La Restribus, le nouveau grand projet de la « Gauche » prolétarienne.

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Allégorie de la République. Pour la petite histoire : http://www.carnavalet.paris.fr/fr/collections/la-republique

Du spectre Lepéniste et de ses allégeances symétriques communautaristes.

     Chronique/Esquisse.

« La démocratie est une société ouverte au questionnement et au débat sur les fondements du permis et du défendu, du légitime et de l’illégitime ; elle institue des règles connues de tous qui préservent de l’arbitraire, garantissant en droit les libertés individuelles et collectives. Mais cela n’implique pas pour autant la remise en cause de ces dimensions anthropologiques, sauf à verser dans le nihilisme. Ces dimensions constituent des conditions du vivre-ensemble et ne peuvent être assimilées à des rapports de domination, comme le fait implicitement ou explicitement une certaine gauche critique (…) la mauvaise conscience des démocraties européennes rend le débat confus, entraîne une oscillation perpétuelle entre le déni et le retour réactif sur des positions extrêmes. » – Jean-Pierre Le Goff, La démocratie post-totalitaire, La découverte, 2002, p191.

« ‘Bien commun’, res publica, a donné le terme de République. Une telle référence requiert et suppose des hommes dont la conscience soit déliée de tout assujettissement, et capables de se donner à eux-mêmes une loi qui les unisse. La notion d’autonomie prend ici sa pleine signification : celle d’une capacité à deux volets. L’un, juridique et politique, est celui qui s’explicite par le terme de souveraineté. Un peuple est souverain est celui qui se donne lui-même sa propre loi. L’autre, éthique et civique, consiste à se savoir source de la loi à laquelle on obéit, et partant, n’a rien à voir avec la soumission ou la servitude. Si la laïcité délie la conscience des hommes pour que ceux-ci s’unissent librement, elle ne les voue pas pour autant à l’anarchie et au relativisme intégral qui installeraient le règne du rapport de force. » – Henri Peña Ruiz, « Le sens de l’idéal laïque » in Qu’est-ce que la laïcité, Gallimard, 2003, p27.

                                                                              ***

La gauche identitaire a parlé. Sentence d’une observation et d’une analyse politique dont la finesse ne saurait être contestée, nous voilà, viles républicaines et républicains que nous sommes, responsables de la montée du Front National dans les suffrages. Cette sociologie électorale ou politologie à vue d’œil, je l’avoue, me laisse sans voix. C’est tout à fait brillant d’idéologisation – l’auriez-vous manqué ? Le paysage politique-incluons la société organisée- serait donc marqué de barricades opposant les tenants du Front National (les Méchants), et le camp pur, authentique, popul(iste-)aire, clanique de la gauche défendant les « petits », la « veuve et l’orphelin », bref, les Gentils.[1]

Et n’est-ce pas commode ? N’osez prononcer les premiers mots d’un socialisme (et féminisme) républicain, les acronymes vaguement publicitaires vous tomberont dessus : « FN », « MPT », la liste s’étend – les stigmates en place d’arguments, l’on comprend mieux la défiance de nos congénères gauchistes à l’égard de l’athéisme : la crucifixion les fascine – qu’ils soient crucifiants ou crucifiés attitrés « descendants d’esclaves et de colonisés » et donc détenteurs de privilèges peut-être ? [2]

Que les institutions sont infâmes quand elles ont le souci de l’égalité, du juste, du « beau » comme le signifiaient les Grecs, en référence à la rationalité propre du politique- lequel projette l’unité de la Cité, donne une «visibilité à soi »[3], un point d’ancrage à la liberté politique et l’action publique. Non, à présent les institutions devraient être un lieu d’appropriation tribale et identitaire de groupes agitant les passions coupables pour justifier une unilatéralité sans égard au droit commun.

Je ne reviendrai guère sur le procédé féodal des revendications communautaristes – entre égotisme névrotique et narcissique, et appartenance communautaire apolitique, le droit devrait se contenter de consacrer les particulturalismes, et l’Etat de faire amende honorable sous son rôle de débiteur. Les institutions seraient donc opérantes dès lors qu’elles sont l’apanage d’un microcosme aristocratique et oligarchique prétextant que tout leur est dû. Bien public ? Quelle idée saugrenue, souci inique qui ferait fi du chef de clan, c’est vilain – Enfin, je vous renvoie à notre cher Plotin pour davantage de détails http://susaufeminicides.blogspot.fr/2014/09/la-lecon-de-plotin.html

Vous remarquerez la « subtilité » du discours : le Front National jouant sur l’ « islamisation » de la société française, l’immigration intempestive, le laxisme de la gauche au niveau des mœurs …et la gauche identitaire se contente d’inverses symétriques : à l’identité française (largement fantasmée par les tenants du nationalisme lepéniste) on opposera l’éclectisme tribal, sans considérations de principes, au final, comme les premiers. Le subjectivisme débridé au cœur du discours, pure hétéro-nomie, en face d’une autre forme de conservatisme définissant un ordre de domination qui n’admet tout autant aucune mise en question politique … L’on a du mal à entrevoir les alternatives dans toute cette mascarade.

Les uns nous diront que la prostitution est un choix, une forme de sexualité, les autres nous diront qu’elle est un mal nécessaire. Les uns feront l’éloge de la « fille de mauvaise vie », les autres encenseront la mère nourricière subliminalement vierge. Les uns nous diront que le voile est une affirmation identitaire contre l’Etat colonial, les autres les prendront au mot et feront du voile l’organe féminin de la femme orientale, issue de l’immigration, menace aux « valeurs » de la France – quand on sait que le FN honore nos principes, et en particulier l’égalité entre les femmes et les hommes, à tel point que le parti se prononce contre l’avortement, contre la pénalisation des proxys[4], propose la rémunération des femmes au foyer – la reproduction est une urgence lorsque l’on compte faire de la France une autocratie -, c’est fou ce qu’ils sont innovants nos gauchistes. Les femmes au bordel ou au foyer, portant les signes d’appropriation patriarcale à la gloire de la tribu – d’aucuns n’envisageraient l’autonomie des femmes, citoyennes de pleins droits, et non réduites à une identité a priori, prédéterminée et que la loi devrait sanctionner (positivement).

Plus encore, l’on exhorte les citoyennes de confession musulmane laïques, athées, féministes de se taire lorsqu’elles dénoncent les féminicides, l’intégrisme[5] – cela pour ne point alimenter le « racisme » nous dit-on. « Laissons les filles tranquilles ! »[6] exigent certain-e-s. D’irénisme et de lâcheté (cf. Manifeste dans le même esprit[7]), il est assez drôle si ce n’est consternant, de constater la signature de « subversifs débauchés » revendiqués au côté de prédicateurs islamistes ! Point de « Haram » quand les factions s’excitent dans un but commun, en l’occurrence, la mise à mal d’institutions démocratiques au fondement républicain – l’autoémancipation est devenue un prétexte de conservation impolitique d’un état donné. Manger (halal), boire, dormir, violer, prostituer, voiler, mariages forcés endogames de préférence, Coran, Bible, Orange Mécanique, famille, népotisme, tribu régente, libertariens et réactionnaires ne sont pas si différents manifestement ? Quel bel horizon. Une société morcelée selon des caractères infra-politiques, une société insensée qui ne pense la généralité mais d’égoïté forcenée, la future génération n’aura qu’à se débrouiller : « Carpe Diem » !

«Pour éviter cette interférence si puissante des intérêts avec le domaine du politique, il faut transformer la matière sociale de telle sorte que ces divisions d’intérêts ne puissent plus déterminer essentiellement le jeu politique. » déclarait Cornelius Castoriadis[8] – mais en Restribus, l’on ne souhaite guère que le sujet libre advienne, ni de citoyennes autonomes – il s’agit pour l’élite de se donner bonne conscience, les « Grands » du côté du peuple authentique qui ne saurait vouloir autre chose qu’une reconnaissance par les pouvoirs publics- bons- à- gratter. Les autres ne sont qu’hérétiques, impures, traîtresses. La politique ne vise pas l’institutionnalisation du social, plutôt l’inverse. Le chef de clan arbitre et dicte, l’Etat s’y plie.

Fantasmagorie de la domination, défiance systématique – il semble que la construction historique de l’Etat soit quelque peu éludée pour une assimilation figée à un concept-identité qui n’aurait connu de mutations du XVème siècle à nos jours … fascinant.

Soyons claires pour une fois. En France, la citoyenneté ne repose pas sur l’identité d’appartenance, mais sur l’exercice des droits civiques. La République est un espace qui assure la médiation entre les citoyens, et cela par des principes politiques communs à toutes et à tous. Ce sont précisément ces principes qui sont de recours et qui l’ont été pour les droits des femmes par exemple. On substantialise les principes déclarés, l’on formule le caractère général de la cause défendue. Le citoyen ce n’est pas le villageois, le fils, la fille, la mère, le père, ce que vous voulez – c’est l’individu-e qui juge et détermine l’orientation de la Cité, et cela avec les autres au-delà d’intérêts immédiats. Les institutions ne sont pas des pochettes surprises. Il doit y avoir une hiérarchie de principes : démocratie et stabilité politique vont parfaitement ensemble – au contraire, c’est précisément cette manière d’exciter les passions, les calomnies, les analogies douteuses qui donnent lieu à un électoralisme et des candidats dont le seul objectif est de capter l’électorat indécis au regard des propositions inexistantes d’une gauche qui se prétend distincte de la droite. On grossit les traits, on exagère et le pays se plante.

Rappelons- nous de cette affaire durant laquelle Frédérique Calandra, Mairesse du XXème arrondissement de Paris, a été accusée de censure pour n’avoir pas voulu convier Rokhaya Diallo à un événement organisé par la Municipalité[9]. Bien sûr, il valait mieux se garder de raconter toute l’histoire, lorsqu’une élue EELV n’avait pas consulté la Mairesse avant d’officialiser la liste des invité-e-s. Ainsi, les républicain-es devraient se taire, laisser courir, laisser dire que les attentats contre Charlie Hebdo avaient une part de légitimité, au risque de passer pour de gros Méchants. Drôle de conception de la démocratie : je pleure, je tape des pieds, je me plains, et tu te tais.

Par conséquent, à l’instar de notre philosophe préféré Jacques Rancière et de notre sociologue culte Christine Delphy, ce n’est pas en ignorant les problèmes intracommunautaires qu’ils seront résolus de quelque manière – ce n’est pas en niant le caractère patriarcal d’appropriation tribal qu’est le voile qu’il en deviendra plus émancipateur, la sauce a été servie aux Iraniennes en 1979, Khomeiny a saisi l’opportunité. Diagnostic fumeux que serait la responsabilité républicaine dans la montée du Front National – il me semble que si les principes avaient été davantage affirmés, défendus, sans compassionnalisme bien-pensant et inopérant, le repli identitaire en serait moins à l’ordre du jour. Multiculturalisme ou nationalisme figé ? Deux faces d’une même pièce. La même logique identitaire, tantôt diffuse, tantôt centralisée.

La misologie récurrente conduit à une caricature de la gauche et du « féminisme » (on le cherche à vrai dire), mais enfin, au moins nous nous marrons un peu – de nous dire « idiot-es utiles » du FN, lorsque les accusateurs s’en font littéralement l’écho en naviguant à l’extrême opposé, il y a clairement de quoi se tordre : que les petites gentes restent à leur place. Après tout, on pourra peut-être écrire un deuxième tome à la limite de la schizophrénie du Philosophe et ses pauvres.

[1] Encore un philosophe qui devrait relire quelques- unes de ses propres pages. http://www.donotlink.com/eho0
[2] Bon courage pour la lecture de l’infamie multiculturaliste. http://www.donotlink.com/framed?670923
[3] LEFORT Claude, Essais sur le politique, Seuil, 1986.
[4] Selon l’expression élaborée ici : http://susaufeminicides.blogspot.fr/2013/11/amicale-proxene-et-feminicides.html
[5] Des perles rares : https://storify.com/bahuthogaya/non-mais-diallo-quoi
[6] Âmes sensibles, s’abstenir. Concentré d’ignominies http://www.donotlink.com/ehpx
[7] Les alliances du siècle http://www.donotlink.com/ehq0
[8] In La Création Humaine III : La cité et les lois, Seuil, 2008
[9] https://www.facebook.com/frederique.calandra/posts/10153165530037948?fref=nf&pnref=story

 

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