Lettre à la Ministre des Droits des Femmes.

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Objet : Nomination de Gilles Bon-Maury au cabinet du Ministère des droits des femmes.

Madame, je souhaite par la présente réagir sur le choix de la nomination de Gilles Bon-Maury, président d’Homosexualités et Socialisme, au cabinet du Ministère des droits des femmes.

Cette nomination est proprement scandaleuse. S’il ne s’agit en aucun cas de faire le procès d’une personnalité, l’engagement et l’orientation du Ministère pose question.

En effet, le Ministère des droits des femmes, si je ne m’abuse, est censé adopter et prendre les mesures nécessaires afin de rendre effective l’égalité femme-homme. Voilà une position très claire.

Madame, en quoi prôner la Gestation Pour Autrui –autrement dit la réduction du corps des femmes à de simples incubateurs, cultiver le don de soi, le sacrifice, qualités étant, je ne vous apprends rien, chères à la phallocratie- la prostitution, contre laquelle vous-même avez pris position par la pénalisation, à juste titre, des clients prostitueurs –  constitue-t-il un ensemble de positions en faveurs de l’égalité des sexes ?

Car ce sont les valeurs défendues par Gilles Bon-Maury. Est-ce là un Ministère relativiste ?

La question des femmes est véritablement politique. L’organisation sociale que nous connaissons repose sur leur subordination. Par conséquent, le Ministère des droits des femmes ne peut se permettre de louvoyer quant aux mesures et l’orientation politique à adopter, sous prétexte de tolérance ou de pluralisme. Tout ne se vaut pas, et les positions de Gilles Bon-Maury ne sont en rien acceptables.

Le Ministère possède en son cabinet un homme ne pouvant analyser la prostitution comme institution patriarcale. Un homme qui, par pragmatisme et narcissisme propre aux positions postmodernistes dont il s’est fait le porteur pendant des années, considère la subordination comme relative, car au fond, les femmes sont libres, il suffit de négocier pour améliorer les petits désagréments auxquels elles doivent faire face éventuellement. Réduisant alors la sexualité phallique à la propriété privée, or il s’agit bien là du moyen par lequel les hommes contrôlent le corps des femmes.

Cet homme est en charge de la lutte contre les violences faites aux femmes, lorsqu’il n’est même pas capable de voir comment se manifestent les armes de coercition phallocrates afin d’assurer la prospérité d’un système de domination.

La situation est pourtant grave non seulement en France, mais dans le monde entier : 75000 viols en France par an, une femme qui meure tous les deux jours sous les coups de son compagnon, sans compter la propagation des féminicides à l’échelle mondiale, entre mariages forcés, mutilations génitales, prolifération des industries pornographiques, les femmes doivent-elles encore subir une telle déshumanisation ? Et a-t-on si peu d’égard pour elles que l’on nomme au Ministère des droits des femmes Français, un homme dont les positions sont clairement plus soucieuses du maintien d’intérêts et de droits patriarcaux que des droits des femmes ?

Madame, ceci est trahir les promesses politiques formulées lors des élections présidentielles. Le changement devait avoir lieu dès à présent. Aurais-je dû comprendre qu’une fois de plus ce changement devait s’effectuer au détriment des femmes ?

Je me sens insultée en ma qualité de citoyenne féministe, et en tant que femme. Le message que le Ministère fait passer consiste à considérer les femmes et la lutte contre la domination masculine comme subalternes. Les femmes se retrouvent subordonnées, encore. Et au fond la question des femmes n’est qu’opinion.

Il y a donc ici persistance du statu quo, aucun bouleversement véritable. Et sachez que sans prise en compte des mécanismes de la domination masculine, aucun changement n’aura jamais lieu. Cette domination des hommes sur les femmes-toutes deux catégories politiques-donnent lieu à diverses structures oppressives, capitalisme y compris : s’il n’y a pas de justice pour les femmes, il n’y en aura pour personne de manière tangible et durable. Or me semble-t-il, l’élection du président socialiste repose sur cette exigence de justice sociale.

Cette nomination remet en cause la crédibilité de tout le gouvernement.

Vous avez pris le parti de la résignation, et du manque de courage politique. Lorsque l’on décide de s’atteler à l’égalité femme-homme, il est très prévisible que les voix des gardiens de la phallocratie s’élèvent. Aussi, j’ajouterai que si cela constitue le motif d’un tel revirement, le Ministère des droits des femmes est tout simplement inutile.

Par ailleurs, Gilles Bon-Maury entend mettre en avant son point de vue concernant les problèmes liés à l’identité ‘genrée’ et l’orientation sexuelle.

Admettre cela, revient à enterrer les femmes. Les problèmes concernant les identités de genre et orientations sexuelles ne sont en aucun cas solubles avec la question des femmes. Et j’irai jusqu’à dire qu’elles sont opposées.

D’une part, utiliser la notion de ‘genre’  rend invisibles les violences masculines, les auteurs des agressions et les premières victimes de la domination masculine, alors passée sous silence. Quelles mesures adéquates voulez-vous alors adopter pour l’égalité femme-homme, lorsque nous sommes face à de telles imprécisions ?

En outre, les problèmes liés à un ensemble de structures politiques patriarcales sont ramenées à des questions d’identité. Ce qui explique l’individualisme prôné par Gilles Bon-Maury, et la dépolitisation manifeste de la question des femmes.

Madame, analyser ce que les femmes ‘sont’ dans un système patriarcal, nous permet de comprendre les modalités de leur émancipation. Ce que défend Gilles Bon-Maury par le concept, s’il en est, de genre, est la subversion. Or cette subversion n’est que réification des catégories sexuées à l’infini, ceci ne profite ni aux homosexuels, encore moins aux lesbiennes, ni à toutes les autres femmes. Car nous nous retrouvons dans un cercle vicieux identitaire qui n’offre aucune alternative politique et qui nuit à l’autodétermination, étant donné que le fond du problème n’est pas traité.

Il conviendrait donc de ne pas prendre les choses à l’envers : il faut s’attaquer au système de domination à l’origine des catégories sexuées, et non l’inverse. Ces catégories sexuées sont politiques, elles sont liées par des relations hiérarchiques et assurent ainsi une fonction sociale. Relativiser sur ce sujet par la revendication d’une infinité de ‘genres’- comme si ‘être’ une femme ou un homme était une coquetterie-revient à maintenir le système de domination en place.

   Par conséquent, en tant que citoyenne, j’attends du Ministère des droits des femmes un positionnement clair: quel est, au fond, votre projet politique ? Souhaitez-vous contentez tout le monde en tolérant des positions politiquement antagonistes ?

Les droits des femmes ne sont pas la terre promise de l’ignominie. Défendre les droits des femmes, s’engager en ces termes, implique une prise de position franche.

La pluralité sans jugement moral n’est en aucun cas gage d’ouverture d’esprit, de tolérance, de démocratie. L’existence du Ministère des droits des femmes, est la preuve que la tyrannie qu’implique le « tout-se-vaut » n’a pas sa place au sein du gouvernement socialiste. La nomination de Gilles Bon-Maury, ses positions en contradiction avec la libération des femmes et l’égalité des sexes, est donc incompréhensible, et laisse à penser que le Ministère des droits des Femmes n’en a que faire des citoyennes françaises. Voilà qui serait un aveu fort peu gratifiant de la part d’un gouvernement à peine élu.

 

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.

                                                                                                                                     

                                                                                                                        Virginia Pele.

                                                                 ***

Je voudrais brièvement réagir sur l’interdiction concernant l’intervention de Caroline Fourest à la Fête de L’Humanité.

Nous assistons une fois de plus aux effets de la suprématie masculine. Cette année, nous avons eu plus d’un cas révélant le deux poids deux mesures appliqué par la phallocratie sur qui peut s’exprimer librement. Entre la mise à mal de Radfem2012, Ni Putes ni Soumises ayant perdu le procès contre Orelsan pour sa chanson  » T’es qu’une sale pute » au nom de la liberté d’expression, Caroline Fourest et l’injuste Y’a Bon Award, puis cette interdiction de débattre à la Fête de l’Huma.

Les féministes radicales l’ont démontré à plusieures reprises, la liberté d’expression des hommes implique le silence des femmes. Comment les femmes pourraient-elles s’exprimer lorsqu’elles ne font autorité ni en droit, ni en fait ?

Je soutiens Caroline Fourest, car cette vendeta à son égard n’est en rien justifiée. Comme souvent. On pourrait certement dire que ses opposant-e-s n’ont pas lu ses ouvrages pour la mettre dans la catégorie ‘raciste’. Je penche plutôt pour le contraire. Caroline Fourest ne tombe pas dans le piège du relativisme culturel, ni du racisme dans sa forme plus ‘classique’ si j’ose dire, elle est véritablement antiraciste, et même si le féminisme dont elle se réclame n’est pas le plus politique, il n’en demeure pas moins qu’elle a à coeur la lutte contre le sexisme.

Clairement, trop d’intérêts sont menacés par le travail de cette auteure. Il est tellement plus aisé de la calomnier. Mais la situation est grave car le tapis rouge est déroulé aux véritables racistes, aux ultraconservateurs, que l’on confond par malhonnêteté intellectuelle avec les positions de Caroline Fourest.

Comment mener une lutte efficace contre le racisme, si l’on ne peut en reconnaître ses fondements, ses manifestations ?

Voilà donc l’assaut des relativistes qui porte encore ses fruits, ces partisan-n-e-s de la subordination qui passent à l’as sous couvert de subversion ( faire enrager les occidentaux, les conservateurs en revandiquant l’avilissement dont les concernées font l’objet). Assaut qui atteind jusqu’au Ministère des droits des femmes. Il est temps de réagir.

© Women’s liberation without borders [2012]

Une réponse "

  1. ‎Pour ce qui est du codicille de soutien que j’allais, en tout cas, commenter, je dois malheureusement ajouter du fait de l’actualité de cette mi-septembre :

    « Les dieux sont tombés sur la tête » ? C’est la première phrase qui me vint à l’esprit lorsque j’ai malencontreusement appris que Caroline Fourest, féministe tangible et réelle (dont à l’examen le plus scrupuleux des dires et écrits complets et en contexte, l’on peut dire qu’elle n’a rien d’une personne raciste- et qu’elle est clouée au pilori par cette calomnie ! et par des associations imbues de relativisme culturel) a été empêché de s’exprimer à la Fête de l’Huma. Surtout que, tenez vous bien, dans le même temps, Strass de révolution de pacotille tenait tréteaux !? Les portes grandes ouvertes à tout le libéralisme américano-britannique grand teint du genrisme (si différentialiste qu’il atomise en démultipliant), de la proprostitution et leur « sex positive » qui n’est que « sex negative », du tout relativisme, et du masculinisme larvé. L’humanité limité au libéralisme, les bras m’en tombent. http://leplus.nouvelobs.com/contribution/627519-caroline-fourest-a-la-fete-de-l-huma-la-dangereuse-justification-des-indivisibles.html

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