Archives de Tag: démocratie

Sacré choix : les robinsonnades du féminisme contemporain.

Par défaut

« En écartant toute forme d’objectivité, les théoriciens font à présent de la théorie, bien comprise comme l’élucidation d’un état donné, une entreprise purement esthétique où les limites séparant le politique du culturel disparaissent » – Gregogy Smulewicz-Zucker & Michael J.Thompson . [1]

       Le vieux Marx nous avait déjà appris des monades libérales, qu’il nommait lui-même avec ironie : « robinsonnades »[2] . Ainsi, l’individu, fort de ses droits naturels et inaliénables, peut tranquillement vaquer à ses occupations et veiller à sa propre conservation. L’homme-individu est isolé, et ne saurait s’associer avec ses pairs – si ce n’est pour rappeler l’Etat à ses devoirs garantissant une jouissance matérielle et immédiate.

La liberté circonscrite en nécessité forme ainsi le socle des constitutions modernes. Mais il serait bien hasardeux de prétendre que le libéralisme que nous qualifierons d’ « apolitique », reste conforme, tant dans sa conceptualisation que dans le soubassement de l’action publique contemporaine, aux prémices vantés par les Pères fondateurs. Précisément, la « postmodernité » ne constitue pas seulement une étape chronologique, ni un contenu simplement esthétique, mais un ensemble de postulats structurant le fonctionnement des Institutions et par là-même, la dynamique entre acteurs et actrices de la société politique.

Dès lors, il s’agit dans le présent article d’en examiner succinctement les enjeux au regard d’une tendance (prétendue) féministe faisant du « choix » et du « consentement » les fondements de revendications présentées comme « progressistes ».

Quand le privé devient politique

       Il convient dans un premier temps de préciser les termes de la citation d’ouverture. Si des critères extrinsèques au domaine politique font à présent office d’injonctions égotiques impérieuses auprès des pouvoirs publics, mais également des citoyens et citoyennes au sens aristotélicien du terme – il s’agit moins d’un entrelacement entre « politique » et « culture », que d’une confusion entre le social et le politique. Car au sens le plus classique de la notion, il n’est de culture qu’une production de l’esprit- et plus particulièrement, de Culture Publique permettant le concours de chacune et chacun à l’élaboration réfléchie du socle et du matrimoine communs. La « contre-culture » américaine que l’on observe dans les années 1960 par exemple, relève davantage d’un rapport de défiance à l’ « Establishment », et d’arrangements marginaux censés favoriser l’exploration du « moi » profond, de modes de vie débridés et infantiles propres à faire râler les vilains parents trop « square ».

Cela est pourtant dans ce contexte que le féminisme émerge, une nouvelle fois, après cent cinquante ans de lutte. Il ne s’agit guère de revenir sur les revendications et les logiques qui les ont animées – néanmoins, quelques slogans, en France, ont mené à des récupérations contemporaines qui posent, en tout euphémisme, problème. Les trois principaux : « Mon corps m’appartient », « Le privé est politique », ou encore l’expression : « la liberté de disposer de son corps », constituent aujourd’hui le mantra des groupes dits « pro-sexes » ou « intersectionnels ».

Qu’est-ce à dire ? Premièrement, il n’est plus question, à l’instar de Karl Marx, de « robinsonnades » en toute quiétude et gentiment misanthropes ; mais plutôt d’un morcellement infra-politique à partir duquel la politique et même la « justice sociale », ne s’apprécient qu’en tant que l’autorité publique facilite la coexistence d’intérêts divergents. En toute indifférence, l’action féministe contemporaine ne consiste plus aujourd’hui à relever les enjeux d’actes en dissonance au regard des principes fondamentaux notamment, mais à militer en faveur d’un accompagnement d’un état donné en fonction du ressenti, de l’appréhension, du sentiment, des névroses diverses et variées, que peuvent expérimenter les femmes et les hommes.

Or, cela ne va pas sans une caution intellectuelle bien installée dans les chaires universitaires. Un des « cas d’école » les plus assassins en relativisme pragmatique sous couvert compassionnel, est en fait un discours prononcé par Judith Butler en 2012, à l’occasion de la remise de prix Adorno, intitulé : « Qu’est-ce qu’une vie bonne ? »[3] . La philosophe, d’une très grande générosité, déplore le sort néolibéral s’acharnant sur les « minorités » et les précaires. Elle s’interroge ainsi sur la capacité de mener une « vie bonne » dans un monde « mauvais »[4] .

Néanmoins, elle refuse, comme beaucoup de penseurs postmodernes non point friands de nihilisme propre au XIXème siècle, le repli individualiste, exclusif, et propose au contraire de penser une société qui permettrait la coexistence de « vies plurielles ». Chacune et chacun doit toutefois être capable de réfléchir et faire sens de son propre mode de vie. Mais ce sens ne relève pas d’une logique « top-down ». Car les individus sont toujours fragiles face à l’institution. Une bonne institution, est une institution au chevet du corps souffrant. Pourtant, la société contemporaine, selon l’auteure, est régie par une « biopolitique » hiérarchisant les modes de vie. Nous y voilà.

       L’Etat Big-Mother [5] prend soin de ses petits, citoyens-victimes, pommés dans la jungle de la responsabilité civique et, car il faut bien entretenir la flamme de la « radicalité », toujours en pleine fantasmagorie du pouvoir [6] au cas où l’on oserait leur dire : « non ». Ce « paternage intensif », si on laissait de côté les élucubrations psychanalytiques, montre toute la portée d’une privatisation du domaine politique.

L’on ne compte plus les conséquences d’une telle démarche. La plus récente, les recommandations d’Amnesty International rendues publiques le 11 août 2015, en vue d’une libéralisation du servage sexuel. « Mon corps m’appartient », il est donc un objet d’échange. Les Etats n’ont rien à dire, car les femmes prostituées ne sont pas de pauvres ingénues qu’il faudrait secourir. Par contre, l’Etat doit accéder à toute requête matérielle en l’occurrence, favorisant le libre exercice de l’activité prostitutionnelle. Une logique comptable et gestionnaire, mais sous-tendant une « vie bonne » si l’on en croit l’appréciation butlérienne.

Les dernières conclusions d’Emmanuel Todd dans son ouvrage Qui est Charlie ? (2015) obéissent à la même logique. Les musulmans sont une classe opprimée et stigmatisée. Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont commis une infamie en osant rire de l’intégrisme islamiste. Les manifestations du 11 janvier 2015 étaient en réalité, une réaction purement bourgeoise – en attesterait la composition sociologique des manifestants. Dès lors, le principe fondamental de laïcité est une forme de domination. Prétendre que le voile est une négation de l’égalité constitutionnelle entre les femmes et les hommes, ainsi qu’un non -respect de la laïcité relève d’une « phobie » anti-islam. Les filles ont bien le droit de s’habiller comme elles le souhaitent en Etat libéral.

       Il faut ainsi reconnaître ce subtil mélange complémentaire entre un égotisme décomplexé – car finalement, nulle considération de principe et rationnelle n’est requise pour justifier la « problématicité » de ce qui fait office de revendication – et un élan humanitaire concrétisé par une intervention institutionnelle censée remédier à toutes contraintes freinant une maximisation utilitaire. Bien qu’il soit sur toutes les lèvres, sans jamais être défini- tels sont les attributs du néo-libéralisme.

A plus forte raison, la notion de « néolibéralisme à visage humain » n’est pas simplement un prétexte économiciste, mais elle est le ressort privilégié d’une tendance féministe postmoderne.

Féminisme-caprice et éthique post mortem

Dans la lignée de ce qu’affirmait le philosophe Günther Anders déplorant la prégnance du « fantôme de la consommation » sur le monde commun :

« Parce que au-dessus de nos têtes, à nous qui opérons ce libre choix, avant même notre libre choix, on a tranché » [7]

L’incantation du « libre choix » et d’une éthique prétendument compensatoire constitue si ce n’est un leurre, une légitimation indéniable de toute licence coutumière patriarcale- quoiqu’évidemment, non point jugée comme telle.

En effet, le « bon » de la vie postmoderne, repose en fait sur la bienveillance supposée de chacune et de chacun, sans examen à l’égard du fondement d’un acte. Autrement dit, le summum de la liberté célébrée en monade égotique, porte exclusivement sur le « moyen », et non la fin. Le moyen justifie la fin, et non l’inverse. Dès lors, l’on parlera de « GPA éthique », d’ « acheteurs (prostitutionnels) éthiques », de « proxénétisme éthique », d’ « accommodements raisonnables ».

Le « faire sens » butlérien, en somme, est fondé sur le maintien de privilèges dont l’effet (entendu comme essentiellement psychologique) se trouverait atténué puisque le bénéficiaire d’une « prestation » reconnaîtrait les mérites de la subordonnée. Réciproquement, la fin n’est que la somme des désirs de chacun. La société ne projette aucune unité, aucune visée. Loin de l’isonomia au cœur du projet démocratique, et garantissant la non- négociabilité des droits des femmes (ainsi que la non patrimonialisation de leur corps, jadis, une évidence), la justice féodale prend un nouveau souffle par caprices corporatistes, mais dont la manifestation édulcorée suffirait à attester d’une dimension « éthique ».

Aussi, si je veux un enfant et que la biologie ne le permet pas, l’adoption n’est pas envisageable. Une femme doit mettre à disposition son corps et suspendre ses droits pendant neuf mois pour porter les gamètes étrangers. C’est ainsi que le 1er septembre 2015, aux Etats-Unis, Sherri Dickson, 51 ans, propose à sa fille et son gendre de porter « leur » enfant. La grand-mère est aussi la mère de son petit-fils ; qu’à cela ne tienne, seuls les sentiments font la filiation.

Plus encore, l’argent serait une médiation suffisante pour justifier un « choix » ou un « consentement ». Peu importe l’option considérée, toutes se valent. Conformément à la tradition libérale, il y aurait manquement ou « injustice » uniquement lorsque la violence intervient. Grâce à cela, il est en effet très aisé d’endiguer la traite que ce soit des « mères porteuses » ou des femmes prostituées, puisque du moment qu’elles ne sont pas au seuil de la mort, elles auront choisi ou consenti à leur sort d’une manière ou d’une autre.

Cette éthique post mortem, qui n’est en réalité qu’un simulacre, consacre la démission du politique, et par suite, de l’action féministe politique. La bonne volonté de seigneurs phalliques devrait, selon cette perspective « libéralo-gauchiste », se substituer aux principes fondamentaux rendant tangible une citoyenneté pleine et entière des femmes. En d’autres termes, la « liberté de choix » n’est que liberté d’indifférence futile et esthétique, dès lors qu’elle n’est pas précédée d’une liberté politique dûment exercée. Plutôt que de laisser le sort patriarcaliste « trancher au-dessus de nos têtes », le pouvoir politique authentique des femmes réside dans la contribution engagée et tranchée des principes au fondement de l’ordre commun.

        « Au nom de quoi ? » pourraient rétorquer les tenantes et tenants d’un féminisme-caprice lâche, et qui pourtant n’ont aucun mal à justifier le maintien « éthique » d’une aristocratie phallique – simplement au nom de l’égalité et de la dignité, de sorte qu’il soit impossible de « faire le mal sans l’ombre du Bien », en paraphrasant Machiavel ; après tout, on a toujours le choix ? Et l’assumer, ce n’est pas de jouer l’innocent, même la larme à l’œil.

[1] In « The Treason of Intellectual Radicalism and the Collapse of Leftist politics », §17, consultable à l’adresse : http://logosjournal.com/2015/thompson-zucker/, 2015. La traduction est personnelle.

[2] Karl MARX, Introduction à la critique de l’économie politique, L’Altiplano, Flash-Back, 2008 (1859), 104p.

[3] Le discours a été publié chez Payot en 2014, mais il est consultable en ligne également.

[4] Les Anciens définissaient la Cité comme cadre propice à la « vie bonne », une vie qui ne se contente pas de jouissance immédiate, mais exigeant recul critique, courage, vertu et dépassement de soi. Judith Butler, « mine de rien », prend l’exact contrepied. Si elle prétend refuser tout abandon normatif, il ne faudrait tout de même pas que le politique institue le social. Plutôt l’inverse, dans une logique de « reconnaissance ». L’Etat doit faire proche au corps souffrant.

[5] L’expression est inspirée de l’ouvrage par Michel Schneider, Big Mother : Psychopathologie de la vie politique, Odile Jacob, 2002, 256p. Toutefois, nous parlerons en ce qui nous concerne, car ces relents psychanalystes ne nous sient guère, de paternage intensif.

[6]Voir Jean-Pierre LE GOFF, « La fantasmagorie du pouvoir » in La démocratie post-totalitaire, La Découverte, 2002, p131-140.

[7]In L’obsolescence de l’homme : sur l’âme à l’époque de la révolution industrielle, Paris, Ivrea, 2002, p13.

-Virginia Pele, féministe et politiste attérrée.

NB :  Ceci est une version allégée de « La leçon de Plotin » :  http://susaufeminicides.blogspot.fr/2014/09/la-lecon-de-plotin.html

© Women’s liberation without borders 2015

Unauthorized use and/or duplication of this material without express and written permission from this blog’s author and/or owner is strictly prohibited. Excerpts and links may be used, provided that full and clear credit is given to Women’s liberation without borders with appropriate and specific direction to the original content. However, no link is to be reproduced on slanderous motives and/or miscategorization. Therefore, before any use of network Tools such as scoop-it or pinterest, the author’s permission is required.

Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

 

Publicités

El feminismo : una política de emancipación en contra el dogmatismo religioso.

Par défaut

La compañera María L. nos hizo el honor de traducir la entrevista que WLWB había realizado con Ana Pak en 2012, feminista, exiliada iraní que nos contaba su historia y su opinión sobre el feminismo « identitario » contemporáneo.

 

Huda Sharawi

Huda Sharawi (1879-1947). Pionera del feminismo en Egipto. Fue una de las primeras feministas que denunciaba el velo islámico.

 

Cuando la revolución iraní estalló en 1979, yo era un joven corazón que se unió al grito de millones de personas que querían encontrar la libertad.

Pero esta revolución fue instrumentalizada por los islamistas (que eran una ínfima minoría). De manera análoga a lo que vemos hoy en Egipto, Túnez, Libia y otros países bajo las leyes islámicas, lo primero que hicieron fue atacar a las mujeres. Jomeini nos obligó a ocultarnos.

Yo era muy joven entonces, pero mi cuerpo de niña sintió profundamente el temor de las miles de mujeres iraníes que protestaban contra el velo, y se alarmaban al unísono unidas por su indignación.

Sentí la revuelta de las mujeres, a pesar de que aún no podía comprenderlo todo.

Es necesario saber que Jomeini en un primer momento se vió obligado a reconsiderar algunas de sus posiciones, dada la ira de las mujeres, las revueltas y las manifestaciones cotidianas de las mujeres!

Tuvo que declarar lo siguiente “No, el Estado islámico no obligará a las mujeres a usar velo, quedará bajo su decisión. El velo será una elección de las mujeres”.

Pero unos días después de la declaración de renuncia de Jomeini, oí atónita, en las noticias, a Banisadr, el primer presidente del régimen islámico, declarando que “si el Islam velaba a las mujeres era porque la ciencia había demostrado que había ondas capaces de excitar a los hombres, y que esas ondas se escondían en el pelo de las mujeres. Por esa razón, con el fin de garantizar que los hombres y las mujeres puedan vivir en paz en la sociedad y sin excitación, el Islam exige que las mujeres sean veladas. Será obligación de las mujeres llevar velo ».

Estas palabras me dejaron sin habla. Todos los medios eran buenos para imponer el velo a las mujeres. Cuando el régimen no podía hacerlo en nombre de la religión, trataba de imponerlo utilizando los llamados argumentos “científicos”.

Y en última instancia, el régimen islamista utilizó la violencia y la humillación no contada, permanente y constante contra las mujeres, para forzar a las iraníes a ocultarse bajo un velo.

En un primer momento, a través de golpes, palizas, brutalidades, insultos, amenazas , por despidos en masa de las mujeres como funcionarias y en las empresas, e imposiciones de jubilación.

Violaciones, violencias físicas repetidas, multas, detenciones y encarcelamientos. El velo se impuso en las mujeres que permanecieron contratadas y en las que querían ser contratadas.

Velar el cuerpo de la mujer presenta en sí mismo la violencia del patriarcado en nuestro cuerpo. Como en la prostitución, la violencia le es inherente. Esta violencia, psicológica y corporal, esta en la sexualización de las mujeres.

Así que sí, esta experiencia de un régimen fascista-islamista me dio una cierta rejilla de lectura del mundo, que forja mi feminismo y que me consigue, como en muchas otras mujeres, las antenas necesarias para detectar las estrategias de intimidación de los islamistas y para determinar la aberración que consistía en tener que aceptar todo en nombre de la tolerancia cultural.

Por otra parte, no tenemos necesidad de sufrir una mutilación genital femenina para luchar contra la mutilación. Muchas mujeres luchan contra los extremismos religiosos y en particular el islamismo, sin haberlos sufrido personalmente.

En nombre de la tolerancia y del “relativismo cultural”, En nombre de la “lucha contra la islamofobia”, se nos impone incluso aquí en las sociedades más democráticas y bastante libres, el miedo a los extremistas religiosos y la prohibición de criticar las religiones, especialmente el islam, y nos condena al silencio.

Los islamistas y sus aliados nos quieren hacer callar y nos designan como “islamófobos” para lograrlo.

Pero de hecho, tengo miedo del islamismo como tengo miedo de todos los fascismos, y no veo por qué debo ocultarlo.”

A decir verdad, varias razones me llevaron a esta intransigencia hacia el islamismo. La primera es mi propia experiencia como iraní, y que ante la imposición de Jomeini a las mujeres, muchas iraníes eran etiquetadas como islamófobas si se resistían. Esta misma etiqueta se encuentra en los países democráticos en los que no podemos criticar libremente el islamismo o el velo sin ser catalogados de islamofobos.

Ser radical es para mí estar radicalmente en contra de todas las formas de patriarcado, que inventa tantas instituciones (religión, matrimonio, prostitución…) para atrapar y oprimir a las mujeres. Consiste en ser radicalmente opuesto a todas las religiones, y al Islam también.

Las religiones patriarcales se distinguen por estar fundadas sobre la misoginia, y tienen como principal obsesión el monopolio del control sobre los cuerpos de las mujeres.

Así que si ser feminista radical, significa querer cambiar el mundo, queremos liberarlo de todas las instituciones patriarcales (religión, cultura, matrimonio, prostitución, Estado …), en realidad yo soy una feminista radical. Y hasta me pregunto cómo sería posible ser feminista sin ser en consecuencia radical.

WLWB: Usted mencionó en la entrevista que “hasta que las mujeres y feministas dejen de adherirse a cualquier ficción inventada por los hombres: la raza, la religión, la nación, la cultura, la afiliación política … no podemos liberarnos.” Porque es así?

Efectivamente, en tanto que mujeres, adherirse a los inventos de los hombres; sus religiones, sus culturas, sus conceptos, devuelve o nos conduce a negar u olvidar nuestra pertenencia a la clase mujeres, y por tanto a no iniciar la lucha necesaria contra estas opresiones, o peor, alejarnos de nuestra lucha común. La adhesión consciente o inconsciente de las mujeres a los inventos de los hombres nos cuesta muy caro.

Lo que diferencia la opresión de las mujeres de otras opresiones es que nosotras no sólo estamos oprimidas sólo por la fuerza sino también por la astucia, por la cultura o la religión, afectivamente, por el chantaje emocional, económico y también física o corporalmente por parte de la clase opresora.

Las mujeres somos la única mayoría oprimida que sufre a sus opresores constantemente, incluso en su cama.

De hecho, los esclavos hombres y los proletarios tienen al menos la posibilidad de no tener la obligación de soportar sexualmente a aquellos que les explotan y les dominan.

Esta es la razón por la que la opresión de las mujeres es la más antigua de las opresiones. Puede cambiar de cara, de forma o denominación, pero continuará tratando de encadenar a las mujeres si no se adoptan medidas para que esto no ocurra.

Para dar sólo un ejemplo bien conocido en la historia de la lucha de las mujeres: El derecho al voto. Mientras las mujeres sufragistas lucharon por el derecho al voto, a algunas mujeres se opusieron, repitiendo el discurso de los hombres que dijeron que las mujeres no podrían votar!

Como he argumentado en otro escrito, a veces es difícil y puede ser doloroso para las mujeres darse cuenta de que pertenecen a una clase oprimida y menospreciada incesantemente.

Dicho esto, las mujeres debemos aprender a deshacernos de los reflejos misóginos que hemos interiorizado. Porque estamos tan impregnadas por el apartheid de género, ya sea en la familia, en todas las culturas y países, que utilizamos esta misoginia contra nosotras mismas y contra las otras mujeres defendiendo los argumentos del dominante! Tal vez sea porque algunos se sienten desanimadas y toman caminos aparentemente “menos peligrosos”.

Muchas mujeres prefieren así aferrarse a lo que nos divide y nos separa, en lugar poner en marcha y aplicar métodos de lucha y crear nuestros propios conceptos para un mundo diferente.

WLWB: Sin embargo, muchas corrientes feministas: El feminismo liberal, el postmodernismo, “el feminismo negro”, transnacionales, etc … reivindican la diferencia de las mujeres de color, mujeres para las que el feminismo radical es un invento de las mujeres blancas occidentales y de clase superior. ¿Cómo se explica este rechazo a sentirse “unidas a la clase mujeres”?

Ah, aquí estamos en el corazón del problema! Que es precisamente dividir las mujeres para oprimirlas mejor!

Y aún hoy, algunos que se dicen de izquierda, rechazan las constataciones y reivindicaciones feministas, afirmando que son la emanación de pensamientos “burgueses” …

Tanto si eres burguesa como si no, lo cierto es que si eres una mujer no puedes caminar con calma sola en la calle, en ninguna parte ni en ningún momento.

Y tanto si eres burguesa como si no, en irán serás condenada a ocultarte de todos para enarbolar la bandera de tu sexualización e inferioridad.

Es más, le diré que la primera vez que oí en los medios hablar contra los “valores occidentales”, contra las “feministas occidentales” y contra las “mujeres occidentalizadas” fue en Irán en 1979, cuándo los islamistas reprimían las manifestaciones de las mujeres contra el velo.

En esa época trataban de silenciar a las mujeres llamándolas “prostitutas”. Cuando el número de manifestantes superó varios miles, las calificaron como “realistas” y luego a “occidentalizadas” y después de “pro-occidentales” y finalmente “islamófobas”!

Es importante saber que durante los años oscuros en Irán, de 1983 a 1989, los organismos internacionales encargados de la comprobación de violaciones de los derechos humanos, bajo la presión de miles de exiliados que podían testificar, querían visitar las cárceles iraníes, donde fueron torturados y ejecutados miles de mujeres y hombres, prisioneros y prisioneras políticas.

Pero en respuesta, en ese momento, el régimen creó un “derecho del hombre islámico” con el fin de disponer la existencia de “razones culturales y religiosas” para oponerse a los controles internacionales y poder justificar las masacres y la barbarie del régimen iraní!

Esto está en total oposición a los derechos humanos fundamentales y universales, supuestamente de los países occidentales, si hemos de creer al régimen iraní!

Así que si existen los derechos del hombre islámico, reivindicados como algo especial, ¿por qué no ir más allá en este razonamiento y crear así un concepto de feminismo islámico?¿no?

Bien, tal fue la conmoción que sentí cuando escucho aquí, en Universidad de Paris VIII, en 2009 con motivo de la organización de un taller en la sobre las lesbianas exiliadas e inmigrantes, la palabra extraña “feministas blanco”.

En las reuniones preparatorias de este taller, en el que esperaba que por fin denunciásemos el odio y la misoginia a las comunidades lesbianas de exiliadas, me encontré con acusaciones extraordinarias al “feminismo blanco occidental” que no comprende a las “mujeres racializadas”. Ignorándose el motivo de la organización del taller.

Sin embargo y afortunadamente, ha habido luchas históricas mundiales para la liberación de las mujeres, dirigidas por la solidaridad feminista en todo el mundo, una lucha que ha tenido éxito en algunas áreas.

¿Por qué entonces deberíamos rechazar a las feministas bajo el pretexto de que son “blancas” y reivindicar el concepto de “feminismo islámico” para supuestamente afirmar nuestra diferencia?

Ser una “feminista islámica” ¿no será más bien repetir y asumir las propias invenciones y doctrinas islámicas, todas ellas provenientes de Teherán y de los Hermanos Musulmanes?

Mi respuesta a su pregunta es que la opresión y la dominación de los hombres sobre las mujeres es universal! Por lo tanto, nuestra lucha debe serlo también.

En gran parte también gracias a mujeres que viven en sociedades musulmanas nuestra lucha feminista va avanzando.

Estas mujeres denuncian la violencia que sufren en nombre de la religión, por lo tanto están reivindicando derechos universales.

Malala, la joven pakistaní de 14 años que fue atacada casi mortalmente por los islamistas es un ejemplo.

Ellas llaman regularmente a sus hermanas de los países democráticos para apoyarlas en su lucha contra el islamismo y rechazan esta ficción de “feministas blancas occidentales diferentes”.

Porque saben que sus luchas son semejantes a las que las feministas occidentales han hecho, incluida la lucha contra la opresión de la religión católica.

WLWB: También he remarcado que el feminismo fue objeto de apropiación y se convirtió en la norma de reivindicaciones nada más ni nada menos que de antifeministas y anti mujeres. El surgimiento del feminismo llamado islámico se podría considerar como un tipo de ilustración ¿qué opinas?

El feminismo no puede ser islámico en ningún caso. Al igual que los regímenes en Irán y Afganistán dicen ser “repúblicas islámicas”, no puede ser repúblicas.

En la República el pueblo vota y tienen derechos. Pero en el Islam, es Dios quien elige a los hombres para gobernar la sociedad!

El feminismo es un movimiento, una lucha por la emancipación de las mujeres. No olvidemos que “el Islam” significa “sumisión”, y consiste en la sumisión de los hombres a su dios y en todos los casos la sumisión de las mujeres a los hombres.

Como he dicho anteriormente, el “relativismo cultural”, el “relativismo de los derechos”, la “diferencia de derechos”, fueron inventados por los islamistas y en especial por el régimen islamista de Teherán para luchar contra la empoderamiento de las mujeres y por lo tanto ser capaz de echar por tierra los derechos humanos.

Quienes nos hacen callar en occidente, o quienes desvían peligrosamente la lucha de las mujeres, tienen la misma ideología y juegan el mismo juego que los islamistas.

En occidente los pueblos lucharon contra los dictados fundamentalistas de sus religiones. ¿Por qué entonces, algunos aquí, incluso dentro de las democracias occidentales, piensan que el individuo nacido en una sociedad musulmana no puede tener los mismos derechos que ellos se han arrogado para sí mismos (porque los han luchado), a saber; la dignidad o la libertad de no sufrir la opresión de una religión.

Hoy, en nombre de la “tolerancia” y el nombre del “respeto a la religión de los demás”, algunas personas nos empujan a otro relativismo que pretende evitar cualquier crítica de la religión y del Islam, más particularmente.

Así, los críticos del islam están condenados como blasfemos, incluso aquí. Como personas que insultan, no como críticos. Está claro que hay muchos intereses detrás de esta estrategia de eliminación.

Es obvio que los islamistas no quieren que se les toque el islam, ni que este sea renovado ni que se le ponga límites. Comprendes? Estos hombres deben continuar tranquilamente mutilando sexualmente a las mujeres, deben poder quemarlas, velarlas, violarlas y lapidarlas.

Para socavar todo esto, hay que luchar por la libertad de criticar a todas las religiones, incluyendo el Islam.

¿Qué clase de mundo quieren construir los defensores del relativismo cultural? ¿Cómo pueden legitimar tales actos de barbarie las llamadas sociedades democráticas? ¿El velo, la escisión, la lapidación de mujeres por adulterio debe permitirse bajo el pretexto de la “excepción cultural”?

En ningún caso se debe ser negligente o tomar a la ligera lo que sucede en los países occidentales, esa tendencia al relativismo, porque después de la defensa del velo para las mujeres, nos arriesgamos a que llegue todo lo demás, como sucedió en Irán. Esto es lo que los islamistas están buscando.

Es por eso que no debemos ceder a la intimidación. Es por eso por lo que solamente la lucha feminista, el pensamiento feminista, el movimiento constante del feminismo, incansable, interrogativo, que se cuestione constantemente todo lo que la sociedad androcéntrica y misógina sugiere o propone, ese feminismo, el único, es lo que nos puede liberar.

Defendiendo la universalidad de los derechos de las mujeres, vengan de donde vengan. Sea cual sea el color de su piel! Sea cual sea la creencia de su padre y de su hermano! Sea cual sea su origen cultural y geográfico.

                               — Traducción por María L , Agosto 2015—-

 © Women’s liberation without borders 2015.

Symptômes apathiques. La démocratie sans débat.

Par défaut
Démosthène pratiquant l'art oratoire par Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ. Selon la légende, pour renforcer sa voix, Démosthène se serait exercé contre le bruit des vagues. http://www.arretetonchar.fr/wp-content/uploads/2013/IMG/archives/ico/Alphabetique/Web/original/Lecomte%20du%20Nouy%20Jean-Jules-Antoine%20-%20Demosthene%20S-Exerce%20A%20La%20Parole.html

Démosthène pratiquant l’art oratoire par Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ. Selon la légende, pour renforcer sa voix, Démosthène se serait exercé contre le bruit des vagues. http://www.arretetonchar.fr/wp-content/uploads/2013/IMG/archives/ico/Alphabetique/Web/original/Lecomte%20du%20Nouy%20Jean-Jules-Antoine%20-%20Demosthene%20S-Exerce%20A%20La%20Parole.html

« Mais, pour l’heure et sans plus tarder, à qui veut ériger stasis en son importance principielle, il suffit de gagner le meson : ce centre de la cité, commun à tous et lieu de la mise en commun qui, pour des citoyens égaux et interchangeables, dessine l’espace d’une parole et d’une action au service du koinon (du ‘commun’) » – Nicole Loraux, « Le lien de la division » in La cité divisée, Paris, Payot, 1997, p98.

 

Le post qui suit est un état des lieux très bref et critique de ce que l’observation du déroulement de débats publics, formels ou informels, révèle de tout à fait affligeant. J’écris donc ici en tant que citoyenne et féministe atterrée.

Outre la réduction de la démocratie à un bulletin de vote tranquillement déposé dans une urne à partir d’une offre électorale que notre ami Shumpeter assimile volontiers à un marché, il semble que l’on assiste plus que jamais au cratos de l’ataraxie la plus totale.

Chacune et chacun sait que les révolutionnaires ont dans un premier temps pris la volonté générale comme principe normatif, sans qu’il n’y ait de réel contenu ‘suffragiste’, comme le montre la Constitution de 1791. La représentation est franchement affirmée comme antidémocratique, contre le peuple inconstant, stupide et dont la ‘volonté générale’ ne peut directement émaner d’un vote. Les représentants « veulent pour la nation » et cette ‘volonté générale’ est garantie par l’impartialité de la loi à laquelle chaque citoyen-n-e doit se soumettre sans y avoir concouru donc. Parmi les fondateurs, élection, représentation et démocratie ne vont pas bien ensemble. Soit, la souveraineté du peuple est évidemment une construction juridique normative, comme nous l’avons indiqué, jusqu’à l’extension des droits politiques, droit de vote en particulier, universel (et unisexuel). Ce n’est qu’à ce moment-là que la souveraineté du peuple est associée à l’élection de représentants et le pouvoir acquiert une dimension démocratique.

Ceci est fort bien, la Suisse est également grande fan de Rousseau, sauf que … où est la concertation et la délibération dans tout cela ?  Nulle démocratie à l’horizon s’il n’y a pas délibération et association des citoyen-n-es aux décisions. Cela veut dire que le référendum n’est pas le summum de la démocratie. Loin de là. L’on a tout au plus achevé (petit jeu de mot, tué, liquidé, insulté) une République, bien que très partielle. En effet, Rousseau exclut toute discussion et délibération, lâchons le mot, confrontation entre citoyen-n-es pour construire une volonté dite générale. Concrètement aujourd’hui, alors qu’il distingue volonté générale et volonté de tous, si l’on se réfère à son système, c’est pourtant bien un vote d’agrégation qui émerge. La citation ci-dessus montre au contraire que chez les athéniens, il est parfaitement clair que le vote majoritaire conduit à une discrimination de principes qui ne va pas faire plaisir à tout le monde. Toujours est-il, le vote en question est le fait de débat, de délibération, d’argumentation, de confrontation, bref, tous les synonymes que vous voulez – permettant aux citoyens de juger et de trancher.

Pratiquement, si les lectrices se posent la question, j’ai grand intérêt pour la démocratie athénienne, mais également pour la Rome antique, qui fait que je me positionne pour un système hybride étant la République démocratique. Beaucoup de récits et de théories à ce sujet, je n’ai malheureusement pas le temps de les discuter et de préciser ma pensée. Tout cela pour dire néanmoins, que ce soit parmi les Anciens grecs ou romains, le conflit donne lieu à un ordre légal et politique au sein de la Cité. Le peuple-Un n’est pas un a priori, mais constamment se démultiplie en fonction d’institutions communes questionnées, et suivant une ré-institutionnalisation. La citoyenneté est donc plurielle mais cette pluralité est une condition de la fondation, de ce qui constitue l’unité de la cité.

Et donc, allez-vous me dire, quel rapport avec l’apathie symptomatique des sociétés contemporaines ?

Evidence.  Je ne reviendrai pas sur les effets de ces symptômes sur le pouvoir politique, ne l’entendez pas incarné dans la figure présidentielle ou que sais-je encore, mais en termes institutionnels, exposés dans la ‘La leçon de Plotin’.

Les masses ont peur. Je dis bien les masses. Ce tout informe prêt à tirer le meilleur parti d’une situation donnée sans examen de sens, ni de principes. Alors bien sûr, la rhétorique autocrate ‘c’est mon choix’, ‘mon identité’, sont récurrentes et ce que l’on observe, elle rythme des débats absolument infructueux. Puisqu’au final, il n’y en a pas. Que ce soit cette espèce de blague qu’est la « démocratie de proximité » où chacun regarde ce que les élus peuvent apporter à leur petit quartier indépendamment d’une échelle plus large de délibération, ces débats organisés au sein d’institutions universitaires où les étudiant-e-s ne font que répéter les légendes qu’on leur a apprises pendant des années sans avoir chercher des références supplémentaires et bien dressé-e-s à ne froisser personne, la petite bourgeoisie qui croit que les droits tombent du ciel, ces élites qui font dans le ‘tout ou rien’ anhistorique, comme si le changement était d’un claquement de doigt- il y a confusion des termes et des projets. 

L’on a d’une part, l’exigence consensuelle de base : si vous défendez une position, des principes, des choix de politiques publiques spécifiques et précis, vous êtes forcément dans l’idéologie … totalitaire. Pourquoi cela ? C’est une conception qui vaut précisément parce que l’interlocuteur/trice n’est pas en mesure de défendre sa propre position. Ne pas être d’accord n’est pas signe d’ignorance. Tout au plus de « mésentente » (J.Rancière), et la démocratie politique, citoyenne est absolument nécessaire parce que les sujets politiques constituent des tiers capables de juger indépendamment d’une affiliation à un parti, ou association. La démocratie n’est pas simplement partisane, elle est délibérative (NB: je ne l’entends aucunement à la manière de Rawls ou Habermas). Cette délibération, si elle venait à être institutionnalisée, encourage la responsabilité citoyenne. Il ne s’agit pas d’émettre des propositions et des avis à la  légère. Cela signifie-t-il que le débat doit se faire de manière aseptisée ? Certainement pas. Pourtant ce que l’on remarque, cette persistance présomptueuse et hautaine d’acteurs se positionnant en surplomb et prétendant à la neutralité.

L’agon, telle est la phobie des sujets contemporains. Cela accompagné d’une potentielle expertise profane des citoyens, les aristocrates sont achevés. Ainsi, chacun-e connait les dispositifs participatifs mis en place, que ce soit les jurys de citoyens au Canada (par exemple,  en Colombie-Britannique, l’on a donné à une assemblée de 160 citoyens le soin d’élaborer une réforme du mode de scrutin. Après un travail de six mois, le projet a été jugé compétent pour être soumis à référendum), la Commission Nationale du Débat Public en France (la portée n’est que consultative, mais l’on ne peut négliger l’avancée non seulement juridique, mais politico-administrative), et bien d’autres cas encore à l’échelle internationale.

Cela montre premièrement que, plutôt que de voir sans cesse une opposition presque ontologique entre les élu-e-s (du peuple) et les citoyen-n-es, il y a au contraire une interaction entre acteurs/trices, une complexité dans l’élaboration des décisions, garantes de leur qualité mais également de leur légitimité. Les élu-e-s rendent des comptes aux citoyen-n-es, et les citoyen-n-es sont responsables politiquement des propositions en cas de désaccord. De même, les mobilisations ne sont plus simplement le fait de groupes organisés, mais également de citoyen-n-es que certains qualifient d’ « ordinaires », capables de juger et de prendre position. Voilà ce qui définit une société politique, et non une société civile, privative, endormie, à la marge, qui fait du bruit mais n’émet aucune alternative sérieuse.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’exclure les initiatives proprement citoyennes : Universités populaires, Universités du citoyen, le community organizing, etc. sont autant de manières, mais non exclusives, de dynamiser la vie locale et celle de la cité.

Par ailleurs, cette confrontation permet de montrer en paraphrasant partiellement Jacques Rancière, « l’universalité des torts » dont une partie des citoyen-n-es fait l’objet. Il ne s’agit pas de réifier ces citoyen-n-es selon la doctrine de l’exclu-e, des damné-es de la Terre. La démocratie agonistique n’est pas l’expression, ni le déploiement des corps souffrants, mais au contraire, l’action, l’initiative, le commencement, le discours en acte, loin de la misologie misérabiliste et identitaire qui capte le droit. Encore une fois, l’aseptique n’est pas non plus la règle.

Après cela, les coincés de la synapse vous traiterons de douce rêveuse – ne se rendant même pas compte que leur propre utopie réaliste est absolument spéculative et insensée. Mais comprenez, que ce soit les masses pour lesquelles le débat public n’est qu’une extension de Secret Story, et qui regardent, se plaignent éventuellement, ou l’attitude esthétique des élites qui critiquent tout, trouvent tout intéressant, défendent tout et n’importe quoi, ou ceux qui prétendent à une Vérité du Peuple, nous sommes face (ou pas d’ailleurs) à des positions qui n’admettent pas la contingence propre au politique. La politique et le pouvoir explicite résultant, ne relèvent pas de la certitude, mais de l’expérience. La pensée évolue en fonction des conséquences souvent imprévisibles des décisions. C’est le propre de la démocratie et ce qui la rend impossible à circonscrire entièrement par une procédure. D’où la vigilance nécessaire, le recul et plus que tout, le souci du monde.

Enfin pour l’heure, il n’est que question de normes et de maximisation de délires divers et variés. Je jette la pierre, les masses sont presque prêtes pour la dictature. Pourvu qu’elle adopte un autre nom, cela passera très bien. Et comme je n’aime pas finir sur une note pessimiste, et légèrement exagérée puisqu’il reste des citoyen-n-es à la recherche du ‘trésor perdu’, terminons avec Cornelius Castoriadis : « Ce n’est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous » (Fait et à faire, 1997).

Virginia PELE, 23/10/14.

© Women’s liberation without borders 2014

Unauthorized use and/or duplication of this material without express and written permission from this blog’s author and/or owner is strictly prohibited. Excerpts and links may be used, provided that full and clear credit is given to Women’s liberation without borders with appropriate and specific direction to the original content. However, no link is to be reproduced on slanderous motives and/or miscategorization. Therefore, before any use of network Tools such as scoop-it or pinterest, the author’s permission is required.

Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’