belliqueux invasifs, l’extermination de femmes a donc été englobée du point de vue de leur appartenance à un peuple, une conviction ou une catégorie de population, juives, tziganes, communistes, handicapées, syndicalistes. Des tribunaux criminels ont donc déclaré que les agressions de type sexuel d’atteinte à leur dignité et intégrité en tant que femmes de ces pays en temps d’invasion de leur pays constituait crimes contre l’humanité, parceque leur peuple était visé.
 

        *Lorsque l’on examine les déroulements des pratiques génocidaires incriminées en l’occurrence
L’on y voit qu’il n’est nullement de question l’extermination des femmes mais de l’extermination des possibilités par leur moyen de descendance des hommes du groupe ennemi ciblé (ethnique, racial, religieux, etc.).

     *Ainsi que détruire le moral des troupes et des civils, tout en tentant de les narguer et exciter, souiller et investir donc le bien précieux des hommes que sont les femmes, casser “la pureté” de génération à venir qui font se fondre au groupe d’hommes vainqueurs dont la vigueur génésique va vite effacer le métissage. Au contraire, les vainqueurs ont toujours joui de garder en vie les captives des peuples vaincus, voire éliminés ou absorbés. Dans l’ensemble, proportionnellement moins de femmes risquent l’extermination.

Une autre difficulté reste présente à mon esprit découverte pendant la guerre civile à laquelle j’ai assisté dans un pays situé en Afrique australe et Orientale. Les petites filles raptées emmenées en camp de brousse servent d’esclaves (donc sexuelles) à tous du plus grand au plus petit. Celles restées au village ne vont pas non plus échapper aux féminicides « internes », domestiques et de viols, ou excisionnels qui continuent de même que mariages… Peu importe le territoire, elles se trouveront toujours entre deux feux. Ce qui augmente encore la confusion avec la notion avancée par Nenadic de « genocidal sexual atrocities »…

 *Qu’est-ce qu’une ethnie, un génocide ethnique ? Toujours l’élimination d’un groupe humain construit sur la descendance patriarcale- Que cela soit systématique dans toutes les guerres, toujours ethniques, que les femmes soient cibles car un bien précieux ne montre pas l’aspect systémique de ce que subissent les membres de sexe féminin. Cela montre seulement que toujours les mêmes tactiques sont employées par les guerres (viriles) des hommes.

Le génocide parle de toute façon de xénophobie puisque d’extermination par un peuple d’un autre qui lui est étranger par ses coutumes et traditions. Les femmes ne constituent pas un peuple étranger. Ce serait une vue de l’esprit séparatiste et les bénéfices qui ont été les miens de la mixité à l’école à partir de 1968 –en gymnase en europe de l’est- me le font refuser car de fréquenter quotidiennement les garçons, j’ai appris tout simplement à ne pas craindre les hommes.

Jusqu’ici, les membres de sexe féminin ne sont pas constitués en groupe distinct identifiés par ses traditions à l’égal d’un seul et même peuple. Les intérêts communs varient autant que les climats.
Je te fais la grâce de ne pas folâtrer en compagnie d’amazones scythes et thraces, toutes légendarisées en mythes masculins…

   *De plus, prendre le sexe féminin comme un « groupe humain » au sens de l’élimination d’un groupe relève du culturalisme et de l’essentialisme, puisque rien n’est en commun en us et coutumes qui varient selon les règles exclusivement patriarcales. A quelque groupe de subsistance (économie du chasseur cueilleur, du pasteur jusqu’au capitaliste global) qu’appartiennent les filles et les femmes, elles obéissent aux normes mises en place par les dirigeants hommes du groupe et pas de gouvernement des femmes. Les exceptions sporadiquement émergeant comme les villages de femmes (exclues) restent structurés hiérarchiquement avec tyrannie de règles patriarcales implicitement adoptées

Sans prôner de séparatisme, il serait utile qu’à l’échelle de la planète, les femmes se conçoivent en groupe. Un vocabulaire précis et imagé peut en constituer la solidarité. Féminicide (toute dégradation) reste un terme qui pourrait évoluer dans cette perspective, il a les atouts nécessaires pour ce faire.

 Surenchérir « genocide » du qualificatif « féminin », « female », où y glisser les viols, c’est rester en subdivision (comme déjà évoqué en réponse 1), et oublier le fondement même du mot « génocide ».

Il me semble donc, afin de “rendre manifeste le caractère systémique de l’extermination des femmes”, aléatoire et peu audacieux, pour toutes les raisons ci-dessus, de mettre en catégorie juridique du génocide, les féminicides– ne s’agissant pas d’extermination du peuple des femmes (qui se référerait à la logique du prolétariat et des femmes prolétariat du prolétaria)

Il est utile dans le langage courant de souligner qu’il ne s’agit pas que de faits divers incontrolables. Le nombre ne fait pas la masse, non plus, bien que sporadiquement certains féminicides soient par leur nombre impressionnant à regarder les chiffres mondiaux. Avancée très récente due à l’hypertextualité, qui ne doit pas servir à faire dolorisme et victimisation car la souffrance n’est pas propre à donner droit mais à permettre réparation, ce qui est fort différent. Cependant, le chiffrage référencé permet d’apprécier à quel point l’axe hégémonique du système patriarcal reste unique et permet de faire reculer le déni.

    *Outre qu’appeler l’attention sur le nombre de mortes ne démontre pas le système mais simplement l’importance numérique, celle-ci restera toujours interprétable de diverses façons. En tout cas, la masse et le nombre n’étant preuve de système, ni de systématisme.
Tu auras donc lu déjà dans mon article conceptuel d’octobre 2011 que le point commun avec génocide ne peut être de subdivision ou catégorie… « les femmes ne sont pas des catégories et donc le féminicide n’est pas non plus une subdivision de génocide : 1985 – Mary Anne Warren Gendercide: les implications de la sélection sexuelle – 1985 (analogie à génocide) -« gendercide » devrait être traduit par « sexicide »-
 

Sexe n’est pas catégorie : « il serait hasardeux de laisser mettre en place des « groupes sexuels » catégoriels car cela pourrait devenir stigmatisation de diverses pratiques sexuelles. Et l’on sait les dégâts produits par l’étiquetage et le fichage, la difficulté représentée tient à la différence fondamentale (ni naturalisme, ni différentialisme, ni essentialisme) et numérique entre la violence sexospécifique féminicide et androcide ainsi qu’à l’absence de tout masculicide. La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ne prend pas en compte la catégorie sexuelle, et par le rapport Whitaker ONU, 1985 : « Il est recommandé que la définition du génocide s’élargisse et inclue les groupes sexuels comme les femmes, les hommes ou les homosexuels[2]. » [38]

Aucune raison suffisante, fondée et féministe ne m’engage à suivre les avis de Warren et Whitaker d’augmenter génocide de subdivision et catégorie sexe ou femme. Sexe et sexualité (politique) émargeant en droit international… Ce n’est pas eux que j’y veux voir, c’est le féminisme en place due de féminicide.

 *Ce que féminicide (toutes dégradations féminicidaires) et génocide (pratiques génocidaires bellicistes) ont en commun :
Non seulement leur suffixe homonyme mais aussi leur volonté préventive –
Afin que cela ne puisse plus se reproduire, y attachée la notion de négationnisme, dont nous avons grand besoin, à voir l’incitation constante du patriarcat libéral à consommer, ou à l’insulte, à la haine, au dénigrement des patriarcats religieux et autres plus phallocrites mais non moins annihilatoires.

Ils représentent bien tout deux un agissement criminel contre l’humanité bien distinct, et l’on peut préjuger que celui de féminide relève de crime contre l’humanité de conséquence encore plus dramatiques à longue échéance.

 *Concernant les cours de justice qui devraient être sommées d’appliquer les textes soumis en tout cas aux Droits Universels de l’Homme, pour lors inopérantes puisque les féminicides sont toujours sous évaluées, tolérées, voire admis- toujours parcequ’ils ne sont pas désignés, qualifiés en tant que tels-
Il n’en reste donc pas moins que ceux-ci ne jugeront qu’en fonction des qualifications existantes- Et seulement si des hommes sont eux aussi concernés, comme on pût le voir au TPIY évoqué par Nenadic.

– Comme vu devant les tribunaux français ou au Québec le Tribunal des droits de la personne, à lire la presse québecoise, s’occupe principalement des atteintes qui relèvent des origines, cultures et relgions, donc pour résumer de xénophobie. La Commission des droits de la personne qui vient aux intérêts des plaignants soutient aussi les droits homosexuels.

Mais peu d’émergence ou bien cachée de la défense des droits fondamentaux de la femme. Ainsi, une seule trace de féminicide dans un commentaire sur un arrêt de la Cour suprême canadienne questionnant sur le « consentement par avance » d’une femme dans ses rapports sexuels avec son compagnon, donc du féminicide domestique conjugal intime.[39]

Cours de justice féministe internationales, régionales ou nationales, féministes à mettre en place ?

Le modèle de 1976 (cf. q. 1) reste assez peu connu et pour cause, car faire le point des accusations ne constitue pas nterdit social- et j’ai du mal à en distinguer l’impact, il n’est cité que par Diana Russell. Une sorte de répétition générale, à l’italienne, avec partie des costumes, « femicide court » ?

– Il reste donc la Cour Pénale Internationale qui en tout état de cause pour la Yougoslavie peina énormément mais a réussi puisque l’esclavage sexuel féminicide fait par xénophobie a permi de mettre les viols en crimes contre l’humanité mais dans ce contexte uniquement– Et il n’y a pas que les viols qui soient à mettre dans le colimateur-

A ma connaissance, nul texte n’interdit d’enrichir la notion de Tribunal pénal, jusqu’ici uniquement constitué en nation par la Cour pénale internationale –Ainsi le TPIY (Yougoslavie), dont tout le monde a entendu parler du fait des sanctions effectives.

Ce qui me parait le plus audacieux et le plus puissant – Une lucarne reste donc entrebaillée et c’est la qualification juridique des féminicides qui permettrait de la transformer en baie- Alors, appuyées sur déjà dix occurrences diverses des féminicides juridiques en Amérique hispanophone, l’on pourrait demander le montage en Cour Pénale Internationale d’un Tribunal pénal international thématique – Tribunal pénal international des féminicides- En place de se plier à un troisième tribunal pénal national emberlificoté sans viol de droit international.

WLWB : En Juin 2012, la rapporteuse spéciale à l’ONU, Rashida Manjoo fait mention de la responsabilité étatique interne dans le ‘meurtre de femmes’ (alias Féminicide). Elle ajoute que les féminicides constituent une violation des droits fondamentaux des femmes, déjà condamnée par les instances internationales. Tu milites pour la reconnaissance du féminicide dans le droit pénal français. Afin de garantir l’effectivité des dispositions internationales pour contrer l’impunité des auteurs de féminicides, ne suffirait-il pas que la France signe un Protocol ? N’existerait-il pas une solution européenne ? La France étant signataire de la Convention européenne, n’est-il pas envisageable de plaider pour la reconnaissance du féminicide dans la Convention européenne, au vue des compétences de la Cours européenne des droits de l’Homme dans la condamnation d’un Etat Partie qui manquerait à ses engagements ?

     En préambule, il serait utile de rappeler que l’interdit social est généré dans nos sociétés de droit exclusivement par le moyen du Code pénal constitué par moyen législatif (assemblée de représentants élus). Cette répression et sa sanction se chargeant de récupérer les dommages qui ont été infligés à la société et aux personnes. Alors qu’au sein des sociétés coutumières, à traditions religieuses au sens large, les tabous, ou interdits sociaux, restent décrétés par un individu mâle âgé suivi et soutenu par son groupe familial, ou clanique ou tribal.

Imaginerait-on une seule fois argué, par exemple, pour empêcher d’entrer la qualification de « génocide » de ce qu’il suffisait que condamné au titre des droits fondamentaux par les instances internationales ?
Signer un énième protocole, pacte, convention, traité ne fonde pas un interdit social. Un Etat sanctionné (quelle sanction) va mieux réprimer ses ressortissants ? Cela se peut faire mais sur quel chef, si c’est sur celui simple et clair des féminicides au complet, pourquoi pas ?
Toujours faudrat-il attendre la mort des femmes pour appeler en responsabilité un Etat ?
Attendre que l’on passe l’arme à gauche pour qu’il y ait violation des droits fondamentaux ? Si l’on va par là, tout homicide en est une… Seules les mortes seraient victimes de féminicides ?

Avant, la liste est trop longue et trop disparate selon les quelques trois cents nations ! Comment cette marche en ordre dispersée pourrait-elle être utile et efficace- On passe une frontière et tout s’arrange…

Retenir le féminicide comme une sous catégorie de l’homicide, que l’on a la chance de réchapper à un féminicide et de rester vivante, l’on ne serait pas victime de féminicide. Et pour le féminicide comme pour tout ce qui précède, on revient à la case départs de nos droits fondamentaux, et qu’il suffit que les institutions internationales fassent les gros yeux ? Jusqu’à présent, l’on en voit la transcendante efficacité…

Cependant les droits nationaux étant l’expression des droits fondamentaux déclinés avec précision et si nous restons dans la logique simple de droit fondamental bafoué, quelle serait la raison de préciser les diverses agressions sexuelles. Toutes sont atteintes au droits fondamentaux, circulez, il n’y a rien à préciser ? Eh bien si

justement, il faut préciser tout ce qu’est le féminicide qui ne peut être sous catégorie de l’homicide, puisqu’il ne peut exister de sous catégorie masculicide, du fait qu’aucun fait de masculicide n’est relevé.

D’autant qu’il n’existe nulle part répertorié à ce jour de système politique de l’ordre du matriarcat vaginocrate gynarque.

Le droit international et, en particulier, la Charte onusienne des Droits Universels de l’Homme de 1948 (inspirée de la Déclaration des Droits Universels de l’Homme et du Citoyen de 1789) dit déjà tout de proscrire le relativisme sexuel et culturel, l’atteinte à l’intégrité, le droit à la sécurité de toutes, filles et femmes.

Et donc en droits nationaux, l’on se doit de préciser les régimes des sanctions. D’autre part, le droit constitutionnel français exige la précision. Les questions de constitutionnalité en sont régulièrement l’exemple, comme celle concernant le harcèlement sexuel.

L’on y remarque que l’on fait comme si les hommes étaient victimes de harcèlement sexuel, et l’argument implicite est si faible qu’il a fallu y ajouter subrepticement un point genriste sur l’identité sexuelle trans (suite à un incident d’un couple trans lesbien agressé avec ses deux enfants à Paris dix jours plus tôt environ). Agir contre ce grignotage perpétuel se fera par les féminicides qualifiées.
La reconnaissance des féminicides en Droit ne peut s’arrêter au droit pénal national –
Jusqu’ici le Conseil de l’Europe a admis le féminicide et a produit plusieurs résolutions. Sans plus de suites, sa vision se limitant à prendre acte des féminicides extérieurs, américains ou asiatiques, mais aucune des manifestatons internes à l’Union Européenne.
La Cour européenne des droits de l’Homme condamne des Etats- qui peuvent ou non appliquer le jugement- Doit-on redire que sans sanction, peut leur chaut ?

En ce qui concerne les atteintes à la Charte des Droits, la Cour de Justice Européenne peut également être saisie mais il faut une qualification massue qui n’existe pas pour l’heur, si l’on veut en tout cas que le contentieux politique féministe soit vu et reconnu à l’Europe.
Gageons que, à présent que l’Amérique latine compte une dizaine de législations qui sanctionnent le féminicide (sous des formes insuffisantes, certes, voire contreproductives), que l’Union Européenne connait le mot, ainsi que des sites associatifs de la société civile africaine et asiatique, il va s’imposer par sa précision unique et sa simplicité d’usage et qu’il ne se confond avec nulle autre conception.
Et au fait, jusqu’ici depuis donc octobre 2011, personne ne m’a indiqué les risques que représenteraient de voir sous cet angle les féminicides. Qu’est-ce que l’on risque à essayer.

WLWB: Que répondrais-tu aux critiques avançant qu’il s’agit là de ‘réformisme’ pur et simple ?
Pour ma part, il me semble que ces initiatives et dispositions entamées contre l’impunité des auteurs de féminicides est une avancée structurelle pour la libération des femmes. En effet, il ne s’agit plus de se contenter d’une superposition aux lois et aux droits élaborés indépendamment des torts commis aux femmes par les hommes, mais au contraire, d’un investissement des contentieux politiques dans le domaine législatif et judiciaire. On a là l’effet d’actions politiques féministes ‘instituantes’, qui achèvent- même si cela n’en constitue pas le tout- un changement institutionnel, à l’instar d’un gouvernement phallocrate qui confisque aux femmes leurs capacités politiques, via les féminicides justement. Sans compter l’universalisation sans conteste des enjeux féministes, voilà une belle entreprise de mise en accusation de la domination qui contraste bien avec le pragmatisme libéral si courant.

     Avancée de libération plus que structurelle, puisqu’il s’agit également de sortir de l’emprise juridique dispersive et négationniste du millefeuille des qualifications sexuelles ainsi que du déni psychologique généralisé, y compris chez les premières concernées.

Réformisme ? Il ne s’agit en aucun cas de tenter d’améliorer des structures sociales existantes par une modification légale progressive mais de frapper un grand coup dans l’antique échaffaudage pénal, en constituant immédiatement un sommet directeur conceptuel. Qui batte en brêche les atteintes sexuelles qui enferment irrémédiablement en sexualité et en pulsions à maîtriser et à soigner, alors qu’il est loin d’être question que de cela, puisqu’il est question de tout.

D’ailleurs, le génocide du Statut de Rome inscrit dans notre droit par l’article « génocide » parait-il pouvoir être taxé de réformiste ? Il a au contraire tenté de combler un néant, un trou béant car de toute éternité les « ethnies » se massacrent de toute éternité ? Prendre par le chef le code et déterminer le cap, voilà de quoi il s’agit. Insérer la théorie politique féministe au plus haut de la pyramide là où doit venir en verrou, tabou (interdit social), de sociétés de Droit qui se respectent.

De même que l’on a confondu la soumission par la force, servilité brouillée respect (respectant ce que l’on craint), il ne faut pas confondre le respect du aux femmes avec l’amour (plus ou moins courtois) qu’elles ont subi jusqu’ici- Philogyne aurait cette prétention d’aller au-delà du piètre amour féminicide des adorateurs qui se craignent eux-mêmes. « Philos » grec n’étant en rien confiné à l’amour sentimental et romantique-

Il ne s’agit pas non plus d’amorcer un dialogue ou une négociation quelconque, d’autres s’en s’ont chargé avant nous et ont manifestement atteint la limite de cette stratégie.

Bien évidemment l’instantané juridique du jour donne acte d’un palimpseste de normes patriarcales et il faut en prendre lucidement acte. Mais, c’est bien en substituant au patrilecte ronronnant un concept féministe complet, précis et acéré que nous pourrons freiner le train fou, parfois ralenti par quelques bons wagons en notre faveur. Nous n’avons pas besoin que certaines seulement voyagent. Nous avons besoin que toutes y puissent monter. Combien laissées à quai par notre norme juridique actuelle ? Tout dans le désordre, épars de ci, de là. Statique, prenant ce qui est connu mais rien de ce qui peut advenir.

En tout état de cause, l’autre option serait-elle d’instituer une norme parallèle, à l’égal des seigneurs locaux dans les territoires où les normes juridiques ne sont pas instituées législativement et dont il est si difficile de se dépêtrer ? Certainement pas, voyez les traditions soudées de l’excision féminicide… un, deux en ont décidé, le pli est pris !

Les enjeux féministes repris non pas par le pragmatisme libéral mais par un féminisme rigoureux, réaliste, qui sait allier et accorder théorie et pratique, et les rendre planétaires. Non seulement « investissement des contentieux politiques dans le domaine législatif et judiciaire » mais plus que cela, puisqu’il s’agit de mettre un terme au déni et à l’impunité. Donner un autre tour aux relations humaines et aux rapports sociaux en inscrivant clairement que la moitié féminine de l’humanité ne peut pas être maltraitée impunément. C’est, en effet, à ce moment-là que nous aurons une meilleure arme pour instruire, en tout domaine…

WLWB: Enfin, pourquoi fais-tu preuve d’un tel engagement contre les féminicides ?

     Cet engagement féministe contre les féminicides m’oblige, et tu vas m’en excuser, à partir sur un terrain plus personnel : J’ai été élevée par une ouvrière féministe dans une montagne pauvre et isolée, avec en pointillé sous d’autres latitudes la toile de fond d’autres paysages de mon enfance où la femme qui marche derrière l’homme et derrière l’âne, et d’autres encore de mon adolescence de fugueuse en rupture de ban. Restée longtemps une baladeuse sans attache…

Puis, je me suis trouvée mêlée au grand chambardement d’une guerre civile, plus possible d’ignorer la détresse, les esclaves domestiques, les esclaves de guerre, les enfants des rues, les orphelins de guerre, la souffrette, tout est venu m’exploser au visage… On paye de sa personne mais rien n’y suffit et l’on est un jour obligé d’abandonner le terrain où appris à se soucier et s’engager ! Par impuissance… Tous ceux et celles laissées là bas, sur et sous terre, je ne les oublie pas et il ne m’est plus possible d’ignorer que le même mécanisme à l’œuvre sous tous les cieux, plus ou moins masqué, plus ou moins édulcoré mais toujours contre les filles en premier.

Mes outils principaux restant l’ethnologie (docteure) et l’informatique (ingénieure) –cf. Journal ethnographique hypertextuel, en blog, de problématique des féminicides-

 

EDIT 21/11/14. Au vu de la campagne en cours, il convient de préciser la définition de l’auteure qui ne fait pas du féminicide une catégorie d’homicide. Féminicide est entendu comme cadre permettant d’appréhender tout type de féminicides, y compris « [précédant] les féminicides meurtriers »(sic).  NB : Le site de l’auteure est référencé ci-joint, ainsi que la prise en compte de ses corrections pour l’amélioration de la notion sur wikitionary. http://fr.wiktionary.org/w/index.php?title=f%C3%A9minicide&oldid=10748587

https://www.facebook.com/groups/FEMINICIDES/?fref=ts

© Women’s liberation without borders 2013

Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

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[1] “The killing of females by males, because they were born female”.

[2] Corry, John. (1801) A Satirical Review of London at the Commencement of the Nineteenth Century. Edinburgh: T. Hurst, Paternoster-Row; Ogilvy and Son, Holborn; R

[3] Wharton’s Law Lexiconin, 1848, p. 251

[4] Alphonse Toussenel, L’esprit des bêtes – Le monde des oiseaux, ornithologie passionnelle, Vol. 2, Paris, Librairie phalanstérienne, 1853  http://books.google.fr/books?id=TwGyAAAAIAAJ&redir_esc=y

[5] Carol Orlock, Anthology of femicides, 1974 cité par Josie Kaye, Femicide, Online Encyclopedia of Mass Violence, 2007http://www.massviolence.orf/Femicide

[6] First International Tribunal on Crimes Against Women, which took place at the Palais des Congres in Brussels, Belgium, from March 4—8, ending on International Women’s Day, 1976. voir p. 104-108, Diana Russel, Femicide. Crimes against women: Proceedings of the Internation  Tribunal. Ed. Diana Russell and Nicole Van de Ven. Berkeley, California: Russell Publications, 1990. http://www.dianarussell.com/f/Crimes_Against_Women_Tribunal.pdf

[7] « When the terms femicide and female homicide are used synonymously, this obliterates any information about whether the gender of the victim is salient to the crime.  This is the equivalent of equating racist homicides with all black homicides.  Therefore it necessitates the invention of another new word or phrase to differentiate sexist homicides from non-sexist homicides.  However, the researchers who have defined femicide in this apolitical way have not attempted to do.  Indeed, they show no awareness of this problem. »

[8] Marie-Louise Janssen-Jurreit, Sexismus: Uberdie Abtreibung der Frauefrage,Carl Hanser Verlag, Munich, 1976

[9] patriarcale -pléonasme puisque ne sont pas répertoriées de sociétés matriarcales matrilinéaires hystérocrates gynarches-

[10] « the killing of women because they are women », Diana Russell, Rape in mariage,1982, p. 286, cité par elle-même en 2008, archivé http://susaufeminicides.blogspot.fr/2008/05/arch-femicide-politicizing-killing-of.html

[11] « American cultural studies professor Jane Caputi, we defined femicide as « the murder of women by men motivated by hatred, contempt, pleasure, or a sense of ownership of women » (1990, p. 34) — which is to say, sexism. »,  Id. note 3

[12] « femicide itself – the misogynist killing of women by men » p. XI Preface Diana E. H. Russell, Femicide- The politics of woman killing, Jill Radford ans Diana E. H. Russel, 1992http://www.dianarussell.com/f/femicde(small).pdf

[13] « is a form of sexual violence« – p. 3 Introduction, Jill Radford,  id. note 5

[14] « Femicide: Sexist terrorism against women« , p. 13, Jane Caputi et Diana E.  H. Russell, id. note 5

[15] Montserrat Sagot, « Gender Socialization, Violence and Femicide.”  Revista reflexiones, in “La ruta crítica que siguen las mujeres afectadas por la violencia intrafamiliary” Pan American Health Organization, Research Protocol p. 6, Washington, D.C, 1995, cité par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme US http://www.cidh.oas.org/annualrep/99eng/Volume3d.htm

[16] « 2001, Harmes and I defined femicide as « the killing of females by males because they are female. », « recognition of the fact that many girls and female babies are victims of femicide. » Id. note 3

[17] « This is the definition I continue to use today »

[18] Mary Anne Warren, Gendercide: The Implications of Sex Selection. It refers to gender-selective mass killing,

[19] Antoinette Fouque, Si c’est une femme, p. 38-50, Informations sociales, n° 80, décembre 1999 – « inventaire effrayant des formes de violences dont les femmes sont victimes à travers le monde, qualifiant le sort qui leur est fait de « gynocide »(*). Pour comprendre cette situation, l’auteur propose une démarche d’inspiration analytique. Le siècle à venir permettra-t-il de reconnaître l’irréductible différence des sexes et les nécessaire complémentarité ? »

[20] p. 87, Qui êtes-vous, Antoinette Fouque, Entretien avec Christophe Bourseiller, François Bourin Editeur, 2009 (docteure en sciences politiques, « psychanalyse critique »)

[21] Françoise d’Eaubonne, Le sexocide des sorcières – Fantasme et réalité, L’esprit frappeur, 1999

[22]genocidal sexual atrocities’. ”This femicidal assault (the destruction of Bosnian and Croatian women) (…) in this genocide makes clear that the destruction of any women, any group of women, anywhere and anytime is a crime in and of itself and on its own, and that when women are destroyed, all of humanity is irreparably violated. » in Natalie Nenadic, « Femicide, A framework for understanding genocide » p. 456 de « Radically speaking: Feminism reclaimed », Collection Diane Bell and Renate Klein, Spinifex Press, 1996

[23] p. 347-352, Jacquelyn Campbell, C. W. Runyan, « Femicide: Guest Editors’Introduction. « Homicide Sutides 2.4, Print, 1998

[24] cf. Ethologie humaine

[25] A l’origine de la loi mexicaine de 2007 et du féminicide pénal mexicain- María Marcela Lagarde y de los Ríos (Ciudad de México1948) à l’origine de la Loi de 2007 http://www.mueveteporlaigualdad.org

[26] « Violence against women has received increasing international attention as a public health and human rights concern. However, femicide, one of its extreme manifestations« , Monique Widyono, Conceptualizing femicide. Strengthening understanding of femicide: Using research  to galvanize action and accountability, 2008 http://www.path.org/publications/files/GVR_femicide_rpt.pdf

[27] Cf. « In the Dominican Republic, the term feminicide is equivalent to the word femicide, which is used in other countries in the region. It is considered to be an extreme form of violence against women, which we understand to be specific, and as set forth in the Inter-American Convention on the Prevention, Punishment and Eradication of Violence Against Women,derivedd[[1]] “from the historically unequal power relations between women and men. » cf. María Jesús (Susi) Pola Z. , Intervention  » Feminicide in the Dominican Republic » p.50, cf. note 10[1]

[28] Depuis octobre 2011 dans mon blog cyberethno http://susaufeminicides.blogspot.fr/ se trouvent défendus ma définition  http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/concepts-feminicides.html

[29] Human Rights Council Twentieth session Agenda item 3 Promotion and protection of all human rights, civil, political, economic, social and cultural rights, including the right to development, Report of the Special Rapporteur on violence against women, its causes and consequences,  Rashida Manjoo** http://www.ohchr.org/Documents/Issues/Women/A.HRC.20.16_En.pdf

[30] Définition juridique de Me Giovanna Marsicohttp://www.huffingtonpost.fr/giovanna-marsico/le-sommeil-de-la-raison-engendre-des-monstres_b_1604261.html

[31] Sophie Caussanel, Les cas des mortes de Ciduad Juarez : Entre féminicide et échec du développement, IEP, mémoire,Toulouse 2004 http://www.sciencespo-toulouse.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID_FICHIER=1303308235241&ID_FICHE=11685

[32] http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/definitions-feminicides.html?q=Concepts 

[33] ‘genocidal sexual atrocities’;  ”This femicidal assault (the destruction of Bosnian and Croatian women) (…) in this genocide makes clear that the destruction of any women, any group of women, anywhere and anytime is a crime in and of itself and on its own, and that when women are destroyed, all of humanity is irreparably violated. » in « Femicide, A framework for understanding genocide » p. 456 de « Radically speaking: Feminism reclaimed », Collection Diane Bell and Renate Klein, Spinifex Press, 1996

[34] voir page 23 paragraphe 6.2 – http://www.haguejusticeportal.net/Docs/HJJ-JJH/Vol_2(3)/The%20Foca_Fiori_FR.pdf

[35] Axis Rule, Occupied Europe, 1944 (in chapitre IX « Génocide », définition des crimes nazis à l’encontre des peuples juifslaves et tzigane durant la Seconde Guerre mondiale).

[36] http://www.herodote.net/Le_siecle_des_genocides-synthese-78-121.php

[37] http://erss.irit.fr:8080/graph/cnrtl?cat=commonNoun&l=g%C3%A9nocide

[38] http://en.wikipedia.org/wiki/Gendercide

[39] « la strangulation constitue un facteur significatif de risque de femicide intime. Autoriser le «consentement à l’avance» aurait risqué de normaliser un comportement abusif et potentiellement mortel. » http://www.lapresse.ca/opinions/201105/30/01-4404285-les-femmes-inconscientes-ne-sont-pas-disponibles-sexuellement.php

Femmes, luttons contre les stigmates genristes !

Par défaut

«  … pour la créer à son image, il doit d’abord prendre son apparence, lui inculquant le mimétisme du Maître, et la déférence à son égard » – Somer Brodribb[1]

 

        Plus que jamais, il semble qu’en France la voie soit belle et bien ouverte à l’émergence des études de genre, largement popularisées par l’actualité récente. La loi pour l’ouverture du mariage aux couples de mêmes sexes, a donné lieu-comme chacun-e le sait- à des manifestations on ne peut plus grotesques somme toute, prônant le retour à un droit canonique, la complémentarité des sexes-rétablissant par là-même la vieille analogie entre nature, politique et domination- et la sacralisation des institutions soi-disant fondatrices d’un ordre politique et social stable : la famille et le mariage.

Pour remédier à cette résurgence du patriarcalisme traditionnel, les médias, la presse écrite ont amplement fait la promotion de son cousin : le patriarcalisme postmoderne. Dès lors, les études de genre se sont imposées comme l’alternative face à un essentialisme simpliste, pour laisser place à un essentialisme … plus alambiqué : réitérer les catégories sexuées, vous avez là, chères lectrices,  le chemin tout tracé vers le salut de l’humanité.

Outre le nihilisme prôné par les études de genre sous-tendues par l’idéologie postmoderne, nous assistons également à l’argutie sophistiqué et ésotérique faisant- et nous devons l’admettre, il s’agit là d’une nouvelle marque de mauvaise foi- du genre une catégorie ou concept fourre-tout- dans la noblesse que nous connaissons toutes à nos chers universitaires genristes-  parvenant à subtilement baratiner les féministes un tant soit peu soucieuses des ‘rapports de pouvoir entre les femmes et les hommes’ et leurs conséquences. Une constatation- qui reste, conformément à la tradition postmoderne, qu’une constatation- censée invalider  la dépolitisation inhérente aux études de genre dénoncées par les féministes radicales.

Bien sûr, nos chercheur-e-s en ‘gender studies’ ont vite fait d’introduire la prévalence d’un système normatif excluant, par définition, les ‘mal genrés’, les ‘déviants’, expressions regroupées dans les fameuses ‘identités genrées’. Force est de constater qu’ici le féminisme est invalidé dans ses tenants politiques, ou transformé en lutte identitaire. Pour connaître les référents théoriques du ‘genre’, je vous renvoie à l’article : ‘Le genre tombeau des femmes, mort du féminisme’.

Loin de s’inscrire dans une ‘subjectivation politique’ favorisant la désidentification au système dominant initié par le féminisme radical, nous assistons là à l’émergence d’un narcissisme masculin, cherchant par tous les moyens à consolider les pouvoirs patriarcaux au détriment des femmes. Relayées à des citoyennes de seconde zone, une de leurs fonctions principale est d’imiter le Maître afin de simuler une fausse réciprocité entre les deux sexes : l’égalité devient la simple réplique des pratiques phallocrates ; et légitimer l’ordre patriarcal.

Il n’est donc pas surprenant – bien qu’alarmant- d’apprendre la récente proposition de la Commission des droits de l’homme (CNCDH), d’introduire la notion de genre dans le droit français.

Il semble déconcertant néanmoins, que les seules voix prétendument dissidentes relayés par les médias soient celles des réactionnaires phallocrates. Pourtant il ne fait aucun doute qu’il n’est qu’une question de temps avant que les évangélistes traditionnalistes se réconcilient avec leurs cousins, évangélistes genristes, qui réintroduisent si valeureusement les conceptions chrétiennes aliénantes et déshumanisantes à l’égard des femmes, à travers une pratique mutilante tellement en vogue : le transgenrisme.  

Afin de comprendre les implications d’une telle proposition, il convient d’élucider les tenants et aboutissants du transexualisme comme pratique légitimée par la postmodernité, usant à la fois d’une rhétorique technocrate et d’une approche ésotérique transcendantale qui n’ont qu’une seule et unique visée : assurer la suprématie des hommes, en exterminant  les femmes, ie leurs corps alors défectueux, leur intellect, et les priver de leur capacité politique, en annihilant l’être politique Femme.

                                                                     ***

 

          Cela fait quelques années à présent, que le féminisme en France est cantonné autour de questions identitaires, tentant désespérément de surmonter un dualisme stérile entre nature et culture. Fondant la subordination des femmes aux hommes sur une différence biologique, la version genriste du dilemme imposé par le gouvernement phallocrate préconise la multiplicité des genres. Outre qu’il s’agit là d’un autre procédé binaire : au binarisme est opposé le pluralisme, on ne peut s’empêcher de constater une continuité manifeste avec les catégories sexuées traditionnelles fixées par la phallocratie.

Ce qui fonde le caractère postmoderne de la phallocratie, est précisément cette tendance à réitérer les pratiques dominantes, selon une logique prétendument pluraliste qui se veut consensuelle. Fondamentalement, il s’agit de faire du vieux … avec du vieux, en procédant seulement à un inversement de valeurs.  Ainsi, l’inconstance de l’individu narcissique se trouve mis en avant, et le gouvernement phallocrate tire sa légitimité du fait qu’il parvient à réguler cette ardeur individuelle, à l’organiser et à faire de la politique une scène parcellisée et privatisée par les hommes, exerçant souverainement leurs droit patriarcaux : prostitution, pornographie, BDSM, consommation, accumulation des richesses, telles sont les (quelques) instances patriarcales définissant l’ordre politique postmoderne.

L’égalité devenant une simple question d’égale satisfaction d’aspirations individuelles, les femmes n’ont qu’à faire de même : imiter les hommes, référents, symboles du sujet libre.

Dès lors, la liberté restée au stade métaphysique : ‘ je me sens libre, donc je suis libre’, la phallocratie comme organisation politique autoritaire asservissant les femmes, est occultée – et ce n’est pas un hasard- pour laisser place à des revendications identitaires fondées sur la reconnaissance du sujet opprimée, en tant qu’opprimée. Autrement dit, le genre étant, dans sa définition la plus basique (et inutile), dissociée du sexe, les identités – à la fois ce qui rassemble, et ce qui sépare, c’est ‘ ce que l’on est’ telle que constitué-e-s par l’organisation en place- genrées, ne sont rien d’autre qu’une réaffirmation non seulement des catégories sexuées, mais des fonctions sexuées. Les structures politiques patriarcales ne sont en rien changées et ce n’est d’ailleurs  pas du tout  le but de la théorie queer sous-tendue par le postmodernisme.

 Adopter le point de vue genriste revient à négliger les conséquences dramatiques et meurtrières des pouvoirs patriarcaux sur les femmes, en réduisant le système patriarcal à un système normatif.  Si effectivement la phallocratie n’est qu’une question de normes, alors nous sommes forcées de mettre sur un même plan les femmes et les hommes, indépendamment de la domination que ce-dernier groupe exerce sur le premier.

A partir de là, les femmes n’existent pas. Conformément à la tradition masculine de fétichisation, et d’objectification, en passant par la négation de la matière ; ‘femme’ devient un concept, une idée, un état d’esprit, caractérisé en même temps par un morcellement corporelle : vagin, poitrine, jambes, …. Dès lors, les femmes incarnant l’immanence, sont l’essence qui doit être détruite. L’anti-essentialisme prétendu de la théorie queer, ne repose pas sur une réfutation du pouvoir patriarcal légitimé par la nature, bien au contraire. Le transgenrisme en alléguant pouvoir prendre prossession du corps des femmes au moyen d’opérations chirurgicales, consiste à anéantir ce qu’il considère être l’essence- femme, les femmes elles-mêmes. Mais il ne faut pas s’y tromper, face au narcissisme masculin particulièrement développé par la postmodernité, il s’agit véritablement de faire disparaître les seules qui fassent sens, privées de leur autonomie politique, de leur humanité, et susceptibles en conséquence, de créativité politique : les femmes, ces Autres, qui, en conquérant leur autonomie intellectuelle, leur liberté politique, constituent une menace à l’ordre du Maître. Comme l’écrit Somer Brodribb : «  Le narcissisme masculin se trouve froissé par la singularité et l’autonomie des femmes » [2]. Les femmes remettent en question les catégories sexuées, les hommes cherchent à les renouveler, pour tenter de jusifier le bien-fondé de l’ordre patriarcal.

        Par conséquent, au mieux nous pouvons parler, en reprenant l’expression de Janice Raymond  dans L’empire transexuel , d’humanisme[3] ‘androgyne’– dans le sens où l’androgynie reprend les caractères masculins et féminins établit par la phallocratie, en y supposant l’équilibre ou l’interchangeabilité- mais certainement pas d’approche féministe politique, puisque le cœur même des fonctions sexuées – à savoir la subordination des femmes aux hommes, dont l’existence est annihilée- n’est pas remise en question. La multiplicité des genres détourne du vrai problème posé par le féminisme : une organisation phallocrate dont la structure est patriarcale, autoritaire et procèdant à l’extermination des femmes, physiquement et politiquement, par la privatisation de la scène politique détenue par les hommes, gangréné par le patriarcalisme et entravant toute tentative d’actions politiques féministes.

                       Les hommes ont davantage recours aux opérations de changements de sexe. S’il y a en effet des femmes-en minorité- qui subissent de telles opérations, cela reste indéniablement en cohérence avec un système de valeurs phallocentré. Clairement, le transgenrisme est une pratique misogyne initié par les hommes, pour les hommes, selon leurs valeurs. Par ailleurs, elle remet largement en cause l’intégrité du corps, et peut-être considérée comme une atteinte aux droits humains. Néanmoins, cette conception se trouve mise à mal par un pouvoir politique soumis à la technoscience : l’homme n’est plus seulement maître de la nature, il en est le créateur.

            Revenons un instant sur les fondements de la pensée postmoderne. Elle s’est développée dans les années 1980 (les prémices ayant étaient élaborés dans les années 1950 par le post-structuralisme) après l’effondrement des idéologies libérales et soviétiques d’alors. La ‘Fin de l’Histoire’ avérée selon ces auteurs, il fallait surtout comprendre par-là, la ‘fin du politique’. En effet, les attributs du politique ayant été ramenés à tout ce qui précisément détruit le politique, à savoir l’accaparement de l’outil étatique par les seuls gouvernants (domination), les penseurs de la postmodernité prônent la relativité, l’inconstance, et la prévalence de l’outil scientifique pour dépasser les contraintes matérielles.  Assurant la suprématie du ‘moi’ envers et contre-tout, la politique devient un procédé proprement im-politique, réhabilitant un nihilisme totale : tout se vaut, ni jugement, ni confrontation, la pire des injustices n’est qu’une conséquence inévitable du politique. Et pour cause, la désobéissance, la révolte ferait partie intégrante du pouvoir qui ‘donne tout’, c’est-à-dire qui définit les instances politiques auxquelles les individu-e-s ne peuvent échapper. Dans cette perspective ultra-fonctionnelle, l’action politique n’est qu’un effet de la domination (assimilée à la politique). Alors, l’apathie, la mort ‘violente’,  sont les seules alternatives à la mort ‘lente’ imposée par le système. «  L’Ere du vide » est donc celle de la dématérialisation et de la déréalisation, narcissisme et désolation oblige : seuls les mots ont une importance à travers l’analogie qu’ils dessinent. Car il faut garder une chose à l’esprit : dans ce néoplatonisme le symbole est plus réel que le matériau incarné.

A partir de là, la théorie queer exploite la crise existentielle des hommes pour élaborer un subtil évangélisme genriste, assurant la translation entre la conception chrétienne du corps des femmes comme impures, impropres et défectueux ; à la conception postmoderne qui prône sa disparition totale. Par-là, les hommes veulent être créateurs de la nature – Dieu le père- pour corriger une capacité qu’ils n’auront jamais : celle de donner naissance[5] . C’est ainsi que Jean- François Lyotard affirme dans Les immatériaux : «  S’il s’avère que vous détestiez être un homme, la biochimie et la chirurgie peut vous donner un corps de femme. Vous pouvez échapper à la destinée que l’on vous a tracé ».  La technique renforce alors la suprématie des hommes : en prenant le corps des femmes, ce sont les femmes elles-mêmes qu’ils réifient et redéfinissent. La dissociation matière/esprit assure une relativité telle, qu’elle anéantit non seulement symboliquement les femmes, alors matrices, l’origine, l’immanence selon les postmodernes, mais aussi physiquement par la légitimation de pratiques mutilantes qui rendent impossibles la contestation politique. Si en effet être femme n’est qu’une abstraction, aucune des instances phallocrates ne peut être attaquée : féminicides, assujétion, et enfin extermination, l’idéologie postmoderne renforce le pouvoir patriarcal, et le caractère autoritaire de la phallocratie : pourvoir du phallus, seul signifiant, sa légitimité est assuré par la dé-matérialisation postmoderne et une pseudo-réciprocité entre femmes et hommes-par une prétendue pluralité individuelle-laissant les hommes s’emparer de la technique, sur laquelle se fonde le patriarcalisme postmoderne. Comme le souligne Janice Raymond : «  Le transexualisme des hommes devenant des femmes, n’est qu’une variation relativement récente de ce thème selon lequel les organes génitaux féminins sont complètement séparés du corps des femmes et qui, par la chirurgie, finissent par être contrôlés par incorporation dans un corps d’homme ».

On comprendra mieux dès lors l’assertion des militants transexuels prétendant savoir plus que les femmes qui elles sont (singularité), lorsqu’ils ne font valoir que ce qu’elles sont (identité)[7]. Par narcissisme, les hommes tombent amoureux de leur reflet jusqu’à subir des opérations chirurgicales. C’est la fusion avec les objet qu’ils ont modelé à leur image qu’ils souhaitent. De la sorte, par l’incorporation des organes féminins, ils « engendrent » d’autant plus de femmes sur le modèle du Maître ici totalement incarné. Les autres femmes, insubordonnées, n’étant que des hommes ratés, défectueux.

Nous l’avons entendu maintes fois : « Être une femme née dans un corps d’homme », pathos et crise existentielle, les femmes doivent se taire et faire preuve de compassion à l’égard de ces pauvres hommes qui n’hésitent pas à les anéantir : «  Les femmes doivent demeurer l’essentiel (essentialistes) : leurs discours requièrent notre silence, leur esthétique notre sacrifice, et leurs écris prennent notre morphologie comme support »[6]. Le transgenrisme est un moyen (presque) nouveau de contrôler les femmes par l’accaparement corporel, et politiquement, par l’annihilation de l’être politique Femme.   

                  La psychanalyse Lacanienne a amplement influencé la pensée postmoderne, et la théorie Queer à plus forte raison. Le maître mot : glorification du phallus, seul signifiant, seul pouvant être désiré. Le phallus est créateur, tout en symbolisant la mort. Les femmes ne peuvent accéder à la jouissance qu’en célébrant le phallus, par lequel elles renaissent. Dès lors, femmes et hommes, pour accéder à la transcendance doivent procéder à un matricide : «  Pour l’homme et la femme la perte de la mère est une nécessité biologique, le premier pas vers une existence autonome. Le matricide est notre nécessité vitale, la condition sine qua non de notre individuation (…). » (Julia Kristeva). Outre le fait de présenter les femmes comme des hommes défectueux, voilà l’autorité du père rétablit, structure essentielle au gouvernement phallique. La mort de la mère, symboliquement la mort des femmes, assure la rédemption de l’homme, et sa résurrection. Il est le créateur, il ne naît pas d’un corps de femme, mais il créée les femmes priées d’entrer dans les bonnes grâces du Père. Les femmes, sujets politiques autonomes, créatrices de la vie, pas seulement en termes biologiques, mais en terme politiques par leur participation au monde, cadre de la vie politique, est impensable. Les femmes sont souillures, impropres, incapables de pensée et de raison, seule l’idéologie masculine permet de remédier à l’hétéronomie inhérente à l’être femme. Hors du phallus, point de salut ! Imitatrices, elles ne peuvent produire de savoir originel.

En conséquence, l’inconstance et la suprématie technocrate prônées par le postmodernisme, ne cessent d’éloigner les femmes de la sphère politique, sommées de s’identifier au seul signifiant : le phallus, régissant l’ordre consensuel (dominant). En donnant l’illusion d’une égalité mimétique au demeurant, entre femmes et hommes, la postmodernité dépolitise la question de l’oppression patriarcale.  Et pour cause, étant réduite à un système normatif, la phallocratie ne devient plus qu’une question de reconnaissance identitaire, les femmes sont alors loin d’être la préoccupation première. Puisqu’en effet, si la féminité est davantage une norme, plus qu’une fonction sexuée, alors les femmes suivant cette norme seront considérées comme privilégiées par rapport aux ‘mal –genrés’, les exlus, c’est-à-dire les hommes en crise existentielle. On appellera dès lors ces femmes : ‘CIS’. Un stigmate qui marque au fer rouge le contrôle des hommes exercé sur les femmes par le transgenrisme. Ceux-ci parviennent à re-nommer les femmes, à les redéfinir, et par là-même à réitérer une conception dénigrante et déshumanisante des femmes, de leurs corps, de leur être en marquant leur superfluité. Cette superfluité est la conséquence de la mort de l’être politique Femme, du moins sa tentative de meurtre. La capacité des femmes de juger, de se révolter, de résister, de se définir, de faire valoir leur singularité est entravé par une conception nihiliste du politique selon laquelle, rien n’a d’importance. Résignation oblige, elle s’effectue sur un mode ‘cool’, dont le contrecoup immédiat est le renoncement à la capacité du politique. Caractéristique de tout gouvernement à structure patriarcale, l’auctoritas annihile à un point tel, que les postmodernes tentent par tous les moyens de vicier le féminisme politique obéissant à un leitmotiv dissensuel : tout peut changer. En effet, si les femmes font sens, si elles s’emparent du pouvoir politique et parviennent à déprivatiser l’espace politique d’entre les mains des hommes, c’est toute l’idéologie postmoderne qui s’effondre, et par là-même, la suprématie masculine perd son effectivité.

                                                                             ***

           Le gouvernement phallocrate organise la subordination des femmes jusqu’à leur extermination par les gynocides. Les femmes sont déniées leur statut d’être humain, d’être politique, par des instances patriarcales aliénantes qui détruisent toute leur créativité, leur intellect, leur intégrité physique : prostitution, pornographie, division sexuelle du travail, dépolitisation de leur condition …. Face à une telle situation, le féminisme politique doit avoir une conception instrumentale de l’action, qui vise des moyens précis pour des objectifs précis : la libération des femmes, en vue d’une revalorisation du pouvoir politique exercé effectivement par les femmes. Or, avec l’influence des études du genre, et le transgenrisme fondé par l’idéologie postmoderne, cet état d’urgence est marginalisé et occulté, même aggravé par une approche qui réitère les pratiques dominantes, moyennant un culte scientiste et l’incarnation de ‘Dieu le père’ en chaque homme, détenteur du phallus. La technique est monopolisée par les hommes tentant de renforcer par-là même une filiation patrilinéaire, et ses modalités se trouvent par conséquent, définit par ce groupe tirant sa légitimité d’une compétence alliant à la fois science et fiction. Ainsi, le ‘genrisme’ a non seulement des conséquences politiques, mais l’introduction du ‘genre’ dans le droit français risque de fragiliser d’autant plus les droits des femmes –toute proportion gardée- parvenant tant bien que mal à les protéger. J’espère que le gouvernement français, aussi déplorable soit-il, ne va pas faire l’affront aux citoyennes françaises de prouver, comme en Argentine, l’authenticité de leur sexe.

Ainsi, chères lectrices, chères femmes, je vous demande de prendre garde au sophisme genriste, si séduisant soit-il. On ne peut pas troquer notre liberté politique contre une liberté métaphysique qui ne bénéficie qu’aux hommes, au grès de leurs caprices sadiques. Nous sommes des femmes, des êtres humains, des êtres politiques, dignes et nous devons lutter contre la suprématie masculine qui nous empêche de vivre en être libres et politiques. Nous ne sommes pas ‘cissexuelles’, nous ne sommes pas des hommes défectueux, et nous ne laisserons pas les hommes nous détruire davantage : les féministes se sont battues pendant 150 ans pour que l’on ait des droits, à nous de lutter  à présent pour mettre à bas l’organisation phallocrate tout entière.

NB : Pour les genristes qui parviendraient à résumer cet article en un seul mot : ‘transphobe’, merci de confirmer la pertinence de ce post.

 

© Women’s liberation without borders [2013]

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[1]  “… to create her in his image, he must be able to take her image, educating her to sameness and deference”, Somer Brodribb, in Nothing Ma(t)ters, pxvi.

[2]“ Male narcissism is outraged by otherness and female autonomy’’, in Nothing Matters.

[3]Le terme d’ « hominisme » conviendrait davantage. Il est définit ici, article indispensable à lire !

[4] Nous ne sommes pas dupes, le genrisme est une idéologie.

[5] Je reprends cette image d’après celle qu’élabore Jean-François Lyotard.

[6] “ And woman remain essential(ist) : their speech requires our silence, their aesthetics requires our sacrifice, their writing requires our form’’, Somer Brodribb in Nothing Ma(t)ters.

[7] Le transgenrisme ne fait que réactualiser une conception traditionnelle de la féminité, enfermant les femmes dans une essence dont les hommes assurent la pérennité par l’accaparement du corps fétichisé de LA femme et sa caricature.