Le féminisme : une lutte séculaire et politique sans concession pour l’émancipation des femmes.

Par défaut
Nous observons aujourd’hui l’enthousiasme général à l’égard de ‘féminismes’ « exotiques », « décolonisés » non pas parce qu’ils sont en rupture avec la phallocratie, mais au contraire, parce qu’ils défendent l’ordre dominant sous prétexte d' »exception culturelle » et de rupture avec l’Occident. Comme l’a dit Catharine Mackinnon, il s’agit en fait « d’une défense multiculturelle de la domination masculine », qui a l’intérêt tout particulier de diviser les femmes, et de les faire « adhérer  aux ficitons des hommes », selon les mots d’Ana Pak ; rendant ainsi la lutte féministe inutile, si ce n’est lorsqu’il s’agit l’instrumentaliser.
 
 
Je vous laisse découvrir l’interview d’Ana Pak, féministe, exilée politique iranienne et membre du collectif lesbiennes-feministes-ba-ham (CLFBH) qui nous livre son point de vue sur ce phénomène relativiste faisant courir un grand danger aux femmes du monde entier.

WLWB: Vous êtes une exilée politique iranienne, une féministe radicale, pensez-vous que votre expérience iranienne a eu une répercussion sur votre vision du féminisme ?

En effet. Lorsque la révolution iranienne éclata en 1979, je sentais déjà dans mon très jeune cœur le cri des millions de personnes qui souhaitaient trouver la liberté.

Mais cette révolution a été instrumentalisée par des islamistes (qui constituaient une infime minorité). Comme ce que nous voyons aujourd’hui en Égypte, en Tunisie, au Libye et dans d’autres pays sous les lois islamiques. Ils ont en premier attaqué les femmes,  Khomeiny leur a ainsi demandé de se voiler.

J’étais très jeune à l’époque mais à ce moment -là, mon corps d’enfant de sexe féminin ressentait profondément l’effroi de ces milliers de femmes iraniennes qui protestaient contre le voile, et il s’alarmait à l’unisson de leur indignation.

Je ressentais cette révolte des femmes, même si je ne pouvais pas encore tout comprendre.

Il faut savoir que Khomeiny a tout d’abord été contraint de revenir sur certaines de ses positions au regard des colères, des révoltes et des manifestations quotidiennes des femmes !

Il déclara d’ailleurs que « Non, l’Etat islamique n’obligerait pas les femmes à se voiler, [il] leur en laisser[ait] le choix.»

Mais quelques jours après cette déclaration de capitulation de Khomeiny, j’entendis, médusée, au journal télévisé, Banisadr, le premier président du régime islamiste, déclarer que « si l’islam voilait les femmes, c’était parce que la science avait prouvé que des ondes capables d’exciter les hommes se cachaient dans les cheveux des femmes. Et qu’afin de s’assurer qu’hommes et femmes puissent vivre en paix dans la société et sans excitation, l’islam exigeait que des femmes qu’elles soient voilées.» !!!

Ces paroles m’ont laissée bouche bée. Tous les moyens étaient bons pour imposer le voile aux femmes.  Quand le régime n’arrivait pas à le faire au nom de la religion, il essayait de l’imposer en utilisant cette fois des arguments soi-disant scientifiques.

Et en fin de compte, ce fût bien par des violences et par des humiliations inouïes, permanentes et constantes, que le régime islamiste réussit à contraindre les Iraniennes au voile.

Au début, par des coups, des brutalités, des insultes et des menaces, par les licenciements en masse des femmes dans les entreprises et dans les fonctions d’Etat, la retraite imposée. Puis par le viol, des violences physiques répétées, des contraventions, des arrestations et des emprisonnements. Le voile était de la même manière imposée aux femmes qui restaient embauchées, ou réembauchées.

Le voilement du corps des femmes dévoile en lui-même la violence du patriarcat sur notre corps. Comme pour la prostitution, la violence lui est inhérente. Cette violence, psychologique et corporelle, est dans la sexualisation des femmes.

Donc oui, cette expérience d’un régime facho-islamiste m’a donné une certaine grille de lecture du monde, qui forge mon féminisme et qui me procure, comme à beaucoup d’autres femmes, les antennes nécessaires pour détecter les stratégies d’intimidation des islamistes et pour cerner l’aberration qui consisterait à devoir tout accepter au nom de la tolérance culturelle.

D’autre part, je pense que nous n’avons pas besoin de subir une mutilation sexuelle féminine pour lutter contre. De nombreuses femmes luttent contre les extrémismes religieux et en particulier l’islamisme, sans l’avoir subi personnellement.

Au nom de la tolérance et du « relativisme culturel », au nom de la « lutte contre l’islamophobie», on nous impose même ici dans des sociétés plutôt démocratiques et plutôt libres, la peur des extrémistes religieux et l’interdiction de critiquer les religions, surtout l’islam, et nous condamne au silence au nom de blasphème.

Les islamistes et leurs alliés veulent nous faire taire en nous désignant comme «   islamophobes».

Mais en fait, j’ai peur de l’islamisme comme j’ai peur de tous les fascismes, et je ne vois pas pourquoi je devrais le cacher.

A vrai dire, plusieurs raisons m’ont conduite à cette intransigeance à l’égard de l’islamisme. La première par mon expérience iranienne, et l’influence du gourou Khomeiny à cause duquel les iraniennes refusant le voile étaient targuées « d’islamophobie ». Et c’est ce que l’on retrouve dans les pays démocratiques, au sein desquels on ne peut critiquer librement l’islamisme.

Être radicale, c’est pour moi être radicalement contre toutes les formes du patriarcat qui invente tant d’institutions (religion, mariage,…) pour piéger et opprimer les femmes.  C’est être radicalement opposée à toutes les religions, et l’islam aussi.

 Les religions ont la particularité d’être fondées sur la misogynie, avec comme principale obsession le monopole du contrôle sur le corps des femmes.

Alors, si être féministe radicale, cela veut dire vouloir changer le monde, vouloir nous libérer de toutes les institutions patriarcales (religion, culture, mariage, Etat…), effectivement je suis une féministe radicale. Et je me demande même comment il serait possible d’être féministe, sans être en conséquence, radicale.

WLWB: Vous avez mentionné dans cette interview que « tant que les femmes et féministes adhérent à n’importe quelle fiction inventée par des mâles : race, religion, nation, culture, couleur politique… nous ne pouvons pas nous libérer ». Pourquoi cela ?

Effectivement, en tant que femme, adhérer aux inventions des hommes, à leurs religions, à leurs cultures, à leurs concepts, revient à ne pas comprendre, nier ou oublier notre appartenance à la classe des femmes. Et donc à ne pas entamer une lutte nécessaire contre ces oppressions, ou pire se détourner de notre lutte commune. L’adhésion consciente ou inconsciente des femmes aux inventions des hommes nous coûte très cher.

Ce qui différencie l’oppression des femmes d’autres oppressions, c’est qu’elles sont non seulement  liées par la force, mais aussi par la ruse, par la culture ou les religions, affectivement, économiquement et corporellement aux individus de la classe des oppresseurs.

Les femmes sont d’ailleurs les seules opprimées qui majoritairement subissent leurs oppresseurs constamment, jusque dans leur lit.

En effet, les hommes esclaves et prolétaires ont au moins la chance de ne pas avoir l’obligation de supporter corporellement et sexuellement ceux qui les exploitent et les dominent.

C’est pourquoi l’oppression des femmes -la plus ancienne des oppressions-, peut bien changer de visage, de forme ou de nom, elle continuera à enchainer les femmes, si ces dernières n’adoptent pas les mesures requises pour se libérer.

Pour ne donner qu’un exemple bien connu dans l’histoire de la lutte des femmes : le droit de vote. Pendant que les femmes suffragistes luttaient pour obtenir le droit de vote, certaines femmes s’opposaient, en répétant le discours des hommes qui disaient que les  femmes seraient incapables de voter !

Comme je l’ai déjà soutenu dans un autre écrit, il est parfois difficile et il peut être douloureux pour les femmes de prendre conscience qu’elles appartiennent à une classe opprimée et méprisée incessamment.

Cela dit, nous les femmes, devons apprendre à nous débarrasser des réflexes misogynes que nous avons intériorisés. Car nous sommes tellement imprégnées par l’apartheid sexiste, que ce soit dans la famille, dans toutes les cultures et pays que,  nous faisons usage de cette misogynie contre nous-même et les autres femmes en défendant les arguments des dominants ! Peut-être est-ce parce que certaines se sentent découragées, et prennent des chemins apparemment moins périlleux.

Beaucoup de femmes préfèrent alors s’accrocher à ce qui nous divise et nous sépare, au lieu de mettre en œuvre des moyens de lutte et de créer nos  propres concepts pour un monde différent.

WLWB: Pourtant, de nombreux courants féministes : féminisme libéral, postmoderniste, « black feminism », transnational, etc… revendiquent la différence des femmes de couleur, pour lesquelles le féminisme radical serait une invention des femmes blanches, occidentales et des classes sociales aisées. Comment expliquez-vous ce refus de se sentir « unies dans la classe des femmes » ?

Ah, nous voici au cœur du problème ! Qui est justement de diviser les femmes pour pouvoir mieux les opprimer !

Et même encore aujourd’hui, certains qui se disent de gauche, rejettent les constatations et les revendications féministes, en prétendant qu’elles seraient l’émanation de pensées «bourgeoises»…

Or, que vous soyez bourgeoise ou pas, si vous êtes une femme, il est certain que nulle part, vous ne marcherez seule et sereinement dans les rues à une certaine heure !

Et que vous soyez bourgeoise ou non, en Iran, vous serez toutes condamnées à vous voiler, c’est à dire à arborer le drapeau de votre sexualisation et votre infériorité !

Autant le dire, la première fois que j’ai entendu les médias parler contre les « valeurs occidentales », contre les « féministes occidentales » et contre les femmes «occidentalisées », c’était en Iran, en 1979 au moment où les islamistes réprimaient les manifestations des femmes contre le voile.

A l’époque, ils ont voulu faire taire les femmes en les appelant d’abord des « prostituées ». Lorsque le nombre des manifestantes a dépassé quelques milliers, ils les ont qualifiées de « royalistes », puis « d’occidentalisées », puis de « pro-occidentales » et enfin «d’islamophobes» !

Il faut savoir que pendant les années noires en Iran, soit de 1983 à 1989, les instances internationales en charge de vérifier les violations des droits humains, sous la pression de milliers d’exilé-es qui pouvaient témoigner, voulaient visiter les prisons iraniennes où étaient torturé-es et exécuté-es des milliers de femmes et d’hommes, prisonnières/ers politiques…

Mais en riposte, à cette époque, le régime créa un « droit de l’homme islamique », afin de fournir à qui veut l’illusion de l’existence de « raisons culturelles et religieuse » pouvant s’opposer aux contrôles internationaux et pouvant justifier les massacres et la barbarie du régime de Téhéran !

Ceci en opposition totale aux droits humains fondamentaux et universels, prétendument originaires des pays occidentaux, si l’on en croit le régime iranien !

Alors s’il existe bien des droits de l’homme islamiste revendiqués et un peu spéciaux -c’est le cas de le dire-, pourquoi ne pas pousser plus loin dans ce raisonnement cher à Téhéran et ne pas créer un concept de féminisme islamique, n’est-ce pas ?

En effet, tel ne fût pas le choc que je ressentis, d’entendre ici et en 2009, les mots étranges de « féministe blanche », à l’occasion de l’organisation d’une journée d’étude à l’université de Paris VIII portant sur les lesbiennes exilées et immigrées.

Là, dans les réunions préparatoires, j’attendais que l’on dénonce enfin la haine des communautés en exil envers les lesbiennes et leur misogynie. Mais ce ne fût pas le cas. Au contraire, je fus confrontée à des allégations aussi extraordinaires que celles de la théorie de ces « féministes blanches occidentales » qui ne comprendraient pas les « femmes racisées » !!!

Pourtant, il y a bien eu des luttes historiques et mondiales pour la libération des femmes, menées par des féministes solidaires du monde entier ; une lutte qui a quand même porté ses fruits dans quelques domaines.

Pourquoi alors devrait-on rejeter des féministes sous prétexte qu’elles soient «  blanches » et revendiquer ce concept de « féminisme islamique » pour soi-disant affirmer notre différence ?

Être une « féministe islamique », ne serait-ce pas plutôt répéter et prendre à son compte les inventions et les doctrines des islamistes, telles celles en provenance de Téhéran et des Frères Musulmans ?!

Ma réponse à votre question est que l’oppression et la domination des hommes sur les femmes sont universelles ! Par conséquent, nos luttes doivent aussi l’être.

D’autant plus qu’aujourd’hui, c’est en grande partie grâce aussi aux femmes vivant dans des sociétés sous les lois musulmanes (où qu’elles soient dans le monde), que notre lutte féministe avance encore.

Ces femmes dénoncent en effet de la façon la plus virulente qui soit et la plus « radicale » les violences subie au nom de la religion, et elles ne revendiquent pourtant que des droits universels !

Malala, la jeune pakistanaise de 14 ans, qui a été attaqué mortellement par les islamistes en est un exemple.

Elles appellent régulièrement leurs sœurs des pays plus démocratiques à les soutenir dans leur lutte contre l’islamisme, elles rejettent cette fiction de « féministes blanches-occidentales différentes ».

Car elles savent bien que leurs luttes sont semblables à celles que les féministes occidentales ont faites, notamment la lutte contre l’oppression de la religion catholique.

WLWB: J’ai aussi remarqué que le féminisme faisait l’objet d’une appropriation telle, qu’il devenait l’étendard de revendications ni plus ni moins antiféministes et  antifemmes. L’émergence du féminisme dit islamique en est peut-être l’illustration. Qu’en pensez-vous ?  

 Le féminisme ne peut en aucun cas être islamique. De même que les régimes en Iran et Afghanistan prétendent être des « républiques islamiques », ne peuvent pas être des républiques.

Dans la république les peuples votent et ont des droits. Or dans l’islamisme, c’est Dieu qui choisit les hommes censés gouverner la société!

Le féminisme est un mouvement, une lutte pour l’émancipation des femmes.  N’oublions pas que l’« Islam », lui, veut dire « soumission », et qu’il implique la soumission des hommes à leur dieu et dans tous les cas la soumission des femmes aux hommes.

Comme je vous l’ai dit plus haut, le « relativisme culturel », le « relativisme des droits », la «différence des droits », ont été inventés par des islamistes et surtout par le régime islamiste de Téhéran afin de lutter contre l’émancipation des femmes et pouvoir ainsi saborder les droits humains.

Ceux qui en occident nous font taire, ou qui font dangereusement dévier la lutte des femmes, ont la même idéologie et jouent le même jeu que les islamistes.

Regardez en occident, les peuples ont lutté contre des diktats intégristes de leurs religions. Pourquoi alors, certains ici, au sein même des démocraties occidentales, pensent-ils que les individu-es né-es dans des sociétés sous lois musulmanes ne peuvent pas avoir les mêmes droits qu’eux-mêmes se sont arrogés et pour lesquels ils se sont battus, à savoir la dignité et la liberté de ne pas subir l’oppression d’une religion ?

Aujourd’hui, au nom de la « tolérance » et au nom du « respect de la religion d’autrui », certaines personnes nous poussent vers un autre un relativisme qui vise à empêcher toute critique de la religion et de l’islam plus particulièrement.  

Ces critiques de l’islam sont condamnées ici comme blasphème et insulte ! Clairement, il y a bien des intérêts derrière cette stratégie d’aliénation.

Certes, les islamistes ne veulent surtout pas que l’on touche à l’islam, c’est bien connu, ni qu’on le « rénove », ni qu’on lui pose des limites ; vous comprenez, ces hommes doivent pouvoir continuer tranquillement à mutiler sexuellement les femmes, les brûler, les voiler, les violer et les lapider !

Pour mettre à mal tout ceci, nous devons lutter pour la liberté de critiquer toutes les religions, islam compris.

Quelle sorte de monde veulent construire les  défenseurs du « relativisme culturel » ? Comment peuvent-ils légitimer de tels actes barbares au sein des sociétés dites démocratiques ? Le voile, les excisions, la lapidation pour adultère devraient passer à la trappe sous prétexte d’  «  exception culturelle » ?

Il ne faut en aucun cas négliger et prendre à la légère ce qui se passe au sein des pays occidentaux enclins au relativisme, car après la défense du port du voile pour les femmes, on risque d’avoir tout le reste ! Comme ce qui s’est passé en Iran. C’est cela que les islamistes cherchent à obtenir.

C’est pourquoi il ne faut pas céder aux intimidations. C’est pourquoi seulement par la lutte féministe, la pensée féministe, un féminisme constamment en mouvement, inlassablement interrogatif de tout ce que la société androcentrique et misogyne propose que nous pouvons nous libérer.

C’est en défendant l’universalité des droits des femmes, d’où qu’elles viennent que nous nous libèreront! Quelle que soit la couleur de leur peau ! Quel que soit la croyance de leur père et leur frère! Quelle que soit leur provenance culturelle et géographique.

L’universalité des droits des femmes !

© Women’s liberation without borders 2012

 

 

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  1. Merci à toutes les deux – Juste une petite remarque sur le titre : un remède, pas vraiment, nous ne sommes pas des infirmières, nous sommes les architectes du futur sans voile aucun. D’autant qu’une offensive patriarcale sans pareille, phallocrate et phallocrite de pure gynégogie, se joue sur la Toile d’émissaires voilées comme nues qui cherchent à enterrer au plus profond le fondement pourtant simple du féminisme : Il n’y a qu’un sexe opprimé, féminin et il appartient au genre humain. http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/03/devoilez-vous-mesdames-une-fois-pour.html

  2. Le corps des femmes est un danger pour un Etat qui sert de la religion pour gouverner. Si l’Etat , arrive à fermer la bouche de cinquante pourcent de la population, il peut s’imposer tout. Le dictature a peur des femmes .
    Merci pour cet article.
    Je n’ai jamais compris comment on peut associer l’islam et le féminisme. Deux choses incompatibles

  3. Djemila Benhabib.
    Cuando la revolución iraní estalló en 1979, yo era un joven corazón que se unió al grito de millones de personas que querían encontrar la libertad.
    Pero esta revolución fue instrumentalizada por los islamistas (que eran una ínfima minoría). De manera análoga a lo que vemos hoy en Egipto, Túnez, Libia y otros países bajo las leyes islámicas, lo primero que hicieron fue atacar a las mujeres. Jomeini nos obligó a ocultarnos.
    Yo era muy joven entonces, pero mi cuerpo de niña sintió profundamente el temor de las miles de mujeres iraníes que protestaban contra el velo, y se alarmaban al unísono unidas por su indignación.
    Sentí la revuelta de las mujeres, a pesar de que aún no podía comprenderlo todo.
    Es necesario saber que Jomeini en un primer momento se vió obligado a reconsiderar algunas de sus posiciones, dada la ira de las mujeres, las revueltas y las manifestaciones cotidianas de las mujeres!
    Tuvo que declarar lo siguiente « No, el Estado islámico no obligará a las mujeres a usar velo, quedará bajo su decisión. El velo será una elección de las mujeres”.
    Pero unos días después de la declaración de renuncia de Jomeini, oí atónita, en las noticias, a Banisadr, el primer presidente del régimen islámico, declarando que « si el Islam velaba a las mujeres era porque la ciencia había demostrado que había ondas capaces de excitar a los hombres, y que esas ondas se escondían en el pelo de las mujeres. Por esa razón, con el fin de garantizar que los hombres y las mujeres puedan vivir en paz en la sociedad y sin excitación, el Islam exige que las mujeres sean veladas. Será obligación de las mujeres llevar velo. « !!!
    Estas palabras me dejaron sin habla. Todos los medios eran buenos para imponer el velo a las mujeres. Cuando el régimen no podía hacerlo en nombre de la religión, trataba de imponerlo utilizando los llamados argumentos “científicos”.
    Y en última instancia, el régimen islamista utilizó la violencia y la humillación no contada, permanente y constante contra las mujeres, para forzar a las iraníes a ocultarse bajo un velo.
    En un primer momento, a través de golpes, palizas, brutalidades, insultos, amenazas , por despidos en masa de las mujeres como funcionarias y en las empresas, e imposiciones de jubilación. Violaciones, violencias físicas repetidas, multas, detenciones y encarcelamientos. El velo se impuso en las mujeres que permanecieron contratadas y en las que querían ser contratadas.
    Velar el cuerpo de la mujer presenta en sí mismo la violencia del patriarcado en nuestro cuerpo. Como en la prostitución, la violencia le es inherente. Esta violencia, psicológica y corporal, esta en la sexualización de las mujeres.
    Así que sí, esta experiencia de un régimen fascista-islamista me dio una cierta rejilla de lectura del mundo, que forja mi feminismo y que me consigue, como en muchas otras mujeres, las antenas necesarias para detectar las estrategias de intimidación de los islamistas y para determinar la aberración que consistía en tener que aceptar todo en nombre de la tolerancia cultural.
    Por otra parte, no tenemos necesidad de sufrir una mutilación genital femenina para luchar contra la mutilación. Muchas mujeres luchan contra los extremismos religiosos y en particular el islamismo, sin haberlos sufrido personalmente.
    En nombre de la tolerancia y del « relativismo cultural », En nombre de la « lucha contra la islamofobia », se nos impone incluso aquí en las sociedades más democráticas y bastante libres, el miedo a los extremistas religiosos y la prohibición de criticar las religiones, especialmente el islam, y nos condena al silencio.
    Los islamistas y sus aliados nos quieren hacer callar y nos designan como « islamófobos » para lograrlo.
    Pero de hecho, tengo miedo del islamismo como tengo miedo de todos los fascismos, y no veo por qué debo ocultarlo. »
    A decir verdad, varias razones me llevaron a esta intransigencia hacia el islamismo. La primera es mi propia experiencia como iraní, y que ante la imposición de Jomeini a las mujeres, muchas iraníes eran etiquetadas como islamófobas si se resistían. Esta misma etiqueta se encuentra en los países democráticos en los que no podemos criticar libremente el islamismo o el velo sin ser catalogados de islamofobos.
    Ser radical es para mí estar radicalmente en contra de todas las formas de patriarcado, que inventa tantas instituciones (religión, matrimonio, prostitución…) para atrapar y oprimir a las mujeres. Consiste en ser radicalmente opuesto a todas las religiones, y al Islam también.
    Las religiones patriarcales se distinguen por estar fundadas sobre la misoginia, y tienen como principal obsesión el monopolio del control sobre los cuerpos de las mujeres.
    Así que si ser feminista radical, significa querer cambiar el mundo, queremos liberarlo de todas las instituciones patriarcales (religión, cultura, matrimonio, prostitución, Estado …), en realidad yo soy una feminista radical. Y hasta me pregunto cómo sería posible ser feminista sin ser en consecuencia radical.
    WLWB: Usted mencionó en la entrevista que « hasta que las mujeres y feministas dejen de adherirse a cualquier ficción inventada por los hombres: la raza, la religión, la nación, la cultura, la afiliación política … no podemos liberarnos. » Porque es así?
    Efectivamente, en tanto que mujeres, adherirse a los inventos de los hombres; sus religiones, sus culturas, sus conceptos, devuelve o nos conduce a negar u olvidar nuestra pertenencia a la clase mujeres, y por tanto a no iniciar la lucha necesaria contra estas opresiones, o peor, alejarnos de nuestra lucha común. La adhesión consciente o inconsciente de las mujeres a los inventos de los hombres nos cuesta muy caro.
    Lo que diferencia la opresión de las mujeres de otras opresiones es que nosotras no sólo estamos oprimidas sólo por la fuerza sino también por la astucia, por la cultura o la religión, afectivamente, por el chantaje emocional, económico y también física o corporalmente por parte de la clase opresora.
    Las mujeres somos la única mayoría oprimida que sufre a sus opresores constantemente, incluso en su cama.
    De hecho, los esclavos hombres y los proletarios tienen al menos la posibilidad de no tener la obligación de soportar sexualmente a aquellos que les explotan y les dominan.
    Esta es la razón por la que la opresión de las mujeres es la más antigua de las opresiones. Puede cambiar de cara, de forma o denominación, pero continuará tratando de encadenar a las mujeres si no se adoptan medidas para que esto no ocurra.
    Para dar sólo un ejemplo bien conocido en la historia de la lucha de las mujeres: El derecho al voto. Mientras las mujeres sufragistas lucharon por el derecho al voto, a algunas mujeres se opusieron, repitiendo el discurso de los hombres que dijeron que las mujeres no podrían votar!
    Como he argumentado en otro escrito, a veces es difícil y puede ser doloroso para las mujeres darse cuenta de que pertenecen a una clase oprimida y menospreciada incesantemente.

    Dicho esto, las mujeres debemos aprender a deshacernos de los reflejos misóginos que hemos interiorizado. Porque estamos tan impregnadas por el apartheid de género, ya sea en la familia, en todas las culturas y países, que utilizamos esta misoginia contra nosotras mismas y contra las otras mujeres defendiendo los argumentos del dominante! Tal vez sea porque algunos se sienten desanimadas y toman caminos aparentemente “menos peligrosos”.
    Muchas mujeres prefieren así aferrarse a lo que nos divide y nos separa, en lugar poner en marcha y aplicar métodos de lucha y crear nuestros propios conceptos para un mundo diferente.
    WLWB: Sin embargo, muchas corrientes feministas: El feminismo liberal, el postmodernismo, « el feminismo negro », transnacionales, etc … reivindican la diferencia de las mujeres de color, mujeres para las que el feminismo radical es un invento de las mujeres blancas occidentales y de clase superior. ¿Cómo se explica este rechazo a sentirse « unidas a la clase mujeres »?
    Ah, aquí estamos en el corazón del problema! Que es precisamente dividir las mujeres para oprimirlas mejor!
    Y aún hoy, algunos que se dicen de izquierda, rechazan las constataciones y reivindicaciones feministas, afirmando que son la emanación de pensamientos « burgueses » …
    Tanto si eres burguesa como si no, lo cierto es que si eres una mujer no puedes caminar con calma sola en la calle, en ninguna parte ni en ningún momento.
    Y tanto si eres burguesa como si no, en irán serás condenada a ocultarte de todos para enarbolar la bandera de tu sexualización e inferioridad.
    Es más, le diré que la primera vez que oí en los medios hablar contra los “valores occidentales”, contra las “feministas occidentales” y contra las “mujeres occidentalizadas” fue en Irán en 1979, cuándo los islamistas reprimían las manifestaciones de las mujeres contra el velo.
    En esa época trataban de silenciar a las mujeres llamándolas “prostitutas”. Cuando el número de manifestantes superó varios miles, las calificaron como « realistas » y luego a « occidentalizadas » y después de « pro-occidentales » y finalmente « islamófobas »!
    Es importante saber que durante los años oscuros en Irán, de 1983 a 1989, los organismos internacionales encargados de la comprobación de violaciones de los derechos humanos, bajo la presión de miles de exiliados que podían testificar, querían visitar las cárceles iraníes, donde fueron torturados y ejecutados miles de mujeres y hombres, prisioneros y prisioneras políticas.
    Pero en respuesta, en ese momento, el régimen creó un « derecho del hombre islámico » con el fin de disponer la existencia de « razones culturales y religiosas » para oponerse a los controles internacionales y poder justificar las masacres y la barbarie del régimen iraní!
    Esto está en total oposición a los derechos humanos fundamentales y universales, supuestamente de los países occidentales, si hemos de creer al régimen iraní!
    Así que si existen los derechos del hombre islámico, reivindicados como algo especial, ¿por qué no ir más allá en este razonamiento y crear así un concepto de feminismo islámico?¿no?
    Bien, tal fue la conmoción que sentí cuando escucho aquí, en Universidad de Paris VIII, en 2009 con motivo de la organización de un taller en la sobre las lesbianas exiliadas e inmigrantes, la palabra extraña « feministas blanco”.
    En las reuniones preparatorias de este taller, en el que esperaba que por fin denunciásemos el odio y la misoginia a las comunidades lesbianas de exiliadas, me encontré con acusaciones extraordinarias al “feminismo blanco occidental” que no comprende a las “mujeres racializadas”. Ignorándose el motivo de la organización del taller.
    Sin embargo y afortunadamente, ha habido luchas históricas mundiales para la liberación de las mujeres, dirigidas por la solidaridad feminista en todo el mundo, una lucha que ha tenido éxito en algunas áreas.
    ¿Por qué entonces deberíamos rechazar a las feministas bajo el pretexto de que son « blancas » y reivindicar el concepto de « feminismo islámico » para supuestamente afirmar nuestra diferencia?
    Ser una “feminista islámica” ¿no será más bien repetir y asumir las propias invenciones y doctrinas islámicas, todas ellas provenientes de Teherán y de los Hermanos Musulmanes?
    Mi respuesta a su pregunta es que la opresión y la dominación de los hombres sobre las mujeres es universal! Por lo tanto, nuestra lucha debe serlo también.
    En gran parte también gracias a mujeres que viven en sociedades musulmanas nuestra lucha feminista va avanzando.
    Estas mujeres denuncian la violencia que sufren en nombre de la religión, por lo tanto están reivindicando derechos universales.
    Malala, la joven pakistaní de 14 años que fue atacada casi mortalmente por los islamistas es un ejemplo.
    Ellas llaman regularmente a sus hermanas de los países democráticos para apoyarlas en su lucha contra el islamismo y rechazan esta ficción de “feministas blancas occidentales diferentes”.
    Porque saben que sus luchas son semejantes a las que las feministas occidentales han hecho, incluida la lucha contra la opresión de la religión católica.
    WLWB: También he remarcado que el feminismo fue objeto de apropiación y se convirtió en la norma de reivindicaciones nada más ni nada menos que de antifeministas y anti mujeres. El surgimiento del feminismo llamado islámico se podría considerar como un tipo de ilustración ¿qué opinas?
    El feminismo no puede ser islámico en ningún caso. Al igual que los regímenes en Irán y Afganistán dicen ser « repúblicas islámicas », no puede ser repúblicas.
    En la República el pueblo vota y tienen derechos. Pero en el Islam, es Dios quien elige a los hombres para gobernar la sociedad!
    El feminismo es un movimiento, una lucha por la emancipación de las mujeres. No olvidemos que « el Islam » significa « sumisión », y consiste en la sumisión de los hombres a su dios y en todos los casos la sumisión de las mujeres a los hombres.
    Como he dicho anteriormente, el « relativismo cultural », el « relativismo de los derechos », la « diferencia de derechos », fueron inventados por los islamistas y en especial por el régimen islamista de Teherán para luchar contra la empoderamiento de las mujeres y por lo tanto ser capaz de echar por tierra los derechos humanos.
    Quienes nos hacen callar en occidente, o quienes desvían peligrosamente la lucha de las mujeres, tienen la misma ideología y juegan el mismo juego que los islamistas.
    En occidente los pueblos lucharon contra los dictados fundamentalistas de sus religiones. ¿Por qué entonces, algunos aquí, incluso dentro de las democracias occidentales, piensan que el individuo nacido en una sociedad musulmana no puede tener los mismos derechos que ellos se han arrogado para sí mismos (porque los han luchado), a saber; la dignidad o la libertad de no sufrir la opresión de una religión.
    Hoy, en nombre de la « tolerancia » y el nombre del « respeto a la religión de los demás », algunas personas nos empujan a otro relativismo que pretende evitar cualquier crítica de la religión y del Islam, más particularmente.
    Así, los críticos del islam están condenados como blasfemos, incluso aquí. Como personas que insultan, no como críticos. Está claro que hay muchos intereses detrás de esta estrategia de eliminación.
    Es obvio que los islamistas no quieren que se les toque el islam, ni que este sea renovado ni que se le ponga límites. Comprendes? Estos hombres deben continuar tranquilamente mutilando sexualmente a las mujeres, deben poder quemarlas, velarlas, violarlas y lapidarlas.
    Para socavar todo esto, hay que luchar por la libertad de criticar a todas las religiones, incluyendo el Islam.
    ¿Qué clase de mundo quieren construir los defensores del relativismo cultural? ¿Cómo pueden legitimar tales actos de barbarie las llamadas sociedades democráticas? ¿El velo, la escisión, la lapidación de mujeres por adulterio debe permitirse bajo el pretexto de la “excepción cultural”?
    En ningún caso se debe ser negligente o tomar a la ligera lo que sucede en los países occidentales, esa tendencia al relativismo, porque después de la defensa del velo para las mujeres, nos arriesgamos a que llegue todo lo demás, como sucedió en Irán. Esto es lo que los islamistas están buscando.
    Es por eso que no debemos ceder a la intimidación. Es por eso por lo que solamente la lucha feminista, el pensamiento feminista, el movimiento constante del feminismo, incansable, interrogativo, que se cuestione constantemente todo lo que la sociedad androcéntrica y misógina sugiere o propone, ese feminismo, el único, es lo que nos puede liberar.
    Defendiendo la universalidad de los derechos de las mujeres, vengan de donde vengan. Sea cual sea el color de su piel! Sea cual sea la creencia de su padre y de su hermano! Sea cual sea su origen cultural y geográfico.

  4. Pingback: El feminismo : una política de emancipación en contra el dogmatismo religioso. | Women's liberation without borders.

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