Féminicide : Rachel Moran dénonce le calvaire prostitutionnel.

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Rachel Moran, survivante de la prostitution, est journaliste et l’auteure de l’ouvrage intitulé Paid for : My journey through prostitution. Dans cet essai, l’écrivaine met en lumière les rouages du système prostitutionnel, et fustige par là-même la promotion médiatique, libérale, voire même socialiste de la prostitution. Brisant les mythes patriarcalistes autour de cette pratique féminicidaire, Rachel Moran nous offre un texte riche, honnête, politique et plein d’espoir pour lutter en faveur de l’abolition du servage sexuel, afin que cesse l’avilissement et l’assujettissement de la moitié féminine de l’humanité.

Je vous propose ainsi de découvrir l’interview réalisée par Meghan Murphy -auteure du site feministcurrent.com-, avec Rachel Moran, traduite en français.

                                                                    *** 

MM : Pourriez-vous commencer par expliquer la manière et les raisons pour lesquelles vous êtes ‘‘entrée’’ dans la prostitution ?

R.M : Il s’agit là du type de questions sur lesquelles l’on pourrait tantôt passer des heures, tantôt esquiver. Mais pour expliquer tout ceci de manière assez succincte, j’étais à la rue, sans domicile. J’ai dû quitter le domicile parental quand j’avais quinze ans. Ma mère et mon père avaient des troubles psychologiques. Mon père était bipolaire, maniaco-dépressif et ma mère était schizophrène. Donc, mes parents étaient internés à l’asile psychiatrique de la ville. Dès le début, les choses ne s’annonçaient pas très bien pour moi.

MM : Je vois. Vous critiquez dans votre livre l’argument selon lequel les bordels assureraient davantage la sécurité des femmes prostituées. Quand vous étiez dans le système prostitutionnel, vous avez fait l’expérience des deux. Et d’après ce que vous écrivez, il semble avez évident qu’il n’y a pas de dichotomie aussi nette que ce que l’on prétend. Est-ce que vous pourriez développer là-dessus ? En quoi, selon votre expérience, la prostitution sur le trottoir diffère-t-elle de la prostitution dans les bordels ?   

R.M : Je pense que l’idée que se font certaines personnes de la prostitution de rue -comme si elle était plus louche, sombre et dangereuse que la prostitution au sein des maisons closes-, les rassure. Cela leur donne bonne conscience. Mais ce sont des images illusoires nourries par les séries télévisées, les films, une vision théâtrale que l’on retrouve même dans les clips vidéos, ou dans je ne sais encore quelle autre production télévisuelle. Peu importe la source d’information, ce qui est sûr, c’est que tout ceci est archi faux. J’ai non seulement exercé une activité au sein des bordels et sur le trottoir, mais aussi à toutes les échelles que présentait le milieu. Quand j’étais dans les bordels, j’exerçais également dans les salons de massage, pour ne citer qu’un exemple, et ce n’était pas non plus une importante source de revenus. Je gagnais autant qu’une femme pouvait gagner d’argent à la fin des années 1990 en Irlande, alors que je travaillais comme ‘Escorte’ et comme prostituée dans les Maisons. En fait, j’ai connu tous les travers du milieu prostitutionnel : de l’échelle la plus basse, à la plus lucrative. Et honnêtement, de tout ce que j’ai vu, il n’y a rien qui ait pu me convaincre que la prostitution était autre chose qu’un cauchemar, partout, tout le temps, quel que soit l’ « échelon ». Si je devais retourner dans ce milieu ne serait-ce que pour une nuit, si je devais vraiment le faire, je passerai cette nuit sur le trottoir. Et beaucoup de personnes sont surprises lorsqu’elles entendent ça.  Mais c’est la vérité.

MM : Et pourquoi cela ?

R.M : Bon, déjà je préfèrerais mourir que de retourner ne serait-ce qu’une seule nuit dans la prostitution. Mais supposons que je le fasse. La prostitution de rue autorise les femmes prostituées à poser quelques limites. Je dis bien quelques limites, minuscules, infimes. Toujours est-il qu’elles en sont. Et l’on sait bien qu’un homme qui vous paye vingt, trente ou quarante euros, ne peut pas dépasser certaines limites que vous lui imposer de la même façon qu’un homme qui paye dix fois plus. Même si dans les salons de massage les hommes ne vous payent que deux fois plus que sur le trottoir, la sensation d’intrusion, d’agression, d’être violée croit à mesure que le prix augmente.

MM : D’accord. Alors, que répondriez-vous à ceux qui avancent que la légalisation de la prostitution, des bordels, permettraient de protéger davantage les femmes prostituées ?

R.M : Disons que je n’arrive même pas à exprimer à quel point cela me dégoûte. Car cela revient à dire que si on légalisait la violence conjugale, ça la rendrait plus ‘sûre’. Ou encore, si la loi autorisait le viol-pour des raisons obscures-, ça le rendrait moins dangereux pour les femmes. C’est l’idée la plus épouvantable qui soit sur Terre.  Je me souviens alors que j’avais entre seize, dix-sept ans, durant mes premières années dans la prostitution, les femmes prostituées discutaient de la légalisation du système prostitueur. Et cela me donnait la nausée. Je me disais : «  Mon Dieu, non, pas ça ! », j’étais contre toute syndicalisation et règlementation. L’idée qu’on pouvait rendre ce qui se passe dans ce milieu socialement acceptable, m’était insupportable. Cela m’a toujours paru funeste, tellement affreux. D’ailleurs, je savais que ça l’était, ça n’était pas juste un sentiment.

Des pays comme l’Allemagne et des villes comme Victoria en Australie, le Nevada aux Etats-Unis, et bien d’autres régions dans le monde où la prostitution est légalisée, devraient être tenus coupables pour violation des droits humains des femmes.

MM : Très bien. Dans votre livre, vous parlez de l’usage ou plutôt,  vous préconisez le non usage de termes comme  «  Call Girl », «  Escorte » ou « danseuse », pour des mots plus rudes et moins politiquement correctes tels que : « stripteaseuse », « prostituée », ou, selon vos mots, «  putain ». Je voudrais que vous m’en disiez plus sur ces termes, et la raison pour laquelle vous ne souscrivez pas aux désignations plus révérencieuses.

R.M : Ce que je n’aimais pas quand j’étais prostituée, c’est le mensonge qui entourait ces mots. Ce qui m’insupportait, c’est qu’ils étaient scrupuleusement élaborés pour cacher une vérité que je vivais chaque jour. Si des personnes m’appelaient une ‘Call Girl ‘, je leur riais au nez. Même réaction avec ‘Escorte Girl’. Je me rappelle avoir rencontré une jeune fille un jour, j’avais seize ans et elle était un peu plus vieille, puisqu’elle en avait dix-neuf. Et elle s’est présentée à moi comme une Escorte ou Call girl, je ne sais plus très bien. Et je lui répondu : «  Ah ouais ? C’est cool, je suis moi-même une putain ! ». Et je me souviens très bien son regard, marqué par la surprise et la stupeur. Elle ne pouvait pas croire que quelqu’une avait dit une chose pareille. Parce qu’il s’agissait de termes desquels nous devions nous détacher pour mieux faire passer la pilule. Je détestais être une prostituée, je hais toujours cette partie de ma vie. Mais ce que j’abhorre encore plus, ce sont les mensonges niant la réalité de la prostitution. Je ne pourrais jamais mentir à ce sujet. Et je ne tolèrerais jamais personne qui mentirait à cet égard en ma présence.

MM : Vous écrivez également que les femmes n’entrent pas dans la prostitution par hasard. Il y a toujours un élément déclencheur, quelque chose qui ne tourne pas rond dans la vie d’une femme – même de classe aisée-, pour qu’elle entre dans l’engrenage. Qu’avez-vous appris sur le passé des femmes entrant dans la prostitution, durant votre activité dans ce milieu ?

R.M : Pour commencer, ce que j’ai écrit dans mon livre consistait en effet à montrer que les femmes qui entraient dans la prostitution avaient des problèmes, quels qu’ils soient. Et cela dans toutes les classes sociales. Ce fut une vraie découverte, car je n’en n’étais pas consciente. Je pensais à tort, que seules les femmes de classes modestes comme moi, entraient dans le système. Logiquement, je croyais que les problèmes commençaient au niveau économique, et qu’il suffisait de gagner de l’argent pour en sortir. Et il est vrai que la majorité des femmes, ou des filles devrais-je dire- car le plus souvent, les femmes entrent dans la prostitution à l’adolescence-,venaient de milieu très modeste. Mais il y avait également des femmes de classe relativement aisée, qui étaient dans le milieu prostitutionnel. Il était évident qu’elles souffraient de l’intérieur. Je parle de femmes qui portaient des scarifications, qui avaient des troubles psychologiques importants. Des grandes consommatrices de drogues dures comme la cocaïne; des femmes venant de familles brisées. Tout un tas de problèmes sociaux, familiaux, ça n’en finissait plus.  

MM : Il y a une certaine position commune, surtout dans les rangs des féministes dites de la ‘ Troisième Vague’ ou ‘pro-sexe’, suggérant qu’on ne devrait pas diaboliser les prostitueurs, ou qu’on ne devrait pas cataloguer les hommes qui vont voir les femmes prostituées, comme des personnes immondes et misogynes. Quant à vous, vous affirmez que les hommes violent constamment les femmes prostituées. Qu’est-ce que ça veut dire alors ? Existerait –il des prostitueurs sympathiques ?

R.M : Tout dépend de votre définition d’un homme gentil ! Y-a-il des prostitueurs sympas … Déjà, toute la rhétorique ‘pro-sexe’, je dois vous dire, me met hors de moi. Elle me tape sur les nerfs. Je dois le dire franchement. Car si vous êtes ‘pro sexe’, alors vous ne pouvez pas être pour l’exploitation sexuelle. Si vous êtes ‘pro sexe’, alors vous devez être pour la réciprocité, le respect, et ça, ça n’arrive jamais dans la prostitution. C’est impossible. La prostitution est un domaine où règne l’unilatéralité, et c’est plus que dégoûtant. C’est tout simplement mal. Ce qui m’énerve, c’est quand on prétend que la morale ne devrait pas entrer en ligne de compte dans la prostitution. Or, moi je soutiens que la morale doit absolument entrer en ligne de compte.  Et je le dis haut et fort : la prostitution est immorale.  Pour la simple et bonne raison qu’elle porte atteinte à l’intégrité physique et psychique des femmes. Voilà tout ce qui fait de la prostitution une pratique contraire à la morale. Si les gens disent que cet aspect moral n’a rien à faire là, et bien c’est du grand n’importe quoi ! Et s’ils continuent à prétendre cela, qu’ils aillent dans un bordel trouver leur fille de seize ans, et qu’ils me disent droit dans les yeux, que la morale n’a  précisément rien à faire .

MM : Tout à fait. J’aimerais que vous explicitiez votre affirmation, selon laquelle la prostitution est un acte de viol. Que voulez-vous dire ?

R.M : Les hommes qui paient des femmes pour du ‘sexe’ les violent. Parce qu’il est absolument impossible de réduire des femmes à des objets sans les violer, sans porter atteinte à leur humanité. Pour moi, c’est clair et très simple. C’est clair, car je l’ai vécu. Je l’ai senti dans mes tripes. Je sais ce que c’est, être réduite à l’état d’objet. Je sais aussi le traumatisme que cela engendre. Les effets de cette déshumanisation sur le corps, et comment cela se répercute sur le cœur et l’esprit. Et je dois dire, je suis encore plus triste pour les femmes prostituées qui nient cette réalité, qui préfèrent se dire qu’il n’y a aucun problème avec la prostitution. Cela me fait plus encore plus mal, que celles qui savent et affrontent la dure réalité du système prostitueur.

MM : Vous avez aussi mentionné l’idée que la sexualité pouvait devenir ‘la source du mal’. Or, comme nous en avons discuté tout à l’heure, la position ‘pro sexe’ l’emporte souvent. Comme si la sexualité ou le sexe relevait totalement du domaine privé, sans aucune détermination sociale. Les groupes ‘pro sexes’ insistent sur le fait que les phantasmes ne sont pas la réalité, surtout quand il s’agit de défendre des pratiques comme la pornographie ou le sadomasochisme.  Pourriez-vous donner votre avis sur cette vision de la sexualité, en particulier cette notion de ‘mal’ que vous définissez, entourant la sexualité des prostitueurs ?

R.M : C’est une vaste question, Meghan. Je pourrais écrire quelques chapitres là-dessus ! Il y a en effet une excitation fondée sur le ‘mal’, le dénigrement. Je l’ai évidemment vu, et vécu dans mon corps. J’ai vu les impacts que cela a eu sur ma vie, et sur celles d’autres femmes prostituées. Tout simplement, cette stimulation fondée sur le mal incite à dérober l’humanité d’autrui pour jouir. Donc inutile d’être à plusieurs, ou de commettre des actes extrêmes. Cela concerne les hommes qui s’assoient et se masturbent devant un film pornographique. Et pourtant, d’aucun ne pense au fait qu’il s’agit là de scènes où des viols sont filmés. Car c’est exactement ce qu’est la pornographie : des abus sexuels sur écran. Et si l’on affirme le contraire, que ces personnes mettent le visage de leur fille, de leur sœur, ou de leur mère sur celui de la femme pornifiée. Si ces personnes s’avisaient tout de même de maintenir leur position, et bien hors de question que je leur donne raison. Je leur dirais : «  Il y a un truc qui ne va vraiment pas chez toi. Va voir un psy ! ».  C’est vraiment un sujet sur lequel je pourrais parler des heures … mais je dirais que l’on vit dans une société terrible à ce niveau-là.  Ces trente dernières années, la pornographie a donné libre cours à tous les sadismes possibles et inimaginables. J’ai lu un livre il n’y a pas si longtemps, d’un auteur qui donnait l’exemple d’une personne en train de saliver devant de la nourriture, jusqu’à en être subjugué, complètement apathique et indolent, pour comparer cela à ceux qui passent leur temps devant des films pornos. Afin de montrer qu’il y a vraiment un problème, quelque chose qui cloche.

MM : Vous dites dans votre livre que, «  lorsque l’on se prostitue, on sanctionne et on accepte un paiement pour le viol de notre propre corps ».  Encore une fois, on n’a pas l’habitude de ramener la prostitution au viol ou à des abus sexuels. Mais on a plutôt coutume de dire qu’il s’agit d’un choix, d’un acte libre, ou d’un travail comme les autres. Selon vous, pourquoi tant de femmes qui s’identifient comme des ‘travailleuses du sexe’ refusent-elles de reconnaître la prostitution comme une agression sexuelle ?

R.M : C’est très simple. Si les femmes qui s’identifient comme des ‘travailleuses du sexe’ – terme qui ne veut rien dire d’ailleurs-, affrontaient chaque jour la réalité de la prostitution, vous imaginez les dégâts. Elles iraient contre leur croyance illusoire d’indépendance. Or c’est très important pour les femmes prostituées, comme ça l’était pour moi, de prétendre avoir le contrôle. Vous devez vous accrochez à cette idée, mais vous savez que vous ne contrôlez rien du tout. Vous le savez très bien. Mais vous devez tenir le coup psychologiquement. Vous devez vous dire qu’il ne s’agit pas de viol, mais de ‘service’. Or le problème aujourd’hui, c’est que nous vivons dans une ère où le capitalisme est très puissant. Alors, les gens se disent qu’il ne peut y avoir de ‘viol moyennant finance’. En somme, selon cette perspective, dès que l’argent entre en ligne de compte, peu importe ce qui se passe, ça ne peut pas être de la domination. Surtout lorsque cela implique le ‘sexe’. C’est assez étrange. Alors que si une personne, femme ou homme, vit dans un milieu oppressant et dénigrant, c’est reconnu comme tel. Mais quand il s’agit de prostitution, tout d’un coup, le viol laisse place à la libre transaction entre parties prétendument égales. Les gens doivent vraiment s’interroger là-dessus. Parce qu’il n’y a aucun prix au monde qui puisse justifier la subordination et l’aliénation, fussent-elles sexuelles. 

MM : Bien sûr. Quand vous étiez dans le milieu prostitutionnel, aviez-vous dû adopter des stratégies pour survivre ?

R.M : Oui, évidemment, nous en avons toutes. Honnêtement, j’avais une conscience politique telle, qu’il était encore plus difficile pour moi de vivre au jour le jour. La prostitution est difficile pour chaque femme prostituée, qu’on se comprenne bien. Mais pour les femmes qui, comme moi, étaient conscientes de ce qui se passait, nous avons dû noyer notre détresse dans la drogue et le déni. Tout un tas de stratégies pour survivre. Cela n’enlève rien au fait que j’étais totalement lucide sur la nature de la prostitution, sur l’idéologie qui entoure le système prostitueur. Peut-être que lorsque j’avais quinze ans, je n’aurais pas pu vous dire clairement ce dont il s’agissait. Mais je vous aurez raconté ce que je vivais et ce que je ressentais. Toutefois, je savais dès lors qu’il s’agissait d’un différentiel de pouvoir extrême entre les femmes et les hommes.  Et c’était affreux. Je me disais que jamais je n’aurais eu à endurer tout ça, si je n’avais pas été sans abris. Donc j’avais cette intuition politique de base, pour ainsi dire. Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai détesté chaque moment que j’ai vécu dans le milieu prostitutionnel. Je me suis alors juré que, lorsque je sortirais de cet enfer, j’écrirais à ce propos. Rien ne m’empêcherait de le faire.  J’étais déterminée.

MM : Comment êtes-vous sortie de la prostitution et pourquoi ?

R.M : Eh bien, je suis partie, tout simplement parce que je ne pouvais plus rester ! Si j’étais restée plus longtemps, j’aurais sombrée dans la dépression, ou fait une overdose de drogues. J’ai quitté la prostitution en 1998, à vingt-deux ans, avec une addiction importante à la cocaïne. J’étais donc en très mauvaise santé. Mon fils avait quatre ans et demi, il commençait à peine à entrer à l’école. Me voilà aujourd’hui, cela fait quinze ans que je suis sortie de ce calvaire, dieu merci. Le temps était venu pour moi et mon fils de sortir de là, de nous libérer de cet enfer. C’était une période incroyablement difficile.

MM : Et comment avez-vous vécu l’écriture de Paid for : my journey through prostitution ?

R.M : J’ai commencé à écrire ce livre en 2002. Cela faisait trois ans et demi que j’étais sortie de la prostitution. J’avais besoin d’écrire. J’avais besoin d’exorciser toutes les épreuves que j’avais traversées. Et en même temps, il fallait que je dénonce le système, pour éveiller les consciences. Pour que les femmes et les hommes connaissent les implications de la prostitution, à travers ce que j’ai ressentie psychologiquement,  et politiquement d’un point de vue féministe. Cela m’a pris du temps pour écrire ce livre. Onze ans précisément. Il faut dire aussi, que je n’étais pas régulière dans l’écriture. J’écrivais quelques pages ou quelques paragraphes, et n’écrivais rien du tout pendant des semaines. C’était trop douloureux. J’ai accéléré le pas ces deux dernières années, après plusieurs séances de thérapies. J’avais acquis de la confiance en moi. Et, il s’est produit une étrange coïncidence, puisqu’à cette époque, on m’a invitée à participer au lancement de la campagne ‘ Turn off the red lights’ – qui regroupe soixante- dix associations irlandaises militant pour la mise en place du modèle nordique en matière de prostitution-, juste au moment où j’écrivais la fin de mon livre. C’est là que j’ai signé dans une maison d’édition. Voilà comment ça s’est passé. Le destin, en quelque sorte.  

MM : Bien. Félicitations pour ce livre absolument extraordinaire. Je le recommande, c’est un livre très poignant, magnifiquement bien écrit. Je vous suis tellement reconnaissante d’avoir écrit cet ouvrage.

R.M : Merci beaucoup, Meghan.

Paidfor

http://feministcurrent.com/7648/podcast-jackie-lynne-on-internernalized-racism-abuse-and-surviving-prostitution/ , conférence de Jackie Lynn, travailleuse sociale et survivante de la prostitution ayant mené des recherches sur le sujet depuis 1998. L’intervenante montre toute la portée systémique du féminicide prostitutionnel,  et la nécessité absolue d’abolir cet avilissement par l’adoption de mesures pénales contre les prostituteurs. Elle souligne au demeurant, la corrélation entre le racisme contre les femmes  autochtones au Canada, et ses répercussions au sein même du système prostitueur.

En tout état de cause, une lutte acharnée contre l’impunité des féminicides doit être menée pour mettre un terme à cette pratique au cœur de la phallocratie détruisant la moitié féminine de l’humanité  https://beyourownwomon.wordpress.com/2013/08/09/contre-limpunite-des-feminicides-2/  

© Women’s liberation without borders 2013

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  1. Ou encore, si la loi autorisait le viol-pour des raisons obscures-, ça le rendrait moins dangereux pour les femmes. C’est l’idée la plus épouvantable qui soit sur Terre. =>
    Spéciale dédicace à Marcella Iacub, ce que les médias appellent « féministe »…

    L’interview est très émouvante.

    • Je ne vous le fais pas dire ! Pour les alliées phallocrates comme Iacub, il s’agit seulement d’un conditionnement mental. On continue donc dans l’aliénation : il suffit que les femmes soient prêtes à être violées pour effacer ce crime féminicide. Que du vieux. Les femmes réduites à la superfluité, les hommes peuvent faire ce qu’ils veulent d’elles selon cette approche bidon et meurtrière. Quand Iacub dit que ce que les femmes appellent « viol » est en fait du fait que nous serions « trop coincées » (sic), je me dis, coup de maître du libéralisme virarque. C’est grave et franchement triste pour elle. Si elle souscrit à ce que Rachel Moran a appelé la « sexualité fondée sur le mal », et qu’à l’inverse, la subordination, l’avilissement et la déshumanisation soit une source de plaisir pour elle. Enfin, ce n’est pas tant du plaisir que de la lâcheté à ce niveau-là. Je n’ai aucune pitié pour Iacub et aucun-e ‘pro-cul’. Pour cela qu’il est important que des survivantes comme Rachel Moran analysent, dénoncent et luttent contre ces pratiques féminicidaires. Un pied de nez au gouvernement phallocrate. Hors de question que les détenteurs du phallus réduisent les femmes à des réceptacles.

  2. Serait il possible de rebloguer votre traduction (avec l’autorisation de l’auteur de l’interview)?
    Prenez contact avec moi par mail pour plus de détails.
    Merci.

  3. Pingback: Abolition de la prostitution : l’Europe et ses survivantes sous le regard du monde | Remember, resist, do not comply

  4. Pingback: La prostitution : ni un métier, ni un choix. | Women's liberation without borders.

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