Dieu est devenu libertarien.

Par défaut

De la Queer immaculée conception.

Courte note d’indignation.

Jesus-20-12-

            Les abolitionnistes sont des puritaines, les critiques de la prostitution utérine dite GPA, sont puritaines, de pauvres bougresses arriérées qui ne sauraient apprécier les avancées de la science en la matière.

Mais qu’à cela ne tienne : Marie la vierge, Saint Incubateur choisi, élu par notre Père à toutes et tous, avec le consentement du Maître-mari Joseph, nous donne l’exemple.

Ainsi nous affirment nos grands progressistes, évangélistes queeristes incarnant la figure divine évidemment – « Dieu avait [donc] deux pères et une mère […] porteuse » !

Récit biblique soudainement transformé en fait historique justifiant l’abjecte réification des femmes en réceptacles, ces libertariens queeristes sont-ils si désespérés qu’ils n’ont d’argument que le retour au Père de toutes les infamies ?

Caroline Fourest nous en faisait également l’analogie en 2014[1] , l’on aurait pu s’arrêter à rire ; pourtant, il y a quelques jours, Léa Salamé reçoit sur France Inter Lucas Lomenech[2] – sans plus d’étonnement, celui-ci a pu déblatérer sur la merveilleuse leçon d’altruisme que constitue la Gestation Pour Autrui, soit pour nos prochains si désintéressés et bons.

En effet, qui pourrait imaginer un seul instant que les femmes puissent vouloir autre chose que la servitude pour leur salut ? Préserver notre intégrité corporelle, notre dignité et notre autonomie – non pas anomie, vous l’aurez compris – cela paraît saugrenu pour les tenants de l’immaculée conception, qu’elle soit queeriste ou bien traditionnellement illuminée.

Non, nous, femmes, devons dire amen aux maîtres scientistes qui nous disent que nous ne sommes qu’une matière malléable à guise – ainsi, un homme peut être une femme s’il dit qu’il en est, un homme peut commander un enfant à une femme sous prétexte de don de soi sacrificiel, un homme peut dans nombre de pays acheter une femme à des fins prostitutionnelles par fait du Prince, la liste est encore longue de bassesses illégales.

Que nous sommes fort jolies et admirables lorsque nous nous en référons à notre modèle à toutes, Marie la vierge si disponible à tous les hommes qui la prient de jouer les utérus sur pattes. Le sacrifice, la pitié et la compassion sont les plaies de nos démocraties et plus encore, jouent efficacement contre l’émancipation des femmes. L’oubli de soi, en place du souci de soi, telle est l’injonction faite aux femmes.

Aux hommes le courage et l’honneur, aux femmes le sacrifice et le pardon. Aux hommes le souci de soi et l’autonomie, aux femmes la délégation de leur existence et de leurs capacités au service de la tribu patriarcale. Qui peut sincèrement souscrire à une telle justification mythique de ce qui constitue une atteinte très grave aux droits fondamentaux ?

Force est de constater, une fois de plus, qu’il existe une perversion des notions de morale et d’éthique. Il n’y a pas d’éthique, soit d’ethos, une habitude, sans institutions qui donnent une fin morale à partir de laquelle ce jugement éthique s’exerce. Il n’y a pas l’éthique, puis la/le politique. Il n’y a pas le moyen puis la fin. Il n’y a pas d’individu-es asociaux qui de manière subliminale, pourraient exercer un bon jugement.

Prétendre une prostitution éthique, une GPA éthique, un néolibéralisme éthique, relève d’une démission de la pensée et plus encore du politique. Cela est d’un effet pipi de chat – le propre du politique est de mettre en question et de trancher le principe de la chose jugée. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que l’on peut envisager une conduite qui ne dépende pas du bon vouloir arbitraire de celui qui possède un imperium et a toute latitude légale, en conséquence, d’en faire usage.

Le politique conditionne l’éthique. La transformation de la matière sociale et son institution résultante donne lieu à un nouvel éthos permettant (ou non) une réflexivité civique, justement distincte d’une appréhension gestionnaire ou biblique ; lesquelles sont hétéronomes. « Cela a toujours existé », « C’est comme ça, on ne peut rien faire », « C’est la volonté divine », « Ainsi soit-il », «C’est la marche inéluctable du progrès », tout cela exclut par définition toute ambition éthique et morale de la part des citoyens et surtout, des citoyennes. L’éthique et la morale sont ainsi des sommations faibles si elles ne sont pas consolidées par un ordre politique qui en assure l’effectivité et même la sincérité.

Précisément, il se trouve que l’on n’attend rien des citoyennes. Que des femmes fassent preuve de constance et d’initiative est une idée qui ne passerait par la tête de nos évangélistes New Age. La politique n’est qu’une occasion supplémentaire de faire valoir une confirmation de soi : « C’est mon choix », ce choix qui n’engage pas mais qui dédouane – égotisme en plein, l’Etat n’est qu’un pourvoyeur de services, et les individus des usagers qui grappillent et grignotent les droits des femmes, de préférence. Propice à tout dévoiement narcissique, cette obsession à l’égard d’un « Etat réflexif »[3] qui s’abstient de se porter garant de l’intérêt général en dernier ressort, n’est qu’un tremplin vers un retour féodal où chaque petit seigneur prétexte la larme à l’œil le moindre désagrément existentiel pour capter le droit.

        Dès lors, cette réactualisation d’une séparation entre l’âme et le corps, fétichisée d’autant plus aujourd’hui qu’elle arbore une nouvelle façade technologique sous-tendue de nihilisme, confirme ainsi la croyance de ceux qui se prétendaient subversifs : au Dieu d’un Saint Paul, substituons notre Dieu libertarien. L’illimitation sacrificielle biblique concorde fort bien avec l’idéologie égotiste du tout tout-de-suite, moyennant patriarcalisme : allez-y femmes, mettez vos utérus à disposition, cela rapporte, vous n’avez rien d’autre à perdre que vos droits fondamentaux et qui sait, votre santé.

Comble de l’arnaque, l’argent serait devenu une médiation honorable assurant l’échange « altruiste », la traite des ‘mères porteuses’ ne serait qu’une vue de l’esprit et quand bien même, une règlementation permettrait d’endiguer le phénomène. Nous avons compris la parade : admettre le crime pour l’endiguer, la conscience tranquille en place des réparations ; en d’autres termes : la vie est meilleure dans l’eau de là qu’ici-bas où le droit pourrait se substituer à Dieu en tranchant les peines !

         Nous aurons ainsi compris les slogans « pour tous » de ces dernières années : « Ecole pour tous », « Mariage pour tous », « Manif’ pour tous » – au final : « Femmes à volonté pour tous », les citoyennes n’ont qu’à se brosser si elles veulent exister autrement que comme des vaches à lait, des porte-voiles ou des éjaculatoire-automates, les gardiens de la phallocratie postmoderne ont décrété. Au bout d’un moment, jusqu’à quand va-t-on nous servir cet éloge de l’heureux servage domestique ? Quand va-t-on enfin arrêter de tout simplement prendre les femmes pour des cruches déférentes ?

Le bonheur des unes devrait donc se solder par le sacrifice des autres – cet hybris infantile est censé être de gauche et féministe, quand il rétablit le bon droit de ceux qui ne trouvent rien à redire à ce que leur semblable mette leur vie sur la sellette pour leurs beaux yeux. Le devoir est donc unilatéral. Il y a celles qui se sacrifient, et les autres qui littéralement, paient le prix pour se dédouaner. Un devoir rémunéré, une morale négociée par de l’argent, cela s’appelait, jadis, lorsque les mots avaient encore un sens, subordination.

         Le propre et la grandeur de la République est de poser des principes fondamentaux qui ne sont pas négociables et qui assurent la sécurité des citoyen-nes. La loi est au-dessus des parties et ordonne le social. Quand on prétend substituer l’argent à la loi, que l’on prétend faire de l’argent une loi et d’enrober cela sous le terme d’ « éthique », l’on s’aperçoit que la GPA n’est pas une simple question ponctuelle, mais qu’elle est un prisme à travers lequel s’immisce subrepticement une logique mercantile féodale, une fois encore, et justifiant jusqu’à polygamie et inceste [4] .

       Par conséquent, cette immaculée conception queeriste où des hommes se prennent pour Dieu et en font d’ailleurs une entité figurative du culte libertarien, ne laisse rien entrevoir de bon en matière de droits des femmes – en espérant donc, que les politiques, autant que les citoyen-n-es, ne seront pas dupes. Taper des pieds et pleurer les inégalités naturelles pour jouer les apprentis sorciers n’a rien d’une démarche démocratique.

[1] Entre la Mère et la femme prostituée, Caroline Fourest préfère la Mère. Fascinant comme argument pour justifier la règlementation de la GPA en Inde : http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/debat-gpa-manif-pour-tous_b_5944940.html

[2] Bonne chronique critique par Ana-Luana Stoicea-Deram à ce sujet : http://www.marianne.net/agora-maintenant-bible-promouvoir-gpa-100234598.html

[3] Peter KNOEPFEL et al., « Changement social, politiques publiques et Etat » in Revue européenne des sciences sociales, Volume n°36, n°110, 1998, p 151-169.

[4] En avril dernier, un homme demande à sa mère de porter « son » enfant par GPA : « Un séparatiste, qui pour procréer se refuse à toucher une femme, se constitue un gynécée en pointillé : pour sauvegarder sa patrilinéarité et sans qu’aucune trace légale ne reste de la mère. Sa mère se prête en couveuse de haute technologie, une autre dame donne ses ovules pour que le spermatozoïde de monsieur niche.  Vive la gépéha qui réussit des rencontres de premier type, avec « polygynie /polygamie symbolique irréalisée* » et union matrimoniale incestuelle en devenir d’une nouvelle sorte incestueuse.» http://susaufeminicides.blogspot.fr/2015/04/maternite-en-question.html

 

© Women’s liberation without borders 2015.

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  1. j’apprécie beaucoup la manière dont vous interpellez la responsabilité de l’Etat, sa posture et son action devant les revendications de personnes au nom de désirs personnels (que vous formulez: « Propice à tout dévoiement narcissique, cette obsession à l’égard d’un « Etat réflexif »[3] qui s’abstient de se porter garant de l’intérêt général en dernier ressort, n’est qu’un tremplin vers un retour féodal où chaque petit seigneur prétexte la larme à l’œil le moindre désagrément existentiel pour capter le droit. »). Oui, de toute évidence, le devenir de l’Etat en tant que garant des principes républicains est des plus incertains, quand les principes sont définis par des expériences de vie des détenteures/trices de capitaux économiques, culturels et symboliques.

    • Je vous remercie pour ce commentaire. Il est vrai qu’au bout d’un moment, un tel relativisme pose question. Comme s’il suffisait de prétexter des justifications mythiques pour prétendre mettre à mal les droits des femmes, à la carte !
      Je vous remercie également de votre article très clairvoyant dans Marianne. Il faut définitivement exposer ces propagandes libertariennes.

    • L’éthique ne peut se substituer au politique. Il convient donc de trancher le principe de la chose avant de prévoir un quelconque encadrement. Prétendre rendre acceptable la subordination et la patrimonialisation du corps – car nous avons le même topo avec la prostitution, « acheteurs éthiques », « proxénètes responsables » – revient à cautionner ce qui fait initialement litige. On ne peut encadrer ce type de marché en pleine expansion qui plus est.

      • Sans compter que ces espèces d’arrangements sous prétexte compassionnel et de « tout tout -de- suite » est une démarche féodale de captation du droit. L’adoption n’est pas une démarche ésotérique.

        Voici les conséquences en droit d’une telle appréhension libérale compassionnelle – ou droit à la carte :

        https://www.youtube.com/watch?v=vddC4sJ8qZ4 Présentation de la juriste, professeure de droit à Science Po Paris, Mme Marie-Anne Frison Roche.

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