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La tolérance : gangrène du féminisme.

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La tolérance est communément employée pour désigner l’acceptation ou devrons-nous dire, l’admission d’idées contradictoires. Les théories politiques libérales l’ont présenté comme la condition sine qua non du vivre-ensemble, l’intolérance impliquant la violence, la négation de l’autre comme sujet politique. On voit apparaître une première contradiction ici : quel vivre-ensemble si le respect, sans jugement moral, des différences fait loi ? Notez, le respect et la tolérance ne sont en aucun cas synonymes, précisément, la première notion implique l’égard envers son semblable, la tolérance renvoie au désengagement envers l’autre, et tout particulièrement dans le politique. Postmodernisme oblige, l’indifférence et le ‘tout se vaut’ constituent l’adage du XXIème siècle.

La tolérance impliquerait donc l’absence de vérité, mais alors que tolérer si rien n’a d’importance ? Ce problème n’annoncerait-il pas qu’il existe des intérêts précis que la tolérance comme idéologie pourrait servir ? D’ailleurs, qui peut tolérer ?

L’étymologie du mot tolérance renvoie à la résignation, tolerare implique supporter, endurer. Or si l’on doit ‘endurer’ une chose, c’est qu’elle n’est pas supportable en soit. Autrement dit, je mets mon jugement moral de côté pour laisser aller. Il y a également un paradoxe ici : la morale implique la responsabilité politique, je fais ce que je dois et non pas ce que je veux, mais étant un être autonome, l’obligation coïncide avec ma volonté. Donc cet acte de mettre mon jugement de côté, dans la mesure où il est relatif, serait un acte politiquement responsable.

Ce postulat libéral est un artéfact d’un point de vue féministe. S’il ne s’agit pas de contredire la morale constituant la responsabilité politique et la tolérance, il conviendrait de se demander : peut-on mettre son jugement moral de côté au sein de l’engagement politique, là où la morale et l’éthique féministe en l’occurrence, conditionnent cet engagement ? De plus, cela revient à nier les rapports de pouvoir. Comment peut-on exiger d’une femme ayant le statut de subordonnée de mettre son jugement de côté ? Est-elle au moins licite, et j’insiste bien sur cet adjectif quand le patriarcalisme conditionne le droit, pour faire valoir ce jugement et le défendre ?

Quelle est donc cette mascarade qui consiste à exiger du féminisme qu’il soit tolérant ?

Le féminisme repose sur l’analyse d’un système de domination masculine qui de fait, et même en droit, impose ses concepts et définit la réalité d’un groupe politique dominé, en faveur d’un groupe politique dominant. Le féminisme n’est pas neutre, ni indifférent. Il a ses propres concepts et valeurs, et entend bâtir une société en fonction de ses principes.

Demander au féminisme de tolérer les féminismes lorsqu’ils sont construits selon des concepts qui oppriment les femmes, relève d’une aberration. Le féminisme ne peut tolérer la subordination puisqu’elle est son objet de contestation.

A quoi sert  la contestation si elle s’accompagne de l’acceptation des idées contradictoires, ou pire encore, que l’on combat ?

La dépolitisation des sociétés occidentales s’accommodent fort bien de ce type de raisonnement : si l’on proclame la fin des idéologies, l’idéologie-au sens marxiste du terme, à savoir la proclamation des intérêts des dominants comme intérêt général– n’a pas disparu et se trouve peu contesté. Atomiser les dominées reste la stratégie adoptée pour faire de la tolérance une idéologie individualiste, et assurer le triomphe des valeurs  du système oppressif patriarcal.

Par conséquent, ne serait-il pas d’autant plus liberticide d’astreindre les groupes dominés au silence sous prétexte de tolérance ? La tolérance devient alors tyrannie, et loin d’assurer le ‘vivre-ensemble’, elle maintient le statu quo.

Et contrairement à l’idéalisme libéral, les différences d’opinions ne peuvent constituer l’autonomie des individu-e-s, car cela supposerait que tous les constituants d’une société soient à armes égales, une fois de plus.

L’objectif de cet article sera d’examiner la tolérance au service des intérêts des dominants, on évoquera alors les aspects postmodernistes de ces positions, qui jouent sur l’impensé de la question de la tolérance pour en faire un dogme, puis de montrer les méfaits de ce dogmatisme au sein du mouvement féministe, pour dévoiler ensuite les véritables conditions du pluralisme politique selon les principes féministes.

                    ***

La tolérance est considérée comme le fondement des démocraties libérales. Elle est censée assurer la liberté de chacun-e, lorsque les différences d’opinion sont atténuées par le fait de tolérer le point de vue des individu-e-s.  Notons ici une certaine incohérence. L’opinion n’est pas fondée par définition, elle renvoie à l’idée préconçue, tandis que selon les philosophes libéraux, la tolérance d’idées contradictoires, suppose que ces idées soient élaborées, bien pesées et pensées.

L’ « à –peu- près » ne peut donc garantir la liberté, que la tolérance semble assurer. En effet, tolérer ce qui paraît intolérable rend le sujet dépendant du bon vouloir de l’émetteur d’idées. Autrement dit, le caprice d’un individu doit incommoder son semblable.

On comprend bien ici le problème que pose le relativisme politique : le ‘tout- se-vaut’ implique qu’aucun système politique n’est à critiquer et à combattre. Or, ceci revient à passer sous silence le système de domination phallocrate. D’une part, c’est admettre que le sujet opprimé est libre lorsqu’il ne l’est pas, puis, l’affirmation des valeurs oppressives de la part des dominées fait place à une légitimation du système oppressif, tel un heureux hasard pour les dominants.

En d’autres termes, la manipulation des outils conceptuels des dominants, définissant la réalité des dominées, prêtés à ces subordonnées par sophisme et jouant ainsi sur « l’impensé » : tous ces concepts constituent l’ensemble des significations et institutions de la société patriarcale, ils se trouvent alors difficilement remis en question par spontanéité, donnent lieu à l’opinion ou l’illusion de l’autonomie de la pensée, lorsque ce sont les intérêts des dominants qui sont assurés. La tolérance peut-elle reposer sur l’illusion ?

Ces différences d’opinions  que le/la citoyen-n-e doit tolérer, ne sont-elles pas un ensemble de valeurs dont les manifestations varient, mais dont la structure reste la même ?

Ce qui est impliqué ici, est que la tolérance n’est qu’un vecteur de l’idéologie dominante. Mais cet aspect est d’autant plus propre au postmodernisme. En effet, certains théoriciens libéraux, (comme John Stuart Mill, Kant,…)  ont pointé du doigt les limites de la tolérance affirmant qu’elle ne peut s’appliquer sans vérité et puisque le respect de l’individu comme « valeur absolue » ne peut conduire à l’indifférence, la tolérance n’est pas tolérer tout et n’importe quoi. Bien que ces critiques présentent également leurs limites, ce qui sera examiné ici sera surtout l’approche postmoderniste.

Le postmodernisme prônant un désengagement total, permet dans ce processus de désengagement d’assurer la pérennité du système patriarcal. Et pour cause, comme le suggère Somer Brodribb : «  … la mort des significations est proclamée par le postmodernisme alors même que les critiques féministes de l’économie de l’idéologie patriarcale et du contrôle des ressources matérielles des femmes émergent du Mouvement de Libération des Femmes. »[1] . Comme il a été expliqué dans l’article Le genre : tombeau des femmes, mort du féminisme, le postmodernisme, allergique aux analyses matérialistes et révolutionnaires, propose d’embrasser notre propre subordination car, narcissisme naissant, celle-ci fait partie de notre identité. Sous couvert d’identité, chaque propos ne doit pas faire l’objet de critique car cela reviendrait à critiquer l’individu. L’individualisme est donc le crédo du postmodernisme, et nous faisons face à l’imposture suivante : puisque tous les hommes sont égaux, qui suis-je pour formuler une critique ?

L’arnaque porte ici sur l’égalité et la prétendue absence de hiérarchie. Ou de manière plus alambiquée, l’acceptation des relations de hiérarchie, annulerait cette hiérarchie (vous vous souvenez, l’oppression c’est dans la tête que cela se passe). Le postmodernisme est bel et bien de la magie, car que la servitude soit volontaire (ce qui est une fiction politique, s’il en est), ou non, les intérêts des dominants sont assurés. Un exemple, que des femmes se réclament « sex-positiv » pour revendiquer la subordination des femmes comme « empowering », ne les rendra pas moins violables, exploitables, méprisables pour les industries pornographiques phallocrates (pléonasme). Les institutions sont bien conservées. Les dominants se portent bien dans un cas comme dans l’autre, mais les conséquences ne sont pas les mêmes pour les dominées, puisqu’elles restent dominées, leur sort n’est pas aussi heureux.

Ce qui nous amène à la question suivante : qui peut tolérer ?

La tolérance implique ainsi le pouvoir. Dira-t-on d’un-e sans abris qu’il ou elle a le pouvoir de tolérer l’exploitation capitaliste et l’idéologie néolibérale ? Peut-il/elle définir les termes du débat ?

Par contre, les dominants bénéficient des conditions matérielles pour tolérer. Prenons un cas banal : dit-on des gays qu’ils doivent faire preuve de tolérance envers les hétérosexuels ? Non, mais l’inverse est vrai. La tolérance est donc une certaine concession du dominant, envers le/la dominé-e. Ou encore, la tolérance émane d’une société hiérarchique. Et dans cette logique, exiger des dominées qu’elles fassent preuve de tolérance, c’est exiger d’elles la caution de la domination.

La distinction entre la tolérance et l’intolérance existe, mais ce ne sont pas des notions contradictoires. En effet, si l’intolérance implique souvent la violence, les dominants ne font aucune concession, il n’en demeure pas moins que les dominants restent dominants en faisant preuve de tolérance ou pas. La tolérance rend la domination moins rude, mais ne change pas les relations de pouvoir.

Ainsi, la tolérance ne peut pas être un principe moteur de la pensée et de l’action féministe. Appliquer ce principe au féminisme conduit à l’immobilisme : combien de fois le féminisme radical a-t-il été accusé de sectarisme car ne tolère pas la subordination ? Avoir une position politique claire implique avoir un jugement morale et des valeurs précises que l’on défend, la passivité ne peut coïncider avec l’engagement.

La tolérance est devenue l’étendard de la liberté d’expression, à laquelle on oppose la censure, cette critique s’applique souvent au féminisme radical. Mais il faut bien se le mettre en tête : la tolérance est le luxe des dominants et ne peut être exigée de l’opprimées lorsqu’elles s’opposent à des structures clairement phallocrates. Comme l’a indiqué Catharine Mackinnon : «  Le libéralisme politique n’a jamais compris que la liberté d’expression des hommes, fait taire la libre expression des femmes »[2], qui doivent s’accommoder des codes phallocrates en guise de libération, et le féminisme doit recycler les concepts phallocrates, en les appliquant aux femmes.

Précisément, si l’on exige du féminisme cette diversité, c’est parce que le féminisme est une culture subalterne, puisqu’en rupture avec l’idéologie phallocrate. Ce qui n’est pas validé par les hommes ne peut faire l’objet de projet politique.

Penchons-nous alors sur ce dogmatisme de la tolérance au sein du mouvement féministe, avec Janice Raymond qui remarque à juste titre :

« Un dogmatisme de la tolérance a envahi le mouvement des femmes. En tant que dogme, la tolérance affirme qu’il ne devrait y avoir aucun jugement de valeur concernant un sujet. Utilisant la rhétorique consistant à ne pas imposer des valeurs aux autres, les femmes deviennent sensibles à une philosophie dangereuse qui leur ôte la possibilité d’avoir un jugement moral. Ce dont elles ne se rendent pas compte, c’est que ces valeurs s’affirmeront toujours d’elles-mêmes. Quand les femmes ne prennent pas la responsabilité de créer et de représenter des valeurs auxquelles elles adhèrent, elles deviennent les cibles faciles pour la tyrannie des valeurs imposées par autrui ».[3]

La tolérance est donc une ‘ruse de la domination’ pour reprendre l’expression de Denise Thompson. Nous pouvons observer ce dogmatisme dans le milieu militant : au nom de la tolérance, les pires propos antiféministes doivent être acceptés comme féministe. En ce sens, en disant : chacun-e dit ce qu’il/elle veut car tout se vaut, et surtout, en ayant identifié les structures hiérarchiques régissant les sociétés, imposer le silence aux autres, loin d’être un acte politiquement responsable, revient à imposer ses propres valeurs.

Nous savons que le silence est l’arme phallocrate contre les femmes, la tolérance n’est rien d’autre qu’une tyrannie, quand elle astreint les femmes au silence et les empêche alors de lutter contre un système oppressif.

Prenons un exemple récent. Une campagne a été lancée contre le livre prônant la domination masculine, intitulé 50 shades of grey , les militantes évoquaient la possibilité de fermer la page internet dédiée à cette campagne à leurs détracteurs. Un des hommes a commenté qu’il s’agissait d’une censure, et qu’elles faisaient preuve d’intolérance. Beaucoup de théoriciens libéraux, ont affirmé les vertus de la tolérance, car chaque propos même contradictoires, contenaient une part de vérité. Voilà un bel exemple d’idéalisme phallocrate libéral auquel beaucoup de monde souscrit, y compris cette personne. Le fait est qu’il n’existe pas d’égalité originelle entre les individu-e-s, les conditions matérielles déterminent les relations sociales.

Par conséquent, les militantes féministes à l’origine de ce projet ne peuvent pas tolérer la subordination des femmes, car précisément elles la combattent. Les intérêts des dominées ne sont pas les intérêts des dominants, ces-derniers définissant la réalité sociale des opprimées. Dans le cas qui nous intéresse, les militantes ont très bien montré que ce livre s’inscrivait dans un ensemble d’institutions patriarcales garantissant l’oppression des femmes, elles ont mis en avant l’enjeu politique de ce livre. A cet égard, et en suivant la logique libérale : tolérer au prix de sa propre liberté d’expression, de conscience, et d’engagement n’est-il pas un obstacle à la tolérance comme vecteur de la diversité d’opinions ?

Qui est cet homme, se prétendant tolérant, pour dire que ces militantes font preuve d’intolérance, car précisément, elles ne font pas ce que LUI veut ?

Si tout est acceptable, rien n’est critiquable.

Définir la tolérance en termes individualistes conduit à un empilement de contradictions qu’il devient difficile de surmonter.

Ainsi pour éclaircir la citation de Janice Raymond, définir les valeurs et les significations du féminisme en l’occurrence, nous permettra d’identifier ces prétextes fumeux prônant la tolérance, comme s’il s’agit d’une valeur sacrée, lorsque les dominants s’en servent pour faire valoir leurs propres intérêts.

Ceci n’implique pas que le féminisme doit être une pensée figée, comme je l’ai exprimé dans Arrêtons de parler d’Utopie !, mais elle doit être affinée dans le cadre de la lutte contre la suprématie masculine. En d’autres termes, le féminisme ce n’est pas ce que l’on veut. Comme le dit si bien Denise Thompson : «  l’acceptation tolérante des positions contradictoires clôt le débat et exclue toute possibilité de clarifier, encore moins résoudre, les contradictions »[4].

Il ne sert à rien, sauf les intérêts des dominants, de se poser la question de la légitimité d’une personne à affirmer son point de vue. Mais il conviendrait plutôt de se poser comme question : quel est l’objet d’étude de cette proposition ? Dans quel système s’inscrit-elle ? Contre quoi lutte-t-elle ? Que défend-elle ?

Ici la critique est rendue possible, et la tolérance, si nous devions la redéfinir, devient purement rationnelle ; dans le sens où elle en appelle à la raison de l’interlocutrice qui est confrontée à un processus social devant être analysé.

La tolérance est aussi invoquée dans le cas de la solidarité féministe : diviser ou ne pas diviser les femmes ?

En effet, les phallocrates, avoués ou déguisés, posent souvent la question : comment allez-vous parvenir à vos fins si les féministes sont divisées ?

Mais encore une fois, il ne peut y avoir unité si les points de vue ne sont pas confrontés et critiqués. D’autant qu’identifier l’objet de contestation du féminisme : la suprématie masculine, permet de ne pas tolérer des positions prétendument féministes, qui ne le sont pas et surtout d’identifier les véritables causes de la division des femmes. La solidarité féministe n’est pas bâtit à partir d’une idéologie « béni -oui -oui » entre femmes ! Ceci est du romantisme, une image sacrificielle des femmes qui laissent tout passer. Janice Raymond résume très bien la situation : « Un amour sentimental pour les femmes[5]  suggère une tyrannie de la tolérance. Nous n’avons pas à être tolérantes d’une quelconque opinion ou action que les autres femmes expriment sous couvert d’unité, surtout quand cette tolérance devient répressive »[6]. Ce qui est suggéré ici, est que le féminisme n’est pas une simple description de l’expérience des femmes, elle est une lutte politique contre la domination masculine. Que des femmes se prétendent féministes lorsqu’elles défendent la pornographie, la prostitution et autres institutions patriarcales, ne doit pas réduire les véritables féministes d’exprimer leur opposition. D’où la nécessité vitale de définir le féminisme.

De même, refuser de critiquer pour éviter de corroborer les phallocrates qui risquerait de qualifier cela de « crêpage de chignon », doit nous interroger sur le mépris qu’on les hommes pour les femmes et leurs idées, plutôt que de clore subitement le débat féministe.

Nous devons également faire face au culte des idoles au sein du mouvement féministe. Sous prétexte que des féministes sont renommées pour leurs travaux, nous n’avons plus le droit de les critiquer. Sujet étonnement épineux qu’est, par exemple, Christine Delphy et sa tolérance du voile sous couvert d’antiracisme (vous comprenez, les blancs ne sont pas mieux, donc on ne peut pas critiquer le voile comme instance patriarcale, c’est raciste), nous devons nous taire, car cela risquerait d’être instrumentalisé par les phallocrates. Mais une politique féministe forte, claire, précise, permettra de faire face aux critiques antiféministes, le silence quant à lui, ne nous mènera à rien. Au passage, on reproduit la même hiérarchie patriarcale. Et comme je ne cesse de le répéter, l’objet du féminisme est la domination patriarcale, pas les femmes. L’expérience des femmes ne peut être comprise, uniquement si elle est abordée sous cet angle féministe. Glorifier les femmes dans leur statut de subordonnées, le patriarcat s’en charge fort bien. Le féminisme est là pour faire prendre conscience aux femmes qu’elles méritent mieux.

Notez une fois de plus, ce qui importe n’est pas ce qui est dit, mais qui le dit, de sorte qu’une critique politique soit interprétée comme une critique personnelle.

Nous retrouvons ce mécanisme dans l’approche intersectionnelle. Observons le cas de Diane Bell, anthropologue féministe et de Topsy Napurrula Nelson, qui a coécrit le texte concernant les viols des femmes aborigènes. Ces deux femmes se sont insurgées contre la subordination des femmes aborigènes, pourtant, on a reproché à Diane Bell, blanche, de faire preuve de moralisme, de racisme, d’impérialisme. Sous prétexte que des femmes s’identifient à la classe des hommes, Diane Bell aurait dû se taire sur ces crimes, car celle-ci est blanche…et féministe, et les féministes donnent la parole aux femmes. Au contraire, Diane Bell, mais n’oublions pas Topsy N.Nelson, femme aborigène, qui a eu beaucoup de courage, ont fait leur devoir, elles ont pris leur responsabilité politique.

Leur responsabilité politique consistait à ne pas rester les bras croisée sous prétexte de tolérance, de relativisme culturel et politique, devant les atrocités commises contre les femmes aborigènes. On leur a reproché de renforcer les stéréotypes contre les hommes de couleur, ces hommes se posent-ils cette question lorsqu’ils violent les femmes ? Non, car les femmes, dévouées, alliées de leur cause plus importante que leur vie, les défendraient.

L’injustice, le crime, la déshumanisation sont intolérables pour quiconque lutte pour la liberté et l’égalité. Identifier le système contre lequel nous luttons nous permet de mettre fin à ces horreurs.

Par ailleurs, la parole de Topsy Nelson a été négligée, pourtant elle est aborigène. Pourquoi n’avait-elle pas autant de légitimité que les autres femmes aborigènes opposantes à ce texte ?

Le fait est qu’en revendiquant le droit à la différence (entre femmes), on crée de nouvelles catégories : noires, riches, pauvres, … et une nouvelle uniformité, de sorte que les femmes correspondant à ces caractéristiques individuelles, ne peuvent exprimer un avis contraire. Ceci explique que les féministes de couleur non relativistes soient insultées de racistes, de collabos de l’occident.

Aussi, la tolérance permet-elle réellement la dissidence ?

D’après ce que l’on évoqué, la tolérance est l’ennemie de la dissidence.

Supposons l’idée selon laquelle elle serait la condition essentielle de la dissidence.

Le pluralisme politique serait donc garanti par tolérance, cette idée est problématique. La société démocratique libérale ne serait pas régit par les valeurs de liberté et d’égalité, si celle-ci ne supposait pas l’autonomie de la pensée, fondée et délibérée, à laquelle chacun-e est disposée.  Par ailleurs, la dissidence n’est pas tolérable par définition, par le système en place.

Autrement dit, les théoriciens libéraux se sont trahis, lorsqu’ils ont considérés la tolérance comme alliée de la dissidence, confondue avec le pluralisme politique : pour qu’il soit opérant, le pluralisme politique doit déjà s’inscrire dans le système de valeurs en place.

A quoi sert la tolérance alors ?

La première réponse qui vient à l’esprit au vue de tout le développement, est ‘à rien’. En effet, l’éthique féministe prône le respect de l’individu-e, la non-violence, et le féminisme lutte pour que les conditions matérielles soient réunies afin que chacun-e possède les outils théoriques et pratiques pour développer sa pensée. L’inquisition féministe est une antithèse, un oxymoron des plus évidents.

Mais enfin, si nous devions redéfinir la tolérance en termes féministes, il s’agirait d’une prise de position claire, fondée, qui n’est pas pour autant immune et imperméable à la critique, dans le but de toujours affiner la réflexion. L’échange est ce qui caractérise la tolérance féministe, le silence est prohibé car nocif. On ne va pas se taire pour faire plaisir à l’interlocuteur/interlocutrice.

Comme nous ne sommes pas dans une société féministe, il faut garder à l’esprit que la tolérance et le pluralisme politique sont des illusions pour le moment. Tout une série d’appareils idéologiques est mise en place, les médias par exemple, qui diffusent l’information, ou pseudo-information qu’ils veulent, avec des commentaires médiocres la plupart du temps. Le monde est profondément phallocrate. Et si nous devions fournir une illustration des plus simples, regardez les réactions à la sortie du film « Rebelle » : une héroïne est au centre de l’histoire, que vont penser les petits garçons ?

De même, nous pourrions examiner les réactions aux espaces réservées aux femmes : de quoi peuvent-elles parler ? Des femmes qui ne construisent pas leur vie autour des hommes, comment est-ce possible ?

Autrement dit, la femme libérée que la société phallocrate semble tolérée, est la femme conditionnée patriarcalement, qui se contente des miettes concédées par la phallocratie : double –journée, ou l’on dit clairement aux femmes : vous voulez travailler ? Soit, mais n’oubliez pas vos obligations de mères et d’épouses, sans parler de la division sexuelle du travail, et bien d’autres carnages encore.

                    ***

Enfin, la tolérance brandit à tout va dans le milieu féministe, et libéral, exerce exactement le contraire de ce qui est prôné. Elle paralyse la réflexion et l’engagement politique, qui devrait être une lutte acharnée contre le système oppressif patriarcal et non du relativisme politique.

Et là se trouve le problème, la tolérance est érigée en valeur absolue, en négligeant totalement les rapports de force instaurés par une société hiérarchique. Niant ainsi le fait que seuls les dominants ont le luxe de la tolérance, et demander aux opprimées de tolérer les opinions allant dans le sens de cette oppression, revient à cautionner la domination.

La tolérance réduit au silence, et en admettant qu’elle appartienne aux dominants devant faire preuve de clémence, elle ne fait que rendre plus supportable la hiérarchie d’une société qui reste divisée entre tolérées et tolérants.

Cette approche de la tolérance s’inscrit dans une ère patriarcale néolibérale donnant l’impression aux dominé-e-s d’avoir les outils nécessaires pour opiner, lorsque ce sont les intérêts des dominants qui sont défendus, par individualisme masqué d’un sophisme postmoderniste.

La tolérance devient alors le véhicule d’une pensée unique phallocrate.

Mais loin d’être une fatalité, la lutte féministe par ses valeurs de respect, de dignité, d’humanité pour les femmes, définit au détriment de personne, permettra par la fin des systèmes de domination émanant de la suprématie masculine, l’échange, le partage d’idées, peut-être contradictoires, mais nullement imperméable à la critique, au changement, au perfectionnement de la pensée.

La morale féministe est l’alliée du pluralisme politique.

EDIT 21/01/2014 : Au fond, le problème n’est pas que les femmes soient divisées. Le problème est en ce que cette division est par déférence au corps masculin. Les cartes distribuées par la phallocratie et ses agents. Mais s’il y avait des actrices politiques, polémiques par définition, à l’inclination affirmée, déterminée, innovante par opposition à d’autres, il n’y aurait pas meilleur signe de vitalité, de dynamisme et finalement, de liberté. Cela nous éviterait l’injonction consensuelle de tolérance, sous couvert ‘sororale’ qui par on ne sait quelle manipulation paternaliste, est devenue synonyme de silence.

© Women’s liberation without borders 2012


[1] « …the death of meaning is being proclaimed by postmodernism … as feminist critiques of the economy of patriarchal ideological and material control of women emerge from women’s liberation movements », in Nothing Matters, p19.

[2] « Liberalism has never understood that the free speech of men silences the free speech of women », in Feminism Unmodified, p156.

[3] « A dogmatism of tolerance has infected the women’s movement. As a dogma, tolerance asserts that there should be no value judgments made about anything. Using a rhetoric of not imposing values to others, women buy into a dangerous philosophy in which they strip themselves off the capacity for moral judgment. What they don’t realize is that values will always assert themselves. When women do not talke responsibility for generating and representing their agreed upon values, they become pushovers for the tyranny of others’ values”, in A passion for friends, p169.

[4] « The tolerant acceptance of contradictory positions close down debate and precludes any possibility of clarifying, much less resolving, the contradictions », in Radical Feminism Today, p 68.

[5] Janice Raymond définit ce sentimentalisme par l’immobilisme, plutôt qu’une passion qui nous pousse à l’action : «  love for women cannot only appear to be sensitive and respectful of other women’s opinions. It must be love that takes action, even in the face of other women’s opposition to that action », In The Sexual liberals and the Attack on Feminism, p225.

[6] « A sentimental love for women fosters a tyranny of tolerance. We do not have to be tolerant of any opinion or action that other women express in the name of unity, especially when that tolerance becomes repressive”, Idem, p 225.

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Un article important à lire, qui fera l’objet d’une introduction à un de mes prochains articles concernant le « féminisme pornifié ».

Radfem Hub

Please reblog this radical feminist analysis of the Pussy Riot controversy.

Recently there has been lots of noise around the arrest of three members of Pussy Riot, a Russian anarchist female punk band. The media almost unequivocally represented them as the modern heroines of our time, fighting for freedom, democracy, sexual liberation and peace against a dark and ruthless dictatorship (articles are to be found in the NYT, Le Monde. The Guardian, etc.) Feminist groups all over the Western world are sending links and petitions to “free pussy riot”, and demonstrations have even been organised in support of the group by big institutionalised organisations such as “Osez le féminisme” (dare to be a feminist).

Now while I support without ambiguity the liberation of Pussy Riot’s members, it’s worth pausing for a minute to ask ourselves, as radical feminists, what the political dynamics are…

Voir l’article original 1 458 mots de plus

In the Men’s room(s)…

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In the Men’s Room(s).

When I was young I believed in intellectual conversation:

 I thought the patterns we wove on stale smoke

 floated off to the heaven of ideas.

 To be certified worthy of high masculine discourse

 like a potato on a grater I would rub on contempt,

 suck snubs, wade proudly through the brown stuff on the floor.

 

 They were talking of integrity and existential ennui

 while the women ran out for six-packs and had abortions

 in the kitchen and fed the children and were auctioned off.

 

Eventually of course I learned how their eyes perceived me:

 when I bore to them cupped in my hands a new poem to nibble,

 when I brought my aerial maps of Sartre or Marx,

 they said, she is trying to attract our attention,

 she is offering up her breasts and thighs.

 I walked on eggs, their tremulous equal:

 they saw a fish peddler hawking in the street.

 

Now I get coarse when the abstract nouns start flashing.

 I go out to the kitchen to talk cabbages and habits.

 I try hard to remember to watch what people do.

 Yes, keep your eyes on the hands, let the voice go buzzing.

 Economy is the bone, politics is the flesh,

 watch who they beat and who they eat,

 watch who they relieve themselves on, watch who they own.

 The rest is decoration.

-Marge Piercy.

Ignorer et défendre le mâle : le piège de l’intersectionalité.

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     « La couleur des sentiments » : une solidarité entre femmes qui ne fait pas l’unanimité.

Le film « La couleur des sentiments » est l’un des rares mettant en scène la solidarité entre femmes contre la suprématie masculine. Une femme, Eugenia, blanche et riche- qui pourtant n’échappe pas aux carcans phallocrates : elle doit subir les foudres de son entourage car elle ne veut pas se marier, et désire se consacrer à sa passion qu’est le journalisme- décide, face au racisme que subissent les femmes noires, de leur permettre de s’exprimer en racontant leur vécu en tant que domestiques pour des familles blanches.

Pour une fois, ce sont le vécu des femmes noires qui est raconté, et non celui des hommes noirs, en l’occurrence. Ce qui rend le propos de la photo présentée inopérant : ce n’est pas les blancs qui aident les noirs à mettre fin au racisme. Ce sont des femmes, blanches et noires qui font preuve de solidarité pour rendre compte de la situation des femmes noires et mettre ainsi le système phallocrate en difficulté.

Eugenia ne parle jamais à la place d’Aibileen, une des domestiques, ou de Minny et de toutes les autres femmes. Chacune des femmes noires domestiquées par les phallocrates racistes prend conscience que ce qu’elles subissent est intolérable, qu’elles doivent lutter comme elles le peuvent contre le système qui les opprime.  Et ce n’est pas facile avec la répression raciste.

Eugenia n’utilise pas les privilèges que lui a accordés la phallocratie pour opprimer les femmes, comme le font ses amies. Conformément à l’éthique féministe (même si ce film n’est pas forcément féministe), elle met à profit sa situation pour aider les autres femmes. Comme l’a suggéré Sheila Jeffreys dans Man’s dominion, il est du devoir des féministes qui bénéficient d’une situation plus favorable que d’autres femmes- même si aucune femme n’est un être humain dans le monde- d’être solidaires, de lutter avec elles contre la suprématie masculine qui ne connait aucune frontière. Le patriarcat divise les femmes au sein de ses institutions, mais quoi qu’il en soit, aucune femme ne peut être complice de la phallocratie sans embrasser sa propre subordination.

L’intersectionalité est un piège, car elle suppose les femmes comme auteures et bénéficiaires de privilèges de classe et de « race ». Or les premiers instigateurs sont les hommes comme agents de l’oppression patriarcale. Ceux-ci sont ignorés, peu présents dans la réflexion, si ce n’est pour témoigner d’une solidarité sans faille des femmes à leur condition de racisés et d’exploités. Et pour cause, «  les catégories « race » et classe contiennent aussi les hommes, et chaque théorie qui inclue les hommes a tendance à être dominées par leurs intérêts » (Denise Thompson)[1]. Car il faut bien se le mettre en tête : les hommes noirs ne sont jamais opprimés en tant qu’hommes. En examinant les textes de certains auteurs ‘antiracistes’ hommes, comme ceux de Franz Fanon, vous observerez que les femmes blanches sont présentées comme des tentatrices voulant être violées par les hommes noires, et comme instigatrices premières du racisme, tandis que celui-ci veut être frère avec « l’homme blanc ».  Quant aux femmes noires, ce sont les premières exclues par les hommes noirs du mouvement antiraciste, parce qu’elles ne sont pas des hommes. Cet aspect est occulté, et on préfère dénoncer le mouvement féministe comme propriété privée réservée aux femmes blanches. Quelle meilleure manière de passer sous silence les violences phallocrates subies par les femmes de couleur sous couvert d’antiracisme ? Comme le suggère Diane Bell : «  en considérant la violence comme un problème lié au racisme (i.e, ce sont les Blancs qui oppriment les Noires), les femmes sont muselées. … Il est utile de se poser la question que les féministes se sont posées lorsqu’il s’agissait d’examiner minutieusement la violence cachée au sein du foyer : Pour quels intérêts ce silence est-il maintenu ? Sous quelles conditions les femmes ont-elles la possibilité de mettre leur sécurité et celle de leur enfant au-dessus de ceux des hommes qui les battent et les violent ? … le besoin d’étudier cela sous l’angle de la construction des catégories raciales ont entravé les découvertes qui pourraient rendre les femmes autonomes. » [2].

Bien sûr, tout ceci ne veut pas dire que la lutte contre le racisme ne fait pas partie intégrante du féminisme. Au contraire, on ne peut analyser et lutter contre le racisme sans exposer et combattre les aspects phallocrates de celui-ci.

L’approche postmoderniste ne le permet pas. On empile des systèmes d’oppression comme s’ils n’avaient aucun rapport les uns avec les autres : sexe, « race », classe, ce qui ne permet aucune analyse féministe. Si les femmes ne sont pas les victimes d’un système d’oppression commun : la domination masculine, on ne peut rien faire contre celle-ci. Or le féminisme (radical) établit des liens logiques entre ces manifestations de la suprématie masculine.

En reconnaissant l’existence de la suprématie masculine opprimant toutes les femmes, on peut ensuite se concentrer sur ses diverses manifest    ations et lutter contre elles. Ceci évitera la déculpabilisation des hommes de couleur à  qui l’on prête toujours de bonnes raisons pour opprimer les femmes : racisme, pauvreté, frustration sexuelle, etc… Entendons-nous bien, les hommes sont solidaires entre eux, tout ceci n’est pas seulement le lot des hommes Noirs.

Afin de montrer l’imposture qu’est l’approche postmoderniste du féminisme, avec l’intersectionalité, on abordera dans un premier temps un grand malentendu concernant le féminisme : l’objet du féminisme est la suprématie masculine, et non les femmes, une erreur qui aboutit à se focaliser sur les différences entre femmes, plutôt qu’aux différentes manifestations de la domination masculine ; puis l’aspect individualiste de l’approche intersectionnelle à travers la « standpoint theory » , conduisant ainsi à ‘ignorer le mâle’ et enfin la défense de la suprématie masculine en ‘déculpabilisant le mâle’ sous couvert d’antiracisme ou d’anticapitalisme.

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L’intersectionalité place les relations de hiérarchie directement entre les femmes. C’est la femme blanche qui opprime la femme noire, la riche qui opprime la pauvre, corroborant ainsi les mythes phallocrates : les femmes sont les premières instigatrices de toute forme d’oppression. Ceci est en partie lié à une mauvaise définition du féminisme. Celui-ci repose sur l’identification de la suprématie masculine et la lutte contre ses valeurs et significations.

Si le féminisme est centré sur les femmes, c’est parce qu’il a pour objectif d’examiner le processus de subordination des femmes aux hommes. Dire que l’objet du féminisme est les femmes, revient à dire que les valeurs phallocrates devraient être acceptées comme féministes, dès lors qu’ils seront professés par des femmes. Ceci occulte les agents de l’oppression patriarcale et les bénéficiaires de celle-ci : les hommes.

C’est également nier le fait que les femmes n’ont pas le pouvoir d’imposer des instances phallocrates : ce ne sont pas les femmes qui ont initié les entreprises coloniales et l’exploitation capitaliste, ce ne sont pas les femmes qui utilisent le viol comme arme de guerre contre d’autres femmes. Bien sûr, certaines d’entre elles peuvent se faire complices de ces instances, elles n’en sont pas moins subordonnées, et n’en sont pas les instigatrices.

Ces politiques de dégradation de l’autre est issue d’une tradition patriarcale reposant en premier lieu sur l’asservissement des femmes alors « féminisées ». Le culte de la masculinité est à l’origine de ces politiques de domination : « La domination demande la déshumanisation de celles/ceux dont les droits humains ne peuvent se mettre en travers des intérêts des dominants, tout comme la masculinité exige la déshumanisation des femmes. » (Denise Thompson)[3].

Ignorer cet aspect  assure la perpétuation des valeurs patriarcales, puisque jamais elles ne sont abordées et attaquées en tant que telles. Et le féminisme cesse d’exister : les femmes sont atomisées, elles n’ont rien en commun, et en plus ce sont certaines d’entre elles -blanches et riches- qui subordonneraient les femmes, mais aussi les hommes ! Il n’existe aucun projet féministe cohérent, sinon une multitude d’oppressions dont sont victimes les femmes, symétriquement aux hommes. Et comme le suggère Denise Thompson : «  Ignorer la suprématie masculine revient à décontenancer la politique féministe de sa signification première. ».

Notez, on entend rarement parler d’intersection des oppressions de «classe » et de « sexe » pour l’antiracisme, ou de «  race » et de « sexe » pour l’anticapitalisme, si ce n’est que très superficiellement, parfois, pour les intégrer à une analyse phallocrate. Précisément, ce sont toutes deux des idéologies qui présentent peu d’intérêts pour les femmes à long terme, car elles n’abordent en aucun cas l’antagonisme de classe entre les sexes (davantage liés par des conditions matérielles que naturelles), et ne remettent pas du tout en cause les fondements masculinistes à l’origine du racisme et du capitalisme. Ainsi, même les pensées dites progressistes s’intéressent au sort des hommes plus qu’à celui des femmes, et veulent assurer le statut d’êtres humains aux hommes, ce qui est légitime puisque détenteurs du phallus : «  Puisque les hommes ont un sens plus prononcé de leur statut d’être humain, ils ont tendance à percevoir plus clairement leur exclusion des droits humains que les femmes. » (Denise Thompson)[4] . D’où les reproches au féminisme et cette injonction d’intersectionalité : comment les féministes (radicales) peuvent-elles oser remettre en question l’humanité définit par les hommes aux dépens des femmes, et les fondements patriarcaux de toute idéologie faisant la promotion de l’émancipation des tous les hommes ?

Seuls les hommes sont des sujets politiques, pas les femmes qui sont à leur image. Comme le dit Somer Brodribb dans Nothing Ma(t)ters : a feminist critique of postmodernism : «  Seule la connaissance du corps des hommes et de la pensée des hommes est essentiel, les femmes sont inessentielles, les femmes sont essentialistes.[5] Et contredire cela, remettre en question la culture masculine est tellement inculte. »[6].

Selon ce principe, les féminismes « antiracistes », « socialistes » et « postmodernistes » (tous de fiers recyclage des idéologies patriarcales) tendent à éludés les aspects masculinistes du racisme, et du classisme, en déplaçant la responsabilité des hommes, sur les femmes. Il n’y a donc pas de classe des femmes. Or comme le dit Denise Thompson : «  Le féminisme ne peut se permettre de donner la priorité au racisme et au classisme, en ignorant la suprématie masculine”.  Un exemple que nous entendons souvent : « les suffragettes étaient racistes, elles ont même dit que les hommes noirs avaient eu le droit de vote avant les femmes ! ». Je ne sais si les suffragettes auraient donné cette explication, mais ce que ce phénomène prouve, car c’est une réalité, est que les hommes sont la référence en terme d’humanité. Ils définissent ce qu’est l’humanité. En effet, ils sont humains car ce sont des hommes, mais sont moins que des êtres humains car ne font pas parti de la classe dominante déterminée par la « race » ou la classe. Les hommes ont plus à perdre que les femmes, mais les femmes en aucun cas. Qu’elles luttent ou non contre le racisme et le capitalisme,  elles n’auront pas le statut d’être humain et conserveront le statut de subordonnées. C’est ce qui explique l’échec successif des révolutions en termes de féminisme, complètement absent, secondaire. Il n’est pas surprenant qu’une fois que les femmes ont aidé les hommes à se libérer d’une oppression raciste, totalitaire, capitaliste, ils demeurent leur Maître. Les intérêts des femmes ne sont pas ceux des hommes, et tant que la suprématie masculine n’est pas remise en cause, le statut quo, même dans un système favorable aux hommes : socialiste, démocratique etc…. est maintenu pour les femmes. Carole Pateman l’explique très bien dans le Contrat Sexuel, le patriarcat moderne repose sur le droit des hommes à opprimer les femmes, ceci constitue l’attribut de la ‘fraternité’.

De  plus, les partisan-n-e-s de l’intersectionalité qui étudient l’oppression raciste, sexiste et classiste simultanément au nom du féminisme- ce qui est impossible sans examination de la structure principale à l’origine de ces phénomènes- évoque rarement, contrairement au féminisme radical, l’aspect sexué du racisme et du capitalisme. Les a-t-on jamais entendus analyser l’exploitation sexuelle et la violence patriarcale que subissent les femmes colonisées par les blancs ? Une corvée dont n’ont pas à faire les frais les hommes colonisés. Au contraire, en Australie, les femmes aborigènes ont été dépossédées de leur terre, de leur savoir, étant réduites à des esclaves sexuelles, à la reproduction, alors qu’elles assuraient souvent la survie de leur peuple par cette connaissance de la terre. Les hommes blancs ont ensuite conféré ces caractéristiques aux hommes aborigènes : fins connaisseurs de la terre, soutien de famille.

De même, les hommes ne vont pas arrêter de violer et battre les femmes parce qu’ils sont racisés ou exploités. On le voit bien dans le film d’ailleurs, Minny est battue par son mari dans une Amérique sous la ségrégation raciste. On a reproché à Alice Walker d’avoir écrit un livre raciste avec La couleur pourpre, car là également, Celie se marie avec un homme noir dont elle est l’esclave, qui la bat et la viole régulièrement. Elle a été violée par son père et donné naissance à deux enfants issus de ce viol. Mettre cela sur le compte du racisme ou de la pauvreté revient à culpabiliser les femmes victimes de ces violences phallocrates. En quoi être victime de racisme et de précarité confère aux hommes le droit de battre les femmes ? Les femmes sont muselées, réduites au silence, comme le dit Denise Thompson : «  Il est n’est pas peu commun dans le débat féministe concernant le racisme, d’entendre que lutter contre le racisme signifie défendre les hommes de la « race » subordonnée, plutôt que les femmes noires, du Tiers-Monde ou autochtones dont les intérêts sont une fois de plus éludés en faveur des hommes ».

Par conséquent, ignorer le fait que les hommes sont la norme permettant d’atteindre le statut d’être humain, ne permet pas d’entrevoir la structure patriarcale du racisme et du capitalisme, une structure qui demeure en conséquence au sein de l’antiracisme et de l’anticapitalisme.

Par ailleurs, on assiste à un retournement de situation intéressant : le féminisme, c’est pour les blanches. Comme si le féminisme était une propriété privée réservées à un certain type d’individues (comme si elles en étaient) : les femmes blanches et riches. Or le féminisme concerne toutes les femmes, dès lors qu’on lutte contre l’oppression patriarcale.

Cette « privatisation » du féminisme est liée à l’approche individualiste du postmodernisme à l’égard du féminisme, mais aussi au manque de définition du féminisme, comme je l’ai expliqué.

En effet, la « standpoint theory » est de rigueur. C’est-à-dire que notre vision des choses est différente, selon notre position au sein de la société. Il y a plusieurs inconvénients. D’une part, ce n’est pas parce que l’on se situe d’une certaine manière dans la société que nous avons la grille de lecture pour identifier le processus social dans lequel nous nous inscrivons : l’expérience n’est pas preuve d’authenticité et ne pourvoit pas à elle seule la théorie nécessaire pour analyser une situation. D’autre part, l’approche est clairement individualiste : tout est subjectif. Imaginez une femme qui parle en tant que femme, noire, ouvrière , puis une autre en tant que femme, riche, blanche, puis encore une autre en tant que noire, riche, et femme et ceci à l’infini. Quel système politique peut-on bâtir à partir d’ici ? Le féminisme n’a plus de raison d’être, aucune cohérence n’est mise en évidence. Les caractéristiques individuelles plus que les mécanismes de la domination patriarcale sont mises en perspective : «  Les trois catégories ‘genre, race et classe’ ne permettent pas de rendre compte de la domination car ces catégories sont trop distinctes et séparées, et se focalisent sur les catégories d’opprimées plus que sur les structures sociales qui oppriment. »[7]  (Denise Thompson). En outre, que le féminisme soit raciste et bourgeois, ne peut simplement pas être du féminisme. Une humanité définit aux dépens d’une personne relève d’une logique patriarcale, et même si l’on veut nous faire croire le contraire, le féminisme patriarcal n’a pas de sens.

On entendra dans bon nombre d’ouvrages féministes radicaux parler de « feminist standpoint », remarquons ici la différence : les structures oppressives sont d’emblée identifiées, je le rappelle : ce sont les structures politiques qui déterminent notre manière d’être sociale. Et selon ce point de vue féministe : «  les intérêts des dominants sont toujours des intérêts issus de la suprématie masculine, dans le sens où ils impliquent les privilèges et le prestige de certains hommes au détriment des femmes en premier lieu, mais aussi d’autres hommes (…). » (Denise Thompson)[8]. Identifier les méfaits du racisme et du capitalisme sous un angle féministe, c’est-à-dire comme idéologies émanant de la suprématie masculine permettra de lutter de manière plus rigoureuse contre ces-dernières, ie en ne faisant pas prévaloir les intérêts des hommes sur les femmes, mais en envisageant une humanité véritable pour les sexes, faisant ainsi disparaître les catégories sexuées.

Aussi, il est inopérant de parler d’exclusion des femmes de couleur par le mouvement féministe qui serait un mouvement de bourgeoises et de blanches. En effet, les groupes socialistes et antiracistes ne sont pas connus pour faire valoir les intérêts des femmes de couleur. Le fait est que l’exclusion originelle des femmes de couleur est liée à la suprématie masculine : elles ne sont pas exclues car « Noires », mais parce qu’elles sont femmes. Elles n’ont d’intérêts pour les hommes uniquement si elles se joignent à leur lutte anticoloniale, anticapitaliste etc…, selon leurs modalités. Par ailleurs, mettre fin aux violences phallocrates, avoir la possibilité de choisir ou non d’avoir des enfants, la liberté d’agir autrement que par les contraintes imposées par la phallocratie, vivre décemment , ne sont pas uniquement dans l’intérêt des femmes blanches et riches. Mettre fin à la domination masculine est dans l’intérêt de toutes les femmes, d’autant que celle-ci se manifeste de façon subtile, diverse, sournoise et brutale.

Ignorer la domination masculine, aboutit à défendre la suprématie masculine. Les femmes sont responsables de toutes les misères des autres femmes, mais nous devons avoir de la compassion pour les hommes opprimés (et les hommes blancs, premiers responsables, sont les premiers absents de l’analyse).

Bell Hooks ne parle pas de domination masculine mais d’ « oppression sexiste »[9]. La différence est importante : la domination masculine implique l’étude d’un processus politique qui bénéficie à un certain groupe social, et la seconde idée fait référence à n’importe quelle oppression vécue par les femmes. Notons la contradiction ici : en faisant cela, Hooks ne distingue plus les formes d’oppressions, mais en même temps, puisque celle-ci veut perpétuer ces distinctions, elle parle de « white bourgeois women » qui seraient elles-mêmes instigatrices de l’oppression envers d’autres femmes. Nous sommes dans une impasse une fois de plus, en situant les hiérarchies au sein de la classe des femmes, plutôt que le processus conduisant à ces hiérarchies, non-initiées par les femmes. C’est une appellation et un raisonnement qui ne peut être utilisées ni pour un projet féministe, puisque les différentes oppressions se jouent entre les femmes, ni ne peut désigner ces formes d’oppressions car elles ne sont pas nommées.

Celle-ci affirme que la domination masculine n’est pas le problème principal des femmes de couleur et pauvres. Or la structure même du racisme et du capitalisme est phallocrate, mais pire encore, Hooks reconnaît certaines manifestations patriarcales comme étant une simple « caricature du chauvinisme mâle », mais qui en aucun cas assure aux hommes noirs un statut social privilégié, surtout par rapport aux femmes blanches[10]. Nous voilà donc face à une légitimation de la domination masculine, que devraient dire les femmes qui sont plus que les hommes affectées par la précarité ? Elles devraient les battre ? Non, simplement ignorer la domination masculine.

Il est plus que nécessaire d’examiner la complicité des hommes noirs et exploités avec les valeurs de la suprématie masculine, qui ne va en aucun cas en faveur des femmes de couleur.

Michele Wallace fournit un exemple éloquent dans All the women are white, All the Blacks are men, But some of us are Brave: Black women’s studies, lorsqu’elle avait treize ans, elle s’est promenée les cheveux au vent, ils n’étaient pas tressés. Des hommes noirs l’ont interpellé en sifflant croyant qu’elle était une prostituée. Certes ces hommes sont opprimés car ils ne font pas partis de la classe qui les juge inférieur, il n’en demeure pas moins qu’ils embrassent les valeurs de la suprématie masculine, et on voit bien dans cet exemple la sexualisation, au sens phallocrate, du racisme : on a une objectification spécifique des femmes noires, car elles sont noires (et femmes).

Ainsi, lutter contre le racisme et le capitalisme n’implique pas oblitérer la domination masculine. Au contraire, grâce au féminisme, on peut mettre en évidence la structure patriarcale de ces manifestions de la suprématie masculine. Par ailleurs, s’il est vrai que des femmes ont exploité des femmes moins aisées, comme on le voit dans « La couleur des sentiments », c’est dans l’intérêt de leur mari. Dans le film, Hilly, raciste, n’en demeure pas moins une femme subordonnée sous le joug de son mari, son maître. Elle s’occupe de sa maison dans le but d’assurer son confort. En encensant son mari et les institutions phallocrates, Hilly ne fait que renforcer sa propre subordination. Comme le souligne très justement Denise Thompson : «  Que les relations de classe et la domination raciale soient maintenus au détriment de certains hommes, n’en fait pas pour autant des intérêts moins patriarcaux. Que ces intérêts soient aussi défendus par des femmes, n’en fait pas pour autant des intérêts en faveur des femmes au sens féministe, puisqu’ils sont fondés sur la subordination des femmes. »[11].

Abordons à présent la question de l’universalisme. Sous couvert de « false-universalism », les postmodernistes dénoncent l’entreprise féministe (radicale) qui suppose la subordination des femmes aux hommes, peu importe leur origine géographique ou sociale. L’universalisme a déjà été critiqué par le féminisme radical, puisqu’il a été fondé sur la subordination des femmes, néanmoins, il ne s’agit en aucun cas de prendre la défense de la suprématie masculine sous prétexte d’exotisme !

La lutte pour les droits humains des femmes et la dignité des femmes est centrale au féminisme, et tant que l’on prend en compte les conditions matérielles des femmes pour arriver à cette condition qui doit être universelle, on ne peut parler d’idéologie bourgeoise ou de « false-universalism ». Même Marx et Engels ont fait remarquer que les classes révolutionnaires parlent au nom de l’Homme universel (et pas des femmes, bien sûr).

Notez ainsi la méthode postmoderniste : il est interdit de parler des femmes comme subordonnées, mais la catégorie « femme » devient utile uniquement lorsqu’il s’agit d’évoquer les différences entre elles, masquant ainsi leur point commun : la domination masculine qui se manifeste de diverses façons, car qu’on le veuille ou non, la phallocratie est sans frontière, le féminisme doit  aussi l’être.

Ce n’est pas en mettant les femmes les unes contre les autres que la solidarité féministe verra le jour. Par définition, la solidarité féministe doit avoir lieu en prenant en compte les structures oppressives communes à toutes les femmes, pour mieux les combattre quel que soit leur manifestation. S’il existe des femmes blanches, et les rejeter parce que blanches et potentiellement complices du système patriarcal ne relève pas de la politique, le conflit ne pourra jamais être résolu, sauf preuve du contraire, on ne peut changer sa couleur de peau. Comme je l’ai expliqué, les femmes n’ont pas le pouvoir d’instaurer des structures phallocrates, elles n’en sont pas les initiatrices. A quoi bon se dire « féministe transnationale » si c’est pour jeter la pierre à la femme blanche, plutôt qu’à la suprématie masculine ?

Illustrons notre cas avec Chandra Mohanty qui affirme ceci : « There is no universal patriarchal framework … unless one points an international male conspiracy or a monolithic, ahistorical power hierarchy » . Premièrement, les femmes sont définies comme “blanches”, “noires”, “riches”, etc… c’est à dire qu’il y a une négation totale de la subordination originelle des femmes, parce qu’elles sont femmes. Ensuite, aucun lien n’est établit entre ces manifestations et la domination masculine. Précisément, en lisant les textes de Mohanty, vous remarquerez que son problème est de considérer les femmes en tant que classe antagoniste aux hommes, or le problème se situe entre les femmes, selon elle, les femmes sont différentes entre elles, pas par rapports aux hommes dont elles sont les camarades de lutte. Aussi, les violences patriarcales sont minimisées : «  It is true that the potential of male violence against women circumbscribes and elucidates their social position to a certain extent” , critiquant ainsi l’absurdité des feminists occidentales, divisant la société entre ceux qui ont le pouvoir-les hommes- et celles qui ne l’ont pas-les femmes. Cette phrase de Mohanty ridiculise et caricature la pensée féministe radicale, mais en plus, elle considère les violences phallocrates comme révélatrices de la position sociale des femmes… dans une certaine mesure ! Et non comme une arme politique contre les femmes.

Ce qui dérange également est le soi-disant aspect victimaire du féminisme radical, pourtant, les femmes de couleur et pauvres souffrent-elles moins de la violence masculine ? Ne sont-elles pas les victimes de la division sexuelle du ‘travail’ ? Sans analyse féministe pure, si j’ose dire, tout cela passe à la trappe, et les intérêts des hommes prévalent.

Et comme le dit Denise Thompson, si les luttes antiracistes et anticapitalistes devraient être le cœur des luttes « féministes, tout en ignorant la suprématie masculine, c’est bien parce que «  Le racisme et l’exploitation capitaliste sont plus facilement détectée que l’oppression des femmes, car ils impliquent la déshumanisation des hommes ».[12]

Passez la domination masculine sous silence, trouver des excuses à ceux qui perpétuent ces violences paralysent le féminisme. En outre, être solidaires des féministes non-occidentales, n’implique pas un laisser-faire complice de la suprématie masculine, sous prétexte que ce sont des femmes opprimées par telles ou telles structures phallocrates, même pas identifiées comme telles, qui en ont décidé ainsi. Le féminisme est une lutte sans concession contre la domination masculine, son objectif premier est de redéfinir une humanité pour toutes et tous, de mettre ainsi fin à toutes les structures oppressives.

                                                   ***

Enfin, si l’intersectionalité se targue d’aborder et de lutter contre tous les systèmes d’oppression, elle ne fait que perpétuer la tradition patriarcale en évacuant les rapports de force entre les sexes.                                                    

Pourtant, le féminisme peut apporter un éclairage nouveau et plus complexe à ces formes d’oppression, en les analysant comme émanant de la suprématie masculine. Il y a un déni flagrant toutefois, de cette domination masculine, et du statut de subordonnées des femmes, y compris des femmes de couleur, parce que femmes, qui conduit à faire prévaloir les résultantes de la suprématie masculine comme cause première de l’oppression, évacuant ainsi les premiers agents de l’oppression patriarcale.

Réduire le féminisme à une propriété privée des femmes blanches est également inopérant, et là ce trouve le véritable racisme. Seules les blanches auraient droit à la liberté ? Et n’est-ce pas un préjugé raciste d’associer la femme blanche à la futilité, à la légèreté, à l’avidité ? Ceci est un portrait phallocrate. Et il est efficace, puisqu’il divise les femmes. Le féminisme s’adresse à toutes les femmes voulant lutter pour leur liberté et contre la domination masculine. 

Terminons avec Alice Walker : « When [Our Mother] thought of women moving, she automatically thought of women all over the world. She recognized that to contemplate the women’s movement in isolation from the rest of the world would be-given the racism, sexism, elitism and ignorance of so many American feminists-extremely defeating to solidarity among women (…). Our Mother had travelled and had every reason to understand that women’s freedom was an idea whose time had come and that it was an idea sweeping the world”.

© Women’s liberation without borders 2012

Pour aller plus loin :

« Points against postmodernism » -Catharine Mackinnon, http://www.cflr.org/points.pdf

« From practice to theory or what is a white woman anyway ? »- Catharine Mackinnon , http://www.feminist-reprise.org/docs/from%20practice%20to%20theory.htm.

« Feminism and racism » -Denise Thompson ,http://users.spin.net.au/~deniset/brefpap/gracism/dwsconfdeak.pdf .

Lire Black Macho and the Myth of the Superwoman, Michele Wallace.

Lire Daughters of the dreaming, Diane Bell.

Lire Radically speaking , edited by Diane Bell and Renate Klein.

Why women cannot escape their Caste. , Cherryblossomlife.

Et je vous conseille de voir et/ou de lire La couleur pourpre d’Alice Walker.


[1] « The categories of ‘race’ and ‘class’ also contain men, and any category which includes men tends to be dominated by the interests of men. », In Radical Feminism Today, p92.

[2] “ by framing violence as a racial problem (i.e., it is Whites oppressing Blacks), women are rendered mute. … It is helpful ti ask the question feminists asked when scrutinizing the violence hidden in the home: In whose interests is silence maintained? Under what conditions may women be able ti out their safety and that of their children above the needs of the men who beat and rape them? … The need to work from within the race construct has contrained findings that might empower women.”, in ‘Intraracial rape revisited : on forging a feminist future beyond factions and frightening politics’, Women’s Studies International Forum, p385-412.

[3]“Domination requires the dehumanization of those whose human rights cannot be allowed to stand in the way of the vested interests of the powerful, just as masculinity requires the dehumanization of women’’, In Radical feminism Today, p136.

[4]« Because men are more secure in their humain status, they tend to have a clearer apprehension of their exclusion from human rights than women do »,Idem, p 92.

[5] Je reviendrai sur cette citation importante. Brièvement, c’est une critique courante  faite au féminisme radical qu’est l’essentialisme, sous prétexte que l’on parle de subordination des femmes aux hommes, lorsque l’utilisation de concepts phallocrates n’est jamais remise en question. Ces concepts sont les référents, et le féminisme doit faire avec. On confère aux hommes le statut de référents, un caractère intrinsèque, sans pour autant que cela soit examiné comme essentialiste. En conséquence, le féminisme se trouve limité dans sa pensée et actions.

[6] « Only knowledge of the male body and male thought is essential, the female is unessential, the female is essentialist.And to contradict this, to speak against masculine culture, is so uncultured. », p xviii.

[7] « The three categories of ‘gender, race and class’ fail as an account of domination because the categories remain both distinct and separated, and focus on categories of the oppressed rather than on the social structures which oppress », in Radical feminism today, p94.

[8] « …powerful vested interests are always male supremacist interests, in the sense that they involve the privilege and prestige of some men at the expense, firstly of women, but also of other men (…) »,p7, icihttp://unsworks.unsw.edu.au/fapi/datastream/unsworks:7275/SOURCE01

[9]In Feminist theory ; from Margin to Center.

[10] Notez, Hooks refuse de considérer les hommes comme agents de l’oppression patriarcale sous prétexte que ceci soit une approche individualiste. Or selon l’analyse féministe radicale, les hommes n’existent qu’en tant que groupe politique, l’approche est loin d’être individualiste. D’ailleurs, si nommer ainsi les agents de l’oppression est individualiste, en quoi tenir les femmes blanches comme responsables de l’ « oppression sexiste » l’est-il moins ?

[11] “That class relations and racial domination are maintained at the expense of some men, makes them no less male interests. That these interests are also defended by women does not make them women’s interests in any feminist sense, since they are based on women’s subordination”, in Radical feminism today, p129.

[12] « Racism and class exploitation are more readily perceivable than the oppression of women, because they involve the dehumanization of men », in Radical feminism today, p 92.