Archives Mensuelles: octobre 2012

Le féminisme : une lutte séculaire et politique sans concession pour l’émancipation des femmes.

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Nous observons aujourd’hui l’enthousiasme général à l’égard de ‘féminismes’ « exotiques », « décolonisés » non pas parce qu’ils sont en rupture avec la phallocratie, mais au contraire, parce qu’ils défendent l’ordre dominant sous prétexte d' »exception culturelle » et de rupture avec l’Occident. Comme l’a dit Catharine Mackinnon, il s’agit en fait « d’une défense multiculturelle de la domination masculine », qui a l’intérêt tout particulier de diviser les femmes, et de les faire « adhérer  aux ficitons des hommes », selon les mots d’Ana Pak ; rendant ainsi la lutte féministe inutile, si ce n’est lorsqu’il s’agit l’instrumentaliser.
 
 
Je vous laisse découvrir l’interview d’Ana Pak, féministe, exilée politique iranienne et membre du collectif lesbiennes-feministes-ba-ham (CLFBH) qui nous livre son point de vue sur ce phénomène relativiste faisant courir un grand danger aux femmes du monde entier.

WLWB: Vous êtes une exilée politique iranienne, une féministe radicale, pensez-vous que votre expérience iranienne a eu une répercussion sur votre vision du féminisme ?

En effet. Lorsque la révolution iranienne éclata en 1979, je sentais déjà dans mon très jeune cœur le cri des millions de personnes qui souhaitaient trouver la liberté.

Mais cette révolution a été instrumentalisée par des islamistes (qui constituaient une infime minorité). Comme ce que nous voyons aujourd’hui en Égypte, en Tunisie, au Libye et dans d’autres pays sous les lois islamiques. Ils ont en premier attaqué les femmes,  Khomeiny leur a ainsi demandé de se voiler.

J’étais très jeune à l’époque mais à ce moment -là, mon corps d’enfant de sexe féminin ressentait profondément l’effroi de ces milliers de femmes iraniennes qui protestaient contre le voile, et il s’alarmait à l’unisson de leur indignation.

Je ressentais cette révolte des femmes, même si je ne pouvais pas encore tout comprendre.

Il faut savoir que Khomeiny a tout d’abord été contraint de revenir sur certaines de ses positions au regard des colères, des révoltes et des manifestations quotidiennes des femmes !

Il déclara d’ailleurs que « Non, l’Etat islamique n’obligerait pas les femmes à se voiler, [il] leur en laisser[ait] le choix.»

Mais quelques jours après cette déclaration de capitulation de Khomeiny, j’entendis, médusée, au journal télévisé, Banisadr, le premier président du régime islamiste, déclarer que « si l’islam voilait les femmes, c’était parce que la science avait prouvé que des ondes capables d’exciter les hommes se cachaient dans les cheveux des femmes. Et qu’afin de s’assurer qu’hommes et femmes puissent vivre en paix dans la société et sans excitation, l’islam exigeait que des femmes qu’elles soient voilées.» !!!

Ces paroles m’ont laissée bouche bée. Tous les moyens étaient bons pour imposer le voile aux femmes.  Quand le régime n’arrivait pas à le faire au nom de la religion, il essayait de l’imposer en utilisant cette fois des arguments soi-disant scientifiques.

Et en fin de compte, ce fût bien par des violences et par des humiliations inouïes, permanentes et constantes, que le régime islamiste réussit à contraindre les Iraniennes au voile.

Au début, par des coups, des brutalités, des insultes et des menaces, par les licenciements en masse des femmes dans les entreprises et dans les fonctions d’Etat, la retraite imposée. Puis par le viol, des violences physiques répétées, des contraventions, des arrestations et des emprisonnements. Le voile était de la même manière imposée aux femmes qui restaient embauchées, ou réembauchées.

Le voilement du corps des femmes dévoile en lui-même la violence du patriarcat sur notre corps. Comme pour la prostitution, la violence lui est inhérente. Cette violence, psychologique et corporelle, est dans la sexualisation des femmes.

Donc oui, cette expérience d’un régime facho-islamiste m’a donné une certaine grille de lecture du monde, qui forge mon féminisme et qui me procure, comme à beaucoup d’autres femmes, les antennes nécessaires pour détecter les stratégies d’intimidation des islamistes et pour cerner l’aberration qui consisterait à devoir tout accepter au nom de la tolérance culturelle.

D’autre part, je pense que nous n’avons pas besoin de subir une mutilation sexuelle féminine pour lutter contre. De nombreuses femmes luttent contre les extrémismes religieux et en particulier l’islamisme, sans l’avoir subi personnellement.

Au nom de la tolérance et du « relativisme culturel », au nom de la « lutte contre l’islamophobie», on nous impose même ici dans des sociétés plutôt démocratiques et plutôt libres, la peur des extrémistes religieux et l’interdiction de critiquer les religions, surtout l’islam, et nous condamne au silence au nom de blasphème.

Les islamistes et leurs alliés veulent nous faire taire en nous désignant comme «   islamophobes».

Mais en fait, j’ai peur de l’islamisme comme j’ai peur de tous les fascismes, et je ne vois pas pourquoi je devrais le cacher.

A vrai dire, plusieurs raisons m’ont conduite à cette intransigeance à l’égard de l’islamisme. La première par mon expérience iranienne, et l’influence du gourou Khomeiny à cause duquel les iraniennes refusant le voile étaient targuées « d’islamophobie ». Et c’est ce que l’on retrouve dans les pays démocratiques, au sein desquels on ne peut critiquer librement l’islamisme.

Être radicale, c’est pour moi être radicalement contre toutes les formes du patriarcat qui invente tant d’institutions (religion, mariage,…) pour piéger et opprimer les femmes.  C’est être radicalement opposée à toutes les religions, et l’islam aussi.

 Les religions ont la particularité d’être fondées sur la misogynie, avec comme principale obsession le monopole du contrôle sur le corps des femmes.

Alors, si être féministe radicale, cela veut dire vouloir changer le monde, vouloir nous libérer de toutes les institutions patriarcales (religion, culture, mariage, Etat…), effectivement je suis une féministe radicale. Et je me demande même comment il serait possible d’être féministe, sans être en conséquence, radicale.

WLWB: Vous avez mentionné dans cette interview que « tant que les femmes et féministes adhérent à n’importe quelle fiction inventée par des mâles : race, religion, nation, culture, couleur politique… nous ne pouvons pas nous libérer ». Pourquoi cela ?

Effectivement, en tant que femme, adhérer aux inventions des hommes, à leurs religions, à leurs cultures, à leurs concepts, revient à ne pas comprendre, nier ou oublier notre appartenance à la classe des femmes. Et donc à ne pas entamer une lutte nécessaire contre ces oppressions, ou pire se détourner de notre lutte commune. L’adhésion consciente ou inconsciente des femmes aux inventions des hommes nous coûte très cher.

Ce qui différencie l’oppression des femmes d’autres oppressions, c’est qu’elles sont non seulement  liées par la force, mais aussi par la ruse, par la culture ou les religions, affectivement, économiquement et corporellement aux individus de la classe des oppresseurs.

Les femmes sont d’ailleurs les seules opprimées qui majoritairement subissent leurs oppresseurs constamment, jusque dans leur lit.

En effet, les hommes esclaves et prolétaires ont au moins la chance de ne pas avoir l’obligation de supporter corporellement et sexuellement ceux qui les exploitent et les dominent.

C’est pourquoi l’oppression des femmes -la plus ancienne des oppressions-, peut bien changer de visage, de forme ou de nom, elle continuera à enchainer les femmes, si ces dernières n’adoptent pas les mesures requises pour se libérer.

Pour ne donner qu’un exemple bien connu dans l’histoire de la lutte des femmes : le droit de vote. Pendant que les femmes suffragistes luttaient pour obtenir le droit de vote, certaines femmes s’opposaient, en répétant le discours des hommes qui disaient que les  femmes seraient incapables de voter !

Comme je l’ai déjà soutenu dans un autre écrit, il est parfois difficile et il peut être douloureux pour les femmes de prendre conscience qu’elles appartiennent à une classe opprimée et méprisée incessamment.

Cela dit, nous les femmes, devons apprendre à nous débarrasser des réflexes misogynes que nous avons intériorisés. Car nous sommes tellement imprégnées par l’apartheid sexiste, que ce soit dans la famille, dans toutes les cultures et pays que,  nous faisons usage de cette misogynie contre nous-même et les autres femmes en défendant les arguments des dominants ! Peut-être est-ce parce que certaines se sentent découragées, et prennent des chemins apparemment moins périlleux.

Beaucoup de femmes préfèrent alors s’accrocher à ce qui nous divise et nous sépare, au lieu de mettre en œuvre des moyens de lutte et de créer nos  propres concepts pour un monde différent.

WLWB: Pourtant, de nombreux courants féministes : féminisme libéral, postmoderniste, « black feminism », transnational, etc… revendiquent la différence des femmes de couleur, pour lesquelles le féminisme radical serait une invention des femmes blanches, occidentales et des classes sociales aisées. Comment expliquez-vous ce refus de se sentir « unies dans la classe des femmes » ?

Ah, nous voici au cœur du problème ! Qui est justement de diviser les femmes pour pouvoir mieux les opprimer !

Et même encore aujourd’hui, certains qui se disent de gauche, rejettent les constatations et les revendications féministes, en prétendant qu’elles seraient l’émanation de pensées «bourgeoises»…

Or, que vous soyez bourgeoise ou pas, si vous êtes une femme, il est certain que nulle part, vous ne marcherez seule et sereinement dans les rues à une certaine heure !

Et que vous soyez bourgeoise ou non, en Iran, vous serez toutes condamnées à vous voiler, c’est à dire à arborer le drapeau de votre sexualisation et votre infériorité !

Autant le dire, la première fois que j’ai entendu les médias parler contre les « valeurs occidentales », contre les « féministes occidentales » et contre les femmes «occidentalisées », c’était en Iran, en 1979 au moment où les islamistes réprimaient les manifestations des femmes contre le voile.

A l’époque, ils ont voulu faire taire les femmes en les appelant d’abord des « prostituées ». Lorsque le nombre des manifestantes a dépassé quelques milliers, ils les ont qualifiées de « royalistes », puis « d’occidentalisées », puis de « pro-occidentales » et enfin «d’islamophobes» !

Il faut savoir que pendant les années noires en Iran, soit de 1983 à 1989, les instances internationales en charge de vérifier les violations des droits humains, sous la pression de milliers d’exilé-es qui pouvaient témoigner, voulaient visiter les prisons iraniennes où étaient torturé-es et exécuté-es des milliers de femmes et d’hommes, prisonnières/ers politiques…

Mais en riposte, à cette époque, le régime créa un « droit de l’homme islamique », afin de fournir à qui veut l’illusion de l’existence de « raisons culturelles et religieuse » pouvant s’opposer aux contrôles internationaux et pouvant justifier les massacres et la barbarie du régime de Téhéran !

Ceci en opposition totale aux droits humains fondamentaux et universels, prétendument originaires des pays occidentaux, si l’on en croit le régime iranien !

Alors s’il existe bien des droits de l’homme islamiste revendiqués et un peu spéciaux -c’est le cas de le dire-, pourquoi ne pas pousser plus loin dans ce raisonnement cher à Téhéran et ne pas créer un concept de féminisme islamique, n’est-ce pas ?

En effet, tel ne fût pas le choc que je ressentis, d’entendre ici et en 2009, les mots étranges de « féministe blanche », à l’occasion de l’organisation d’une journée d’étude à l’université de Paris VIII portant sur les lesbiennes exilées et immigrées.

Là, dans les réunions préparatoires, j’attendais que l’on dénonce enfin la haine des communautés en exil envers les lesbiennes et leur misogynie. Mais ce ne fût pas le cas. Au contraire, je fus confrontée à des allégations aussi extraordinaires que celles de la théorie de ces « féministes blanches occidentales » qui ne comprendraient pas les « femmes racisées » !!!

Pourtant, il y a bien eu des luttes historiques et mondiales pour la libération des femmes, menées par des féministes solidaires du monde entier ; une lutte qui a quand même porté ses fruits dans quelques domaines.

Pourquoi alors devrait-on rejeter des féministes sous prétexte qu’elles soient «  blanches » et revendiquer ce concept de « féminisme islamique » pour soi-disant affirmer notre différence ?

Être une « féministe islamique », ne serait-ce pas plutôt répéter et prendre à son compte les inventions et les doctrines des islamistes, telles celles en provenance de Téhéran et des Frères Musulmans ?!

Ma réponse à votre question est que l’oppression et la domination des hommes sur les femmes sont universelles ! Par conséquent, nos luttes doivent aussi l’être.

D’autant plus qu’aujourd’hui, c’est en grande partie grâce aussi aux femmes vivant dans des sociétés sous les lois musulmanes (où qu’elles soient dans le monde), que notre lutte féministe avance encore.

Ces femmes dénoncent en effet de la façon la plus virulente qui soit et la plus « radicale » les violences subie au nom de la religion, et elles ne revendiquent pourtant que des droits universels !

Malala, la jeune pakistanaise de 14 ans, qui a été attaqué mortellement par les islamistes en est un exemple.

Elles appellent régulièrement leurs sœurs des pays plus démocratiques à les soutenir dans leur lutte contre l’islamisme, elles rejettent cette fiction de « féministes blanches-occidentales différentes ».

Car elles savent bien que leurs luttes sont semblables à celles que les féministes occidentales ont faites, notamment la lutte contre l’oppression de la religion catholique.

WLWB: J’ai aussi remarqué que le féminisme faisait l’objet d’une appropriation telle, qu’il devenait l’étendard de revendications ni plus ni moins antiféministes et  antifemmes. L’émergence du féminisme dit islamique en est peut-être l’illustration. Qu’en pensez-vous ?  

 Le féminisme ne peut en aucun cas être islamique. De même que les régimes en Iran et Afghanistan prétendent être des « républiques islamiques », ne peuvent pas être des républiques.

Dans la république les peuples votent et ont des droits. Or dans l’islamisme, c’est Dieu qui choisit les hommes censés gouverner la société!

Le féminisme est un mouvement, une lutte pour l’émancipation des femmes.  N’oublions pas que l’« Islam », lui, veut dire « soumission », et qu’il implique la soumission des hommes à leur dieu et dans tous les cas la soumission des femmes aux hommes.

Comme je vous l’ai dit plus haut, le « relativisme culturel », le « relativisme des droits », la «différence des droits », ont été inventés par des islamistes et surtout par le régime islamiste de Téhéran afin de lutter contre l’émancipation des femmes et pouvoir ainsi saborder les droits humains.

Ceux qui en occident nous font taire, ou qui font dangereusement dévier la lutte des femmes, ont la même idéologie et jouent le même jeu que les islamistes.

Regardez en occident, les peuples ont lutté contre des diktats intégristes de leurs religions. Pourquoi alors, certains ici, au sein même des démocraties occidentales, pensent-ils que les individu-es né-es dans des sociétés sous lois musulmanes ne peuvent pas avoir les mêmes droits qu’eux-mêmes se sont arrogés et pour lesquels ils se sont battus, à savoir la dignité et la liberté de ne pas subir l’oppression d’une religion ?

Aujourd’hui, au nom de la « tolérance » et au nom du « respect de la religion d’autrui », certaines personnes nous poussent vers un autre un relativisme qui vise à empêcher toute critique de la religion et de l’islam plus particulièrement.  

Ces critiques de l’islam sont condamnées ici comme blasphème et insulte ! Clairement, il y a bien des intérêts derrière cette stratégie d’aliénation.

Certes, les islamistes ne veulent surtout pas que l’on touche à l’islam, c’est bien connu, ni qu’on le « rénove », ni qu’on lui pose des limites ; vous comprenez, ces hommes doivent pouvoir continuer tranquillement à mutiler sexuellement les femmes, les brûler, les voiler, les violer et les lapider !

Pour mettre à mal tout ceci, nous devons lutter pour la liberté de critiquer toutes les religions, islam compris.

Quelle sorte de monde veulent construire les  défenseurs du « relativisme culturel » ? Comment peuvent-ils légitimer de tels actes barbares au sein des sociétés dites démocratiques ? Le voile, les excisions, la lapidation pour adultère devraient passer à la trappe sous prétexte d’  «  exception culturelle » ?

Il ne faut en aucun cas négliger et prendre à la légère ce qui se passe au sein des pays occidentaux enclins au relativisme, car après la défense du port du voile pour les femmes, on risque d’avoir tout le reste ! Comme ce qui s’est passé en Iran. C’est cela que les islamistes cherchent à obtenir.

C’est pourquoi il ne faut pas céder aux intimidations. C’est pourquoi seulement par la lutte féministe, la pensée féministe, un féminisme constamment en mouvement, inlassablement interrogatif de tout ce que la société androcentrique et misogyne propose que nous pouvons nous libérer.

C’est en défendant l’universalité des droits des femmes, d’où qu’elles viennent que nous nous libèreront! Quelle que soit la couleur de leur peau ! Quel que soit la croyance de leur père et leur frère! Quelle que soit leur provenance culturelle et géographique.

L’universalité des droits des femmes !

© Women’s liberation without borders 2012

 

 

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A lire et diffuser !

irréductiblement féministe !

A la lecture du texte d’Alban Ketelbuters : « Reconnaître la prostitution et non l’abolir », paru dans le Monde du 23-07-2012, je constate tout d’abord que de plus en plus d’hommes  se sentent autorisés à apposer ou non,  un tampon « féminisme convenable » sur nos revendications.

Nombreux sont ceux qui, comme l’auteur, vouent  désormais un culte à Simone de Beauvoir ou à Elisabeth Badinter et pour le reste, ils décident s’il est ou non acceptable que nous menacions leurs privilèges patriarcaux.

Alban Ketelbuters semble avoir des connaissances approximatives en matière de féminisme. Son analyse des différents féminismes en présence est assez confuse. Pour commencer, rappelons-lui que si des féministes essentialistes se manifestent encore de temps à autres, les principaux groupes et personnalités féministes qui s’expriment et agissent aujourd’hui, y compris chez les abolitionnistes, sont égalitaires et universalistes. Et c’est tant mieux car les théories naturalistes et différentialistes qui fondent la domination…

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