Archives Mensuelles: juin 2013

Femmes, luttons contre les stigmates genristes !

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«  … pour la créer à son image, il doit d’abord prendre son apparence, lui inculquant le mimétisme du Maître, et la déférence à son égard » – Somer Brodribb[1]

 

        Plus que jamais, il semble qu’en France la voie soit belle et bien ouverte à l’émergence des études de genre, largement popularisées par l’actualité récente. La loi pour l’ouverture du mariage aux couples de mêmes sexes, a donné lieu-comme chacun-e le sait- à des manifestations on ne peut plus grotesques somme toute, prônant le retour à un droit canonique, la complémentarité des sexes-rétablissant par là-même la vieille analogie entre nature, politique et domination- et la sacralisation des institutions soi-disant fondatrices d’un ordre politique et social stable : la famille et le mariage.

Pour remédier à cette résurgence du patriarcalisme traditionnel, les médias, la presse écrite ont amplement fait la promotion de son cousin : le patriarcalisme postmoderne. Dès lors, les études de genre se sont imposées comme l’alternative face à un essentialisme simpliste, pour laisser place à un essentialisme … plus alambiqué : réitérer les catégories sexuées, vous avez là, chères lectrices,  le chemin tout tracé vers le salut de l’humanité.

Outre le nihilisme prôné par les études de genre sous-tendues par l’idéologie postmoderne, nous assistons également à l’argutie sophistiqué et ésotérique faisant- et nous devons l’admettre, il s’agit là d’une nouvelle marque de mauvaise foi- du genre une catégorie ou concept fourre-tout- dans la noblesse que nous connaissons toutes à nos chers universitaires genristes-  parvenant à subtilement baratiner les féministes un tant soit peu soucieuses des ‘rapports de pouvoir entre les femmes et les hommes’ et leurs conséquences. Une constatation- qui reste, conformément à la tradition postmoderne, qu’une constatation- censée invalider  la dépolitisation inhérente aux études de genre dénoncées par les féministes radicales.

Bien sûr, nos chercheur-e-s en ‘gender studies’ ont vite fait d’introduire la prévalence d’un système normatif excluant, par définition, les ‘mal genrés’, les ‘déviants’, expressions regroupées dans les fameuses ‘identités genrées’. Force est de constater qu’ici le féminisme est invalidé dans ses tenants politiques, ou transformé en lutte identitaire. Pour connaître les référents théoriques du ‘genre’, je vous renvoie à l’article : ‘Le genre tombeau des femmes, mort du féminisme’.

Loin de s’inscrire dans une ‘subjectivation politique’ favorisant la désidentification au système dominant initié par le féminisme radical, nous assistons là à l’émergence d’un narcissisme masculin, cherchant par tous les moyens à consolider les pouvoirs patriarcaux au détriment des femmes. Relayées à des citoyennes de seconde zone, une de leurs fonctions principale est d’imiter le Maître afin de simuler une fausse réciprocité entre les deux sexes : l’égalité devient la simple réplique des pratiques phallocrates ; et légitimer l’ordre patriarcal.

Il n’est donc pas surprenant – bien qu’alarmant- d’apprendre la récente proposition de la Commission des droits de l’homme (CNCDH), d’introduire la notion de genre dans le droit français.

Il semble déconcertant néanmoins, que les seules voix prétendument dissidentes relayés par les médias soient celles des réactionnaires phallocrates. Pourtant il ne fait aucun doute qu’il n’est qu’une question de temps avant que les évangélistes traditionnalistes se réconcilient avec leurs cousins, évangélistes genristes, qui réintroduisent si valeureusement les conceptions chrétiennes aliénantes et déshumanisantes à l’égard des femmes, à travers une pratique mutilante tellement en vogue : le transgenrisme.  

Afin de comprendre les implications d’une telle proposition, il convient d’élucider les tenants et aboutissants du transexualisme comme pratique légitimée par la postmodernité, usant à la fois d’une rhétorique technocrate et d’une approche ésotérique transcendantale qui n’ont qu’une seule et unique visée : assurer la suprématie des hommes, en exterminant  les femmes, ie leurs corps alors défectueux, leur intellect, et les priver de leur capacité politique, en annihilant l’être politique Femme.

                                                                     ***

 

          Cela fait quelques années à présent, que le féminisme en France est cantonné autour de questions identitaires, tentant désespérément de surmonter un dualisme stérile entre nature et culture. Fondant la subordination des femmes aux hommes sur une différence biologique, la version genriste du dilemme imposé par le gouvernement phallocrate préconise la multiplicité des genres. Outre qu’il s’agit là d’un autre procédé binaire : au binarisme est opposé le pluralisme, on ne peut s’empêcher de constater une continuité manifeste avec les catégories sexuées traditionnelles fixées par la phallocratie.

Ce qui fonde le caractère postmoderne de la phallocratie, est précisément cette tendance à réitérer les pratiques dominantes, selon une logique prétendument pluraliste qui se veut consensuelle. Fondamentalement, il s’agit de faire du vieux … avec du vieux, en procédant seulement à un inversement de valeurs.  Ainsi, l’inconstance de l’individu narcissique se trouve mis en avant, et le gouvernement phallocrate tire sa légitimité du fait qu’il parvient à réguler cette ardeur individuelle, à l’organiser et à faire de la politique une scène parcellisée et privatisée par les hommes, exerçant souverainement leurs droit patriarcaux : prostitution, pornographie, BDSM, consommation, accumulation des richesses, telles sont les (quelques) instances patriarcales définissant l’ordre politique postmoderne.

L’égalité devenant une simple question d’égale satisfaction d’aspirations individuelles, les femmes n’ont qu’à faire de même : imiter les hommes, référents, symboles du sujet libre.

Dès lors, la liberté restée au stade métaphysique : ‘ je me sens libre, donc je suis libre’, la phallocratie comme organisation politique autoritaire asservissant les femmes, est occultée – et ce n’est pas un hasard- pour laisser place à des revendications identitaires fondées sur la reconnaissance du sujet opprimée, en tant qu’opprimée. Autrement dit, le genre étant, dans sa définition la plus basique (et inutile), dissociée du sexe, les identités – à la fois ce qui rassemble, et ce qui sépare, c’est ‘ ce que l’on est’ telle que constitué-e-s par l’organisation en place- genrées, ne sont rien d’autre qu’une réaffirmation non seulement des catégories sexuées, mais des fonctions sexuées. Les structures politiques patriarcales ne sont en rien changées et ce n’est d’ailleurs  pas du tout  le but de la théorie queer sous-tendue par le postmodernisme.

 Adopter le point de vue genriste revient à négliger les conséquences dramatiques et meurtrières des pouvoirs patriarcaux sur les femmes, en réduisant le système patriarcal à un système normatif.  Si effectivement la phallocratie n’est qu’une question de normes, alors nous sommes forcées de mettre sur un même plan les femmes et les hommes, indépendamment de la domination que ce-dernier groupe exerce sur le premier.

A partir de là, les femmes n’existent pas. Conformément à la tradition masculine de fétichisation, et d’objectification, en passant par la négation de la matière ; ‘femme’ devient un concept, une idée, un état d’esprit, caractérisé en même temps par un morcellement corporelle : vagin, poitrine, jambes, …. Dès lors, les femmes incarnant l’immanence, sont l’essence qui doit être détruite. L’anti-essentialisme prétendu de la théorie queer, ne repose pas sur une réfutation du pouvoir patriarcal légitimé par la nature, bien au contraire. Le transgenrisme en alléguant pouvoir prendre prossession du corps des femmes au moyen d’opérations chirurgicales, consiste à anéantir ce qu’il considère être l’essence- femme, les femmes elles-mêmes. Mais il ne faut pas s’y tromper, face au narcissisme masculin particulièrement développé par la postmodernité, il s’agit véritablement de faire disparaître les seules qui fassent sens, privées de leur autonomie politique, de leur humanité, et susceptibles en conséquence, de créativité politique : les femmes, ces Autres, qui, en conquérant leur autonomie intellectuelle, leur liberté politique, constituent une menace à l’ordre du Maître. Comme l’écrit Somer Brodribb : «  Le narcissisme masculin se trouve froissé par la singularité et l’autonomie des femmes » [2]. Les femmes remettent en question les catégories sexuées, les hommes cherchent à les renouveler, pour tenter de jusifier le bien-fondé de l’ordre patriarcal.

        Par conséquent, au mieux nous pouvons parler, en reprenant l’expression de Janice Raymond  dans L’empire transexuel , d’humanisme[3] ‘androgyne’– dans le sens où l’androgynie reprend les caractères masculins et féminins établit par la phallocratie, en y supposant l’équilibre ou l’interchangeabilité- mais certainement pas d’approche féministe politique, puisque le cœur même des fonctions sexuées – à savoir la subordination des femmes aux hommes, dont l’existence est annihilée- n’est pas remise en question. La multiplicité des genres détourne du vrai problème posé par le féminisme : une organisation phallocrate dont la structure est patriarcale, autoritaire et procèdant à l’extermination des femmes, physiquement et politiquement, par la privatisation de la scène politique détenue par les hommes, gangréné par le patriarcalisme et entravant toute tentative d’actions politiques féministes.

                       Les hommes ont davantage recours aux opérations de changements de sexe. S’il y a en effet des femmes-en minorité- qui subissent de telles opérations, cela reste indéniablement en cohérence avec un système de valeurs phallocentré. Clairement, le transgenrisme est une pratique misogyne initié par les hommes, pour les hommes, selon leurs valeurs. Par ailleurs, elle remet largement en cause l’intégrité du corps, et peut-être considérée comme une atteinte aux droits humains. Néanmoins, cette conception se trouve mise à mal par un pouvoir politique soumis à la technoscience : l’homme n’est plus seulement maître de la nature, il en est le créateur.

            Revenons un instant sur les fondements de la pensée postmoderne. Elle s’est développée dans les années 1980 (les prémices ayant étaient élaborés dans les années 1950 par le post-structuralisme) après l’effondrement des idéologies libérales et soviétiques d’alors. La ‘Fin de l’Histoire’ avérée selon ces auteurs, il fallait surtout comprendre par-là, la ‘fin du politique’. En effet, les attributs du politique ayant été ramenés à tout ce qui précisément détruit le politique, à savoir l’accaparement de l’outil étatique par les seuls gouvernants (domination), les penseurs de la postmodernité prônent la relativité, l’inconstance, et la prévalence de l’outil scientifique pour dépasser les contraintes matérielles.  Assurant la suprématie du ‘moi’ envers et contre-tout, la politique devient un procédé proprement im-politique, réhabilitant un nihilisme totale : tout se vaut, ni jugement, ni confrontation, la pire des injustices n’est qu’une conséquence inévitable du politique. Et pour cause, la désobéissance, la révolte ferait partie intégrante du pouvoir qui ‘donne tout’, c’est-à-dire qui définit les instances politiques auxquelles les individu-e-s ne peuvent échapper. Dans cette perspective ultra-fonctionnelle, l’action politique n’est qu’un effet de la domination (assimilée à la politique). Alors, l’apathie, la mort ‘violente’,  sont les seules alternatives à la mort ‘lente’ imposée par le système. «  L’Ere du vide » est donc celle de la dématérialisation et de la déréalisation, narcissisme et désolation oblige : seuls les mots ont une importance à travers l’analogie qu’ils dessinent. Car il faut garder une chose à l’esprit : dans ce néoplatonisme le symbole est plus réel que le matériau incarné.

A partir de là, la théorie queer exploite la crise existentielle des hommes pour élaborer un subtil évangélisme genriste, assurant la translation entre la conception chrétienne du corps des femmes comme impures, impropres et défectueux ; à la conception postmoderne qui prône sa disparition totale. Par-là, les hommes veulent être créateurs de la nature – Dieu le père- pour corriger une capacité qu’ils n’auront jamais : celle de donner naissance[5] . C’est ainsi que Jean- François Lyotard affirme dans Les immatériaux : «  S’il s’avère que vous détestiez être un homme, la biochimie et la chirurgie peut vous donner un corps de femme. Vous pouvez échapper à la destinée que l’on vous a tracé ».  La technique renforce alors la suprématie des hommes : en prenant le corps des femmes, ce sont les femmes elles-mêmes qu’ils réifient et redéfinissent. La dissociation matière/esprit assure une relativité telle, qu’elle anéantit non seulement symboliquement les femmes, alors matrices, l’origine, l’immanence selon les postmodernes, mais aussi physiquement par la légitimation de pratiques mutilantes qui rendent impossibles la contestation politique. Si en effet être femme n’est qu’une abstraction, aucune des instances phallocrates ne peut être attaquée : féminicides, assujétion, et enfin extermination, l’idéologie postmoderne renforce le pouvoir patriarcal, et le caractère autoritaire de la phallocratie : pourvoir du phallus, seul signifiant, sa légitimité est assuré par la dé-matérialisation postmoderne et une pseudo-réciprocité entre femmes et hommes-par une prétendue pluralité individuelle-laissant les hommes s’emparer de la technique, sur laquelle se fonde le patriarcalisme postmoderne. Comme le souligne Janice Raymond : «  Le transexualisme des hommes devenant des femmes, n’est qu’une variation relativement récente de ce thème selon lequel les organes génitaux féminins sont complètement séparés du corps des femmes et qui, par la chirurgie, finissent par être contrôlés par incorporation dans un corps d’homme ».

On comprendra mieux dès lors l’assertion des militants transexuels prétendant savoir plus que les femmes qui elles sont (singularité), lorsqu’ils ne font valoir que ce qu’elles sont (identité)[7]. Par narcissisme, les hommes tombent amoureux de leur reflet jusqu’à subir des opérations chirurgicales. C’est la fusion avec les objet qu’ils ont modelé à leur image qu’ils souhaitent. De la sorte, par l’incorporation des organes féminins, ils « engendrent » d’autant plus de femmes sur le modèle du Maître ici totalement incarné. Les autres femmes, insubordonnées, n’étant que des hommes ratés, défectueux.

Nous l’avons entendu maintes fois : « Être une femme née dans un corps d’homme », pathos et crise existentielle, les femmes doivent se taire et faire preuve de compassion à l’égard de ces pauvres hommes qui n’hésitent pas à les anéantir : «  Les femmes doivent demeurer l’essentiel (essentialistes) : leurs discours requièrent notre silence, leur esthétique notre sacrifice, et leurs écris prennent notre morphologie comme support »[6]. Le transgenrisme est un moyen (presque) nouveau de contrôler les femmes par l’accaparement corporel, et politiquement, par l’annihilation de l’être politique Femme.   

                  La psychanalyse Lacanienne a amplement influencé la pensée postmoderne, et la théorie Queer à plus forte raison. Le maître mot : glorification du phallus, seul signifiant, seul pouvant être désiré. Le phallus est créateur, tout en symbolisant la mort. Les femmes ne peuvent accéder à la jouissance qu’en célébrant le phallus, par lequel elles renaissent. Dès lors, femmes et hommes, pour accéder à la transcendance doivent procéder à un matricide : «  Pour l’homme et la femme la perte de la mère est une nécessité biologique, le premier pas vers une existence autonome. Le matricide est notre nécessité vitale, la condition sine qua non de notre individuation (…). » (Julia Kristeva). Outre le fait de présenter les femmes comme des hommes défectueux, voilà l’autorité du père rétablit, structure essentielle au gouvernement phallique. La mort de la mère, symboliquement la mort des femmes, assure la rédemption de l’homme, et sa résurrection. Il est le créateur, il ne naît pas d’un corps de femme, mais il créée les femmes priées d’entrer dans les bonnes grâces du Père. Les femmes, sujets politiques autonomes, créatrices de la vie, pas seulement en termes biologiques, mais en terme politiques par leur participation au monde, cadre de la vie politique, est impensable. Les femmes sont souillures, impropres, incapables de pensée et de raison, seule l’idéologie masculine permet de remédier à l’hétéronomie inhérente à l’être femme. Hors du phallus, point de salut ! Imitatrices, elles ne peuvent produire de savoir originel.

En conséquence, l’inconstance et la suprématie technocrate prônées par le postmodernisme, ne cessent d’éloigner les femmes de la sphère politique, sommées de s’identifier au seul signifiant : le phallus, régissant l’ordre consensuel (dominant). En donnant l’illusion d’une égalité mimétique au demeurant, entre femmes et hommes, la postmodernité dépolitise la question de l’oppression patriarcale.  Et pour cause, étant réduite à un système normatif, la phallocratie ne devient plus qu’une question de reconnaissance identitaire, les femmes sont alors loin d’être la préoccupation première. Puisqu’en effet, si la féminité est davantage une norme, plus qu’une fonction sexuée, alors les femmes suivant cette norme seront considérées comme privilégiées par rapport aux ‘mal –genrés’, les exlus, c’est-à-dire les hommes en crise existentielle. On appellera dès lors ces femmes : ‘CIS’. Un stigmate qui marque au fer rouge le contrôle des hommes exercé sur les femmes par le transgenrisme. Ceux-ci parviennent à re-nommer les femmes, à les redéfinir, et par là-même à réitérer une conception dénigrante et déshumanisante des femmes, de leurs corps, de leur être en marquant leur superfluité. Cette superfluité est la conséquence de la mort de l’être politique Femme, du moins sa tentative de meurtre. La capacité des femmes de juger, de se révolter, de résister, de se définir, de faire valoir leur singularité est entravé par une conception nihiliste du politique selon laquelle, rien n’a d’importance. Résignation oblige, elle s’effectue sur un mode ‘cool’, dont le contrecoup immédiat est le renoncement à la capacité du politique. Caractéristique de tout gouvernement à structure patriarcale, l’auctoritas annihile à un point tel, que les postmodernes tentent par tous les moyens de vicier le féminisme politique obéissant à un leitmotiv dissensuel : tout peut changer. En effet, si les femmes font sens, si elles s’emparent du pouvoir politique et parviennent à déprivatiser l’espace politique d’entre les mains des hommes, c’est toute l’idéologie postmoderne qui s’effondre, et par là-même, la suprématie masculine perd son effectivité.

                                                                             ***

           Le gouvernement phallocrate organise la subordination des femmes jusqu’à leur extermination par les gynocides. Les femmes sont déniées leur statut d’être humain, d’être politique, par des instances patriarcales aliénantes qui détruisent toute leur créativité, leur intellect, leur intégrité physique : prostitution, pornographie, division sexuelle du travail, dépolitisation de leur condition …. Face à une telle situation, le féminisme politique doit avoir une conception instrumentale de l’action, qui vise des moyens précis pour des objectifs précis : la libération des femmes, en vue d’une revalorisation du pouvoir politique exercé effectivement par les femmes. Or, avec l’influence des études du genre, et le transgenrisme fondé par l’idéologie postmoderne, cet état d’urgence est marginalisé et occulté, même aggravé par une approche qui réitère les pratiques dominantes, moyennant un culte scientiste et l’incarnation de ‘Dieu le père’ en chaque homme, détenteur du phallus. La technique est monopolisée par les hommes tentant de renforcer par-là même une filiation patrilinéaire, et ses modalités se trouvent par conséquent, définit par ce groupe tirant sa légitimité d’une compétence alliant à la fois science et fiction. Ainsi, le ‘genrisme’ a non seulement des conséquences politiques, mais l’introduction du ‘genre’ dans le droit français risque de fragiliser d’autant plus les droits des femmes –toute proportion gardée- parvenant tant bien que mal à les protéger. J’espère que le gouvernement français, aussi déplorable soit-il, ne va pas faire l’affront aux citoyennes françaises de prouver, comme en Argentine, l’authenticité de leur sexe.

Ainsi, chères lectrices, chères femmes, je vous demande de prendre garde au sophisme genriste, si séduisant soit-il. On ne peut pas troquer notre liberté politique contre une liberté métaphysique qui ne bénéficie qu’aux hommes, au grès de leurs caprices sadiques. Nous sommes des femmes, des êtres humains, des êtres politiques, dignes et nous devons lutter contre la suprématie masculine qui nous empêche de vivre en être libres et politiques. Nous ne sommes pas ‘cissexuelles’, nous ne sommes pas des hommes défectueux, et nous ne laisserons pas les hommes nous détruire davantage : les féministes se sont battues pendant 150 ans pour que l’on ait des droits, à nous de lutter  à présent pour mettre à bas l’organisation phallocrate tout entière.

NB : Pour les genristes qui parviendraient à résumer cet article en un seul mot : ‘transphobe’, merci de confirmer la pertinence de ce post.

 

© Women’s liberation without borders [2013]

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[1]  “… to create her in his image, he must be able to take her image, educating her to sameness and deference”, Somer Brodribb, in Nothing Ma(t)ters, pxvi.

[2]“ Male narcissism is outraged by otherness and female autonomy’’, in Nothing Matters.

[3]Le terme d’ « hominisme » conviendrait davantage. Il est définit ici, article indispensable à lire !

[4] Nous ne sommes pas dupes, le genrisme est une idéologie.

[5] Je reprends cette image d’après celle qu’élabore Jean-François Lyotard.

[6] “ And woman remain essential(ist) : their speech requires our silence, their aesthetics requires our sacrifice, their writing requires our form’’, Somer Brodribb in Nothing Ma(t)ters.

[7] Le transgenrisme ne fait que réactualiser une conception traditionnelle de la féminité, enfermant les femmes dans une essence dont les hommes assurent la pérennité par l’accaparement du corps fétichisé de LA femme et sa caricature.

 

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BRA-BUSTERS : l’usurpation féministe d’une page pornographique.

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       Facebook est bien connu pour sa caution de pages on ne peut plus misogynes incitant à la violence des hommes contre les femmes. Que ce soit à travers des insultes phallocrates sous couvert d’humour, la promotion de la prostitution et de la pornographie, il ne viendrait certainement pas à l’idée du réseau social d’interdire ces pages humiliantes, méprisantes et déshumanisantes  à l’égard des femmes ! Privilège masculin que d’objectifier et réifier la moitié de l’humanité en tout impunité, l’usurpation féministe d’une page pornographique intitulée ‘BRA-BUSTERS’ a largement mis au jour et en échec le chauvinisme mâle de Facebook.

Ce ‘putsch’ féministe – selon les mots des administratrices- a suscité des réactions très contrastées : de l’enthousiasme au rejet et l’exaspération totale, personne n’est resté indifférent.

Mais qu’est-ce que les ‘usurpatrices’- Lili Fitna et Kassandra Firebird- ont à dire à propos des controverses autour de la ‘prise d’assaut’ de la page, et de l’usurpation elle-même ?

Voici les propos recueillis concernant une ‘mutinerie’ assez inattendue et unique en son genre.

          WLWB : Tout d’abord, comment avez-vous pris d’assaut la page BRA-BUSTERS ? Qu’est-ce qui vous a conduit à une telle initiative ? Et selon vous, quel a été l’élément décisif qui a conduit d’autres femmes à se joindre à la nouvelle administration de la page ?

L.F : Je n’ai jamais eu l’intention, à proprement parler, de reprendre le contrôle d’une page sur Facebook. C’est une histoire assez bizarre en fait. Un jour, j’ai reçu un message privé d’un homme me demandant si je pouvais l’aider à alimenter la page d’un contenu un peu nouveau : Les messages ne sont pas traduits.

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Après ce message, et après avoir vu la page, je suis restée sans voix. Cet homme savait-il qui j’étais ? Où avait-il trouvé mon compte ? A-t-il la moindre idée de ce que je ferais si j’étais en possession de la page ? Je ne savais pas s’il était véritablement naïf, voire idiot, ou s’il essayait sincèrement de changer de cap. J’en ai alors parlé à des féministes que je connais bien, et leur ai demandé conseil. Elles m’ont suggéré de foncer !

Comme j’avais peur que cela soit un piège, je n’ai pas donné à cet homme mon adresse email. Je lui ai ainsi répondu :

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A la suite du dernier message, il m’a nommée administratrice. J’avais déjà posté une demande dans un groupe féministe, pour celles qui voudraient se joindre à l’administration de la page et essentiellement mettre de l’ordre sur cette page. Je leur ai dit que celles qui se manifestaient seraient d’emblée dans le coup ! Alors quelques femmes se sont portées volontaires, et à l’instant même où j’ai été nommée administratrice, j’ai désigné trois autres femmes en l’espace de dix minutes et nous nous sommes mises au travail. Au premier abord, nous avons étaient si écœurées du contenu, que, de colère, nous avons commencé par le supprimer. Nous communiquions par messages privés sur Facebook. Comme nous craignions que tout ceci ne soit qu’un canular, nous avons fait autant de captures d’écran que possible, et supprimer le maximum de contenu.

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K.F : En ce qui me concerne, j’étais immédiatement intéressée par le projet, principalement parce que l’idée est marrante !  J’adore me moquer des hommes, c’est si libérateur ! Je pense que plus de femmes devraient s’y essayer !

      

     WLWB : Vous avez certainement lu l’article de Renee Davidson intitulé Pour lutter contre le sexisme, inutile d’humilier publiquement les sexistes[1]. Beaucoup d’aspects m’ont frappée dans ce texte, notamment le fait qu’elle décrive la prise de contrôle de la page comme un simple acte de vengeance, voire de l’exhibitionnisme puéril, bête et méchant. Que pensez-vous de ces analogies ?

K.F : Qu’est-ce qui est puéril au juste ? Si cette entreprise est puérile, alors nous devons absolument l’être davantage ! Premièrement, les mots utilisés par l’auteure ont une signification patriarcale, ils ne font ainsi pas sens pour moi. Nous devons nous moquer des hommes, et les humilier eux, et leur misogynie. Quand est-ce que demander gentiment aux hommes d’arrêter leurs actes barbares a-t-il aidé les femmes ? A-t-on jamais entendu une femme dire ‘ S’il vous plaît, vos actes nous font du mal, arrêtez’ et les hommes exécuter aussitôt ?  Le problème c’est que l’on tend à faire fi des actes réels d’humiliation et de violence des hommes contre les femmes, pour une vision fantasmée de leur bonne volonté. 

            WLWB : Dans ce même article, l’auteure fait l’apologie des valeurs prétendument féministes de dialogue et d’inclusion. Elle fait référence aux ‘Marches des salopes’, mouvement qui selon elle, remet en cause l’humiliation publique pratiquée par le patriarcat contre les femmes. Pour moi, c’est exactement la raison pour laquelle la prise de contrôle de la page est mal comprise. Nous vivons dans une ère postmoderne au sein de laquelle la seule résistance envisageable consiste à recycler les pratiques dominantes, suivant – comme l’appelle justement Castoriadis- un ‘conformisme sophistiqué’. Par conséquent, que des femmes tentent de se réapproprier le terme de ‘salope’- quelle surprise !- semble être davantage acceptable que de mettre les hommes face à leur propre misogynie.  C’est-à-dire que l’auto-dénigrement est paradoxalement recevable sous couvert de subversion et d’émancipation. Mais en aucun cas l’ordre consensuel ne doit être remis en question, et certainement pas les privilèges des hommes. A mon avis, c’est tout ce qui fait le génie de la ‘prise d’assaut’ : quand on y pense, vous ne caricaturez même pas les hommes qui commentent la page. Vous prenez leurs photos de profil, qui sont publics de toute façon, vous y inscrivez leurs commentaires et vous postez le tout sur la page. Même si Renee Davidson pense qu’il s’agit d’une subversion de mauvais goût, il ne s’agit pas de sub-version du tout ! Vous exposez les choses telles qu’elles sont, et en l’occurrence, vous rendez visible pour les femmes l’étendue de la misogynie des hommes. Vous renvoyez les hommes à leur propre responsabilité et culpabilité, il y a un effet miroir ; ce qui n’est pas le cas de la ‘ Marche des salopes’ où les femmes demeurent les projections des hommes.

Que diriez-vous alors à ceux/celles qui pensent que vous vous comportez exactement comme les hommes dont vous faites le procès ?

L.F : Je suis d’accord avec votre analyse. En l’occurrence, je pense que si nous étions comme les hommes auxquels nous nous attaquons- et les hommes en tant que classe- nous aurions, comme eux et en tant que femmes, établit un système de cinq milles ans qui asservit les hommes, les domine, organisant leur oppression, leur viol, leur meurtre, leur vente, leur extermination, leur maltraitance, torture et lynchage, qui les objectifie, les traque, les harcèle, les insulte, les déshumanise, viole leur intimité, leur intellect, qui les ignore, les réduit au silence, leur crache dessus, leur fait subir toute sorte de dégradation, les kidnappe et les contrôle à travers toutes les instances gouvernementales, religieuses ou économiques. Voyez le non-sens d’une telle comparaison. C’est bien le problème avec le féminisme contemporain. L’objectif est toujours calibré sur les hommes ; ils servent de référents quant à la qualité et la cohérence de nos actions. Nous devons nous affranchir de cette manière de penser, et détourner notre regard des ‘demi-dieux’  pour nous concentrer sur les femmes. Si des hommes sont d’accord avec ceci, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, cela ne devrait faire aucune différence.

      Se moquer des oppresseurs est certainement notre seule arme dans un monde où les hommes exercent une domination totale, que ce soit au plan existentiel, matériel et émotionnel. Personnellement, il m’importe peu que des hommes soient offusqués. Tant mieux même. Je veux qu’ils soient mal à l’aise, parce que le problème est qu’ils bénéficient d’une place bien trop confortable de par l’ordre établit qui légitime leur suprématie au détriment des femmes. A cause de cela, ils n’ont absolument aucune raison de changer quoi que ce soit. Qui va alors affronter cette culture patriarcale ? Les hommes ne le feront pas. En tant que femmes, c’est le moment où l’on intervient et cela devrait avoir une grande importance. Car il s’agit de nos vies, de la vie de nos sœurs, de nos filles et de nos mères. Les femmes ne méritent pas moins. Les femmes en valent la peine, qu’on veuille le croire ou pas.

        Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir du rire. Nous devons nous moquer des hommes et les tourner en ridicule jusqu’à ce que ce soit une honte de détester les femmes, parce que c’est un comportement abjecte. La société doit changer jusqu’à ce que ces hommes soient trop embarrassés pour affirmer avec une telle aisance leurs points de vue ignobles à l’égard des femmes. Qu’ils soient à ce point sûr d’eux quant à ces pratiques détestables demeurant impunies, qu’ils n’aient aucun scrupule à les mettre en œuvre sur un réseau social mondial en utilisant leurs véritables noms et photos, montrent à quel point ils se croient tout permis, sans gêne, en toute légitimité, bénéficiant de privilèges patriarcaux.

Ils savent très bien qu’ils vivent dans une société au sein de laquelle de telles attitudes sont normalisées. Et ils croient tellement à la légitimité de leur autorité, que lorsqu’on inscrit leur commentaire public sur leur photo publique aussi, ils accourent pour nous interdire d’utiliser les réseaux sociaux, en brandissant – c’est assez ironique d’ailleurs- des principes comme la liberté d’expression. On doit vraiment changer cette culture patriarcale.

K.F : Qu’est-ce que je répondrais à ceux-là ? Simplement que ce qu’ils pensent m’importe peu. Car visiblement, ils sont loin d’avoir mûrement réfléchit à la question.

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          WLWB : Pour moi, cette ‘usurpation’ est un acte politique. Et cet acte (même s’il se déroule sur Facebook) créée ce que Hannah Arendt nomme un ‘espace de visibilité’ : vous politisez la question sans cesse dépolitisée et marginalisée de la libération des femmes. Et je crois que c’est un autre aspect qui dérange les libéraux, qui ne veulent pas faire de vagues et ont peur de la confrontation. Surtout lorsqu’il s’agit des féministes, on nous exhorte d’être aimables face aux hommes, on ne peut nommer ni les agents de l’oppression, ni l’oppression elles-mêmes. Ce n’est pas étonnant que Renee Davidson parle de ‘voyeurisme’ concernant la page ‘usurpée’, lorsque, comme il a été mentionné plus haut, il s’agit d’engager une résistance féministe.

Que répondriez-vous à ceux/celles qui caractérisent le nouveau contenu de la page comme de la ‘propagande anti-pornographie’, du sectarisme ou un acte de victimisation à l’égard des autres femmes ?

L.F : Je suis aussi celle qui a lancé la page intitulée ‘ Radical Daughters : Young women for Liberation’, et je trouve ça très alarmant qu’au XXIème siècle, autant de femmes ont ce niveau d’amnésie concernant l’origine du féminisme. Je n’étais pas encore de ce monde dans les années 1970, pourtant, je me suis débrouillée pour connaître l’histoire du féminisme. Et nous voilà, dans une époque cristallisée par ‘La Marche des Salopes’, Pussy Riot et Femen. Ce n’est pas le monde pour lequel les féministes des années 1970 ont combattu et nous ont légué. Nous sommes les héritières de ces révolutions, et nous avançons aujourd’hui dans un monde aux antipodes de celui qu’elles avaient espéré créer pour les générations futures. Il faut se rappeler que ces femmes ont forcé les verrous de la Maison Blanche, pour ainsi dire, avec pour objectif  d’inscrire l’égalité des sexes[2] dans la Constitution. L’une d’entre elles s’est présentée aux élections présidentielles. Elles se sont enchaînées à des arbres, ont fait exploser des magasins pornos, ont organisé des audiences pour les victimes de la pornographie afin qu’elles puissent raconter leur expérience.

K.F : Tout à fait d’accord pour la création d’un ‘espace de visibilité’. Nous refusons la suprématie des hommes, là où ils espéraient satisfaire leurs plus bas desseins. Nous révélons la bêtise des hommes[3] et nous les mettons en rogne. Je suis aussi fatiguée par la naïveté du féminisme libéral et postmoderne, et je crois que nous les femmes, devons élaborer un projet politique sérieux. Nous devons résister publiquement aux attaques des hommes, et leur rirent au nez avec nos sœurs. Avec ce ‘putsch’, nous montrons l’exemple, et nous provoquons un élan en créant un espace pour les femmes, par lequel elles peuvent être témoin de toute cette misogynie. Elles pourront ainsi avoir la force nécessaire pour résister dans bien d’autres domaines encore. Et pendant qu’on y est, nous nous amusons !

© Women’s liberation without borders [2013]


[2] Equal Rights Amendment

[3] Ici, jeu de mots ‘ boner-buster’, ‘boner’ signifiant ‘gaule’ et ‘gaffe’, donc répulsif anti-cons et casse-couilles.

Bra-Busters : the feminist coup.

Par défaut

Facebook is well-known for its most misogynist, women-hating pages,  promoting male violence against women through phallocratic insults, domestic abuse, prostitution, and pornography. Yet, none of those pages were taken down- far be it from the social network to prevent phallocrats from objectifying women ! But facebook’s male chauvinism has recently been exposed by the feminist takeover of a porn page called Bra-Busters. This contentious feminist ‘coup’ has triggered contrasted reactions on the part of the public : from enthusiasm to exacerbation, no one was left aloof. But what do the usupresses – Lili Fitna and Kassandra Firebird- have to say about all this ?

Here is an interview about an unexpected and one of a kind usurpation.

      WLWB: First, how did you take over the Bra-Busters page?  This is quite an unusual idea. I haven’t seen many feminist takeovers on Facebook, what led you to this point? And to you (both), what did encourage the other admins to join?

 L.F: I never had a plan to take over a page. It is such a strange story. I got a private message one day from a man asking me if I could help him add content to his page. This was his first message to me on April 29th: (Click on the images to enlarge)

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After this message and after seeing the page, I was floored. Did this guy really know anything about me? Where had he seen me? Does he know what I’d do if I had that page? I couldn’t tell if he was completely clueless or really actually trying to make a turn around. So I consulted some feminist women I know and asked them how I should handle it. They all said go for it.

I was too afraid this was a trap, so I didn’t want to give my email address. I responded:

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After that last message, he made me an admin. I had already posted a thread in a feminist group asking who would like to help me manage the page and essentially trash the joint once we were made admin. I said that any woman who raised her hand was in. So a few women volunteered, and the instant I was made admin, I promoted 3 other women within 10 minutes, and we went to work. At first, we were so disgusted with the content that we just started tearing it down in a fury. We were on pm with each other, telling each other to take screen shots, but we only got a few. I think we all had this sense that soon the hoax would be up and we’d find out we were somehow tricked, so we wanted to take down as much as possible immediately.

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K.F: Oh I was immediately in it for the fun. I love laughing at men, it’s so liberating! I think more women need to start doing it!

 

         WLWB: You have probably read Renee Davidson’s article ‘To smash sexism, don’t shame sexists’. There are many aspects in this article that struck me. To wit, the fact that she delineates the takeover as mere revenge, or just a mean and childish act of display. What is your take on this one?

 

K.F: What’s childish? If that’s childish, then we need to be childish. First of all, all these words have patriarchal meanings attached to them, so I don’t understand what she means by childish. We need to poke fun at them and laugh at them and shame them. Or has it ever helped when women have said to men, “Please, that’s hurting us, stop it.”? I don’t think so. We’re taking them seriously in all the wrong areas, and not taking them seriously when we should.

 

         WLWB: In that same article, she praises the appointed (liberal) feminist ideals of dialogue and inclusivity. She mentions the Slutwalk ‘movement’ as a way to discuss the public shaming that according to her, you are using. To me, this is exactly the reason why the usurpation of the page is completely misunderstood.  We live in a postmodern era where the only resistance one can opt for is the ‘recycling’ of the dominant practices, I like to use the term -initiated by Castoriadis- of ‘ sophisticated conformity’.

Therefore, calling yourself a ‘slut’ –what a surprise! – seems to be more acceptable than putting men in front of their own misogyny. You may demean yourself on the grounds of subversion and emancipation, but you may not threaten the consensual order, and certainly not male privileges. As far as I am concerned, this is the genius of the Bra-busters page. If you think about it, you are not even caricaturing the male-chauvinists who comment on the page.

You take their profile pictures that are public anyway, and add exactly what they wrote on them. Although Renee Davidson thinks this is bad subversion, this is not sub-version at all. It IS the version and you’re putting it out in the open for every woman to see the extent of misogyny. And you are saying to the phallocrats: ‘look at yourself in the mirror now’.

What would you answer to those who say you are behaving just like the men you try to shame? 

 

L.F : I agree with your analysis, and I think that in order for me to be like the men we try to shame—which is nearly all of them, and certainly them as a class—we would have to, as women, establish a worldwide, 5,000 year reign in which we subjugate men, dominate over them, systematically oppress them, rape, murder, sell, suppress, brutalize, torture, stone to death, objectify, stalk, harass, insult, dehumanize, violate, emotionally batter, ignore, silence, spit on, degrade, kidnap, and control through all government, financial and religious institutions; we cannot ever be just like the men we are shaming. This is the problem with modern feminism. The focus is still on men; we still measure ourselves by male or patriarchal standards and compare ourselves to the mainstream to see how correct our actions are. We need to get outside this thinking, take our eyes off the males, and focus on women. If men approve, good for them. If they disapprove, it should make no difference. Laughing at our oppressors is possibly our only weapon in a world of overwhelming male rule that dominates our existence in material, metaphysical, and emotional ways. I personally do not give a shit if they are offended. Good. I want them to be uncomfortable, because the exact problem is that they are far too comfortable with the established order—that being their supremacy over us—and therefore have no reason to change. Who is going to do the work of looking this culture square in the eyes? Men won’t do it. As women, this is where we come in, and it should matter to us, because this is about our lives, our sisters’ lives, our daughters, and our mothers. We are worth that much. Women are worth it, whether we can believe it or not. We are.

 

Don’t underestimate the power of laughing at them. We need to laugh at them all the time and turn these men into the laughing stock of society until it is considered a shame to hate women. It is despicable behavior and the culture needs to change until these men are too embarrassed to admit their sick views. That they feel confident doing this with impunity, on a global media site, using their real names and real photos, tells us how severe the problem is. This is the level of entitlement they understand themselves to possess. They know they live in a culture in which this is seen as perfectly normalized behavior.  They are in fact so entitled that when we combine their public photo with their public statement, they rally up to have us banned from using the social media site, often with some ironic references to free speech thrown in. We need to change this culture.

K.F: What would I answer those who think we are behaving just like the men we are shaming?I would answer that I don’t care what they think. Because they obviously haven’t thought it through very thoroughly.

BB

       WLWB: To me, this takeover is a political act.  And this political act (although on Facebook) creates what Hannah Arendt calls a ‘space of appearance’: you are politicizing the ever-depoliticized question of women’s liberation. And I think this is another aspect that bugs many liberal activists, who basically do not want to make waves and are afraid of being confrontational. Especially when it comes to feminists, we are told to be nice to The Man; we cannot possibly name the agents of oppression, nor the oppressive system itself. This is no coincidence that Renee Davidson talks about ‘voyeurism’ as far as the takeover goes ; while, as mentioned before, this is about engaging in feminist political resistance. What would you say to those who deem the takeover as ‘anti-porn propaganda’, bigotry or an act of victimization towards other women? 

 

L.F : I’m also the woman who kick-started the Radical Daughters: Young Women for Liberation page, and I find it alarming that in the 21st century, so many women can have this level of amnesia about where feminism came from. I wasn’t even alive yet in the 70s, yet I managed to figure out what happened before. Here we are, in the era of SlutWalk, Pussy Riot, and Femen, and somewhere the feminists of the 70s are lamenting: this is not the world they fought to hand down to us. We are the daughters of those revolutions, and we are marching forth now into a world that is the antithesis of what they had hoped to create for us. Remember, these women fasted on the doors of the White House to try and have the ERA passed. One of them ran for president. They chained themselves to trees, bombed porn shops, held public hearings for victims of pornography to tell their stories.

 

K.F: Yes, about “making an appearance” politically. We confront men with the political reality of patriarchy, where they expected to satisfy their basest urges. We are Boner-Busters alright! (smile) I’m also fed up with the air-headedness of liberal post-modern feminism, and I think we women need to start talking and meaning business. We need to start publicly talking back to men and laughing at them with our sisters. We’re setting an example, providing an impulse, creating a space for women to witness this and to then take strength from it which will fire up their resistance in other areas too. And we’re having fun while we’re at it!

© Women’s liberation without borders [2013]