Archives de Catégorie: Féminicides

Sacré choix : les robinsonnades du féminisme contemporain.

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« En écartant toute forme d’objectivité, les théoriciens font à présent de la théorie, bien comprise comme l’élucidation d’un état donné, une entreprise purement esthétique où les limites séparant le politique du culturel disparaissent » – Gregogy Smulewicz-Zucker & Michael J.Thompson . [1]

       Le vieux Marx nous avait déjà appris des monades libérales, qu’il nommait lui-même avec ironie : « robinsonnades »[2] . Ainsi, l’individu, fort de ses droits naturels et inaliénables, peut tranquillement vaquer à ses occupations et veiller à sa propre conservation. L’homme-individu est isolé, et ne saurait s’associer avec ses pairs – si ce n’est pour rappeler l’Etat à ses devoirs garantissant une jouissance matérielle et immédiate.

La liberté circonscrite en nécessité forme ainsi le socle des constitutions modernes. Mais il serait bien hasardeux de prétendre que le libéralisme que nous qualifierons d’ « apolitique », reste conforme, tant dans sa conceptualisation que dans le soubassement de l’action publique contemporaine, aux prémices vantés par les Pères fondateurs. Précisément, la « postmodernité » ne constitue pas seulement une étape chronologique, ni un contenu simplement esthétique, mais un ensemble de postulats structurant le fonctionnement des Institutions et par là-même, la dynamique entre acteurs et actrices de la société politique.

Dès lors, il s’agit dans le présent article d’en examiner succinctement les enjeux au regard d’une tendance (prétendue) féministe faisant du « choix » et du « consentement » les fondements de revendications présentées comme « progressistes ».

Quand le privé devient politique

       Il convient dans un premier temps de préciser les termes de la citation d’ouverture. Si des critères extrinsèques au domaine politique font à présent office d’injonctions égotiques impérieuses auprès des pouvoirs publics, mais également des citoyens et citoyennes au sens aristotélicien du terme – il s’agit moins d’un entrelacement entre « politique » et « culture », que d’une confusion entre le social et le politique. Car au sens le plus classique de la notion, il n’est de culture qu’une production de l’esprit- et plus particulièrement, de Culture Publique permettant le concours de chacune et chacun à l’élaboration réfléchie du socle et du matrimoine communs. La « contre-culture » américaine que l’on observe dans les années 1960 par exemple, relève davantage d’un rapport de défiance à l’ « Establishment », et d’arrangements marginaux censés favoriser l’exploration du « moi » profond, de modes de vie débridés et infantiles propres à faire râler les vilains parents trop « square ».

Cela est pourtant dans ce contexte que le féminisme émerge, une nouvelle fois, après cent cinquante ans de lutte. Il ne s’agit guère de revenir sur les revendications et les logiques qui les ont animées – néanmoins, quelques slogans, en France, ont mené à des récupérations contemporaines qui posent, en tout euphémisme, problème. Les trois principaux : « Mon corps m’appartient », « Le privé est politique », ou encore l’expression : « la liberté de disposer de son corps », constituent aujourd’hui le mantra des groupes dits « pro-sexes » ou « intersectionnels ».

Qu’est-ce à dire ? Premièrement, il n’est plus question, à l’instar de Karl Marx, de « robinsonnades » en toute quiétude et gentiment misanthropes ; mais plutôt d’un morcellement infra-politique à partir duquel la politique et même la « justice sociale », ne s’apprécient qu’en tant que l’autorité publique facilite la coexistence d’intérêts divergents. En toute indifférence, l’action féministe contemporaine ne consiste plus aujourd’hui à relever les enjeux d’actes en dissonance au regard des principes fondamentaux notamment, mais à militer en faveur d’un accompagnement d’un état donné en fonction du ressenti, de l’appréhension, du sentiment, des névroses diverses et variées, que peuvent expérimenter les femmes et les hommes.

Or, cela ne va pas sans une caution intellectuelle bien installée dans les chaires universitaires. Un des « cas d’école » les plus assassins en relativisme pragmatique sous couvert compassionnel, est en fait un discours prononcé par Judith Butler en 2012, à l’occasion de la remise de prix Adorno, intitulé : « Qu’est-ce qu’une vie bonne ? »[3] . La philosophe, d’une très grande générosité, déplore le sort néolibéral s’acharnant sur les « minorités » et les précaires. Elle s’interroge ainsi sur la capacité de mener une « vie bonne » dans un monde « mauvais »[4] .

Néanmoins, elle refuse, comme beaucoup de penseurs postmodernes non point friands de nihilisme propre au XIXème siècle, le repli individualiste, exclusif, et propose au contraire de penser une société qui permettrait la coexistence de « vies plurielles ». Chacune et chacun doit toutefois être capable de réfléchir et faire sens de son propre mode de vie. Mais ce sens ne relève pas d’une logique « top-down ». Car les individus sont toujours fragiles face à l’institution. Une bonne institution, est une institution au chevet du corps souffrant. Pourtant, la société contemporaine, selon l’auteure, est régie par une « biopolitique » hiérarchisant les modes de vie. Nous y voilà.

       L’Etat Big-Mother [5] prend soin de ses petits, citoyens-victimes, pommés dans la jungle de la responsabilité civique et, car il faut bien entretenir la flamme de la « radicalité », toujours en pleine fantasmagorie du pouvoir [6] au cas où l’on oserait leur dire : « non ». Ce « paternage intensif », si on laissait de côté les élucubrations psychanalytiques, montre toute la portée d’une privatisation du domaine politique.

L’on ne compte plus les conséquences d’une telle démarche. La plus récente, les recommandations d’Amnesty International rendues publiques le 11 août 2015, en vue d’une libéralisation du servage sexuel. « Mon corps m’appartient », il est donc un objet d’échange. Les Etats n’ont rien à dire, car les femmes prostituées ne sont pas de pauvres ingénues qu’il faudrait secourir. Par contre, l’Etat doit accéder à toute requête matérielle en l’occurrence, favorisant le libre exercice de l’activité prostitutionnelle. Une logique comptable et gestionnaire, mais sous-tendant une « vie bonne » si l’on en croit l’appréciation butlérienne.

Les dernières conclusions d’Emmanuel Todd dans son ouvrage Qui est Charlie ? (2015) obéissent à la même logique. Les musulmans sont une classe opprimée et stigmatisée. Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont commis une infamie en osant rire de l’intégrisme islamiste. Les manifestations du 11 janvier 2015 étaient en réalité, une réaction purement bourgeoise – en attesterait la composition sociologique des manifestants. Dès lors, le principe fondamental de laïcité est une forme de domination. Prétendre que le voile est une négation de l’égalité constitutionnelle entre les femmes et les hommes, ainsi qu’un non -respect de la laïcité relève d’une « phobie » anti-islam. Les filles ont bien le droit de s’habiller comme elles le souhaitent en Etat libéral.

       Il faut ainsi reconnaître ce subtil mélange complémentaire entre un égotisme décomplexé – car finalement, nulle considération de principe et rationnelle n’est requise pour justifier la « problématicité » de ce qui fait office de revendication – et un élan humanitaire concrétisé par une intervention institutionnelle censée remédier à toutes contraintes freinant une maximisation utilitaire. Bien qu’il soit sur toutes les lèvres, sans jamais être défini- tels sont les attributs du néo-libéralisme.

A plus forte raison, la notion de « néolibéralisme à visage humain » n’est pas simplement un prétexte économiciste, mais elle est le ressort privilégié d’une tendance féministe postmoderne.

Féminisme-caprice et éthique post mortem

Dans la lignée de ce qu’affirmait le philosophe Günther Anders déplorant la prégnance du « fantôme de la consommation » sur le monde commun :

« Parce que au-dessus de nos têtes, à nous qui opérons ce libre choix, avant même notre libre choix, on a tranché » [7]

L’incantation du « libre choix » et d’une éthique prétendument compensatoire constitue si ce n’est un leurre, une légitimation indéniable de toute licence coutumière patriarcale- quoiqu’évidemment, non point jugée comme telle.

En effet, le « bon » de la vie postmoderne, repose en fait sur la bienveillance supposée de chacune et de chacun, sans examen à l’égard du fondement d’un acte. Autrement dit, le summum de la liberté célébrée en monade égotique, porte exclusivement sur le « moyen », et non la fin. Le moyen justifie la fin, et non l’inverse. Dès lors, l’on parlera de « GPA éthique », d’ « acheteurs (prostitutionnels) éthiques », de « proxénétisme éthique », d’ « accommodements raisonnables ».

Le « faire sens » butlérien, en somme, est fondé sur le maintien de privilèges dont l’effet (entendu comme essentiellement psychologique) se trouverait atténué puisque le bénéficiaire d’une « prestation » reconnaîtrait les mérites de la subordonnée. Réciproquement, la fin n’est que la somme des désirs de chacun. La société ne projette aucune unité, aucune visée. Loin de l’isonomia au cœur du projet démocratique, et garantissant la non- négociabilité des droits des femmes (ainsi que la non patrimonialisation de leur corps, jadis, une évidence), la justice féodale prend un nouveau souffle par caprices corporatistes, mais dont la manifestation édulcorée suffirait à attester d’une dimension « éthique ».

Aussi, si je veux un enfant et que la biologie ne le permet pas, l’adoption n’est pas envisageable. Une femme doit mettre à disposition son corps et suspendre ses droits pendant neuf mois pour porter les gamètes étrangers. C’est ainsi que le 1er septembre 2015, aux Etats-Unis, Sherri Dickson, 51 ans, propose à sa fille et son gendre de porter « leur » enfant. La grand-mère est aussi la mère de son petit-fils ; qu’à cela ne tienne, seuls les sentiments font la filiation.

Plus encore, l’argent serait une médiation suffisante pour justifier un « choix » ou un « consentement ». Peu importe l’option considérée, toutes se valent. Conformément à la tradition libérale, il y aurait manquement ou « injustice » uniquement lorsque la violence intervient. Grâce à cela, il est en effet très aisé d’endiguer la traite que ce soit des « mères porteuses » ou des femmes prostituées, puisque du moment qu’elles ne sont pas au seuil de la mort, elles auront choisi ou consenti à leur sort d’une manière ou d’une autre.

Cette éthique post mortem, qui n’est en réalité qu’un simulacre, consacre la démission du politique, et par suite, de l’action féministe politique. La bonne volonté de seigneurs phalliques devrait, selon cette perspective « libéralo-gauchiste », se substituer aux principes fondamentaux rendant tangible une citoyenneté pleine et entière des femmes. En d’autres termes, la « liberté de choix » n’est que liberté d’indifférence futile et esthétique, dès lors qu’elle n’est pas précédée d’une liberté politique dûment exercée. Plutôt que de laisser le sort patriarcaliste « trancher au-dessus de nos têtes », le pouvoir politique authentique des femmes réside dans la contribution engagée et tranchée des principes au fondement de l’ordre commun.

        « Au nom de quoi ? » pourraient rétorquer les tenantes et tenants d’un féminisme-caprice lâche, et qui pourtant n’ont aucun mal à justifier le maintien « éthique » d’une aristocratie phallique – simplement au nom de l’égalité et de la dignité, de sorte qu’il soit impossible de « faire le mal sans l’ombre du Bien », en paraphrasant Machiavel ; après tout, on a toujours le choix ? Et l’assumer, ce n’est pas de jouer l’innocent, même la larme à l’œil.

[1] In « The Treason of Intellectual Radicalism and the Collapse of Leftist politics », §17, consultable à l’adresse : http://logosjournal.com/2015/thompson-zucker/, 2015. La traduction est personnelle.

[2] Karl MARX, Introduction à la critique de l’économie politique, L’Altiplano, Flash-Back, 2008 (1859), 104p.

[3] Le discours a été publié chez Payot en 2014, mais il est consultable en ligne également.

[4] Les Anciens définissaient la Cité comme cadre propice à la « vie bonne », une vie qui ne se contente pas de jouissance immédiate, mais exigeant recul critique, courage, vertu et dépassement de soi. Judith Butler, « mine de rien », prend l’exact contrepied. Si elle prétend refuser tout abandon normatif, il ne faudrait tout de même pas que le politique institue le social. Plutôt l’inverse, dans une logique de « reconnaissance ». L’Etat doit faire proche au corps souffrant.

[5] L’expression est inspirée de l’ouvrage par Michel Schneider, Big Mother : Psychopathologie de la vie politique, Odile Jacob, 2002, 256p. Toutefois, nous parlerons en ce qui nous concerne, car ces relents psychanalystes ne nous sient guère, de paternage intensif.

[6]Voir Jean-Pierre LE GOFF, « La fantasmagorie du pouvoir » in La démocratie post-totalitaire, La Découverte, 2002, p131-140.

[7]In L’obsolescence de l’homme : sur l’âme à l’époque de la révolution industrielle, Paris, Ivrea, 2002, p13.

-Virginia Pele, féministe et politiste attérrée.

NB :  Ceci est une version allégée de « La leçon de Plotin » :  http://susaufeminicides.blogspot.fr/2014/09/la-lecon-de-plotin.html

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Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.’

 

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La main sur le cœur, Amnesty International passe du ‘bienveillant proxénétisme’ au secours des femmes en Inde.

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« La pitié conditionne, au titre de disposition subjective, l’entrée dans la communauté politique. Mais si la pitié dispose à la communauté, elle ne vient pas en lieu et place des institutions. » – Myriam Revault D’Allones, L’homme compassionnel, Paris, Seuil, 2008, 104p.

L’Allégorie de la Foi (1670-1674) par Johanne Vermeers (1632-1675). http://kerdonis.fr/ZJOHANNVERMEER/page35.html

L’Allégorie de la Foi (1670-1674) par Johanne Vermeers (1632-1675). http://kerdonis.fr/ZJOHANNVERMEER/page35.html

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’internet ou la tendance « JT » généralisée fait efficacement vaciller la jugeote citoyenne. La larme à l’œil serait-elle ce subtil je-ne-sais quoi par lequel on pardonnerait immanquablement toute incohérence se révélant dramatique et irresponsable pour les Droits des femmes ? Les associations de conservation du patrimoine seigneurial bordélique ont de quoi enchaîner les succès auprès des hautes personnalités en moralité compassionnelle : que la critique politique se garde d’investir l’agora numérique ou même concrète, trop de complexité tue l’élan sensationnel. Si bien qu’il suffit de reformuler cela en un commandement : que l’on doit se garder, en somme, de « casser le plan »- avec tout le dépit que contient l’expression- des agitateurs humanitaires.

C’est ainsi que le 31 juillet dernier, un conseil de village en Inde condamne deux jeunes filles à être violées en guise de sentence déshonorante pour les familles, suite au départ de leur frère amoureux d’une femme de caste supérieure.

Amnesty International se sentant la compétence d’un législateur ou d’un Etat, décide alors de faire circuler une pétition pour enjoindre l’Inde à accorder une protection aux filles abominablement condamnées. Oh que cela est louable. Bien sûr, les condamnées n’ont pas attendu le secours altruiste et vaillant de l’association pour s’enfuir et initier elles-mêmes le recours auprès de la Cour Suprême indienne.

Toutefois, comprenez, la bonne conscience est telle que le monde entier doit signer une pétition initiée par une association proxénète, mais qui l’est sous les meilleures intentions. Amnesty, c’est le Bien, voilà tout.

Pourtant, nombre d’actions menées par les associations de femmes indiennes se multiplient au moins depuis un an contre le viol, et bien davantage contre le fléau prostitutionnel. Sans compter les enjeux politiques que représentent, non seulement l’ (inexistante) égalité entre les femmes et les hommes dans le pays, mais également la stabilité démocratique d’un pouvoir politique en proie aux conflits inter-religieux, ainsi que le non-respect de l’abolition constitutionnelle de la caste des Intouchables. Mais qu’un chef de village fasse le maire, que les inégalités territoriales rendent la Constitution figurative, et donc que les Droits des femmes indiennes soient un joli mirage – Amnesty International n’en a globalement cure.

L’on anticipe déjà l’objection béate : Oui mais, quel rapport entre le communiqué datant du 11 août, soit de trois semaines (délai relativement long pour la génération postmoderne) -justifiant le bienveillant proxénétisme (sorte de nouvelle « main invisible »), et cette infâme et archaïque condamnation au viol ?

Le saucissonnage acritique faisant office d’axiologie chez les nouveaux acteurs organisés ou non organisés, le fait se décompose en quelques pièces accommodantes, au gré des sentiments et des envies, avec l’espoir qu’à force, la vérité accommode également les sens.

Comme précisé, Amnesty International n’en a pratiquement cure du contexte politique indien. Ce qui fait problème dans les prises de position de l’association, pour le moins ambigües, schizophrènes, aristocrates, pathétiques, incohérentes, absurdes ; relève du continuum libéral qui ne considère la liberté qu’en tant qu’elle n’entrave pas celle d’autrui- soit, une liberté négative qui fonde la justice uniquement au prisme de la violence.

Evidemment, l’éthique minimaliste requise dans cette configuration fait mouche. Lorsque la force brute s’exerce, l’acte est laid. Du moment que l’argent assure la médiation entre le consentement de la femme et les injonctions de l’homme qui paie, l’acte est légitime. C’est tout simplement le degré zéro d’une communauté fonctionnelle, cet humanisme autonome est le néant politique.

De la même manière que la logique humanitaire affère à l’urgence – d’ailleurs, les Droits de l’Homme sont bien distincts du droit humanitaire- Amnesty International ne fonde son action qu’au paroxysme, ses experts n’ont donc aucun mal à envisager tout ésotérisme alambiqué justifiant maintes formes de servitude dite volontaire.

Pour quiconque tient à cœur la tangibilité, la qualité et la pérennité du Droit des femmes et de leur citoyenneté, cette ligne résignée et lacunaire relève tout simplement d’une hypocrisie bien-pensante. Heureusement que les fidèles tentent de sauver la crédibilité des humanitaires amnestyens, en sorte que,  comme dans le tableau de Johanne Vermeers, la Foi Amnestyenne s’étende au monde entier.

En somme, la vie d’une femme est monnayée, leurs droits, selon cette perspective libérale humanitaire, ne se mesurent qu’à l’aune d’une somme d’argent déboursée « dans de bonnes conditions matérielles » contre sévices sexuels cantonnés quant à eux, au domaine de la vie privée du proxéneur (Christine Gamita, 2013). Tel est le lien établi par Amnesty International entre le Droit et l’économie. En conséquence, cela est le cadre argumentatif même d’Amnesty International qui pose question. Lorsque l’association en arrive à considérer comme un échange tout à fait recevable un acte sexuel rétribué en nature, l’on est en droit de se demander : mais après tout, et si ces filles avaient été condamnées à « travailler » dans les bordels de Mumbai, cela aurait-il été moins blâmable ?

Par suite, une approche au compte-gouttes de la pétition mise en circulation, mais également de toute autre action amnestyenne, néglige tout bonnement ce point politique cardinal. Amnesty International n’est pas neutre. Amnesty International n’agit pas aveuglément ; si l’ « urgence » est son curseur, ce n’est que pour justifier en rhétorique un cantonnement de l’action humanitaire et publique à l’état de fait. Car il ne faut pas oublier que l’association s’arroge la compétence d’émettre des recommandations aux Etats.

Aussi, comment, à terme, la citoyenne ou le citoyen peut-il agir contre les féminicides dont sont victimes les femmes dans le monde ? Il paraît pour le moins curieux de faire des féminicides des actes ponctuels qui ne pourraient être alors, que ponctuellement appréhendés.

L’engagement ne se résout pas dans un clic intempestif ; efficacité, effectivité et visée doivent être articulées, sans concession – telle est l’intelligence du politique, et sa concrétisation n’est que plus grande lorsque le projet est collectivement mené à bien. Il ne s’agit guère de « tout ou rien », mais de prudence et donc de sens pratique. Les associations de femmes indiennes et les ONG féministes en manifestent chaque jour le potentiel. Pourquoi ne pas agir et signer avec elles ?

Hors Amnesty, il y a un salut. Cautionner l’écart libertarien de l’association, revient à le légitimer. L’engagement est politique, ou il n’est que profession de foi. Difficile donc de juger les propositions comme s’il s’agissait de choisir un bien dans un supermarché : celui-là, il me plaît, celui-là ne me plaît pas, celui-là n’est pas mal, et ainsi de suite …

L’on doit pourtant compter avec les anciennes et anciens militants Amnestyens qui ont du mal à se figurer que l’association n’a rien d’angélique. Or, il est tout à l’honneur des militantes féministes en particulier, de reconnaître le manquement de l’ONG au regard des droits fondamentaux des femmes.

Ainsi que l’exprimait Moïra Sauvage, ancienne responsable de la Commission Femme d’Amnesty France, le 13 août 2015 dans Le Nouvel Observateur :

« Ce n’est pas ce mouvement-là auquel je veux continuer de donner mon temps, mon énergie et mes convictions. Même si je crois encore dans les valeurs et le travail effectué par Amnesty en plus de 50 ans et qu’ils me semblent encore nécessaires, en ce qui concerne les femmes – et je ne serai certainement pas la seule – j’irai, le cœur déçu, militer ailleurs. »

On peut douter de la nécessité du travail de l’ONG à l’avenir, étant donné ses orientations enclines à la patrimonialisation du corps des femmes, et les conséquences éminemment désastreuses de leurs propositions ; mais voilà un bel exemple d’engagement authentique et cohérent.

Finalement, si les droits fondamentaux des femmes ne s’apprécient que par compassionnalisme et se trouvent, en fonction du degré de violence, rendus négociables ; il va sans dire qu’une main sur le cœur accompagnée de vœux pieux est très esthétique, mais l’on peut néanmoins pressentir la limite intrinsèque de cette promesse humanitaire gentiment circonscrite par bigoterie phallique marchande faisant des femmes des citoyennes de seconde zone, et sous-tendant une pétition, somme toute, niaise. Le viol est un crime. Les féminicides sont une abjection et ne sont pas tolérables. Mais ce n’est pas une fois au seuil de la mort que la victime devrait pouvoir espérer justice.

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El feminismo : una política de emancipación en contra el dogmatismo religioso.

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La compañera María L. nos hizo el honor de traducir la entrevista que WLWB había realizado con Ana Pak en 2012, feminista, exiliada iraní que nos contaba su historia y su opinión sobre el feminismo « identitario » contemporáneo.

 

Huda Sharawi

Huda Sharawi (1879-1947). Pionera del feminismo en Egipto. Fue una de las primeras feministas que denunciaba el velo islámico.

 

Cuando la revolución iraní estalló en 1979, yo era un joven corazón que se unió al grito de millones de personas que querían encontrar la libertad.

Pero esta revolución fue instrumentalizada por los islamistas (que eran una ínfima minoría). De manera análoga a lo que vemos hoy en Egipto, Túnez, Libia y otros países bajo las leyes islámicas, lo primero que hicieron fue atacar a las mujeres. Jomeini nos obligó a ocultarnos.

Yo era muy joven entonces, pero mi cuerpo de niña sintió profundamente el temor de las miles de mujeres iraníes que protestaban contra el velo, y se alarmaban al unísono unidas por su indignación.

Sentí la revuelta de las mujeres, a pesar de que aún no podía comprenderlo todo.

Es necesario saber que Jomeini en un primer momento se vió obligado a reconsiderar algunas de sus posiciones, dada la ira de las mujeres, las revueltas y las manifestaciones cotidianas de las mujeres!

Tuvo que declarar lo siguiente “No, el Estado islámico no obligará a las mujeres a usar velo, quedará bajo su decisión. El velo será una elección de las mujeres”.

Pero unos días después de la declaración de renuncia de Jomeini, oí atónita, en las noticias, a Banisadr, el primer presidente del régimen islámico, declarando que “si el Islam velaba a las mujeres era porque la ciencia había demostrado que había ondas capaces de excitar a los hombres, y que esas ondas se escondían en el pelo de las mujeres. Por esa razón, con el fin de garantizar que los hombres y las mujeres puedan vivir en paz en la sociedad y sin excitación, el Islam exige que las mujeres sean veladas. Será obligación de las mujeres llevar velo ».

Estas palabras me dejaron sin habla. Todos los medios eran buenos para imponer el velo a las mujeres. Cuando el régimen no podía hacerlo en nombre de la religión, trataba de imponerlo utilizando los llamados argumentos “científicos”.

Y en última instancia, el régimen islamista utilizó la violencia y la humillación no contada, permanente y constante contra las mujeres, para forzar a las iraníes a ocultarse bajo un velo.

En un primer momento, a través de golpes, palizas, brutalidades, insultos, amenazas , por despidos en masa de las mujeres como funcionarias y en las empresas, e imposiciones de jubilación.

Violaciones, violencias físicas repetidas, multas, detenciones y encarcelamientos. El velo se impuso en las mujeres que permanecieron contratadas y en las que querían ser contratadas.

Velar el cuerpo de la mujer presenta en sí mismo la violencia del patriarcado en nuestro cuerpo. Como en la prostitución, la violencia le es inherente. Esta violencia, psicológica y corporal, esta en la sexualización de las mujeres.

Así que sí, esta experiencia de un régimen fascista-islamista me dio una cierta rejilla de lectura del mundo, que forja mi feminismo y que me consigue, como en muchas otras mujeres, las antenas necesarias para detectar las estrategias de intimidación de los islamistas y para determinar la aberración que consistía en tener que aceptar todo en nombre de la tolerancia cultural.

Por otra parte, no tenemos necesidad de sufrir una mutilación genital femenina para luchar contra la mutilación. Muchas mujeres luchan contra los extremismos religiosos y en particular el islamismo, sin haberlos sufrido personalmente.

En nombre de la tolerancia y del “relativismo cultural”, En nombre de la “lucha contra la islamofobia”, se nos impone incluso aquí en las sociedades más democráticas y bastante libres, el miedo a los extremistas religiosos y la prohibición de criticar las religiones, especialmente el islam, y nos condena al silencio.

Los islamistas y sus aliados nos quieren hacer callar y nos designan como “islamófobos” para lograrlo.

Pero de hecho, tengo miedo del islamismo como tengo miedo de todos los fascismos, y no veo por qué debo ocultarlo.”

A decir verdad, varias razones me llevaron a esta intransigencia hacia el islamismo. La primera es mi propia experiencia como iraní, y que ante la imposición de Jomeini a las mujeres, muchas iraníes eran etiquetadas como islamófobas si se resistían. Esta misma etiqueta se encuentra en los países democráticos en los que no podemos criticar libremente el islamismo o el velo sin ser catalogados de islamofobos.

Ser radical es para mí estar radicalmente en contra de todas las formas de patriarcado, que inventa tantas instituciones (religión, matrimonio, prostitución…) para atrapar y oprimir a las mujeres. Consiste en ser radicalmente opuesto a todas las religiones, y al Islam también.

Las religiones patriarcales se distinguen por estar fundadas sobre la misoginia, y tienen como principal obsesión el monopolio del control sobre los cuerpos de las mujeres.

Así que si ser feminista radical, significa querer cambiar el mundo, queremos liberarlo de todas las instituciones patriarcales (religión, cultura, matrimonio, prostitución, Estado …), en realidad yo soy una feminista radical. Y hasta me pregunto cómo sería posible ser feminista sin ser en consecuencia radical.

WLWB: Usted mencionó en la entrevista que “hasta que las mujeres y feministas dejen de adherirse a cualquier ficción inventada por los hombres: la raza, la religión, la nación, la cultura, la afiliación política … no podemos liberarnos.” Porque es así?

Efectivamente, en tanto que mujeres, adherirse a los inventos de los hombres; sus religiones, sus culturas, sus conceptos, devuelve o nos conduce a negar u olvidar nuestra pertenencia a la clase mujeres, y por tanto a no iniciar la lucha necesaria contra estas opresiones, o peor, alejarnos de nuestra lucha común. La adhesión consciente o inconsciente de las mujeres a los inventos de los hombres nos cuesta muy caro.

Lo que diferencia la opresión de las mujeres de otras opresiones es que nosotras no sólo estamos oprimidas sólo por la fuerza sino también por la astucia, por la cultura o la religión, afectivamente, por el chantaje emocional, económico y también física o corporalmente por parte de la clase opresora.

Las mujeres somos la única mayoría oprimida que sufre a sus opresores constantemente, incluso en su cama.

De hecho, los esclavos hombres y los proletarios tienen al menos la posibilidad de no tener la obligación de soportar sexualmente a aquellos que les explotan y les dominan.

Esta es la razón por la que la opresión de las mujeres es la más antigua de las opresiones. Puede cambiar de cara, de forma o denominación, pero continuará tratando de encadenar a las mujeres si no se adoptan medidas para que esto no ocurra.

Para dar sólo un ejemplo bien conocido en la historia de la lucha de las mujeres: El derecho al voto. Mientras las mujeres sufragistas lucharon por el derecho al voto, a algunas mujeres se opusieron, repitiendo el discurso de los hombres que dijeron que las mujeres no podrían votar!

Como he argumentado en otro escrito, a veces es difícil y puede ser doloroso para las mujeres darse cuenta de que pertenecen a una clase oprimida y menospreciada incesantemente.

Dicho esto, las mujeres debemos aprender a deshacernos de los reflejos misóginos que hemos interiorizado. Porque estamos tan impregnadas por el apartheid de género, ya sea en la familia, en todas las culturas y países, que utilizamos esta misoginia contra nosotras mismas y contra las otras mujeres defendiendo los argumentos del dominante! Tal vez sea porque algunos se sienten desanimadas y toman caminos aparentemente “menos peligrosos”.

Muchas mujeres prefieren así aferrarse a lo que nos divide y nos separa, en lugar poner en marcha y aplicar métodos de lucha y crear nuestros propios conceptos para un mundo diferente.

WLWB: Sin embargo, muchas corrientes feministas: El feminismo liberal, el postmodernismo, “el feminismo negro”, transnacionales, etc … reivindican la diferencia de las mujeres de color, mujeres para las que el feminismo radical es un invento de las mujeres blancas occidentales y de clase superior. ¿Cómo se explica este rechazo a sentirse “unidas a la clase mujeres”?

Ah, aquí estamos en el corazón del problema! Que es precisamente dividir las mujeres para oprimirlas mejor!

Y aún hoy, algunos que se dicen de izquierda, rechazan las constataciones y reivindicaciones feministas, afirmando que son la emanación de pensamientos “burgueses” …

Tanto si eres burguesa como si no, lo cierto es que si eres una mujer no puedes caminar con calma sola en la calle, en ninguna parte ni en ningún momento.

Y tanto si eres burguesa como si no, en irán serás condenada a ocultarte de todos para enarbolar la bandera de tu sexualización e inferioridad.

Es más, le diré que la primera vez que oí en los medios hablar contra los “valores occidentales”, contra las “feministas occidentales” y contra las “mujeres occidentalizadas” fue en Irán en 1979, cuándo los islamistas reprimían las manifestaciones de las mujeres contra el velo.

En esa época trataban de silenciar a las mujeres llamándolas “prostitutas”. Cuando el número de manifestantes superó varios miles, las calificaron como “realistas” y luego a “occidentalizadas” y después de “pro-occidentales” y finalmente “islamófobas”!

Es importante saber que durante los años oscuros en Irán, de 1983 a 1989, los organismos internacionales encargados de la comprobación de violaciones de los derechos humanos, bajo la presión de miles de exiliados que podían testificar, querían visitar las cárceles iraníes, donde fueron torturados y ejecutados miles de mujeres y hombres, prisioneros y prisioneras políticas.

Pero en respuesta, en ese momento, el régimen creó un “derecho del hombre islámico” con el fin de disponer la existencia de “razones culturales y religiosas” para oponerse a los controles internacionales y poder justificar las masacres y la barbarie del régimen iraní!

Esto está en total oposición a los derechos humanos fundamentales y universales, supuestamente de los países occidentales, si hemos de creer al régimen iraní!

Así que si existen los derechos del hombre islámico, reivindicados como algo especial, ¿por qué no ir más allá en este razonamiento y crear así un concepto de feminismo islámico?¿no?

Bien, tal fue la conmoción que sentí cuando escucho aquí, en Universidad de Paris VIII, en 2009 con motivo de la organización de un taller en la sobre las lesbianas exiliadas e inmigrantes, la palabra extraña “feministas blanco”.

En las reuniones preparatorias de este taller, en el que esperaba que por fin denunciásemos el odio y la misoginia a las comunidades lesbianas de exiliadas, me encontré con acusaciones extraordinarias al “feminismo blanco occidental” que no comprende a las “mujeres racializadas”. Ignorándose el motivo de la organización del taller.

Sin embargo y afortunadamente, ha habido luchas históricas mundiales para la liberación de las mujeres, dirigidas por la solidaridad feminista en todo el mundo, una lucha que ha tenido éxito en algunas áreas.

¿Por qué entonces deberíamos rechazar a las feministas bajo el pretexto de que son “blancas” y reivindicar el concepto de “feminismo islámico” para supuestamente afirmar nuestra diferencia?

Ser una “feminista islámica” ¿no será más bien repetir y asumir las propias invenciones y doctrinas islámicas, todas ellas provenientes de Teherán y de los Hermanos Musulmanes?

Mi respuesta a su pregunta es que la opresión y la dominación de los hombres sobre las mujeres es universal! Por lo tanto, nuestra lucha debe serlo también.

En gran parte también gracias a mujeres que viven en sociedades musulmanas nuestra lucha feminista va avanzando.

Estas mujeres denuncian la violencia que sufren en nombre de la religión, por lo tanto están reivindicando derechos universales.

Malala, la joven pakistaní de 14 años que fue atacada casi mortalmente por los islamistas es un ejemplo.

Ellas llaman regularmente a sus hermanas de los países democráticos para apoyarlas en su lucha contra el islamismo y rechazan esta ficción de “feministas blancas occidentales diferentes”.

Porque saben que sus luchas son semejantes a las que las feministas occidentales han hecho, incluida la lucha contra la opresión de la religión católica.

WLWB: También he remarcado que el feminismo fue objeto de apropiación y se convirtió en la norma de reivindicaciones nada más ni nada menos que de antifeministas y anti mujeres. El surgimiento del feminismo llamado islámico se podría considerar como un tipo de ilustración ¿qué opinas?

El feminismo no puede ser islámico en ningún caso. Al igual que los regímenes en Irán y Afganistán dicen ser “repúblicas islámicas”, no puede ser repúblicas.

En la República el pueblo vota y tienen derechos. Pero en el Islam, es Dios quien elige a los hombres para gobernar la sociedad!

El feminismo es un movimiento, una lucha por la emancipación de las mujeres. No olvidemos que “el Islam” significa “sumisión”, y consiste en la sumisión de los hombres a su dios y en todos los casos la sumisión de las mujeres a los hombres.

Como he dicho anteriormente, el “relativismo cultural”, el “relativismo de los derechos”, la “diferencia de derechos”, fueron inventados por los islamistas y en especial por el régimen islamista de Teherán para luchar contra la empoderamiento de las mujeres y por lo tanto ser capaz de echar por tierra los derechos humanos.

Quienes nos hacen callar en occidente, o quienes desvían peligrosamente la lucha de las mujeres, tienen la misma ideología y juegan el mismo juego que los islamistas.

En occidente los pueblos lucharon contra los dictados fundamentalistas de sus religiones. ¿Por qué entonces, algunos aquí, incluso dentro de las democracias occidentales, piensan que el individuo nacido en una sociedad musulmana no puede tener los mismos derechos que ellos se han arrogado para sí mismos (porque los han luchado), a saber; la dignidad o la libertad de no sufrir la opresión de una religión.

Hoy, en nombre de la “tolerancia” y el nombre del “respeto a la religión de los demás”, algunas personas nos empujan a otro relativismo que pretende evitar cualquier crítica de la religión y del Islam, más particularmente.

Así, los críticos del islam están condenados como blasfemos, incluso aquí. Como personas que insultan, no como críticos. Está claro que hay muchos intereses detrás de esta estrategia de eliminación.

Es obvio que los islamistas no quieren que se les toque el islam, ni que este sea renovado ni que se le ponga límites. Comprendes? Estos hombres deben continuar tranquilamente mutilando sexualmente a las mujeres, deben poder quemarlas, velarlas, violarlas y lapidarlas.

Para socavar todo esto, hay que luchar por la libertad de criticar a todas las religiones, incluyendo el Islam.

¿Qué clase de mundo quieren construir los defensores del relativismo cultural? ¿Cómo pueden legitimar tales actos de barbarie las llamadas sociedades democráticas? ¿El velo, la escisión, la lapidación de mujeres por adulterio debe permitirse bajo el pretexto de la “excepción cultural”?

En ningún caso se debe ser negligente o tomar a la ligera lo que sucede en los países occidentales, esa tendencia al relativismo, porque después de la defensa del velo para las mujeres, nos arriesgamos a que llegue todo lo demás, como sucedió en Irán. Esto es lo que los islamistas están buscando.

Es por eso que no debemos ceder a la intimidación. Es por eso por lo que solamente la lucha feminista, el pensamiento feminista, el movimiento constante del feminismo, incansable, interrogativo, que se cuestione constantemente todo lo que la sociedad androcéntrica y misógina sugiere o propone, ese feminismo, el único, es lo que nos puede liberar.

Defendiendo la universalidad de los derechos de las mujeres, vengan de donde vengan. Sea cual sea el color de su piel! Sea cual sea la creencia de su padre y de su hermano! Sea cual sea su origen cultural y geográfico.

                               — Traducción por María L , Agosto 2015—-

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Dieu est devenu libertarien.

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De la Queer immaculée conception.

Courte note d’indignation.

Jesus-20-12-

            Les abolitionnistes sont des puritaines, les critiques de la prostitution utérine dite GPA, sont puritaines, de pauvres bougresses arriérées qui ne sauraient apprécier les avancées de la science en la matière.

Mais qu’à cela ne tienne : Marie la vierge, Saint Incubateur choisi, élu par notre Père à toutes et tous, avec le consentement du Maître-mari Joseph, nous donne l’exemple.

Ainsi nous affirment nos grands progressistes, évangélistes queeristes incarnant la figure divine évidemment – « Dieu avait [donc] deux pères et une mère […] porteuse » !

Récit biblique soudainement transformé en fait historique justifiant l’abjecte réification des femmes en réceptacles, ces libertariens queeristes sont-ils si désespérés qu’ils n’ont d’argument que le retour au Père de toutes les infamies ?

Caroline Fourest nous en faisait également l’analogie en 2014[1] , l’on aurait pu s’arrêter à rire ; pourtant, il y a quelques jours, Léa Salamé reçoit sur France Inter Lucas Lomenech[2] – sans plus d’étonnement, celui-ci a pu déblatérer sur la merveilleuse leçon d’altruisme que constitue la Gestation Pour Autrui, soit pour nos prochains si désintéressés et bons.

En effet, qui pourrait imaginer un seul instant que les femmes puissent vouloir autre chose que la servitude pour leur salut ? Préserver notre intégrité corporelle, notre dignité et notre autonomie – non pas anomie, vous l’aurez compris – cela paraît saugrenu pour les tenants de l’immaculée conception, qu’elle soit queeriste ou bien traditionnellement illuminée.

Non, nous, femmes, devons dire amen aux maîtres scientistes qui nous disent que nous ne sommes qu’une matière malléable à guise – ainsi, un homme peut être une femme s’il dit qu’il en est, un homme peut commander un enfant à une femme sous prétexte de don de soi sacrificiel, un homme peut dans nombre de pays acheter une femme à des fins prostitutionnelles par fait du Prince, la liste est encore longue de bassesses illégales.

Que nous sommes fort jolies et admirables lorsque nous nous en référons à notre modèle à toutes, Marie la vierge si disponible à tous les hommes qui la prient de jouer les utérus sur pattes. Le sacrifice, la pitié et la compassion sont les plaies de nos démocraties et plus encore, jouent efficacement contre l’émancipation des femmes. L’oubli de soi, en place du souci de soi, telle est l’injonction faite aux femmes.

Aux hommes le courage et l’honneur, aux femmes le sacrifice et le pardon. Aux hommes le souci de soi et l’autonomie, aux femmes la délégation de leur existence et de leurs capacités au service de la tribu patriarcale. Qui peut sincèrement souscrire à une telle justification mythique de ce qui constitue une atteinte très grave aux droits fondamentaux ?

Force est de constater, une fois de plus, qu’il existe une perversion des notions de morale et d’éthique. Il n’y a pas d’éthique, soit d’ethos, une habitude, sans institutions qui donnent une fin morale à partir de laquelle ce jugement éthique s’exerce. Il n’y a pas l’éthique, puis la/le politique. Il n’y a pas le moyen puis la fin. Il n’y a pas d’individu-es asociaux qui de manière subliminale, pourraient exercer un bon jugement.

Prétendre une prostitution éthique, une GPA éthique, un néolibéralisme éthique, relève d’une démission de la pensée et plus encore du politique. Cela est d’un effet pipi de chat – le propre du politique est de mettre en question et de trancher le principe de la chose jugée. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que l’on peut envisager une conduite qui ne dépende pas du bon vouloir arbitraire de celui qui possède un imperium et a toute latitude légale, en conséquence, d’en faire usage.

Le politique conditionne l’éthique. La transformation de la matière sociale et son institution résultante donne lieu à un nouvel éthos permettant (ou non) une réflexivité civique, justement distincte d’une appréhension gestionnaire ou biblique ; lesquelles sont hétéronomes. « Cela a toujours existé », « C’est comme ça, on ne peut rien faire », « C’est la volonté divine », « Ainsi soit-il », «C’est la marche inéluctable du progrès », tout cela exclut par définition toute ambition éthique et morale de la part des citoyens et surtout, des citoyennes. L’éthique et la morale sont ainsi des sommations faibles si elles ne sont pas consolidées par un ordre politique qui en assure l’effectivité et même la sincérité.

Précisément, il se trouve que l’on n’attend rien des citoyennes. Que des femmes fassent preuve de constance et d’initiative est une idée qui ne passerait par la tête de nos évangélistes New Age. La politique n’est qu’une occasion supplémentaire de faire valoir une confirmation de soi : « C’est mon choix », ce choix qui n’engage pas mais qui dédouane – égotisme en plein, l’Etat n’est qu’un pourvoyeur de services, et les individus des usagers qui grappillent et grignotent les droits des femmes, de préférence. Propice à tout dévoiement narcissique, cette obsession à l’égard d’un « Etat réflexif »[3] qui s’abstient de se porter garant de l’intérêt général en dernier ressort, n’est qu’un tremplin vers un retour féodal où chaque petit seigneur prétexte la larme à l’œil le moindre désagrément existentiel pour capter le droit.

        Dès lors, cette réactualisation d’une séparation entre l’âme et le corps, fétichisée d’autant plus aujourd’hui qu’elle arbore une nouvelle façade technologique sous-tendue de nihilisme, confirme ainsi la croyance de ceux qui se prétendaient subversifs : au Dieu d’un Saint Paul, substituons notre Dieu libertarien. L’illimitation sacrificielle biblique concorde fort bien avec l’idéologie égotiste du tout tout-de-suite, moyennant patriarcalisme : allez-y femmes, mettez vos utérus à disposition, cela rapporte, vous n’avez rien d’autre à perdre que vos droits fondamentaux et qui sait, votre santé.

Comble de l’arnaque, l’argent serait devenu une médiation honorable assurant l’échange « altruiste », la traite des ‘mères porteuses’ ne serait qu’une vue de l’esprit et quand bien même, une règlementation permettrait d’endiguer le phénomène. Nous avons compris la parade : admettre le crime pour l’endiguer, la conscience tranquille en place des réparations ; en d’autres termes : la vie est meilleure dans l’eau de là qu’ici-bas où le droit pourrait se substituer à Dieu en tranchant les peines !

         Nous aurons ainsi compris les slogans « pour tous » de ces dernières années : « Ecole pour tous », « Mariage pour tous », « Manif’ pour tous » – au final : « Femmes à volonté pour tous », les citoyennes n’ont qu’à se brosser si elles veulent exister autrement que comme des vaches à lait, des porte-voiles ou des éjaculatoire-automates, les gardiens de la phallocratie postmoderne ont décrété. Au bout d’un moment, jusqu’à quand va-t-on nous servir cet éloge de l’heureux servage domestique ? Quand va-t-on enfin arrêter de tout simplement prendre les femmes pour des cruches déférentes ?

Le bonheur des unes devrait donc se solder par le sacrifice des autres – cet hybris infantile est censé être de gauche et féministe, quand il rétablit le bon droit de ceux qui ne trouvent rien à redire à ce que leur semblable mette leur vie sur la sellette pour leurs beaux yeux. Le devoir est donc unilatéral. Il y a celles qui se sacrifient, et les autres qui littéralement, paient le prix pour se dédouaner. Un devoir rémunéré, une morale négociée par de l’argent, cela s’appelait, jadis, lorsque les mots avaient encore un sens, subordination.

         Le propre et la grandeur de la République est de poser des principes fondamentaux qui ne sont pas négociables et qui assurent la sécurité des citoyen-nes. La loi est au-dessus des parties et ordonne le social. Quand on prétend substituer l’argent à la loi, que l’on prétend faire de l’argent une loi et d’enrober cela sous le terme d’ « éthique », l’on s’aperçoit que la GPA n’est pas une simple question ponctuelle, mais qu’elle est un prisme à travers lequel s’immisce subrepticement une logique mercantile féodale, une fois encore, et justifiant jusqu’à polygamie et inceste [4] .

       Par conséquent, cette immaculée conception queeriste où des hommes se prennent pour Dieu et en font d’ailleurs une entité figurative du culte libertarien, ne laisse rien entrevoir de bon en matière de droits des femmes – en espérant donc, que les politiques, autant que les citoyen-n-es, ne seront pas dupes. Taper des pieds et pleurer les inégalités naturelles pour jouer les apprentis sorciers n’a rien d’une démarche démocratique.

[1] Entre la Mère et la femme prostituée, Caroline Fourest préfère la Mère. Fascinant comme argument pour justifier la règlementation de la GPA en Inde : http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/debat-gpa-manif-pour-tous_b_5944940.html

[2] Bonne chronique critique par Ana-Luana Stoicea-Deram à ce sujet : http://www.marianne.net/agora-maintenant-bible-promouvoir-gpa-100234598.html

[3] Peter KNOEPFEL et al., « Changement social, politiques publiques et Etat » in Revue européenne des sciences sociales, Volume n°36, n°110, 1998, p 151-169.

[4] En avril dernier, un homme demande à sa mère de porter « son » enfant par GPA : « Un séparatiste, qui pour procréer se refuse à toucher une femme, se constitue un gynécée en pointillé : pour sauvegarder sa patrilinéarité et sans qu’aucune trace légale ne reste de la mère. Sa mère se prête en couveuse de haute technologie, une autre dame donne ses ovules pour que le spermatozoïde de monsieur niche.  Vive la gépéha qui réussit des rencontres de premier type, avec « polygynie /polygamie symbolique irréalisée* » et union matrimoniale incestuelle en devenir d’une nouvelle sorte incestueuse.» http://susaufeminicides.blogspot.fr/2015/04/maternite-en-question.html

 

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La Restribus, le nouveau grand projet de la « Gauche » prolétarienne.

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Allégorie de la République. Pour la petite histoire : http://www.carnavalet.paris.fr/fr/collections/la-republique

Du spectre Lepéniste et de ses allégeances symétriques communautaristes.

     Chronique/Esquisse.

« La démocratie est une société ouverte au questionnement et au débat sur les fondements du permis et du défendu, du légitime et de l’illégitime ; elle institue des règles connues de tous qui préservent de l’arbitraire, garantissant en droit les libertés individuelles et collectives. Mais cela n’implique pas pour autant la remise en cause de ces dimensions anthropologiques, sauf à verser dans le nihilisme. Ces dimensions constituent des conditions du vivre-ensemble et ne peuvent être assimilées à des rapports de domination, comme le fait implicitement ou explicitement une certaine gauche critique (…) la mauvaise conscience des démocraties européennes rend le débat confus, entraîne une oscillation perpétuelle entre le déni et le retour réactif sur des positions extrêmes. » – Jean-Pierre Le Goff, La démocratie post-totalitaire, La découverte, 2002, p191.

« ‘Bien commun’, res publica, a donné le terme de République. Une telle référence requiert et suppose des hommes dont la conscience soit déliée de tout assujettissement, et capables de se donner à eux-mêmes une loi qui les unisse. La notion d’autonomie prend ici sa pleine signification : celle d’une capacité à deux volets. L’un, juridique et politique, est celui qui s’explicite par le terme de souveraineté. Un peuple est souverain est celui qui se donne lui-même sa propre loi. L’autre, éthique et civique, consiste à se savoir source de la loi à laquelle on obéit, et partant, n’a rien à voir avec la soumission ou la servitude. Si la laïcité délie la conscience des hommes pour que ceux-ci s’unissent librement, elle ne les voue pas pour autant à l’anarchie et au relativisme intégral qui installeraient le règne du rapport de force. » – Henri Peña Ruiz, « Le sens de l’idéal laïque » in Qu’est-ce que la laïcité, Gallimard, 2003, p27.

                                                                              ***

La gauche identitaire a parlé. Sentence d’une observation et d’une analyse politique dont la finesse ne saurait être contestée, nous voilà, viles républicaines et républicains que nous sommes, responsables de la montée du Front National dans les suffrages. Cette sociologie électorale ou politologie à vue d’œil, je l’avoue, me laisse sans voix. C’est tout à fait brillant d’idéologisation – l’auriez-vous manqué ? Le paysage politique-incluons la société organisée- serait donc marqué de barricades opposant les tenants du Front National (les Méchants), et le camp pur, authentique, popul(iste-)aire, clanique de la gauche défendant les « petits », la « veuve et l’orphelin », bref, les Gentils.[1]

Et n’est-ce pas commode ? N’osez prononcer les premiers mots d’un socialisme (et féminisme) républicain, les acronymes vaguement publicitaires vous tomberont dessus : « FN », « MPT », la liste s’étend – les stigmates en place d’arguments, l’on comprend mieux la défiance de nos congénères gauchistes à l’égard de l’athéisme : la crucifixion les fascine – qu’ils soient crucifiants ou crucifiés attitrés « descendants d’esclaves et de colonisés » et donc détenteurs de privilèges peut-être ? [2]

Que les institutions sont infâmes quand elles ont le souci de l’égalité, du juste, du « beau » comme le signifiaient les Grecs, en référence à la rationalité propre du politique- lequel projette l’unité de la Cité, donne une «visibilité à soi »[3], un point d’ancrage à la liberté politique et l’action publique. Non, à présent les institutions devraient être un lieu d’appropriation tribale et identitaire de groupes agitant les passions coupables pour justifier une unilatéralité sans égard au droit commun.

Je ne reviendrai guère sur le procédé féodal des revendications communautaristes – entre égotisme névrotique et narcissique, et appartenance communautaire apolitique, le droit devrait se contenter de consacrer les particulturalismes, et l’Etat de faire amende honorable sous son rôle de débiteur. Les institutions seraient donc opérantes dès lors qu’elles sont l’apanage d’un microcosme aristocratique et oligarchique prétextant que tout leur est dû. Bien public ? Quelle idée saugrenue, souci inique qui ferait fi du chef de clan, c’est vilain – Enfin, je vous renvoie à notre cher Plotin pour davantage de détails http://susaufeminicides.blogspot.fr/2014/09/la-lecon-de-plotin.html

Vous remarquerez la « subtilité » du discours : le Front National jouant sur l’ « islamisation » de la société française, l’immigration intempestive, le laxisme de la gauche au niveau des mœurs …et la gauche identitaire se contente d’inverses symétriques : à l’identité française (largement fantasmée par les tenants du nationalisme lepéniste) on opposera l’éclectisme tribal, sans considérations de principes, au final, comme les premiers. Le subjectivisme débridé au cœur du discours, pure hétéro-nomie, en face d’une autre forme de conservatisme définissant un ordre de domination qui n’admet tout autant aucune mise en question politique … L’on a du mal à entrevoir les alternatives dans toute cette mascarade.

Les uns nous diront que la prostitution est un choix, une forme de sexualité, les autres nous diront qu’elle est un mal nécessaire. Les uns feront l’éloge de la « fille de mauvaise vie », les autres encenseront la mère nourricière subliminalement vierge. Les uns nous diront que le voile est une affirmation identitaire contre l’Etat colonial, les autres les prendront au mot et feront du voile l’organe féminin de la femme orientale, issue de l’immigration, menace aux « valeurs » de la France – quand on sait que le FN honore nos principes, et en particulier l’égalité entre les femmes et les hommes, à tel point que le parti se prononce contre l’avortement, contre la pénalisation des proxys[4], propose la rémunération des femmes au foyer – la reproduction est une urgence lorsque l’on compte faire de la France une autocratie -, c’est fou ce qu’ils sont innovants nos gauchistes. Les femmes au bordel ou au foyer, portant les signes d’appropriation patriarcale à la gloire de la tribu – d’aucuns n’envisageraient l’autonomie des femmes, citoyennes de pleins droits, et non réduites à une identité a priori, prédéterminée et que la loi devrait sanctionner (positivement).

Plus encore, l’on exhorte les citoyennes de confession musulmane laïques, athées, féministes de se taire lorsqu’elles dénoncent les féminicides, l’intégrisme[5] – cela pour ne point alimenter le « racisme » nous dit-on. « Laissons les filles tranquilles ! »[6] exigent certain-e-s. D’irénisme et de lâcheté (cf. Manifeste dans le même esprit[7]), il est assez drôle si ce n’est consternant, de constater la signature de « subversifs débauchés » revendiqués au côté de prédicateurs islamistes ! Point de « Haram » quand les factions s’excitent dans un but commun, en l’occurrence, la mise à mal d’institutions démocratiques au fondement républicain – l’autoémancipation est devenue un prétexte de conservation impolitique d’un état donné. Manger (halal), boire, dormir, violer, prostituer, voiler, mariages forcés endogames de préférence, Coran, Bible, Orange Mécanique, famille, népotisme, tribu régente, libertariens et réactionnaires ne sont pas si différents manifestement ? Quel bel horizon. Une société morcelée selon des caractères infra-politiques, une société insensée qui ne pense la généralité mais d’égoïté forcenée, la future génération n’aura qu’à se débrouiller : « Carpe Diem » !

«Pour éviter cette interférence si puissante des intérêts avec le domaine du politique, il faut transformer la matière sociale de telle sorte que ces divisions d’intérêts ne puissent plus déterminer essentiellement le jeu politique. » déclarait Cornelius Castoriadis[8] – mais en Restribus, l’on ne souhaite guère que le sujet libre advienne, ni de citoyennes autonomes – il s’agit pour l’élite de se donner bonne conscience, les « Grands » du côté du peuple authentique qui ne saurait vouloir autre chose qu’une reconnaissance par les pouvoirs publics- bons- à- gratter. Les autres ne sont qu’hérétiques, impures, traîtresses. La politique ne vise pas l’institutionnalisation du social, plutôt l’inverse. Le chef de clan arbitre et dicte, l’Etat s’y plie.

Fantasmagorie de la domination, défiance systématique – il semble que la construction historique de l’Etat soit quelque peu éludée pour une assimilation figée à un concept-identité qui n’aurait connu de mutations du XVème siècle à nos jours … fascinant.

Soyons claires pour une fois. En France, la citoyenneté ne repose pas sur l’identité d’appartenance, mais sur l’exercice des droits civiques. La République est un espace qui assure la médiation entre les citoyens, et cela par des principes politiques communs à toutes et à tous. Ce sont précisément ces principes qui sont de recours et qui l’ont été pour les droits des femmes par exemple. On substantialise les principes déclarés, l’on formule le caractère général de la cause défendue. Le citoyen ce n’est pas le villageois, le fils, la fille, la mère, le père, ce que vous voulez – c’est l’individu-e qui juge et détermine l’orientation de la Cité, et cela avec les autres au-delà d’intérêts immédiats. Les institutions ne sont pas des pochettes surprises. Il doit y avoir une hiérarchie de principes : démocratie et stabilité politique vont parfaitement ensemble – au contraire, c’est précisément cette manière d’exciter les passions, les calomnies, les analogies douteuses qui donnent lieu à un électoralisme et des candidats dont le seul objectif est de capter l’électorat indécis au regard des propositions inexistantes d’une gauche qui se prétend distincte de la droite. On grossit les traits, on exagère et le pays se plante.

Rappelons- nous de cette affaire durant laquelle Frédérique Calandra, Mairesse du XXème arrondissement de Paris, a été accusée de censure pour n’avoir pas voulu convier Rokhaya Diallo à un événement organisé par la Municipalité[9]. Bien sûr, il valait mieux se garder de raconter toute l’histoire, lorsqu’une élue EELV n’avait pas consulté la Mairesse avant d’officialiser la liste des invité-e-s. Ainsi, les républicain-es devraient se taire, laisser courir, laisser dire que les attentats contre Charlie Hebdo avaient une part de légitimité, au risque de passer pour de gros Méchants. Drôle de conception de la démocratie : je pleure, je tape des pieds, je me plains, et tu te tais.

Par conséquent, à l’instar de notre philosophe préféré Jacques Rancière et de notre sociologue culte Christine Delphy, ce n’est pas en ignorant les problèmes intracommunautaires qu’ils seront résolus de quelque manière – ce n’est pas en niant le caractère patriarcal d’appropriation tribal qu’est le voile qu’il en deviendra plus émancipateur, la sauce a été servie aux Iraniennes en 1979, Khomeiny a saisi l’opportunité. Diagnostic fumeux que serait la responsabilité républicaine dans la montée du Front National – il me semble que si les principes avaient été davantage affirmés, défendus, sans compassionnalisme bien-pensant et inopérant, le repli identitaire en serait moins à l’ordre du jour. Multiculturalisme ou nationalisme figé ? Deux faces d’une même pièce. La même logique identitaire, tantôt diffuse, tantôt centralisée.

La misologie récurrente conduit à une caricature de la gauche et du « féminisme » (on le cherche à vrai dire), mais enfin, au moins nous nous marrons un peu – de nous dire « idiot-es utiles » du FN, lorsque les accusateurs s’en font littéralement l’écho en naviguant à l’extrême opposé, il y a clairement de quoi se tordre : que les petites gentes restent à leur place. Après tout, on pourra peut-être écrire un deuxième tome à la limite de la schizophrénie du Philosophe et ses pauvres.

[1] Encore un philosophe qui devrait relire quelques- unes de ses propres pages. http://www.donotlink.com/eho0
[2] Bon courage pour la lecture de l’infamie multiculturaliste. http://www.donotlink.com/framed?670923
[3] LEFORT Claude, Essais sur le politique, Seuil, 1986.
[4] Selon l’expression élaborée ici : http://susaufeminicides.blogspot.fr/2013/11/amicale-proxene-et-feminicides.html
[5] Des perles rares : https://storify.com/bahuthogaya/non-mais-diallo-quoi
[6] Âmes sensibles, s’abstenir. Concentré d’ignominies http://www.donotlink.com/ehpx
[7] Les alliances du siècle http://www.donotlink.com/ehq0
[8] In La Création Humaine III : La cité et les lois, Seuil, 2008
[9] https://www.facebook.com/frederique.calandra/posts/10153165530037948?fref=nf&pnref=story

 

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Il est essentiel lors de toute utilisation de cette production ou partie de cette production de préciser la source : le lien et l’auteure de l’article, ponctuation adéquate encadrant la citation -entre guillements- et dans son contexte, sans distorsion ni manipulation ( article L122-5, du code de la propriété intellectuelle) . La permission formulée et explicite de l’auteure est également exigée.De la même manière, concepts,termes et approches empruntés à l’auteure du blog doivent être mentionnés comme tels- références adéquates: guillemets, liens, extraits de texte, auteure- avec accord de l’auteure. En vertu du code de la propriété intellectuelle stipulant à l’article L121-1,‘ L’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.

La contribution posthume de Plotin contre les féminicides.

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Le blog susaufeminicides a eu la gentillesse de me laisser la touche pour publier un texte critique de ladite ‘liberté de choix’, sauvant ainsi l’âme de Plotin (205-270 après JC) qui à défaut d’avoir mis en question le statut des femmes à son époque, admit quelques disciples de sexe féminin au sein de l’école de philosophie qu’il avait créée. Quelques siècles plus tard (!) le voici de secours pour une leçon de courage.

Voici le lien du texte intitulé « La leçon de Plotin » : http://susaufeminicides.blogspot.fr/2014/09/la-lecon-de-plotin.html.

Extrait :

« L’on pouvait pressentir le revers narcissique contemporain des constitutions libérales fondées sur des droits dits ‘naturels’ présupposant la nature rationnelle (utilitaire) et autosuffisante de l’homme en tant qu’homme et non parmi ses pairs, dont l’existence a essentiellement pour vocation la conservation de la famille, la sauvegarde de la propriété et la satisfaction des besoins matériels. Ainsi est définie la liberté, aux marges de l’espace public et circonscrite par la nécessité. La naturalité des droits est donc prétexte encore usité pour faire valoir l’unilatéralité des pouvoirs immanents à la société d’une certaine classe d’individus par rapport à d’autres. Toutefois, « l’égalité des conditions » a conduit à un nivellement tel, que chacune et chacun, chaque groupe peut vanter les grâces de la nature pour instituer des privilèges désignés sans gêne sous le terme de ‘droits inaliénables’.

Plus encore est l’opposition affirmée et répétée bien qu’insensée, entre l’individu et la cité, la majorité et la minorité – je vous laisse à cet égard imaginer le contenu et la pertinence de droits dits naturels de femmes asociales et d’hommes asociaux donc ; à la suite d’Aristote, faudrait-il être une bête ou un dieu pour en bénéficier ?-laquelle conduit aujourd’hui, à l’investissement identitaire de l’espace public- (…) Prenons un autre exemple, des hommes prétendent être victimes d’une injustice lorsque la loi prévoit de les sanctionner pour patrimonialisation du corps des femmes à des fins éjaculatoires dites prostitutionnelles. Une fois encore, l’on nous parle de droits individuels, inaliénables – lorsqu’au passage de Rousseau à notre Constitution, le corps est clairement défini comme inaliénable, la monnaie n’en étant sous aucun prétexte principe de négation- et l’on ne s’arrête pas là. Alors que le problème est politisé, le choix est censé faire l’objet d’argument sans davantage de considération jusqu’à devenir un principe autarcique. De la fiction libérale énoncée ci-dessus, il se suffit à lui-même… »

NB : Pour se mettre dans l’ambiance et avec un brin d’ironie, je vous suggère de lire l’article avec cette chanson en accompagnement 🙂 https://www.youtube.com/watch?v=OzHlu5JKJvM

 

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Diviser pour mieux régner ?

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                                          Grandes lignes d’une apologie de la Discorde.

Mariage de Thétis et Pélée par Edward Burne Jones (1873). Tous droits réservés. Birmingham museums and art gallery.www.bmag.co.uk. Eris en bleu à droite, lance la pomme de la discorde parmi les convives, à la suite de quoi succède la guerre de Troie.

Mariage de Thétis et Pélée par Edward Burne Jones (1873). Tous droits réservés. Birmingham Museums and Art Gallery. http://www.bmag.co.uk.
Eris en bleu à droite, lance la pomme de la discorde parmi les convives, à la suite de quoi succède la guerre de Troie.

« Celui qui, lors d’une ‘stasis’ dans la cité, n’aura pas pris les armes avec l’un des deux partis, qu’il soit privé de ses droits et n’ait plus part à la cité » – Solon (propos rapportés par Aristote dans Les politiques.)

 

La stasis, à la fois discorde, sédition et stabilité induite par le « lien de la division » (Nicole Loraux) semble générer l’effroi d’un agir politique conflictuel à l’ère du tout s’achète, se vaut et se dit. « Idiotie » selon les termes énoncés par Périclès, de ceux/celles qui refusent la confrontation par le logos– raison en acte- au sein de l’espace public par repli, indifférence, caprice ou irénisme. Bien sûr, les athéniens n’étaient pas étrangers à l’angoisse de la division- pour autant, impossible d’éviter les manifestations « impropres » au sein de la polis, car citoyens concernés et responsables de l’orientation de la cité et du bien vivre. Le caractère « impropre » des actions publiques,  lesquelles ne souffrent guère d’une dichotomie avec la pensée ou ladite ‘théorie’ – car toute pensée est mode de la praxis, résident en ce qu’elles ne relèvent pas des intentions (personnelles), croyances, nécessités ou appartenances identitaires. « Sphère de visibilité » selon Hannah Arendt, au sein de laquelle les citoyen-n-es sont juges.

Mais bien entendu, quelle hérésie est-ce là que cette notion barbare : jugement ! Espace public (post)moderne imbibé d’incantations judéo-chrétiennes sous fond pornographique : «  Ne juge pas si tu ne veux pas être jugé [ajoutons à cela – mes seins, mes cuisses, mes fesses, outils pratiques de revendications ou bien parties à vendre, soit encore le  voile d’impureté pour une affirmation fière d’assujettissement sous-couvert spirituel – ‘c’est mon choix, tu n’as rien à dire’) », les évangiles réactualisés – voilà que l’on exhorte nos congénères d’être dans notre tête, notre moi profond, « soïté » souveraine et tel un commandement divin, nous devrions nous y soumettre sans la moindre critique, rédemption et paix assurées. Ainsi Gilles Lipovetsky définit-il l’espace public de telle sorte qu’ «  à mesure que le narcissisme croît la légitimité démocratique l’emporte, fût-ce sous le mode cool » (L’Ere du vide, 1989).

Autrui est nous-mêmes, gardons-nous donc de penser, d’échanger, bref de communiquer – que chacun-e soit à notre image ou se taise à jamais. « Diviser pour mieux régner » dit le proverbe romain (et les manuels de sociologie qui aiment à considérer les groupes sociaux comme des troupeaux) –mais il n’en a jamais été question. En effet, considérons (a contrario)  la thèse bien connue de Pierre Clastres – que nous n’aborderons pas dans le détail dans cette mini-chronique d’été sous le signe de la bonne humeur- dans son Archéologie de la violence (entre autres) concernant les sociétés ‘sans Etat’.  Ainsi nous déclare l’anthropologue, le pouvoir politique des sociétés primitives prend racine dans le social. Et ce n’est qu’avec l’émergence de l’Etat qu’apparaissent les divisions au sein de la communauté dont l’instance étatique a pour mission de canaliser. Malheur donc la tribu Tupi Guarani qui laisserait entrevoir les germes d’une émergence étatique, lorsque les chefs n’en ont pas assez de leur rôle de médiateurs et se posent en prophètes. Il semble que les contradictions des interprétations de Clastres soient plus ou moins évidentes.

Premièrement et crucialement pourrions- nous ajouter, comme l’a souligné Claude Lefort dans Ecrire : à l’épreuve du politique (1995), il est assez hâtif de conclure que la domination résulte de la division, lorsqu’elle est manifestement coutume dans les sociétés primitives ‘unifiées’. Le pouvoir politique est un pouvoir social, ‘institué’ et non conçu comme ‘instituant’ (à l’inverse de la Grèce ancienne). La loi est celle des ancêtres et n’est pas à la vue du corps social, elle n’est pas pensée. Au contraire, des rituels de scarifications sont pratiqués pour graver la loi ancestrale sur le corps – discuter sur le légitime ou l’illégitime, juger en somme, n’est  même pas envisageable. Ainsi pour régner, il faut que la figure de l’ « Un » oriente, domine, homogénéise. Mais cela n’est pas la seule condition. Pour régner, l’investissement pluriel de la sphère publique doit être tout simplement empêché (et la sphère en question est inexistante). Comme le rappelle Hannah Arendt dans La Crise de la culture (1961), le tyran règne parce qu’il n’y a pas d’intervalle entre les citoyen-n-es, intervalles qui permettent la rencontre d’antagonismes, l’échange et la confrontation – contrairement à la ‘distance’ : « Un Etat où il n’y a pas de communications entre les citoyens et où chaque homme ne pense que ses propres pensées est par définition une tyrannie ».

Ainsi le jugement, cette « faculté politique par excellence » souligne l’auteure, est ce qui garantit l’espace public au sein duquel les citoyen-n-es communiquent et agissent. Pratiqué par les Athéniens et conceptualisé par Aristote, celui-ci indique que le jugement relève de la « raison pratique » (nous praktikos), et puisque ne dépend d’une vérité contraignante, requiert la prudence, laquelle sous-tend le « bon agir ». Qu’il n’y ait pas d’énoncés irréfutables ne dédouanent pas les citoyen-nes de leur responsabilité d’élucidation, au contraire, juger doit donner lieu à des propositions dont la portée est potentiellement générale. Ainsi en termes kantiens, « penser de manière élargie », n’équivaut pas (du tout !) à se mettre à la place de l’autre comme si ses propositions valaient indépendamment de considérations intermédiaires, mais à évaluer les jugements « possibles » pour étayer ou contredire le jugement qui est le nôtre et en faire un énoncé valide et partagé.

Point de narcissisme à l’horizon, point de compassion à l’égard de bonnes intentions, point de pitié pour lesdites opprimées – mais un investissement franc et digne de la sphère politique.

La division est l’indice de maturité politique d’une organisation sociale – le conflit étant la traduction politique des divisions sociales. La mise en question et la contestation explicites des fondements des principes, et non seulement la dénonciation des normes sociales, la sédition en somme, est ce qui donne lieu à l’unité – « discriminons pour mieux gouverner », et non régner pourrait-on dire. La discrimination étant celle de principes et non d’individu-es a priori– contre toute hypocrisie consensuelle qui prétendrait à l’œcuménisme aseptique, faisant de la cité une puissance agrégative de « différences » prétendument incarnées, indiscutables et indiscutées.

Aussi, l’exercice des capacités politiques requièrent une prise de position dont il est possible de justifier clairement les fondements face aux concitoyen-nes– autrui n’étant pas soi-même, et le ‘for intérieur’ étant par définition … intérieur et non mondain. Ces divisions vont de pair avec l’institution d’une « bonne constitution politique » (eunomia, la bonne loi, l’ordre)- du moment qu’elles ne sont pas patho-logiques (hybris) ou catégorielles et manifestent un souci quant au bien public.

Ce cadre général de l’aspect créateur du conflit permet d’entrevoir les pratiques alternatives possibles pour les groupes politiques, et de femmes tout particulièrement.

Ainsi avons-nous souvent déclaré : « le patriarcat divise la classe des femmes », ce qui en apportant attention, ne veut rien dire. Comment le ‘patriarcat’ pourrait-il diviser la ‘classe des femmes’ si cette classe est l’objet du système en question ? Une fois encore, l’affaire n’est pas de division de celles dont on a accaparé les capacités politiques d’agir précisément et explicitement de façon singulière et concerté – mais justement, de la déférence à l’égard du corps masculin, dont les principes de constitution ne devraient en rien être contestés.

Ce qui semble être en fait entendu, est que les femmes ont des intérêts communs en tant que classe définie comme « opprimée », et que toute légitimation et identification aux significations patriarcalistes relèvent d’une aliénation, car ne savent pas ou éventuellement volontaires. La notion de « servitude volontaire » implique au passage que l’on ne peut se satisfaire de la définition étymologique de l’aliénation – à moins de faire du sociologisme. Il existe des déterminations et des facteurs qui conditionnent le comportement, mais ne le déterminent pas en tout et pour tout. Connaître les rouages de la domination ne conduit pas à sa contestation, ce qui montre en l’occurrence que l’émancipation n’est pas affaire de calcul et d’immédiateté.

C’est ainsi que la notion de classe comme objet, de classe ‘objective’ reste également discutable. Il n’y a de classe des femmes que parce qu’il y a mobilisation des femmes qui manifestent un tort au sein de la sphère politique. Ni avant, ni après. Et c’est précisément l’analyse et la compréhension des faits, sociologiques, anthropologiques, etc. qui permettent de « s’identifier à la cause générale» (Jacques Rancière) pour instituer des normes juridiques notamment, et pour ce faire, l’on ne peut se passer de la faculté de juger.

La précision des revendications dénotent ainsi sans confusion la teneur politique du féminisme. Le féminisme n’est pas une propriété privée, de même qu’assumer le conflit ne consiste pas à  se cacher derrière des slogans fourre-tout, succédés d’un «C’est mon choix ». Ce qui ne se justifie pas n’a pas sa place dans le domaine public.

Partant, il est plus qu’insultant d’appeler les femmes à la communion sous couvert ‘sororal’ car honnêtement, qui n’a jamais eu de points de désaccord avec sa sœur ? Et plus sérieusement, il s’agit là d’une négation fondamentale du principe d’égalité puisque les discussions sont reléguées au « crêpage de chignons » et pire encore, ce « voyage en Icarie » ne permet pas de concevoir des normes communes adéquates et rigoureuses, étant entendu que les femmes sont stupides et ne peuvent confronter leurs avis et donc inaptes à la création politique.

Les principes de la phallocratie ne changent pas quant à eux, et se trouvent réactualisés dans cette pratique qui consiste à maintenir les femmes en troupeau de suiveuses et de cheffes. Il n’est pourtant pas sûr que les féminicides soient condamnés en suivant cet élan de « minorisation » féminine – pas plus que l’opposition effectivement contrariée.

Par conséquent, la division n’est pas à craindre – au contraire, un engagement collectif efficace et de valeur requiert une autocritique. Nul besoin de materner les interlocutrices pour interagir. Cela est un gage de respect que de délibérer communément en assumant le dissensus, ou alors, le féminisme associatif serait des plus acceptables s’il prenait les femmes pour des « petites natures » ?

La division est une force liante dont l’actualisation par excellence est au sein de l’espace public. Elle n’est pas sauvage, mais suffisamment pensée et articulée pour garantir une configuration politique nouvelle et responsable. Le pouvoir politique est donc discriminant de principes. Penser, c’est juger. Penser politiquement requiert une confrontation sincère et mesurée, et dont le souci premier reste l’orientation de la Cité. Tel devrait être la visée du féminisme, bien loin du registre thérapeutique, plus qu’insultant qui plus est.  

 Dans ces conditions éristiques, régner est tout simplement impossible.

 

Virginia PELE, 08/2014.

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