La toile : lieu d’une révolution féministe souterraine ?

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Le féminisme radical n’est pas le féminisme le plus en « vogue » de nos jours. Souvent mal compris, on assiste à une certaine censure qui rend difficile l’accès aux ouvrages féministes radicaux. Pourtant , la toile semble être un moyen de partager cette culture : des bloggueuses féministes françaises rendent compte quotidiennement de l’actualité sous un regard féministe.
 
Le monde étant organisé autour de la subordination des femmes, cette approche radicale est sans nul doute la plus révolutionnaire et nécessaire que l’on puisse rencontrer.
 
J’ai réalisé une interview de trois bloggeuses : Hypathie, Je putréfie le patriarcat et Sandrine Goldschmidt d' »A dire d’elles » . L’interview est composée de 5 questions concernant le féminisme radical, chacune vous exposera son point de vue, dont une question spécifique à chacune.
 
 L’objectif de cette interview est de faire connaître le féminisme radical , la théorie féministe en l’occurence, de manière un peu plus ludique. Vous pouvez prendre des notes, il y aura certainement beaucoup d’informations !
 
Je publierai les interviews une après l’autre pour que vous ayez le temps de digérer , et de réfléchir sur les sujets évoqués !
 
Voici l’interview D’Hyapathie du blog http://hypathie.blogspot.fr/

 

1)    Comment définirais-tu le féminisme radical ?

Le féminisme radical, c’est à mon avis le refus de la compromission, de la collaboration avec le patriarcat ; c’est  aussi faire l’état des lieux de l’oppression des femmes et tenter d’y porter remède et solutions en étudiant les moyens pour y parvenir ; le féminisme radical, c’est la notion radicale que les femmes sont des êtres entiers qui n’ont aucune «moitié » qui les attend quelque part !  Nous n’avons aucune obligation vis à vis des hommes, ni de leur servir d’épouse, de domestique, de mère de leurs enfants, d’infirmière ou d’assistantes sociales, ni d’intermédiaire entre eux et l’éternité, comme j’entends dire par certaines !

 2)    Quel(s) intérêt(s) présente-t-il par rapport aux courants plus « mainstream » ?

Le courant mainstream ou réformiste si on utilise un mot français, consiste à négocier l’égalité, obtenir le droit de pouvoir choisir « entre l’évier ou la chaîne de montage d’un avion » avec chances et salaires égaux, le droit de pouvoir arrêter sa carrière et de la reprendre à l’endroit exact où on l’a laissée, d’avoir ou pas des enfants sans que cela impacte votre parcours professionnel. C’est évidemment louable, mais cela ne marche pas, ou alors, les gains sont tellement minimes et sujets à retours en arrière, qu’en une vie de travail marchand (carrière dans 8 métiers spéciaux femmes et dans les basses zones de l’économie généralement), et de bénévolat dans la domesticité d’un ou plusieurs hommes, vous avez au bout juste de quoi ne pas finir dans la misère avec une pension de retraite de 40 % inférieure à la leur après avoir, comme dit Christine Delphy, « fait double journée pour un demi salaire » ! Bref, de petits gains et au final le minimum vieillesse si vous avez divorcé et élevé leurs/vos enfants seule. Le bilan est plutôt maigre. Quand à l’accès au pouvoir, c’est à dire le lieu où se fabriquent les lois et où on les fait appliquer, vous avez vu comme moi qu’ils ne sont pas fous : ils ne vont pas lâcher comme cela sans résistance les places où ils peuvent continuer à profiter d’une situation qui leur est hyper favorable !

 3)    Dans son abécédaire, Marie-Victoire Louis remarque ceci : « La pensée politique féministe s’épuise vite lorsqu’on ne peut, ni ne veut attaquer ni les hommes, ni le capital, ni les syndicats, ni l’Etat…ni les ‘copines’. » Qu’en penses-tu ?

C’est sur cette idée d’« épuisement» que joue le paternalisme doucereux français, le sexisme bienveillant : faire l’aumône, lâcher quelques miettes (allocations familiales incitatives, RSA usine à gaz, sécurité trompeuse du foyer, garde des enfants accordée aux femmes divorcées…), tout en continuant à reproduire le communautarisme masculin partout où se fabriquent les lois. Le patriarcat-viriarcat s’incarne dans tous ces mots : hommes, capital, syndicats, et dans l’Etat-providence, l’Etat père et dernier refuge quand il ne vous reste que vos yeux pour pleurer après avoir été grugée et spoliée, bafouée en un mot.  Les copines, elles, sont occupées à courir après l’impossible : réussir sa vie de femme, de mère, d’épouse, d’amante…, plus de cadre supérieure ou mère entrepreneure. Je ne sais même pas comment elles font ! Mais ça se paie cher, malgré leur grande capacité à mener plusieurs vies de front. Il ne fait pas bon circuler sur les rocades le soir à 17 H, heure de sortie des bureaux,  tellement elles sont pressées de commencer leur deuxième journée ! Cela ressemble à de l’esclavage, selon moi. Alors, oui, bien sûr, il faut s’attaquer tout cela.

4) A cet égard, que dirais-tu à ceux (et celles) qui affirment que le féminisme radical glorifie les femmes et est ainsi trop réducteur ?

Je ne pense pas que le féminisme radical glorifie les femmes ; il les considère comme des êtres humains entiers qui, comme tous les humains, ont besoin de transcender, configurer le monde. S’engager ailleurs que dans la reproduction humaine, mener une vie satisfaisante sur le plan personnel ou professionnel, ou tous autres engagements qui font que la vie vaut d’être vécue. Je ne suis pas sûre que le maternité comble à ce point une femme, sans cela nous ne serions (enfin, celles qui tentent la maternité !) pas autant candidates à une telle course à la réussite professionnelle et à l’indépendance économique qui va avec. La maternité épanouissante, c’est un slogan du patriarcat pour tenir les femmes à la maison et les dissuader de venir faire concurrence aux hommes dans les endroits où ils se sentent seuls légitimes.

 5) Hypatie, ton blog est féministe et antispéciste. J’ai aussi remarqué que tu   t’intéresses au « vegan feminism », le « féminisme végétalien ». Peux-tu  expliquer brièvement ce à quoi cela consiste ? Son importance ?

J’essaie d’avoir une vision globalisante et « big picture » ! Cela permet de prendre conscience que l’oppression, l’exploitation des autres (femmes, colonisés, basses castes et animaux tout en dessous), de leurs corps et de leur force de travail, sont un tout. Elles offrent un socle à l’exploitation sans vergogne de la force de travail domestique et d’appoint des femmes, sans salaire, et souvent dans une très grande précarité. Il ne fait pas bon non plus être une femelle animale dans un élevage hors-sol, ni une vache laitière dans l’élevage « moderne » rationalisé impitoyable ! Les mâles ? Ils sont exterminés à la naissance, car ils ne servent à rien, le système ne tolère pas les « improductifs ». C’est très inquiétant. De plus, le carnisme (carnophallogocentrisme disait Jacques Derrida) cette certitude inquestionnable qu’on nous inculque dès le plus jeune âge que manger de la viande est indispensable à une bonne santé, est une croyance patriarcale, obscurantiste, sans fondement rationnel, comme toutes les croyances patriarcales basées sur la frustration des hommes  ; allez une seule fois tenir une table d’information sur le végétarisme et vous vous en rendrez compte. L’immense majorité des objections (parfois violentes) que vous entendrez proviennent des hommes ; leur virilité mal assurée s’accomode très mal d’une alimentation sans violence, basée sur des plantes, céréales et légumineuses ! Et c’est culturel, évidemment.

© Women’s liberation without borders 2012

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