Le genre : tombeau des femmes, mort du féminisme.

Par défaut

Je pourrais commencer par vous donner une définition du genre, mais il est tellement  confus que cela serait impossible et manquerait de rigueur. Cette confusion n’est pas liée au hasard, d’où mon titre. En effet, le genre est un terme apolitique – je le démontrerai dans cet article- et signe la mort du féminisme, ainsi que la pérennité du système phallocrate.   

Le succès des Gender Studies, des Queers Studies et toutes les autres dévotions au genre est lié à une simplification dangereuse de la pensée postmoderniste. Celle-ci serait anti-essentialiste. On ne sait par quelle manœuvre l’essentialisme est devenu une insulte, plus qu’une pensée à combattre. Aussi, lorsque l’on parle des femmes comme catégorie politique, le féminisme radical est targué d’essentialisme. Or, en abandonnant la catégorie femme, on abandonne toute possibilité d’examiner et de lutter contre la suprématie masculine, absente de toute analyse postmoderniste, et pour cause. Le cheval de bataille du féminisme libéral, réformiste et queer étant l’identité, le sempiternel débat nature/culture, tout le système de domination masculine est occulté. Voilà ce qui explique ce dégoût face à l’essentialisme, les deux positions ne remettant pas le moins du monde en cause l’ordre phallocrate.[1] Face au déterminisme naturel, nous observons alors un déterminisme social émergé de la pensée Queers.

Les féministes radicales aux Etats-Unis distinguent ainsi l’essentialisme biologique «  biology essentialism » du « gender essentialism » prôné par les libéraux. En fait, les Queers considérant qu’il n’existe aucune alternative politique hors des rapports de pouvoirs constituant une société, nous pouvons seulement envisager de recycler les déchets phallocrates. Les rapports de pouvoir sont dès lors acceptés comme faisant partie de notre identité : les dominées embrassent leur propre domination et valoriser la domination, revient à accorder de la dignité aux dominées. Ceci est la rhétorique des groupes « pro-sex ». Ce n’est évidemment que pure idéalisme, dans le sens où cette rhétorique est complice de la  suprématie masculine. Si les dominées veulent ou désirent être dominées (cette phrase est féministement bizarre, phallocratement correcte) il n’y a bien entendu aucun système contre lequel lutter. Cette opération est dans l’intérêt des hommes bien évidemment, elle est pure individualisme ce qui ne permet pas d’entrevoir les mécanismes de la domination. Comme l’explique Denise Thompson : « L’idéologie du désire, est aussi une idéologie individualiste. Si  l’on doit faire passer les intérêts de la classe dominante comme étant dans l’intérêt de toutes, leur fonction systémique de domination doit être déguisée »[2] .

L’invention du genre est souvent cataloguée comme la trouvaille du siècle, une arme théorique de destruction massive contre les antiféministes et conservateurs. Or plus qu’autre chose, le genre maintien le statu quo et masque la domination masculine, l’oppression phallocrate : pour les violences patriarcales, les féminicides on parlera de « violence de genre », de « rapports de genre ». Les seuls qui sortent indemnes de tout ceci sont les hommes, demi-dieux, et ceci au risque de faire passer les femmes pour des victimes (selon les gender-dévôts et les bien-pensant-e-s, allergiques au féminisme « victimaire » que serait le féminisme radical). Et au passage, quelle naïveté de croire que l’antiféminisme est réservé à la droite ! Si les courants de pensée phallocrates, c’est-à-dire tous, étaient féministes, par définition, cela se saurait.

En conséquence, pour démontrer dans cet article que le genre est proprement inutile à la pensée féministe, et plus encore conduit à sa destruction, on précisera l’aspect apolitique du genre, un aspect apolitique qui n’est pourtant pas dénué d’idéologie phallocrate et enfin l’arnaque que celui-ci représente puisque loin d’être une théorie de la liberté (au sens où elle théoriserait l’émergence du sujet responsable et autonome), le genre aboutit à la légitimation du droit du plus fort, considéré comme intrinsèque à l’individu et donc inévitable.

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La nature étant souvent un prétexte pour justifier la subordination des femmes, le genre quant à lui « déconstruirait » ce mythe, et désignerait alors le « sexe social ». «  Le genre précède le sexe » nous dit-on. Mais le féminisme étant déjà une analyse de la domination masculine, autrement dit, il situe le problème dans le politique et le social, à quoi sert le genre ? Car il faut faire preuve de logique : si le genre est social, le sexe reste biologique comme il l’a toujours été !

Or on voit bien ce qui se dessine ici : les sexes sont tous deux constitués par le genre, par conséquent on ne peut parler de suprématie masculine. Les rapports de pouvoir sont masqués. En effet, le féminisme radical parle de « fonction sexuée », ce qui indique qu’il existe un système de domination en place, dont les intérêts d’un sexe- les hommes- sont assurés par la subordination d’un autre : les femmes. C’est le « sexe » qui est une construction sociale et politique : « Utiliser un terme différent, ‘le genre’, pour indiquer la construction sociale, implique que le sexe est quelque chose d’autre qu’une construction sociale » (Denise Thompson)[3].

Le problème ici est que l’on ne fait que corroborer les partisans du naturalisme phallocrate : on situe la différence politique entre les femmes et les hommes dans la biologie. La distinction sexe/genre ne remet en aucun cas en cause la dichotomie nature/culture, elle revient au même et plus encore, elle la renforce. La biologie n’est pas à l’origine de la subordination des femmes, ce qui reviendrait à dire que le problème vient d’elles : si elles sont opprimées, c’est parce qu’elles n’ont pas de pénis. Confirmant ainsi le système phallocrate : seuls les détenteurs du phallus peuvent avoir le statut d’être humain. Prenons l’exemple de la maternité : «  Si la maternité est une condition nécessaire pour le maintien de la suprématie masculine, ce n’est pas parce qu’elle est la cause de ces relations sociales, mais parce que la maternité est ce qui est exigée si les hommes veulent continuer à astreindre de manière légitime, les femmes à une dévotion éperdue aux intérêts des hommes, leurs besoins, leurs projets et leurs désirs, et si les femmes sont supposées répondre à ces exigences » (Denise Thompson)[4].

En utilisant le concept de genre, on déculpabilise une fois de plus la classe des hommes. Ceci est une pure dépolitisation de la question des femmes. La biologie n’est pas le sujet du féminisme, si ce n’est l’organisation politique à l’origine de la subordination des femmes : le système phallocrate. Je le rappelle, la différence n’est qu’une stratégie pour subordonner les femmes, ce n’est pas la cause. Omettre cela, c’est ignorer la suprématie masculine : on ne sait pas qui fait quoi dans l’intérêt de quel groupe. Les seuls qui sortent indemnes de tout ceci, ce sont les hommes.

Il semble difficile d’envisager des actions politiques lorsque l’on se trouve dans un brouillard conceptuel comme celui-là.

Que veut dire le genre donc ? Si, comme le suggère Denise Thompson, «  le ‘genre’ minimise le cercle vicieux sans pitié et sans compromis de la ‘domination masculine’ [et] donne l’impression d’avoir un sujet d’étude lorsqu’il permet en même temps aux vrais problèmes d’être éludés » ? Précisément à rien pour la pensée féministe, mais il est le pivot de l’antiféminisme et devient l’avatar de l’idéologie phallocrate.

 La conséquence immédiate du genre est l’abandon de la catégorie femme, et pas tellement de la catégorie homme puisque leurs intérêts sont préservés.

En effet, dire qu’il y a un antagonisme de classe entre les femmes et les hommes reviendrait à naturaliser ces rapports. « Femme » et « Homme » sont deux catégories trop traditionnelles, proches des normes initiées par la suprématie masculine, alors on les abandonne. Pourtant, les abandonner ne suffit pas pour mettre fin au système phallocrate.

Ceci est aussi lié à une incompréhension du féminisme. Le sujet du féminisme n’est pas les femmes, mais la suprématie masculine. Les phallocrates parlent tout le temps des femmes, ils ne sont pas pour autant féministes ! En gardant  à l’esprit le démantèlement de la domination masculine, nous pouvons observer, critiquer, analyser ses effets sur les femmes.

Dans le cas contraire, comment voulez-vous détruire le système si vous ne considérez pas ses effets sur ses premières victimes : les femmes ? Examiner ce qu’une femme « est » au sein du système patriarcal permet d’analyser le processus de la domination masculine, pour mieux l’évincer.

Ce type d’ incompréhension conduit à cette critique, émise par Judith Butler en l’occurrence : « The identity of the feminist subject ought not to be the foundation of feminist politics, if the formation of the subject takes place within a field of power regularly buried through the assertion of that foundation ». On peut émettre plusieurs remarques à cette citation.

La première, Butler pose d’emblée le féminisme en termes d’identité, et non en termes politiques. Puis,  notez le déterminisme social : les femmes ne peuvent se reconnaître dans le féminisme sous prétexte qu’il refuse les relations de pouvoir, or les femmes sont déjà constituées au sein de ces rapports de pouvoir.

Il est alors impossible de résister et de refuser la déshumanisation des femmes qu’implique le système phallocrate, sous prétexte qu’une telle tentative serait d’une part essentialisante, et que de toute façon, c’est impossible puisque nous sommes des êtres sociaux. La construction sociale des individu-e-s devient ontologique. On passe du déterminisme naturel, à un déterminisme social.

Voilà une différence majeure avec le féminisme radical : il existe une détermination sociale, qui en aucun cas n’implique le déterminisme. Mais reconnaître cette détermination, c’est se donner les moyens de lutter. Notez que les théories Queers balancent  à tout va le concept de liberté, mais la seule qu’elles accordent, est celle d’accepter la subordination, sous prétexte qu’elle fasse partie intégrante de notre construction sociale. Pas étonnant que les études du genre aient un tel succès en France et ailleurs : le statu quo est bien chouchouté.

Mais  ceci n’est pas lié au hasard. L’objectif n’est précisément pas politique.

Les théories Queers veulent créer un espace théorique à partir de certaines théories féministes pour les « mal-genrés » selon les normes patriarcales. Les formes que peut prendre le genre, voilà pourquoi les catégories politiques femme et homme sont rejetés. Voici ce que dis Denise Thompson en s’appuyant également sur les traveaux de Judith Butler[5] : «  Garder le mot ‘sexe’ et rejeter le ‘genre’ ne conviendrait pas à son objectif consistant à ouvrir un espace théorique au sein de ce qu’elle considère être le féminisme, pour ces personnes genrées de manière ‘incohérente’, ‘discontinue’ ».[6] Savoir comment le « sexe » est politiquement construit est le cadet des soucis de Butler et de toutes les théories Queers.

Et je rappelle, comme les relations de pouvoirs sont inévitables, la seule solution politique  proposée est «  les possibilités de faire le ‘genre’ [qui] répète et déplace à travers des hyperboles, des dissonances (…) les constructions qui en sont à l’origine même » (Judith Butler)[7] . En d’autres termes, la subversion, le recyclage des déchets patriarcaux est l’option proposée aux femmes.

On comprendra mieux l’attaque des activistes transexuel-l-es, avec leur ‘cis woman’, des femmes nées femmes privilégiées car… femmes. En effet, puisque nous avons expliqué que la catégorie femme est laissée entre les mains des phallocrates et qu’ainsi on abandonnait tout possibilité d’analyser les mécanismes de la domination masculine, puis que la subversion est la solution aux catégories genrées traditionnelles, les femmes sont alors responsables de la perduration de la binarité des genres, et seraient privilégiées car « bien genrées ». Or, le genre féminin marque la subordination des femmes, ceci est occulté puisque l’identité prime, « faire le genre » est la priorité.

Ainsi nous pouvons affirmer avec Denise Thompson que : «  la distinction [sexe/genre] reste une solution idéaliste, c’est-à-dire qu’elle est une distinction intellectuelle, sans impact sur les relations sociales, réelles de la suprématie masculine. ».

Les relations de domination sont occultées pour éviter de dépeindre les femmes comme des victimes, mais ça ne les rendra pas moins victimes ! Nommer, analyser, attaquer ce qui nous opprime nous donne toutes les chances pour changer les choses. Ignorer la suprématie masculine ne rendra pas les femmes libres, au contraire.

Le genre requiert de fait, individualisme pour aller au bout de sa logique.

La domination masculine étant ignorée, et la subversion recommandée, chaque individu recycle à sa guise les normes phallocrates. Mais ceci a un aspect non évident et souvent occulté.

Résignation oblige, parler d’éradiquer la suprématie masculine dans toutes ses formes est perçue comme impossible, puisqu’incarnée par les individu-e-s, cela reviendrait à les exterminer.

 D’une part, les Queers affirment que les individus ne sont pas socialement construits dès lors qu’ils sont rejetés par la société : les pédophiles, violeurs, … ne peuvent pas être le fruit de la suprématie masculine. Une fois qu’ils sont reconnus par celle-ci, «  ils doivent pouvoir exercer leur droits individuels et leur liberté en paix et en privé » (Gayle Rubin). On place donc des caractères phallocrates et meurtriers comme intrinsèques à l’individu, le droit du plus fort est justifié sous couvert de liberté, de désir, d’hétéronomie inévitable finalement.  D’ailleurs, Gayle Rubin parle de « fétichistes », de « pédophiles », et non pas de « fétichisme », de « pédophilie », pour éviter de prendre ces individus comme s’inscrivant dans un processus social: « Above all, the ideology of individualism must disguise the actual relations of ruling, and it does that by locating all agency within the domain of an atomized individual radically independant of others, and existing prior to any form of social interaction » (Denise Thompson).  

De la même manière, les Queers ne parleront jamais de violences phallocrates, d’harcèlement sexuel : c’est normal !  Un « choix », de qui et par qui reste un mystère, mais enfin, pas de quoi s’alarmer.

S’il existe un paradoxe flagrant : nous sommes des êtres soumis à un déterminisme social, mais on ne peut l’être si la société ne nous reconnaît pas , notre essence n’est pas social mais naturel , propre à chacun-e ; toujours est-il que les relations de pouvoir sont admises et acceptées : «  …because a certain narcissism takes hold of any term that confers existence, I am held to embrace the terms that injure me because they constitute me socially » ( Judith Butler), la domination constitue notre être, notre déshumanisation fait partie de nous-même. Et si une oppression est désirée, on ne peut lutter.

Comme tout est individualisé, qu’il n’existe aucun système de domination, s’en prendre à la suprématie masculine revient à s’en prendre aux personnes : « Si seuls les individus existent, la critique politique peut seulement être reçue comme une insulte personnelle ou une annihilation de la personne, et le désaccord devient une affirmation du « moi » contre un environnement menaçant et hostile »[8].

De plus, dans le but d’affirmer cette liberté dans la subordination, nous devons embrasser les valeurs phallocrates. En effet, les hommes étant symbole de la liberté, référents suprême, adopter leur code est censé être libérateur. Voilà le discours des « pro sex » : la sexualité féminine a été réprimée, elles doivent s’affirmer grâce à la sexualité phallique (les groupes pro-culs ne l’expriment pas comme ceci bien sûr) , c’est leur « choix », ce sont des individu-e-s, et elles sont opprimées, uniquement si elles se sentent opprimées : « Là où le féminisme critique les façons dont les femmes ont été socialement déterminées dans le but de changer cette détermination, le libéralisme est volontariste, c’est-à-dire qu’il agit comme si nous avions le choix, ce que nous n’avons pas » (Catharine Mackinnon, in Liberalism and the death of feminism), et la domination est réduit à un point de vue, c’est dans la tête.

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J’ai exposé et synthétisé dans cet article tout ce qu’implique le genre. Des conséquences qui sont trop peu examinées et exposées. Le genre est définit tantôt comme quelque chose d’inoffensif : « sexe social »,  tantôt comme quelque chose justifiant les pires positions antiféministes. Les deux sont en fait liés, et le premier cas révèle une aberration totale, il est inutile.

Je le dis clairement, il est plus qu’important d’abandonner ce concept. Il est dangereux car il s’inscrit dans une idéologie libérale phallocrate qui fait passer l’oppression des femmes par les hommes comme normal, ou inexistante. Les théories Queers, postmodernes n’ont rien de révolutionnaires, et j’ajouterai, sont à peine subversives ! Ces théories sont clairement antiféministes : quelle sorte de théorie féministe nous dirait de nous soumettre pour affirmer notre liberté !

Et c’est bien le problème, les théories Queer ne sont que des théories : «  Sans théorie, l’expérience est au mieux une tentative de s’en sortir avec les moyens du bord, au pire, un renforcement et une complicité au système dominant, mais sans l’expérience, la théorie devient un mystère ésotérique, un jeu pour des universitaires troglodytes » (Denise Thompson).[9]

Le féminisme est vital, une question de vie ou de mort pour les femmes. Réfléchissons, agissons contre la suprématie masculine, le légitimer en l’ignorant ne nous conduira à rien.

Les Queers étant fort bien lotis dans leur statut social, changer les choses leur importe peu, leur relativisme sert à maintenir leurs intérêts et celui des dominants, en faisant passer ces intérêts dans l’intérêt de toutes. Ils ne sont pas les alliés des femmes.

Le genre est simplement le tombeau des femmes : inexistantes, écrasées, dominées, il légitime la domination masculine en la passant sous silence.

© Women’s liberation without borders 2012


[1] Cf « Nancy Huston ou l’art et la manière de corroborer les gender-dévôts »  

http://wp.me/p2zupy-3E

[2]« An ideology of desire is also an ideology of individualism. If the interests of the ruling class are to be presented as the interests of all, their systemic nature as domination must be disguised », In Radical Feminism Today, p 43.

[3]«  Using a different word, ‘gender’, for the social construct, implies that sex is something other than social construct », In Radical Feminism Today, p 76

[4] «  While mothering by women is a necessary prerequisite for the maintenance of the social relationships of male supremacy, that is not because it causes those social relationships, but because mothering by women is what is required if men are to continue to feel justified in demanding of women selfless devotion to male interests, needs, projects and desires, and if women are to continue to acquiesce in those requirements », Idem, p 85

[5] J’ai volontairement utilisé ses ouvrages pour illustrer mes propos, au vue de son statut de révolutionnaire ‘genriste’ qu’elle peut avoir en France notamment, lorsqu’aucune alternative n’est envisagée.

[6] “ Retaining ‘sex’ and rejecting ‘gender ‘ would not fit in her purpose, which is to open up a theorical space within what she sees as féminism, for those ‘incoherent’ or ‘ discontinuous’ gendered beings (…)” In Radical Feminism Today, p76

[7] « … possibilities of doing gender [which] repeats and displaces through hyperbole, dissonance, (…) the very constructs by which they are mobilized » , in Gender Trouble.

[8]« If only individuals exist, political critique can only be seen as personal insult or annihilation of the self, and disagreement becomes assertion of the self against threatening and hostile others », in Radical feminism today, p44

[9]« Without theory, experience is at best a blind groping in the dark, at worst a reinforcement of and collusion with the status quo ; but without experience, theory becomes an esoteric mystery, a game for academic troglodytes », Idem, p49.

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  1. Le code civil et les femmes
    • Un chômeur fait partie de la population active inoccupée.
    • Une femme au foyer fait partie de la population inactive occupée.
    Comment peut s’expliquer ce paradoxe qui frise l’absurdité ? Comment cette contradiction a-t-elle trouvé une place « discrète », dans la loi ? Pourquoi les chiffres du chômage féminin de 2011 sont supérieurs par rapport aux chiffres du chômage masculin ? L’explication, se trouve-t-elle en dehors du domaine familial ou existe-t-il un rapport entre le marché du travail et la vie privée ? Est-ce sa force physique supérieure de l’homme qui permet à la loi de lui attribuer une supériorité plus forte que la femme sur le plan juridique? Les mentalités veulent bien évoluer vus l’égalité des sexes, même celle des hommes, mais les lois n’ont pas suivi cette évolution, refusent de prendre en compte ce progrès. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la loi est fixée et elle ne suit pas. Les nouveaux textes de loi du code civil revendiqué par les féministes n’ont pas supprimé l’injustice subie par la population féminine. Comme si la subordination de la femme était dans l’ordre naturel. Le texte que j’écris, le message que je veux transmettre, montrent que les féministes, malgré leur engagement sincère ont été trompés par le législateur (malveillant). Je veux montrer avec ce récit que la subordination de la femme n’est pas de l’ordre naturel. La subordination de la femme fait tellement partie de notre législation que n’importe quelle femme en subit les conséquences, de façon directe ou indirecte. Mon texte développe aussi des conseils et des instructions pour sortir de cette impasse. Les femmes appartiennent à toute classe sociale. C’est la raison pour laquelle cette histoire dépasse les différences politiques entre la droite et la gauche.
    La publication des chiffres du chômage est régulièrement commentée dans les médias. Le taux de chômage féminin reste plus élevé que celui des hommes. Dans toute l’Europe, les femmes sont les premières concernées par l’insécurité et la précarité croissantes de l’emploi et par les bas salaires comme l’ont analysé plusieurs rapports internationaux. En outre les femmes sont moins couvertes par les systèmes de protection sociale. Les femmes sont en moyenne plus diplômées que les hommes et moins souvent employées.
    Les mesures juridiques prises par le gouvernement pour renforcer la position de la femme, n’ont pas eu l’effet visé. Il est grand temps de chercher la cause ailleurs, là où les lois contre la discrimination envers la femme ne comptent pas : dans la soi-disant vie privée où les différences juridiques entre les deux partenaires du couple sont imposées par le législateur. Les directives européennes sont uniquement applicables pour la discrimination en dehors du couple, donc dans la vie professionnelle et publique. Toutes les structures légales du domaine du couple sont placées consciencieusement en dehors de l’influence des sanctions européennes. L’interdiction de discrimination ne compte donc pas pour les différences juridiques des deux membres à la plus petite entité qui est le couple, avec ou sans enfants. Ni la droite, ni la gauche, ni d’ailleurs les acteurs syndicaux ne mettent à l’ordre du jour le problème de l’existence de deux interprétations du travail à l’ordre du jour : l’activité versus l’inactivité. Les deux petites lettres de différence renferment des grandes conséquences pour les femmes. Les mesures juridiques pour renforcer la situation de la femme sur le marché du travail sont vouées à l’échec. Et si le cœur du problème de la femme sous-payée et surchargée ne se trouvait pas sur le marché du travail, mais en revanche au sein du couple, réglé par le droit matrimonial ? Les piliers de notre société sont constitués par la plus petite unité : le couple avec ou sans enfants. Les lois qui entourent le couple sont décisives pour la situation des familles monoparentales, les veuves et les retraitées. Toutes ces variantes ont à un moment donné commencé avec la rencontre avec l’autre sexe.
    Le sujet ici n’est pas de dépeindre les femmes en victimes ni de mettre en sellette des hommes mais de déplorer que la question de la gratuité du travail au sein du couple soit ignorée, occultée, absente de la scène politique. En langage juridique, il s’agît des servitudes personnelles, formellement interdites dans divers traités et conventions internationales signés et ratifiés par la France.

    Exclus de tout droit
    Comment se fait-il que le travail fait par la femme ne soit pas reconnu comme du travail ? Son travail est dénommé inactif pour l’opposer au travail actif. Ce n’est pas du volontariat, parce qu’il fait partie des obligations familiales et parentales. La notion d’inactivité (6) ne tombe pas du ciel. Où trouve-t-elle ses justifications ? Comment le législateur a pu redéfinir afin d’exclure le travail de la femme de tout autre travail traditionnellement fait par les hommes ? Le travail inactif est bel et bien subordonné au travail actif. Le travail actif est tributaire du travail inactif. L’un n’existe pas sans l’autre. C’est le yin et le yang, mais comment le + ou le – est-il manipulé par les juristes en service d’un gouvernement patriarcal : le + est pour l’homme et le – pour la femme ? Il y a une cohérence et une complémentarité entre le travail inactif et le travail actif.
    Notre recherche pour trouver la source codifiée de notre insubordination mène toute de suite vers le droit du mariage. C’est là ou les deux sexes se rencontrent juridiquement. Le droit du mariage est une coopération entre deux adultes qui forment un couple. Cette loi ne parle pas du travail à exécuter. Pourquoi l’administration commence toujours son questionnaire en demandant si vous êtes homme ou femme, si vous êtes marié, si vous êtes veuf/veuve, si vous êtes divorcé, etc. ? Quelles conséquences juridiques procurent-elles? Le droit matrimonial évoque quand même la présence des enfants sans faire la moindre référence à un travail. La jurisprudence montre que ce travail est considéré comme une obligation familiale, une responsabilité parentale. « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance. Ces articles du code civil ne sont pas garantes pour un partage des ressources. Le fait que les deux partenaires d’un couple n’ont pas la même retraite à la fin de leur vie, montre que les salaires ne sont pas mis-en-communs. Une mis-en-commun légale des revenues, d’une telle façon que les retraites s’égalisent, n’est pas à l’ordre du jour. En effet, elle est tout simplement interdite.
    Partenariat vassalique
    Apparemment le législateur veut éviter toute égalité monétaire entre les deux partenaires. La femme dépend entièrement des faveurs de son partenaire. Les termes du code civil : respect, fidélité, secours et assistance couvrent donc un partenariat vassalique, basé sur des faveurs de l’un vers l’autre. Le partage légal des revenues n’est pas permit. Il est rendu impossible par la loi. En fait ces articles énoncés le jour du mariage, recouvrent des notions précises empruntées à la vassalité et ils font référence à un climat d’affection et de l’amour, qui n’est pas toujours au rendez-vous. C’est une base juridique qui met les deux partenaires sur un pied inégalitaire. Une inégalité légiférée.
    Les législations vivantes, ne peuvent être bien comprises et appréciées qu’à l’aide de l’histoire, la jurisprudence et de la législation comparée. Galbert de Bruges(11) décrit dans son récit du meurtre du comte de Flandre Charles le Bon une cérémonie au cours de laquelle un seigneur reçoit « l’hommage de ses vassaux : Le seigneur demande au futur vassal s’il veut devenir son homme sans réserve, et celui-ci répond : « Je le veux ». Ils s’allient par un baiser et par un échange des bagues. » . C’est Charlemagne qui exige en 802 un serment public de fidélité personnelle. Apparemment le mariage et la vassalité ont plusieurs points en communs. Le droit matrimonial crée deux types de citoyens au sein de notre législation elle-même, pas par les mots explicites dans les articles, mais en se servant d’une série des ruses pour cacher une vérité embarrassante. Les futurs époux eux aussi font le serment du respect, secours et assistance devant un officier de l’état civil. Il y a une hiérarchie entre l’un (l’homme) et l’autre (la femme). Ainsi est crée une hiérarchie « d’égaux. ». Il existe un réseau croisé de droits et de devoirs entre homme et femme Les droits sont attribués à l’homme et les devoirs sont pour la femme. Le mariage, le PACS et le concubinage sont les engagements les plus fréquentés de notre société. C’est étonnant que l’ignorance de la population sur cette législation soit quasiment totale. L’homme et la femme ont deux statuts complètement différents. L’homme est comparable au niveau juridique avec le seigneur avec sa femme comme sa vassale.
    Le roi et sa reine, la reine et son prince
    Les différences juridiques entre l’homme et la femme sont du genre horizontal. Cela veut dire que chaque couche sociale connaisse les mêmes différences juridiques entre l’homme et femme Pour contourner cette évidence, certains pays, ayant une reine comme chef de l’État, n’accordent pas le titre de roi à l’époux de cette dernière puisque un roi/mari est le supérieur d’une reine/épouse par le biais de la législation matrimoniale. La reine reste l’inferieur du roi tant que le droit du mariage reste en vigueur. En revanche l’épouse d’un roi comme chef d’état peut porter le titre de reine sans que cela nuise au pouvoir du roi. À l’heure actuelle, les conjoints des reines de Danemark et du Royaume-Uni ne portent que le nom de prince. On parle alors de prince consort. Prince consort (du latin consors : « qui partage le sort ») est le nom donné dans certaines monarchies au mari de la reine régnante, le prince consort n’étant donc que l’époux du chef d’État. Le pendant féminin du titre, celui de princesse consort, n’a jamais été porté dans les monarchies occidentales.
    Lavage de cerveau
    La productivité très visible de la femme dans la vie quotidienne de tout le monde est le grand absent dans les statistiques à un tel point que la notion de travail pour le travail de la femme a complètement disparu dans l’esprit de l’humanité en général, mais également dans l’esprit des femmes. La femme elle-même s’est mise à inventer des mots pour cette semi-non-productivité: elle est à la maison, elle ne fait rien, etc. Pourtant dans le marché du travail, ce travail appartiendrait au secteur tertiaire. La distinction entre le marché du travail et « le marché du couple » a été construite à l’aide des lois, concentrées dans la loi conjugale. Les bénéficiaires de son travail domestique sont au premier abord le conjoint, suivi par l’employeur. L’un et l’autre profitent du travail inactif de la femme. Sans le travail de la femme, c’est l’homme lui-même qui doit organiser le ménage. Sans le travail de la femme à la maison, l’employeur ne pourrait pas compter sur un employé concentré au travail. Sans la femme la société serait privée de la possibilité de continuer (la reproduction des travailleurs, (remarquons le mot reproduction au lieu de production.) Le fait que la femme au sein du couple ne travaillerait pas, est un raisonnement apparemment juste, mais faux en réalité. Ce raisonnement faux se reflète évidemment dans les lois concernant le mariage, le droit de pension alimentaire, le droit fiscal, le droit social, et partout. L’absence d’un statut actif pour les femmes au sein du couple a forcement des effets sur leurs actions sur le marché du travail

    Double fardeau
    Les femmes portent un double fardeau : Le travail mal rémunéré et le travail sans statut (les tâches et les rôles), qui demandent beaucoup d’heures : ensemble, tout travail confondu, 7j/7j et ce 24 h par jour. Mêmes si elles se reposent, elles restent joignables pour résoudre tout problème concernant les enfants. La présence à elle seule d’un garde de nuit dans une maison de retraite par exemple, est payée. Il a le droit de se reposer et il devient actif en cas de problèmes. A l’instar d’un capitaine de navire, qui reste responsable et vigilant pendant qu’il dort. Il est payé pour cela. La double charge des deux activités en intérieur et à l’extérieur du couple pourrait expliquer la faible disponibilité de celle-là pour des engagements dans le domaine de la vie politique par exemple. L’employeur sait très bien, que le portable d’une mère responsable n’est pas éteint pendant les heures de son travail. Elle continue à organiser le ménage, au cas où… L’employeur sait très bien que le travail de sa salariée ne s’arrête pas à la fin de la journée. C’est le ménage qui l’attend. Chaque loi visant à imposer le même salaire pour le même boulot est vouée à l’échec. En outre il y a encore une autre raison. Rien de surprenant que les mêmes salaires homme/femme restent utopiques. Pourquoi payer une femme autant que l’homme tandis qu’elle est prête à faire la majeure partie de son travail sans aucune récompense monétaire ? C’est une raison psychologique et ce n’est pas l’une des moindre.
    Tout cela a des conséquences néfastes pour le regard de la femme sur elle-même et le regard des autres sur les valeurs féminines en général. La dévalorisation des qualités féminines a un effet sur la conscience collective. Pour valoriser les qualités il suffit d’attribuer un prix, une étiquette sur la valeur économique du travail domestique au sein du couple. Pour traduire cette valeur symbolique en valeur monétaire je pars du principe que la valeur du travail à l’intérieur du couple équivaut (au moins) à la valeur du travail à l’extérieur du couple.
    Un rencontre juridique
    Juridiquement les deux sexes se rencontrent dans la loi conjugale. C’est là, que les femmes perdent leur autonomie juridique et leur statut de citoyenne libre. Elles deviennent: femme de…, femme au foyer de… (terme ancien), vassal de… (terme juridique). L’administration commence toujours son questionnaire en demandant si vous êtes homme ou femme, si vous êtes marié, si vous êtes veuf/veuve, si vous êtes divorcé, etc., parce que cela a des conséquences juridiques. La femme perd son statut juridico-indépendant dans le mariage, PACS et concubinage et dès lors elle dépend de faveurs à l’opposé des droits indépendants de son partenaire. Elle doit demander de l’argent pour faire des courses par exemple, que son partenaire peut lui accorder ou pas. L’inégalité prescrite du couple a des incidences en dehors du couple.
    Droit fiscal
    Dans le droit fiscal de la France, la notion de foyer fiscal suppose implicitement que l’ensemble des postes de revenus et de dépenses des ménages soit mis en commun. Or, les études statistiques d’INSEE (4,5) montrent que cette pratique est plutôt une exception. Le statut de l’homme (, qui a souvent un revenu beaucoup plus élevé,) lui permet de prendre des décisions sur la hauteur de sa contribution pour les frais de ménage. Finalement c’est lui qui fixe le montant. Pour ne pas être contrainte de demander de l’argent, la femme dépense tout l’argent de son propre revenu pour les frais de ménage. Ainsi, c’est l’homme qui dispose du salaire de sa femme. Cette donnée est confirmée par deux enquêtes (4,5), deux en France et une autre aux Pays Bas (6) avec à peu près les mêmes résultats.
    La mise en commun des revenus est un geste de bienveillance de la part de l’homme. Une question de morale non légiférée. L’homme reste propriétaire de son salaire, toutefois sans titre de chef de famille (supprimé en 1970), ce qui implique qu’un appel juridique sur sa responsabilité comme chef de famille, tenant du salaire le plus élevé est rendu impossible. Des solutions partielles, (supprimer le terme chef de famille sans supprimer son pouvoir financier) conduisent souvent à des solutions erronées et elles font souvent l’inverse, de ce qui était prévu initialement.
    En gagnant plus que la femme, l’homme est le seul propriétaire des avantages fiscaux lui attribué parce qu’il a une femme. Il reste propriétaire de son salaire même si cet argent est mis à la disposition de la femme pour faire les courses, par exemple. Supposons qu’elle achète un lot gagnant avec cet argent, c’est lui, l’homme qui est l’ayant-droit, qui peut réclamer la totalité de la somme. Bien sûr, une situation pareille se joue uniquement si un divorce est en instance. Il faudra que l’homme saisisse le tribunal pour effectuer ce droit de propriété, mais il aura le prix, à coup sûr. Ceci est une histoire véridique. C’est aux Pays-Bas que la justice a tranché ainsi dans les années ’90. Dans le cas présent il ne s’agissait pas d’une somme d’argent, mais d’un piano. Le revenu de l’époux est un sou bien (droit) très personnel. L’homme peut en disposer à sa guise. Bref, cela revient à ceci: ce qui lui appartient est à lui et ce qui est à elle est mis en commun. La même chose s’applique au droit à la retraite. Celui qui cotise, est le propriétaire de la retraite. Il faut attendre la mort de l’époux avant qu’une pension de réversion ne soit accordée à la veuve/au veuf. Pourquoi l’Etat ne met-il pas en place une réversion au sein de chaque couple, dès le début de la cohabitation?
    Christiane Marty (7) a mentionné le problème lié au traitement inégalitaire des femmes et des hommes au sein des couples: « Le quotient conjugal est un dispositif injuste particulièrement envers les femmes et doit être remis en cause dans le cadre d’une réforme qui doit concerner plus largement l’ensemble de la fiscalité. »
    Les dettes en commun
    Les dispositions inégalitaires se poursuivent à tous les régimes matrimoniaux. Dans n’importe quel régime d’union adopté, les salaires sont toujours exclus. Sans signer un contrat de mariage les couples sont soumis au régime de la communauté légale : les dettes et les biens sont en commun, mais les salaires restent un droit personnel et ils ne deviennent qu’un bien commun (des fonds), une fois déposée sur un compte bancaire. Bien trop tard pour être une source de droits pour les retraites par exemple. On pourrait parler d’une communauté des biens et des dettes et d’une séparation des salaires. C’est typiquement une construction de vassalité (sociétas leonina). Le législateur a barré le chemin à toute possibilité de mettre les salaires en commun. On ne peut que conclure que l’institution du mariage est destinée (du moins pour le législateur) à différencier la position légale de la femme par rapport à l’homme, tant à l’intérieur, qu’à l’extérieur du couple.
    Les inégalités entre les femmes et les hommes ne sont pas contraintes par la politique de droite et de gauche. Il n’existe pas de parti politique qui ne veuille vraiment supprimer l’inégalité juridique femme/homme. Cela reste dans la sphère des bonnes intentions. Ce n’est plus bien vu d’être contre l’égalité de sexes, mais les paroles restent vides, sans conséquence politique.
    Les retraites inégalitaires
    Les inégalités de retraite entre les hommes et les femmes demeurent une injustice criante. (Pas un miracle compte tenu du fait que les femmes ne sont pas payées pour une bonne partie de leur travail.) Une retraitée de 80 ans a aujourd’hui une pension inférieure de près de 58 % à celle d’un homme, alors que pour une retraitée de 60 ans, cet écart est désormais de 33 %. Les politiciens sont d’accord entre eux : le fait qu’il subsiste un écart entre la retraite d’un homme et d’une femme est en soi intolérable. Toutes les solutions pour réduire les différences vont dans le sens des mesures légales réparatrices sans faire cesser la cause. Il y a une différence entre «statut de citoyenneté» et «les mesures juridiques» à prendre si un statut de citoyenneté est en manque. Les mesures légales sont prises pour contrer les effets d’une absence d’un véritable statut. Notre système de retraite comporte de nombreux dispositifs de solidarité, notamment en faveur des femmes. Il s’agit des mesures légales pour neutraliser les effets catastrophiques du statut inférieur de la femme. L’existence même de ces mesures montre la défaillance d’un système basé sur un raisonnement faux, celui de non-existence du travail au sein du couple. Si nous voulons agir sur les vraies causes des inégalités de pension, nous devons encore combattre bien d’idées reçues.

    La maternité
    La maternité est souvent perçue comme la cause de la pauvreté des femmes. C’est une erreur. En effet, la cause en est les lois discriminatoires qui sont en vigueur quand la femme se met en couple. Le travail pour accompagner la progéniture, la future population active et inactive,- les nourrir etc. demande un grand effort. Une fois adultes, les enfants feront partie de la population active et ils contribueront à leur tour aux caisses de retraite. Les retraites profiteront à tout ceux, qui ont travaillé et cotisé, à l’exception des femmes, qui ont pourtant mis au monde les contribuables. La population active en totalité profite donc du travail non-statutaire de la femme. Pour l’homme, la cohabitation apporte des avantages purement juridiques. Il obtient tout d’un coup une femme au foyer, qui amène souvent son propre argent avec son salaire d’appoint. C’est une situation embarrassante et humiliante, non seulement pour les femmes elles-mêmes, mais aussi pour les hommes qui ont un sens aigu de la Justice et qui respectent leur épouse. Pas raison de paniquer. Il faut faire face à cette situation et demander l’autonomie juridico-économique au pouvoir politique. Le Patriarcat a démontré dans le passé, qu’il est réceptif aux exigences raisonnables, pourvu que des arguments corrects soient utilisés.

    Le fait que l’infériorité soit inscrite dans les lois, révèle une situation antinaturelle, qui a besoin d’être codifiée. Une chose naturelle ne se codifie pas. Cette codification n’est pas du tout claire ni transparente, mais elle est indéniable, là, au sein de notre système judiciaire, presque invisible pour le regard critique des féministes. Notre infériorité légiférée ne se cache pas dans les articles, mais dans l’édification de nos lois. La coutume veut que les lois soient introduites par une définition. Pourtant le droit matrimonial n’a pas de définition. L’absence d’une définition marque une action consistant à taire la vérité, bref une omission.

    Les enfants des banlieues d’Athènes
    Selon un article de Courrier International de 12-01-2012 de Marilis Margomenou une tragédie se déroule aujourd’hui en Grèce dans les banlieues d’Athènes. Les centres d’accueils sont confrontés à un flux de demandes de mère isolée en détresse qui confient leurs enfants aux foyers. Ce sont souvent des mères sans entourage familial, qui n’ont ni le temps ni l’argent pour s’occuper de leurs propres enfants. Leurs horaires de travail ne correspondent pas avec le rythme scolaire de leurs enfants et leur travail ne rapporte pas assez pour trouver des solutions pour garder leur progéniture. Les cas d’abandon d’enfants, que les mères ne peuvent plus nourrir, se seraient multipliés ces derniers mois. Il y aurait des centaines de demandes auprès des centres d’accueil. La prise en charge des enfants en foyer est coûteuse. Alors les enfants coûtent dorénavant beaucoup plus cher au Trésor Public. Beaucoup plus cher que si le même travail était effectué par les parents. Pourquoi ne pas donner de l’argent à ces mères, peut-on se demander. La réponse est très simple. On veut à tout prix éviter de payer les femmes pour ce « travail ». L’Etat préfère dépenser plus d’argent pour les orphelinats, plutôt que payer ces femmes isolées afin qu’elles puissent éduquer leurs propres enfants. L’Etat évite à tout prix que les femmes reçoivent de l’argent à titre personnel. Pire encore, Il faut que les femmes rapportent des milliards à l’Etat. Les femmes sont les vaches à lait du gouvernement.
    Si le travail au sein du couple était reconnu, le même travail serait également reconnu pour les mères isolées. Après reconnaissance du travail de la femme, l’Etat n’aurait plus de base pour verser une allocation comme le RSA à une mère abandonnée, parce que le RSA est destiné à la population active, qui n’arrive pas à trouver un travail. Le gouvernement ne peut plus les traiter comme des chômeuses, donc il faut trouver une autre solution, qui va dans le sens d’un salaire digne pour le travail accompli de la femme. Si on change la base, on change aussi les données.
    Un peu d’histoire
    Cette situation de subordination de la femme existe autant que le droit matrimonial, sous quelque forme qu’il soit, civil ou religieux, peu importe, donc au moins depuis 3000 à 5000 ans. Assez longtemps pour effacer le mémoire d’un autre système, la société matriarcale, basée sur le concept de partage du pouvoir entre tous les membres. Un système tellement juste et proche de la nature, que l’écriture ne s’imposait pas. Quand quelques hommes (le fameux 1% du mouvement des Indignés ou «Occupy Wallstreet ») ont pris le pouvoir sur toutes les femmes et d’autres hommes, ils avaient impérativement besoin de l’écriture pour justifier cette déviance et cette rupture avec l’harmonie de la nature. C’était peut-être la plus grande révolution mondiale que nous ayons connue. Les effets désastreux de cette nouvelle société, basée sur la guerre, le vol et le viol, sont toujours en rigueur, plus que jamais.

    Olympe de Gouges, auteure de la Déclaration du droit de la femme et de la citoyenne en 1791 avait déjà vécu la nuit du 4 août 1789 ou la Constituante à décréter l’abolition des privilèges entre les hommes dans un mouvement d’enthousiasme. Toutefois les privilèges des maris vis-à-vis de leurs femmes n’étaient pas visés. Olympe voulait un contrat entre homme et femme basé sur le partage du pouvoir (= argent). Un contrat basé sur la coopération entre les conjoints, autrement dit un partenariat associé à parts égales, un compagnonnage entre les deux conjoints qui reconnaît la productivité de la femme, comme source de droit individualisée. Le concept initial d’égalité des sexes devant la loi, d’Olympe de Gouges, n’a pas en pu trouver de suite. Apparemment l’idée de l’égalité des sexes fut inconcevable pour les révolutionnaires. Ses idées l’amenèrent en prison et à la mort. Ses idées furent guillotinées avec elle en 1792.

    Les féministes et le droit de vote
    Dans la première moitié du XXe siècle les féministes ont obtenues une grande victoire, celle du droit de vote. Le premier pas dans la lutte pour l’émancipation consiste toujours à revendiquer le droit de vote. Hélas, à ce jour, notre droit de vote n’est pas utilisé pour supprimer notre statut de vassalité. Rétrospectivement la deuxième vague du féminisme autour des années ’70 est restée sans résultats. Les dirigeants n’ayant plus le droit de guillotiner les femmes dissidentes, recourent à l’arme des lois écrites. Ce qu’ils ont fait était génial sur le plan stratégique, mais s’avère désastreux pour les femmes. Pour que le but de la loi conjugale reste patriarcal et intact, le législateur se débarrassait de tous les signes renvoyant au sexe, sans pourtant toucher à la base de la rencontre juridique des deux sexes qui reste inégalitaire. Très vite le gouvernement a su détourner les idées des féministes. De petits changements insignifiants furent établis dans le code civil. Il s’agit surtout du camouflage et du maquillage des textes de lois frôlant à la tromperie. La loi du mariage est devenue sexuellement-neutre, ils ne parlent plus du mari et de la femme, mais des époux qui doivent (jusqu’à présent) être de sexe opposé (le mariage homosexuel n’étant pas encore légalisé en France) sans se défaire de la discrimination envers la femme. La notion de chef de famille est supprimée sans toucher à la puissance financière de l’homme. Elle n’obtient toujours pas le statut d’une personne active. Implicitement elle reste objet de droit, alors que l’homme est sujet de droit. Le gouvernement maintient la double comptabilité. Au sein du couple toutes les différences restent en vigueur. Le but des féministes de la première heure, l’instauration de nouveaux rapports entre les sexes, ne s’est pas produit. Les premières féministes ont très vite été infiltrées par des gens disposés à accepter des compromis temporaires qui ont été perpétuellement menacés par la suite.
    Dorénavant, par la sexe-neutralité des textes des lois, les hommes eux aussi peuvent tomber dans la trappe de la vassalité, quand sa femme gagne plus que lui et que les rôles juridiques s’inversent. C’est tout aussi injuste. L’homme au foyer reste pourtant une exception, souvent de courte durée. La société patriarcale est même prête à renverser cette situation qui n’est pas conforme à « l’ordre naturel » du moment que l’opportunité juridique le permet.
    L’esclavage en Amerique
    La charte des droits des Nations Unies de 1776 a servi de modèle à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Comment les Américains pouvaient-ils continuer à pratiquer l’esclavage après la promulgation de la «charte des droits» ? Réponse : Les esclaves n’étaient pas des citoyens, mais des objets soumis du droit de propriété. Or le droit de propriété était protégé dans la charte des droits. Encore une fois, on joue avec les mots. Les Américains ont employé le même acte de disparition à l’époque actuelle pour le travail de la femme. Le travail à l’intérieur du couple appartient à la vie privée de l’homme, qui est protégé entre autre par la Déclaration universelle de l’homme. Chaque pays a employé le droit matrimonial pour faire disparaître de la scène juridique le travail fait à l’intérieur du couple en faisant de la femme quelqu’un de dépendant. C’est un leurre de penser que seul l’homme nourrit et fait vivre sa famille. Il apporte (ou pas) son salaire et c’est souvent la femme qui nourrit la famille en organisant « L’intendance » ménage au bénéfice de tous les membres. Dans le droit matrimonial la femme occupe la même place d’un handicapé et un enfant, quelqu’un qui ne travaille pas. Les droits de l’homme sont désignés universel en 1948 par l’ONU dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et comporte des éléments patriarcales destinées à définir la femme comme deuxième sexe.
    La soi-disant égalité
    La soi-disant égalité des sexes dans les codes était proclamée et saluée avec joie par les féministes, après l’opération gouvernementale de « nettoyage » du code civil. Le gouvernement a su exorciser le danger et a déplacé l’attention des femmes vers une autre source d’injustice : la mentalité du peuple. Le peuple doit changer ses idées sexistes. Le gouvernement a su détourner l’attention des féministes vers la lutte pour un changement des mentalités, qui dès lors seront vues comme l’obstacle principal sur le chemin de l’égalité. Le pouvoir public a fait croire aux femmes que l’indépendance économique se trouvait sur le marché du travail. Les femmes ont anticipé sur ce concept de l’Etat en inventant la politique de la répartition du travail rémunéré et non rémunéré entre homme et femme sans mettre en question la gratuité du travail elle-même. Cette politique est restée infructueuse. C’est une analyse fausse car elle résulte de la combinaison du travail domestique et de l’activité rémunérée par une seule personne, la femme, tandis que les finances sont toujours un dé jeté par les mains de l’homme. On parle désormais de la conciliation famille-travail plus égalitaire (pour la femme).
    La femme rurale
    Le travail de la femme au sein du couple ne se limite pas uniquement au travail domestique, mais peut aussi englober une participation au travail de l’entreprise de l’homme. La fermière donne un coup de main à son mari, qui est le chef de l’entreprise agricole. Elle participe au travail de l’entreprise sans aucune récompense. Aujourd’hui l’entrepreneur peut associer sa conjointe à l’exploitation ou à la gestion de l’entreprise, s ‘il souhaite se placer sur un pied d’égalité avec sa femme. Il pourra, dans cette situation envisager la création d’une société et les deux seront ainsi « conjoints associés à 50/50″. Toutefois la femme doit prouver aux services fiscaux, qu’elle est entrepreneuse au même titre que lui. Un travail à plein temps de la femme est considéré par le fisc comme incompatible avec une société à 50/50%. La même restriction ne concerne cependant pas l’homme. Le service fiscal n’accepte pas le travail domestique comme un travail. Les heures dépensées à la gestion du ménage sont considérées comme accessoire et subordonnées à la gestion agricole. Nourrir le bétail fait sous le drapeau du Droit des Sociétés est un travail reconnu. Nourrir les mêmes bêtes comme femme d’agriculteur sous le drapeau du droit matrimonial n’est pas considéré comme un travail. Elle doit faire ce travail comme vassale, sans droit ni titre. C’est pareil pour le travail concernant les futurs héritiers de l’entreprise, les éduquer et les nourrir n’est pas reconnu comme un travail, ni par le droit conjugal et par conséquence ni par le Droit des sociétés. Remarquons que le travail illégal en droit est sévèrement réprimé, tant pour l’employeur, que pour l’employé, tandis que l’époux/entrepreneur peut choisir s’il admet sa femme comme coopératrice rémunérée ou non !
    La différence entre autonomie et autonomisation
    L’ONU veut organiser une Conférence globale sur les femmes en 2015, vingt ans après le Sommet de Beijing sur l’autonomisation des femmes rurales. Pourquoi ne parle-t-on pas de l’autonomisation des hommes ruraux ? Réponse : les hommes ruraux sont autonomes comme tout homme. Le statut d’autonomie lui est automatiquement attribué par le système de notre législation. Il ne risque pas de perdre cette autonomie. En revanche la femme qui se met en couple avec un homme/agriculteur perd automatiquement le statut d’autonomie. Elle est légalement exploitée par son conjoint. Faire des reproches à l’homme en question n’a aucun sens. C’est le législateur qui est responsable pour cette situation. On admet avec le mot autonomisation, que l’autonomie de la femme n’est pas le but visé. L’autonomisation veut dire un processus vers plus d’autonomie tout en restant non-autonome. Une autre conférence globale sur les femmes en 2015 proposée par l’ONU, ce sera comme la Journée des droits de la Femme. Sans cesse on répète les injustices sans pourtant contribuer avec la bonne diagnose de la maladie. Un traitement commence toujours avec le bon diagnostic. Autrement dit le mouvement féministe manque une analyse à point. Certes les mesures prises par le gouvernement atténuent les symptômes, mais elles laissent les causes intactes. Il est très dangereux de revendiquer davantage de lois et de mesures. Cela peut adoucir les effets à court terme, mais ne change rien à l’absence de statut de citoyenne. Le « non-statut » empêche un destin commun entre les hommes et les femmes. La crise de dette sera surtout peser sur les épaules des femmes (et de leurs enfants). C’est là le prix à payer pour une analyse incomplète de la condition de la femme.
    Société entre deux partenaires
    Pourtant une solution juridique se dessine à l’horizon, si l’Etat nous ouvrirait le chemin juridique. Notre système judiciaire est justement construit sur le « non-statut » de la femme, concentré dans la loi conjugale. La loi du mariage forme les fondations de notre système judiciaire. D’autres fondations sont possibles et l’une d’elle serait tout à fait adoptée, celle sur le droit des sociétés. . Et l’une d’elle serait tout à fait adoptée, celle sur le droit des sociétés avec ses lois d’imposition. Selon l’article 1832 du code civil français, « la société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter. » L’homme et la femme deviennent alors associés. N’est-ce pas beau comme formule d’une collaboration entre homme et femme ? Pour que cette porte s’ouvre pour les couples, il faut en fermer une autre : celle du mariage etc. L’existence même de la loi conjugale bloque l’accès vers les lois sur les sociétés, donc sur l’égalité des sexes.
    Cette idée de s’associer dans une même société mène uniquement à l’égalité si le travail familial entre dans les colonnes statistiques du travail actif. Et pour cela, il faut supprimer la loi matrimoniale avec toutes ses lois dérivées pour que la société à parts égales avec ses statuts puisse prendre sa place centrale au sein de la société en général. Nous, les femmes et les hommes, serons ainsi « dans le même navire », pour le pire et le meilleur. La France pourra désormais hors de son pays être un modèle qui reconnaît les droits « d’homme »incluant les femmes et les enfants.
    La binarité de la société
    Pourquoi maintenir un système injuste ! L’institut de mariage est le berceau de la binarité de la société. Le cœur de notre existence même s’est déplacé de la famille vers le marché du travail à l’aide des lois. C’est la conséquence logique de notre droit matrimonial. N’appartient-il-pas à la vie privée de chacun d’organiser le travail à sa guise sans être contrarié par une législation qui prive la femme de son indépendance juridique ? Le mariage conçu avec deux statuts différents fait atteinte à la vie privée. Un libre choix n’est pas possible, car la différence entre les deux revenus des deux époux est contraignante par le biais du droit fiscal. Si les deux revenus sont exactement pareils, c’est celui qui est le plus âgé ( !) qui est le bénéficier des avantages financiers fiscaux.
    Souvent les gens tiennent à une institution pour des raisons sentimentales. Ils ont l’impression que le mariage a toujours existé, que c’est une chose naturelle. Curieusement, cet engagement est souvent accompagné avec des termes d’amour et d’affection. Ce sont des concepts qui évidemment n’ont pas leur place dans la discipline juridique.
    C’est vrai que l’institution de mariage est beaucoup plus vieille que les religions monothéistes : le christianisme et l’islam, mais pas tant que cela. Les religions se sont approprié l’institution du mariage pour maintenir leur emprise sur les femmes et les enfants. Ce qui a toujours existé ce sont les rapports sexuels entre homme et femme. La paternité tant désiré par beaucoup d’hommes nécessite un cadre juridique. N’est-il pas temps que ce cadre juridique soit fondé sur la coopération entre deux individus égaux en droit. N’est-il pas temps que l’accent maintenant placé sur le marché du travail revienne à sa base, qui est le ménage ?
    Il ya de plus en plus de gens qui essaient d’échapper aux conséquences du mariage. C’est un choix souvent intuitif qui sort de leurs tripes. Ils font le choix du PACS ou le concubinage. Hélas, le législateur a fait en sorte qu’échapper n’est pas possible. Le droit fiscal et social reste en vigueur, comme s’ils étaient mariés. La seule échappatoire pour la femme est le célibat en restant sans enfants. Et même en acceptant ce mode vie, elle n’échappera pas aux effets secondaires qui reviennent comme un boomerang.
    Le mariage homosexuel
    Ce qui n’est pas désirables pour les hétérosexuels, n’est pas bon pour les homosexuels. Aussi les homosexuel/les ont intérêt à organiser leur cohabitation comme des associés avec des revenues appartenant à part égales à chacun, à titre individuel. Cela entraînera une imposition individuelle pour le même montant et conduira plus tard à une retraite égale pour les deux. Avec des statuts, d’autres accords seront possibles, excepté la condition du travail non-rémunéré. La société est le prototype, la forme primitive de chaque collaboration, utilisée avant la lettre (la loi) pour chaque coexistence, initialement organisée autour des mères et les enfants (matriarcat). Ce n’est pas une coïncidence si le terme société comme base de coopération est le même que pour la société englobant toute une nation.
    Il y a à environ 25 ans, un couple de Hollandais résidant aux Pays Bas, avait trouvé une notaire qui avait dressé un contrat de société pour leurs activités mutuelles à l’intérieur et à l’extérieur du couple. La Cour Suprême a annulé cette coopération avec le raisonnement, qu’il existait une autre loi pour régler les vies du couple : le droit matrimonial, qui s’opposait au droit des sociétés. En France les homosexuelles n’ont pas accès au mariage. Donc la Cour Suprême ici en France ne pourra pas se servir de la même logique. Ne serait-ce pas une bonne idée de trouver un couple homosexuel et un notaire qui veuillent jouer le jeu ? Un couple homosexuel prêt à se mettre en société ? Ils pourraient mettre en place des statuts pour personnaliser leur contrat. Il y a une forte chance que le gouvernement se précipitera pour ouvrir le droit au mariage pour les homosexuel/les pour éviter que les femmes découvrent que leur statut inférieur est une partie constituante du code civil.
    Enrichissement sans cause
    Dans un article publié en 2003, Florence Weber (9) développait un exemple révélateur. Lors du règlement d’une succession en milieu rural, au XXe siècle, un fils tente de faire valoir des droits supplémentaires sur l’héritage au motif qu’il s’est longuement occupé de ses parents invalides, qui par ailleurs ne manquaient pas de ressources financières. Il argue du fait que ses parents ont ainsi réalisé des économies de services payants, tandis que lui-même se sacrifiait, notamment sur le plan professionnel. Il entend donc toucher le montant des soins qu’il a dispensés à ses parents. Que répondent les tribunaux ? Un premier (la cour d’appel) le déboute, considérant que l’homme n’a fait qu’accomplir un « devoir moral personnel » : l’enrichissement reconnu des parents n’est que la conséquence d’une observance scrupuleuse des obligations de solidarité existant dans la famille, en particulier entre parents et enfants, mais aussi au-delà.
    La Cour de cassation, elle, lui donne raison : le fils sera indemnisé car, même s’il n’a fait que son devoir, son action a amené un « enrichissement sans cause » des parents et un appauvrissement personnel du requérant. Cette décision finale, précise l’auteur, « ouvre une brèche dans la distinction entre le domaine des relations familiales pensées par le droit comme “dévouement, devoir moral, désintéressement et sentiment”, et le domaine des relations contractuelles, dans lesquelles toute peine mérite salaire ». Elle fera donc jurisprudence, mais elle fut précédée de peu par un jugement qui s’inspirait d’une maxime contraire : à savoir, que la solidarité familiale ne se rémunère pas, ni ne s’indemnise. (10)
    Le conte de fées des couples
    Souvent les études et les statistiques sont basées sur l’évidence que les deux membres d’un couple sont une unité juridique. Cela peut être vrai sur le plan affectueux, mais c’est mensongère sur le plan juridique C’est une donnée faussée. Les résultats de ces recherches se focalisent sur les effets sans prendre en compte des deux statuts différents. Les scientifiques préfèrent la comparaison d’un variant d’un couple avec un autre variant et ils contribuent ainsi par omission au conte de fées des couples : « Et ils vécurent heureux pour toujours ». La loi a attribué à l’homme presque un rôle de père Noël au lieu de mettre en place une vraie copropriété des revenus (individualisés). Les différences qui existent entre les deux membres d’un couple lui-même sont effacées pour la tribune publique et politique.
    Les différences juridiques entre homme et femme sont synchrones avec les différences sexuelles. L’erreur faite par le public est évidente ! Le public voit uniquement les différences sexuelles et pense en conséquence que la dépendance financière de la femme est naturelle, due à des raisons biologiques, à la maternité par exemple. Mais les deux statuts distincts de l’homme et la femme débutent bel et bien avec le premier jour de la cohabitation. La maternité ne fait que renforcer la visibilité des deux statuts différents. Le travail non-reconnu fait par la femme fait partie des obligations sociales et n’est pas source de droit indépendant « La solidarité familiale » ne se rémunère pas, ni ne s’indemnise. Les solutions cherchées par les femmes sont : chercher un travail professionnel. Autrement dit la solution est cherchée sur le marché du travail. Les autres solutions ne vont pas plus loin que de demander des mesures réparatrices de la part de l’état, qui luttent contre les symptômes. Les mesures du gouvernement détournent l’attention de la véritable cause, qui se trouve dans le code civil et sa jurisprudence. Les mesures servent comme un paratonnerre et bloquent l’ouverture vers une véritable égalité juridique. En effet, les différences entre les deux sexes se creusent encore davantage.
    La crise de la dette en Europe
    La féminisation de la pauvreté est gérée par une législation patriarcale. Elle fait son chemin dans les quatre coins de la société. La dette n’est nullement neutre du point de vue du genre. Les mesures d’austérité imposées en son nom sont sexuées autant dans leurs caractéristiques que dans leurs effets. Partout, elles s’abattent sur les salarié-e-s, les retraité-e-s, les chômeurs/euses, les « sans » de tout ordre (sans logement, sans papier, sans minimum vital.) voulant leur faire payer les effets d’une crise profonde dont ils et elles ne sont en rien responsables.
    Parmi les principales mesures concoctées pour les gouvernements d’Europe, placés sous l’influence du FMI et des Institutions européennes, figurent en bonne place : une baisse généralisée des salaires et des retraites, la casse de la protection sociale, la destruction des services publics, la remise en cause du droit du travail et l’augmentation de la fiscalité sur la consommation.(12) Les femmes en Europe fragilisées par l’existence du droit matrimonial seront les premières sanctionnées par toutes ces politiques. Le contexte d’une crise de dette et une année marquée par l’affaire DSK, a engendré une nouvelle génération de féministes et avec elle la promesse d’une autre analyse plus lucide sur la condition de la femme.

    Sources :
    1. Code civil.
    2. Droit général des sociétés
    3. Annie Fouquet « L’invention de l’inactivité », Travail, genre et sociétés 1/2004 (N° 11), p. 47-62.
    4.  »L’argent du « ménage », qui paie quoi ?’], Travail, genre et sociétés n°15; Delphine Roy avril 2006 La répartition des charges et des ressources est en fait dépendante du rôle attribué à chacun dans le couple http://terrain.revues.org/document3530.html
    5.  »Tout ce qui est à moi est à toi ? »], Terrain n°15; Delphine Roy septembre 2005
    6. Enquête : » L’argent dans le couple » de NIBUD (Institut Néerlandais pour étudier et conseiller les ménages sur les budgets), publiée à 2007
    7. Auteure du : Quotient familial, un coûteux privilège pour les plus riches
    8. Annie Fouquet « L’invention de l’inactivité », Travail, genre et sociétés 1/2004 (N° 11), p. 47-62.
    9. Weber, Gojard & Gramain 2003 : 57
    10. L’argent en famille, Nicolas Journet
    11. Historiographe flamand, initiateur de la critique historique. Notaire à la cour de Flandre, il a laissé un récit du meurtre du comte Charles le Bon, comte de Flandre (De multro, traditione et occisione gloriosi karoli comitis Flandrarium) qui témoigne d’une remarquable lucidité critique fin XIe siècle – début XIIe siècle.
    12. « Les femmes sont les véritables créancières de la dette publique » Impacts des mesures d’austérité sur les femmes en Europe Christine Vanden Daelen – CADTM Novembre 2011

  2. Avec enterrement de 1ère classe (« formule 1 » hostel), le « genre » (indéfinissable) met à plat les deux sexes… Le deuxième sexe en sarcophage, tout en grandes pompes funestes à talons.

    Ainsi, en « genre » finalement violences seraient égales, du moment que sexuelles ou sexuées. Les pauvres victimes eux aussi- En quoi égales ? En rien. Que dalle. Car enfin, il y a méprise, les violences féminicides n’ont pas leur équivalent chez le premier sexe ! Vous n’avez pas compris, ils se taquinent entre eux, ils se font des niches quand ce n’est pas pénien, c’est phallique.

    Déjà dire qu’il y a deux genres, c’est tout simplement déraper dès la clef glissée dans le fourreau du contact. Et ce dérapage incontrôlé est en train de finir en queue de poisson sur la liberté fondamentale d’égalité des sexes pour les femmes.

    Et prétendre que la nature est multiple pour faire accepter le multigenre est tout aussi naturaliste qu’une autre version.

    Allez, femmes, protégez les orientations sexuelles, toutes, et les dérivés « queers » et les autres et faites donc place aux éminents « transpédégouines » (non ce n’est pas moi qui ait inventé cette appellation, c’est une autonomination. Dois-je en conclure qu’ils seraient au fond transhomolesbophobes ? J’en ai presque peur)

    Les violences communes et violences que les membres de la caste s’infligent entre eux ne sont pas des violences sexospécifiques systémiques. Et non, il n’y a pas des genres à la queue leu leu… Le genre est un, humain. Et portons les genres au caveau.

    Le travail domestique de nettoyage payé a minima, à voir le salaire horaire des femmes de ménage et domestiques. La cuisine très bien payée lorsque ce sont des chefs, etc.

  3. Pingback: La tolérance : gangrène du féminisme. « Mauvaiseherbe's Weblog

  4. Pingback: “Ne me libère pas, je m’en charge!” : Le féminisme radical ou l’émergence d’une pensée trop autonome. « Women's liberation without borders.

  5. Pingback: Femmes, luttons contre les stigmates genristes ! | Women's liberation without borders.

  6. Au fait, il y a bien de quoi se poser nombre de questions féministes… « Cette prise de position va permettre une distanciation de l’universalité considérée comme masculine, ainsi que l’étude des faits sociaux considérés comme naturels (le sexe) ou culturel (le genre). D’un point de vue stratégique9, ce concept permet de dépolitiser les recherches académiques. Par conséquent, il permet d’amoindrir le militantisme féministe et favorise l’acceptation de ces études par le monde universitaire. » http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tudes_de_genre
    Bien joué… sont pas si falots que cela !;o)

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