La toile : lieu d’une révolution féministe souterraine ? (deuxième partie)

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                     Appendre à être libre.

 

Je vous propose à présent de découvrir l’interview d’A.Ginva, auteure du blog  http://jeputrefielepatriarcat.blogspot.fr/ . Cette interview est on ne peut plus riche et détaille très bien la pensée féministe radicale. J’ai donné comme sous-titre  « Apprendre à être libre », car c’est bien de cela dont il s’agit : le patriarcat, par ses institutions, fait passer l’oppression pour naturelle, l’esprit des opprimées se trouve alors colonisé, et nous avons du mal à entrevoir une issue féministe à notre libération.

Mais comme Denise Thompson l’a dit : «  l’existence même du féminisme est la preuve que les choses peuvent changer ». Et loin d’être une simple théorie, le féminisme radical nous permet de fonder les modalités du changement , de notre libération.

Cette interview le démontre à merveille.

1) Quelle définition selon toi, du féminisme radical ?

Cette question est importante, et cela pose d’abord la question de définition. Avec le postmodernisme et le développement de la culture identitaire, il devient de plus en plus difficile de faire comprendre que le féminisme radical a une définition – même si celle-ci peut avoir des variances – qui n’est pas sujette à des quantités d’opinions personnelles. Selon cette idéologie, sous prétexte qu’une femme ou une organisation se déclare féministe, nous devrions l’accepter sans questionnement même si, mettons, elle défend la pornographie, la prostitution, le voile, ou d’autres formes d’entreprises de démolition des femmes. Or il n’appartient pas à quiconque de se dire féministe et encore moins féministe radicale. Cela implique certains positionnements politiques clairs, comme pourraient l’impliquer l’anti-fascisme, l’anti-racisme ou l’anti-capitalisme. Ceci est important car nous sommes dans un contexte où ce que nous produisons, les mots que nous utilisons sont sans cesse redéfinis par le patriarcat pour être vidés de leurs sens, pour nous dépourvoir de nos armes.

Je vais répondre assez longuement à cette question de définition car le féminisme radical incorpore de nombreux éléments.

Tout d’abord, il y a les féministes radicales, avant tout celles des années 70 ou de la « deuxième vague » qui ont produit le principal de ce qui existe aujourd’hui en terme de théorie féministe radicale. Je dois ma pensée et pratique féministe radicale principalement aux prédécesoeurs telles qu’Andrea Dworkin, Sheila Jeffreys, Mary Daly, Janice Raymond, Catharine MacKinnon, Carole Pateman (etc), et à de nombreuses autres femmes que j’ai pu lire ou rencontrer de par le monde qui ont réellement transformé ma vie et nourrissent quotidiennement mes pensées et mes actions. Je les honore toutes et les remercie profondément.

Étymologiquement, le mot radical vient de « racine ». Ainsi, le féminisme radical veut dire aller à la racine du règne des hommes sur les femmes. C’est aller plus loin que le simple constat qu’il existe des « stéréotypes » ou des « inégalités » hommes-femmes. Nous creusons à l’évidence que les hommes, partout, oppriment les femmes, et que ce sont bel et bien les hommes qui, collectivement, individuellement et sur tous les points du globe violent, torturent, massacrent, envahissent, colonisent, exploitent, causent les guerres ainsi que la destruction de la planète et l’extinction des espèces. Ce système de domination des hommes sur les femmes, nous l’appelons patriarcat. Donc c’est d’abord une analyse ou une conscience que notre monde a été construit par et pour les hommes dans le but spécifique de subordonner les femmes, que tout est connecté à travers cela. Découvrir tout cela a été un choc profond pour moi.

Je vais maintenant tenter de résumer la partie théorique, en tous cas de ce que j’en entends. Comme il est très difficile d’expliquer toute une théorie en quelques paragraphes et que ce que nous démontrons est tellement à l’opposé de ce que l’on nous enseigne, je vais faire beaucoup de raccourcis. Par exemple je ne vais pas pouvoir expliquer point par point en quoi les violences contre les femmes sont massives et sont réellement des violences, ce que beaucoup de personnes ne voient pas tellement les femmes ne font pas partie de la catégorie d’humain et que ces violences sont considérées comme « amour », « sexe », « plaisir », « séduction », « hétérosexualité ». Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre tout cela.

L’élément fondamental du féminisme radical est de voir les violences sexuelles par les hommes (que je définis comme des rapports non-désirés) et leurs conséquences reproductives sur les femmes comme étant au centre de l’organisation du patriarcat, le viol étant le moyen central par lequel les hommes oppriment les femmes. Plus précisément, nous soumettre à des viols ou coïts à répétition est le moyen par lequel les hommes peuvent s’approprier la reproduction humaine et ainsi nous imposer des grossesses et assurer le contrôle des enfants, en leurs termes. Toutes les autres violences (économiques, physiques et psychiques) auxquelles les hommes nous soumettent tant au niveau individuel que structurel découlent de cela et sont une façon de nous domestiquer afin que nous ne puissions résister à cette expropriation sexuelle et reproductive.

Le viol ou le fait qu’un homme éjacule dans le vagin d’une femme est donc ce qui constitue l’acte d’assignation à la caste de femme, ce qui veut que c’est ce par quoi les hommes nous assignent à notre statut social inférieur en tant que femme. La pénétration du pénis dans le vagin c’est aussi ce qui cimente l’identité en tant qu’homme, le statut dominant et la fraternité des hommes entre eux. Le fait qu’il faille absolument pénétrer, violer une femme pour être un homme est tellement déterminant pour leur identité et subjectivité que tout leur rapport au monde est régi par ce mode de domination du viol. C’est à dire qu’ils traitent non seulement les femmes comme quelque-chose à pénétrer, détruire, approprier, exploiter, coloniser, tuer, mais aussi tout ce qui les entoure, la terre, les êtres vivants ou les humains jugés « inférieurs ». Tout leur univers est basé sur ce rapport au monde qui découle de leur rapport destructeur aux femmes. 

Donc selon ce système de valeurs pervers, les seuls deux états d’être possibles sont la domination ou la subordination, respectivement associés à la masculinité et à la féminité, naturalisés aux hommes et aux femmes. Or ces états n’ont rien de naturels et sont obtenus uniquement par la violence. D’un côté, le masculin exprime l’exercice de la domination sexuelle des hommes sur les femmes (généralement associé à : phallus comme arme de guerre, pénétrant, sujet, dominant, actif, fort, maître, servi, propriétaire, public, culture, pur, sacré, dieu créateur et ensemanceur…).  Et de l’autre côté, le féminin, signifiant la condition de subordination sexuelle des femmes par les hommes (réceptacle creux, pénétré, objet, propriété, dominé, passif, faible, servile, esclave, nature, créature, profane, souillure…)

Le féminisme radical nomme non seulement les violences des hommes sur les femmes mais aussi leurs structures qui leur permettent de maintenir la subordination des femmes en état permanent. L’ensemble des institutions qu’ont crées les hommes (l’hétéro-obligation, le mariage, la famille, le proxénétisme, la religion, l’armée, l’état, les empires coloniaux, le capitalisme, la médecine, la science, les universités, la culture, l’art, le langage, l’agriculture, le système de classe, de racisme, etc.) forment un système global et complexe de guerre, d’atrocités et de génocide érigé par haine des femmes et contre les femmes. Les hommes ont crée ces méga structures de pouvoir en monopolisant l’usage légitime de la force, de l’économie, de la politique, du langage (etc) de sorte à se rendre collectivement inattaquables et briser toute résistance à leur système.

Le féminisme radical, ce n’est pas seulement une analyse mais aussi un mouvement politique de libération des femmes de la domination des hommes. C’est un mouvement de séparation des hommes et de leur état de siège sur nous pour créer un monde radicalement différent. Nous refusons catégoriquement leur guerre contre nous, nous disons, « plus jamais !», nous sommes déterminées à nous rendre justice, à mettre fin à leurs crimes et atrocités, à les dénoncer, nommer les coupables et à retirer leur capacité de nuire. Les violences doivent cesser, ils doivent désarmer.

Face à la haine des femmes où notre seul exil est celui de nous dissocier de nous-mêmes, nous ne pouvons qu’y opposer l’amour de soi et des autres femmes. Le féminisme radical est un élan d’affection, d’amitié et d’amour pour les femmes, de se préférer soi face à l’agresseur. D’où l’importance qu’a le lesbianisme pour le féminisme radical, une des formes à travers laquelle s’exprime l’amour pour nos semblables et le séparatisme des hommes. J’aime beaucoup le terme de Mary Daly, la « biophilie » : ça veut dire l’amour de la vie. Je pense que le féminisme radical c’est aussi un amour pour la vie, l’intégrité, le respect, l’humanité. Un combat pour nous réhumaniser, réunifier, redevenir intègres. À l’inverse, le système qui est régi par les hommes actuellement est un monde profondément nécrophile, c’est à dire obsédé par tuer tout ce qui vit, tuer et pulvériser nos âmes.

 2)  Quel(s) intérêt(s) présente-t-il par rapport aux courants plus « mainstream » ?

Le féminisme radical apporte à la fois la capacité de voir avec clarté notre réalité pour pouvoir la transformer de façon adéquate et l’espoir et la vision pour une paix réelle afin de nous guider dans cette transformation. Par exemple, le féminisme radical permet de voir que la solution face à l’insistance des hommes d’éjaculer de façon répétée dans notre vagin (avec toutes les conséquences reproductives, physiques et traumatiques que cela comporte) n’est pas l’avortement et la contraception mais de ne pas laisser les hommes nous approcher jusqu’à ce qu’ils soient capables de nous traiter comme des êtres humains. La contraception et l’avortement sont des solutions nécessaires à court-terme qui nous permettent de mitiger les conséquences des viols ou coïts que nous subissons et ainsi mieux survivre le patriarcat lorsque nous n’avons pas d’autre option, mais ce n’est pas la solution pour une autonomie et une intégrité physique totale.

Concrètement, je ne crois pas que l’on puisse sortir du patriarcat sans vision féministe radicale à la fois de notre réalité et du futur auquel nous aspirons. Cette vision peut évidemment prendre de nombreuses formes et n’a pas nécessairement besoin d’être identifiée par les femmes elles-mêmes comme féministe radicale (l’accès aux théories féministes radicales étant accessible qu’à une minorité de femmes, du fait de la censure des textes ou de la restriction de nombreuses femmes à l’éducation) mais elle nécessite avec certitude un positionnement radical contre les violences des hommes, le système de suprématie des hommes et la volonté d’organiser par et pour nous, identifiés en tant que tels.

Par rapport aux courants plus féministes, ce que je constate dans tous les mouvements et groupes qui manquent de radicalisme dans le sens décrit ci-dessus, c’est le manque de centrage sur les femmes, sur nos réalités et besoins spécifiques, un manque de bienveillance et de respect envers les femmes ainsi qu’une incapacité à nous préférer. Autrement dit, l’on y trouve des formes beaucoup plus flagrantes de misogynie, c’est à dire de mépris des femmes, la croyance que sans les hommes nous n’y arriverons pas, que ce qui arrive aux hommes est plus important ou la seule réalité qui compte, le déni de certaines violences des hommes contre nous et en particulier les violences sexuelles, le refus de nommer les hommes comme coupables ou de dire que nous avons été victimes, la culpabilisation des femmes, la reproduction de mécanismes de domination, etc. Ceci est un résultat tout à fait normal de décennies de violences contre nous, de dressage à nous haïr et à aduler les hommes, mais c’est certes un frein majeur à la résistance au patriarcat. Je précise tout de même qu’il n’y a jamais d’état « pur » séparé de tout patriarcat, et la sororité est un processus d’apprentissage permanent.

Un autre point négatif des courants « mainstream » c’est la croyance qu’opérer avec ou au sein des structures de pouvoir déjà établies par les hommes est nécessaire pour notre avancement. Or c’est faux, et l’inverse est vrai. Tout mouvement dédié à transformer les hommes ou un de leurs systèmes plutôt qu’à transformer nos propres vies et nous donner les moyens de le faire est voué à l’échec et à l’épuisement, car cela revient encore et toujours à attendre que les hommes fassent pour nous, à leur quémander des miettes, et par conséquent ne change pas fondamentalement leur pouvoir au-dessus de nous. L’histoire et le présent nous démontrent que nous ne pouvons en aucun cas laisser en leurs mains le soin de nous rendre justice ou de répondre à nos besoins. Cela ne veut pas dire que nous devons abandonner toute idée d’avoir un impact politique sur ce monde, mais au contraire que nous devons prendre ce pouvoir pour nous sans attendre, prendre en charge notre justice, exécuter et faire appliquer nos lois par nous-mêmes et en nos propres termes, de façon intransigeante et sans compromis.

Nous ne voulons pas de changements cosmétiques d’un système d’atrocités fondamentalement criminel et corrompu mais visionnons et agissons pour un changement radical de la société humaine.

 3) Dans son abécédaire, Marie-Victoire Louis remarque ceci : « La pensée politique féministe s’épuise vite lorsqu’on ne peut, ni ne veut attaquer ni les hommes, ni le capital, ni les syndicats, ni l’Etat…ni les ‘copines’. » Qu’est-ce que tu en dis ?

Ce que j’entends par cette phrase, c’est que pour qu’un mouvement féministe soit intègre et réellement centré sur nos besoins et expériences, nous devons cesser de nous solidariser aux hommes qui, collectivement, ne servent pas et ne serviront jamais nos intérêts. Ceci implique de dénoncer, de déshonorer et de se désolidariser des violeurs, conjoints violents, criminels ainsi que les hommes qui ne sont pas capables de nous traiter humainement, même si ceux-ci sont nos frères, nos amis, nos pères, maris, patrons, camarades de lutte ou nos propres fils. Les oppresseurs ne sont pas seulement « les autres hommes d’à côté » identifiés comme incarnant l’ennemi par certains groupes d’hommes (par exemple les ennemis préférés des gauchos sont les fascistes, étatistes ou capitalistes, alors que les conservateurs ciblent plutôt les étrangers) mais les hommes chez qui nous vivons, pour qui nous travaillons, qui sont les plus proches de nous.

Ceci veut aussi dire abandonner toute participation active même dans leurs institutions prétendument progressistes, socialistes, humanistes, démocratiques… du moins laisser tomber l’illusion qu’ils sont nos alliés politiques. Malheureusement, ce ne sont que d’autres formes de coalitions d’hommes contre les femmes, certaines seulement sont plus subtiles que d’autres. Des quantités de féministes de par le monde ayant commencé par militer dans des milieux gauchos en sont sorties brisées, exploitées, abusées, trahies, violées, ni plus ni moins qu’ailleurs. Beaucoup des mouvements féministes les plus radicaux sont d’ailleurs nés de la séparation amère des femmes des milieux des hommes gauche pour s’organiser entre elles.

En fait cela rejoint ce que j’ai dit plus haut ; que nous devons cesser de nous investir dans les structures définis par et pour les hommes pour dédier notre énergie à créer un monde en nos propres termes. Cela implique, comme le dit Janice Raymond, une rigueur et un discernement – y compris entre femmes. Par conséquent, nous ne pouvons non-plus accepter que des femmes sabotent nos entreprises féministes sous prétexte qu’elles soient femmes, même si nous comprenons que cette misogynie ou la violence qu’elles exercent sur d’autres femmes est liée à leur propre destruction subie, et que leur violence ne renforce pas leur privilège de classe comme c’est le cas pour les hommes.

Cependant, contrairement à ce que dit Marie-Victoire Louis je ne mettrai pas les femmes et les institutions patriarcales au même plan, car la responsabilité éthique n’est pas la même, ni les intérêts et bénéfices perçus. Le patriarcat n’avantage aucune femme, puisque rien sinon notre libération nous protègera des violences des hommes. Je refuse de dépenser de mon temps à attaquer les femmes, puisque c’est justement sur l’attaque des femmes que repose le pouvoir des hommes. Et nous avons intérêt à nous préserver de violences supplémentaires – à préserver nos forces en nous donnant le plus possible des espaces de bienveillance. En ce qui concerne les femmes, il y a des meilleures solutions que d’attaquer bêtement, comme bien choisir les femmes avec qui on travaille, donner l’exemple en se focalisant sur la construction de choses positives pour nous plutôt que de contrôler ce que produisent d’autres femmes (même si c’est misogyne), neutraliser les capacités de nuire de celles qui présentent un danger pour d’autres en minimisant les dommages et désapprouver publiquement ce type de comportements, ne pas s’exposer inutilement à des confrontations, etc.

 4) A cet égard, que dirais-tu à ceux (et celles) qui affirment que le féminisme radical glorifie les femmes et est ainsi trop réducteur ?

Pour ceux (et celles) qui veulent voir le féminisme radical disparaître, le féminisme radical sera toujours trop ceci ou pas assez cela. Sauf s’il s’agit de menaces, de diffamations ou de violences, je ne fais plus attention aux critiques, sinon je ne pourrai pas vivre ! Nous n’avons pas à nous justifier, à nous excuser ou à prouver qu’il est légitime de vouloir nous libérer de la violence des hommes.

Mais si l’on veut répondre précisément à cette critique, dire que le féminisme radical glorifie les femmes et donc serait trop réducteur est complètement hors de propos avec la réalité de notre mouvement. Tous les jours des femmes sont violées, tuées, torturées, battues, humiliées, meurent en couches. Nous sommes sous-nourries, sans terre, exilées, privées pour la plupart d’éducation, avilies et réduites au rang social de souillure. Face à l’horreur absolue de cette réalité, nous avons d’autres urgences que de savoir si à chaque moment cette action nous glorifie trop ou pas assez ! Ce débat d’idées de ce que représente « la femme » est une préoccupation typiquement masculine, cela n’a aucune pertinence pour nous, c’est une façon de détourner l’attention de nos revendications pour nous décrédibiliser. Cela fait justement partie de notre démarche féministe de ne pas se soucier de ce que les hommes pensent de nous. Notre urgence est d’abord de sauver nos peaux puis de nous libérer de l’horreur. Et de nous aimer, certes, mais que l’on m’explique en quoi cela serait réducteur et non libérateur ?

De plus, notre dissociation du monde est telle que reconnaître d’un coup de massue à quel point la haine des femmes est ce qui soude ce monde, est extrêmement douloureux à vivre. Cela n’a rien de glorieux.

5) A.Ginva, la réponse au manifeste, si je puis me permettre, proprement abjecte et révoltant, intitulé « Nous, féministes »  n’est pas passé inaperçue, en tout cas sur le net. Aux Etats-Unis, ce mouvement « sex positiv » est, me semble-t-il, plus répandu, les « Third wavers » accaparent toute l’attention. Pour toi, comment expliquer cette « dérive » ?  Est-ce là l’échec du féminisme, radical en l’occurrence ?

D’abord, définissons ce qu’est le mouvement « sex-positiv ». Il désigne les personnes ou organisations qui défendent de près ou de loin la pornographie, la prostitution, l’hétéro-obligation ou la contrainte au coït (qui sont toutes des formes de violences sexuelles) et prétendent que c’est du sexe, une liberté sexuelle voire même des pratiques féministes « transgressives ». Ils postulent que ces forment de violences sexuelles et de viol ne seraient pas une violence mais du plaisir et une liberté, et que la libération sexuelle pour les femmes, c’est être pénétré par plein d’hommes et ressembler à une « sal… ». En bref, c’est du copié-collé des discours mensongers des industries pornographiques et proxénètes qui servent à promouvoir la prostitution et leurs images de viol et de torture, qui génère des milliards de dollars de profits chaque année dans le monde. Ce sont des campagnes extrêmement bien agencées, très procédurières, avec des moyens faramineux et des liens dans de très nombreux secteurs économiques et politiques.

L’explosion des industries pornographiques et proxénètes depuis les années 70-80 a été un backlash (ressac) terrible pour les femmes et le féminisme. Les féministes radicales étant les seules qui résistaient à cette industrie de viol (comme Andrea Dworkin, Catharine MacKinnon, Sheila Jeffreys, Janice Raymond, Melissa Farley, Diana Russel, etc.), tout a été fait pour les censurer, les empêcher d’agir et faire croire que le féminisme c’est en fait défendre les industries proxénètes et le « droit de se prostituer », selon leurs termes. Même les universités, qui pour un moment ont été un refuge pour la prolifération des études de femmes, ont participé à cette purge du féminisme radical pour le remplacer par des courants « sex-positiv » (surtout représenté par les courants postmodernes, queer, lacaniens et « postféministes »). C’est la supposée « troisième vague » féministe, qui n’est en fait qu’un produit du pillage des théories et mouvements féministes radicaux de la deuxième vague. En réalité, il n’y a jamais eu de troisième vague féministe, seulement une répression antiféministe et anti-femme massive.

Ceci fait qu’aujourd’hui, nous avons toute une génération de jeunes femmes qui se disent féministes mais qui ne connaissent que les textes « sex-positiv », car c’est la seule chose que l’on leur a fait lire dans leurs milieux féministes, études féministes ou ce qu’on appelle maintenant les « études de genre ». Lorsque j’ai commencé à découvrir le féminisme, cela me paraissait tellement évident d’être contre la prostitution et la pornographie, que j’ai été estomaquée de découvrir que c’était en fait une vision totalement marginalisée et minoritaire dans les milieux féministes occidentaux, au point qu’il était souvent même interdit d’en parler en termes négatifs.

Donc pour répondre à la question : « est-ce là l’échec du féminisme radical ?», les féministes radicales n’y sont pour rien, c’est simplement que le système de démolition des femmes était bien trop puissant pour qu’elles puissent l’achever à elles seules. Et ce qui n’a pas tué le patriarcat a décuplé sa force, son efficacité. Nous nous retrouvons aujourd’hui face à une entreprise monstrueuse de destruction et de propagande de haine des femmes. Peut-être que l’unique échec aura été de ne pas prévoir que les hommes allaient répondre et contre-attaquer, comme si tous les hommes allaient nous laisser et dire, « bon, ok, vous avez raison, on laisse tomber notre guerre contre vous ».

© Women’s liberation without borders 2012

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