Archives Mensuelles: juin 2012

Compléments pour arrêter de parler d’Utopie…

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Je voulais vous donnez ici quelques compléments à l’article « Arrêtons de parler d’Utopie ! » , ce sont des références utiles pour approfondire l’idée d’une société féministe. Ces documents reprennent ce que j’ai évoqué dans l’article , mais chaque point est étudié de manière spécifique donc c’est plus précis !!

Alicia Miyares parle ici du féminisme comme théorie politique , donc à vocation de transformation politique et sociale. Elle critique également l’individualisation du féminisme , que le prétendu « generational gap » semble rendre légitime.

http://users.spin.net.au/~deniset/brefpap/cfemindivid.pdf Cet essai est intitulé « Feminism and the Problem of individualism » de Denise Thompson , très bien détaillé et expliqué . Comme Radical Feminism Today est très difficile à trouver , en voici un extrait.

http://users.spin.net.au/~deniset/brefpap/bfemmeaning.pdf Celui-ci s’appelle :  » Feminism and the Struggle over meaning  » de Denise Thompson . Ce texte est très riche , il montre comment l’approche différentialiste et universaliste oublie d’analyser la suprématie masculine comme système d’oppression. D’autres thèmes sont abordés , n’oubliez pas de lire les notes , car elles apportent beaucoup de précisions ( la première note est intéressante). Est évoqué d’une autre manière l’individualisation du féminisme aussi . De plus , très intéressant dans la partie « In defence of radical feminism » , Denise Thompson répond à la critique souvent faite au féminisme radical , qui serait pure autoritarisme. Enfin , elle explique l’approche de Catharine Mackinnon qui, comme beacoup de féministes radicales , est mal citée , mal comprise. Un texte qui permet de bien comprendre le féminisme radical. Je vous recommande de le lire !!!!

« The problem is not particular categories of women, but social arrangements of  domination » – Denise Thompson

 

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Arrêtons de parler d’Utopie !

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                                                           Construire une société féministe.

L’Utopie est réservée à la littérature, et est donc de l’ordre de la fiction. Elle renvoie au non-lieu, au non-temps, c’est-à-dire qu’elle ne s’inscrit pas dans l’Histoire.

Par ailleurs, L’Utopie suppose la fin du politique. En effet, en Utopie, rien ne peut changer, un élément perturbateur est d’emblée éliminé. Il semble donc peut approprié d’associer l’Utopie au progrès, au contraire, elle suppose l’immobilisme afin d’assurer sa préservation.

Ainsi, si elle est souvent un outil de contestation, construire une société féministe ne doit pas être envisagé comme quelque chose d’Utopique. Car c’est d’une part, directement annoncer un manque de confiance en notre projet politique, alors assigné à une chimère. D’autre part, je reprendrai Emma Goldman, en disant qu’au lieu de s’intéresser à la finalité, nous devons nous inscrire dans un mouvement perpétuel, un processus qui lui nous permettra de construire une société féministe, affinée au fil de l’Histoire.

Attention, je ne suis pas en train de faire l’apologie d’un réformisme mou n’envisageant pas de véritables changements structurels. Ici, je stipule que parvenir à une société féministe est possible.

Cette société ne doit pas conduire à la fin du politique, si ce n’est à un refondement profond de la démocratie, et puisqu’on ne peut vraiment dissocier les deux, de l’économie également.

En conséquence, mettre au point un projet féministe (radical) faisant la synthèse des différentes approches, car nous savons qu’il s’agit d’une entreprise pluridisciplinaire, est absolument nécessaire.

De même, il est primordial de rester fidèle à la méthode féministe (radicale) : la réalité des femmes est notre point d’appui, nous ne devons pas faire dans l’abstraction.

Le féminisme radical en tant que pensée politique doit être notre ligne directrice. Construire une société féministe suppose aller plus loin que la subversion et le recyclage des déchets patriarcaux. Il s’agit d’un projet de transformation radicale, par définition, donc révolutionnaire.

De fait, les autres sensibilités sont exclues. Les courants appliquant des concepts patriarcaux au féminisme ne peuvent conduire à une pensée féministe et un mode d’action nous permettant d’envisager un projet de société radicalement anti-patriarcale[1].

De plus, l’argument consistant à utiliser le prétexte des divers courants pour faire du féminisme une question individuelle doit être combattu. En effet, le féminisme n’est pas une question de sentiments : le problème n’est pas de savoir comment vous, vous vivez le féminisme, si ce n’est qu’il est indispensable de bâtir des modalités d’actions et de pensées permettant de remédier à la situation de subordonnées des femmes, formant alors une classe. Le collectif est primordial.

Tirer profit des institutions patriarcales alors que vous faites partie de la classe des femmes ne peut constituer une donnée essentielle à l’action et au projet féministe (radical). C’est ce que Ti-Grace Atkinson appelle des « classes par identification » au sein même de la classe des femmes : les femmes identifient leurs intérêts à ceux des hommes.

Ceci conduit au maintien du système patriarcal. Nous voulons l’abolir.

Car le féminisme n’est pas un jeu. Nous ne voulons pas jouer les rebelles, nous le sommes. Le patriarcat structure toutes les sociétés, tous les modèles de société et de hiérarchie. C’est ce que nous devons contester et détruire, il ne s’agit pas de prendre le contre pieds sans réfléchir. Autrement dit, faire des petites frayeurs à la droite parce que celle-ci est raciste et fustige les femmes prostituées ne doit pas faire du féminisme le grand défenseur de la prostitution, institution suprême du patriarcat, et du multiculturalisme. Le patriarcat prend diverses formes certes, mais la logique et l’objectif restent les mêmes : l’oppression des femmes. Comme le disait Sonia Johnson, « ce paradigme du pouvoir (…) que l’on appelle patriarcat, s’applique à tous les niveaux, c’est le model de toutes les institutions sociales, de toutes les structures économiques, des politiques internationales ».

En somme, le féminisme ce n’est pas ce qu’on veut. Lorsque l’on s’engage nous ne devons faire preuve d’une grande rigueur, voir un peu plus loin que sa poire. Si le féminisme prend en compte la réalité des femmes, il doit aboutir à une pensée contre le système, et non pas à sa légitimation. Comme l’a signalé Gail Dines, les dominants ont tout intérêts à réduire les femmes à une somme d’individues, lorsque ceux-ci agissent en toute solidarité les uns avec les autres pour maintenir leurs privilèges.

J’ajoute, si les hommes sont divisés par leur classe économique par exemple, il n’en demeure pas moins qu’ils ne sont pas opprimés en tant qu’hommes. Or si l’on ne remet pas la solidarité des hommes entre eux en cause, ce sont toutes les institutions patriarcales qui persistent : capitalisme, racisme, sexisme.

Avoir un projet de société féministe suppose ainsi être précise dans l’analyse. Clairement, si l’on persiste à prétendre que l’oppression vient de nulle part, nous n’aboutirons à rien, si ce n’est à des excuses encore et toujours. Que voulez-vous construire si vous avez peur d’heurter les sentiments de l’oppresseur ?

En effet, des théoriciennes, des militantes et bien sûr des militants prétendument féministes, aiment à penser que le « patriarcat n’a pas de genre ». Vous me direz, c’est déjà bien d’avoir conscience qu’il y ait un patriarcat. Mais selon la manière dont on le définit, il ne veut rien dire. Dire qu’il y en a pas revient alors au même.

Pour avoir des conséquences matérielles un système d’oppression a besoin d’agents et d’institutions garantissant son effectivité. Aussi, que je sache, les femmes ne se violent pas toutes seules, elles ne se donnent pas non plus des coups seules de sorte qu’il y ait une femme qui meure tous les deux jours en France. La liste est encore longue.

Nommer les agents est absolument crucial si nous voulons avancer, car c’est comprendre et mettre en évidence les mécanismes de l’oppression.

De plus, déclarer que les femmes et les hommes sont soumi-e-s aussi passivement l’un-e l’autre au patriarcat, ie qu’ils et elles assument des rôles qu’ils et elles n’ont pas choisi, montre que nous n’avons pas d’analyse matérialiste ou de classe, mais qu’au contraire nous considérons les catégories femmes et hommes comme biologiques, plutôt que politiques. Or le projet féministe a pour objectif premier de supprimer la classe des hommes. Les mal intentionné-e-s avides de la diabolisation du féminisme radical enlèveront le terme « classe » et comprendront : « supprimer les hommes ». Je l’ai déjà expliqué dans « De l’amour pour lutter ? », la classe des hommes est artificielle et le fruit du patriarcat, la suppression de la classe des hommes résultera de la démolition du système patriarcal.

Aussi, afin de construire une démocratie féministe, nous devons comprendre le rôle des femmes au sein de la démocratie patriarcale. Cet aspect et absolument important : « les hommes ne peuvent voir leur droit patriarcal reconnu, que si l’assujettissement des femmes est garanti dans la société civile », affirme Carole Pateman dans Le Contrat Sexuel. Autrement dit les institutions telles que la famille, le mariage, tout ce que l’on appelle la sphère privée, si on la considère comme en rupture avec la société civile et donc la sphère publique, est justement le fondement de cette société civile. Aussi, la sphère privée « fait et ne fait pas partie de la société civile », tout comme les femmes.

En effet, les femmes sont inclues dans la société civile non pas en tant qu’individues, mais en tant que subordonnées. La subordination des femmes est le fondement du Contrat Social, indissociable du Contrat Sexuel. J’ajoute, le Contrat Social est encore plus solide qu’il repose sur les principes d’égalité et de liberté, ceci empêche le Contrat Sexuel d’être un « contrat d’esclavage explicite ».

Cette ambivalence concernant le rôle des femmes ouvre justement tous les champs des possibles en ce qui concerne la démocratie féministe. Virginia Woolf parle dans Trois Guinées de « Society of the Outsiders ». Les femmes n’ayant aucun privilège, tout au plus des compensations à leur subordination pour éviter la résistance, n’ont rien à perdre. « Privileges are chains » déclarait Sonie Johnson.

Néanmoins, force est de constater que les femmes n’ont point l’habitude de se battre pour elles-mêmes. D’une part car on leur fait croire qu’elles sont essentielles à la transcendance de l’oppresseur : il doit atteindre le summum de l’humanité grâce à la subordination des femmes (une des idées fondatrices du Contrat Sexuel) : « [Les femmes] doivent permettre au maître de se surpasser. Sa fonction est d’assurer sa transcendance »[2] . Si vous préférez on pourrait le dire de la sorte : « derrière un grand homme se cache une grande femme », voilà sa récompense, elle vit à travers lui. En conséquence, il paraît assez difficile de bâtir des concepts émanant de l’expérience des femmes, qui apparaissent alors comme illégitimes puisqu’invalidés par les hommes.

Le fait que les femmes et les féministes réfléchissent dans les limites établis par le patriarcat empêche l’imagination d’être un moteur politique. Car dans toute entreprise constructive il faut se projeter, imaginer des alternatives à concrétiser.

Nous sommes ici face à deux problèmes.

Le premier est que l’on ne peut ignorer le lavage de cerveau qu’on subit les femmes par le système patriarcal. La conséquence immédiate de ceci est la croyance à un sauveur : l’homme.

Combien de fois avons-nous entendu que le féminisme doit changer les hommes de sorte qu’ils changent le monde pour nous ? Les hommes ont le pouvoir, il faut le leur laisser et faire en sorte qu’ils prennent les bonnes décisions, n’est-ce pas ? « Notre conditionnement nous enseigne n’importe quoi, à savoir que nous devons convaincre l’esclavagiste de libérer les esclaves. » (Sonia Johnson)

Les hommes doivent en effet changer, ceci sera la conséquence directe de l’action des femmes féministes. Mais nous ne devons pas compter sur leur bon vouloir ou la compassion. Ceci n’a jamais fonctionné, ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Aussi, attendre des hommes qu’ils fassent des concessions ne nous amènera pas très loin. De plus, s’il est important qu’il y ait des changements positifs et nécessaires dans les lois, au sein d’un système patriarcal ne doit pas nous empêcher de lutter pour une société féministe. Car comme je l’ai signifié, les droits des femmes dans un système patriarcal seront sans arrêt remis en question puisque l’on ne s’en prend pas à la structure.

Les féministes doivent avoir de l’ambition pour les femmes, nous avons le devoir citoyen (au sens féministe du terme) de ne pas nous contenter des solutions sauve-qui-peut pour notre classe.

L’action féministe a pour objectif la libération des femmes. Ceci bouleversera radicalement l’ordre hiérarchique que nous connaissons aujourd’hui. Les femmes ou pour reprendre le terme de Mary Daly « wild women » [3] seront par extension les moteures de l’émancipation humaine.

Ceci n’arrivera pas si l’on persiste à se soucier de comment les hommes vont prendre notre argumentation et notre projet. C’est impressionnant que les oppresseurs soient constamment présents dans notre esprit. Sont-ce des gages de qualité et de légitimité ? Chaque jour ils montrent qu’il n’en est rien.

Ceci est sans parler des hommes se prenant pour les grandes exceptions et faisant preuve d’une grande arrogance envers les féministes : « je suis féministe et je pense que les femmes féministes devraient être plus agressives ». S’ils savaient ce que cela donne le féminisme « agressif » …

Arrêtons de nous voiler la face. La réalité des femmes et des hommes sont complètement différentes à cause de l’organisation sociale (non biologique, je précise). Les groupes mixtes, rédempteurs pour les hommes : « femmes, pardonnez-moi de tous mes péchés, et surtout laissez-moi influencer votre pensée », tendent à nous faire croire qu’un homme, dans la classe dominante, comprend aussi bien, voire plus la situation de subordonnée qu’une femme. Qu’il y ait une conscience politique qui s’éveille, et une volonté de changement de la part des hommes est très bien, mais le changement viendra des femmes. En effet, observez bien la situation, cherchez dans vos expériences : lorsque vous faîtes part de votre analyse de féministe radicale comme j’ai pu le faire moi –même au sein de l’organisation mixte dont je faisais partie, vous avez droit à ceci : « je me vois pas comme un oppresseur, mais un être humain », ou « tu es en train d’exclure les hommes ! » Vous savez pourquoi ? Parce que l’on ne refuse jamais rien aux hommes, les hommes ont le statut d’être humain, pas d’oppresseur. Ils se voient comme un absolu, un référent, que ce soit conscient ou pas.

Les femmes doivent ainsi être des reproductions des hommes, « la femme libre » est créée à l’image de l’homme : « Lorsque le contrat d’individus domine entièrement sous la bannière de la liberté civile, les femmes n’ont plus d’autres choix que (tenter de) devenir des reproductions des hommes » (Carole Pateman), le système patriarcal continue donc de se perpétuer.

Si nous devions récapituler cette partie en quelques mots, je dirais que les femmes et les féministes ne doivent pas attendre des hommes : partis, députés, etc… qu’ils agissent pour elles, à leur place.

Nos idées doivent être concrétisées par nul autre que nous-mêmes. Le féminisme est une vision du monde à part entière, ni la gauche, ni la droite n’est féministe. Que des partis de gauche ont été un peu influencé par le féminisme grâce à des militantes est une bonne chose, mais leur analyse féministe (aux partis de gauche) reste épidermique tant elle est fondée sur leur propre engagement : socialiste, marxiste ou autre.

Les féministes doivent se prendre au sérieux et arrêter de fonder leurs espoirs sur les hommes. Notre projet est crédible, nouveau, il y aura de la résistance, mais inutile de s’engager si on en a peur.

La première des solutions pour élever le niveau du débat est d’arrêter de s’excuser constamment et d’affirmer avec force notre pensée.

Le XXIème doit être le siècle du renouveau en matière de féminisme. Dans une ère néolibérale, un ordre mondial phallocrato-capitaliste chaotique, le féminisme reste notre seul espoir.

La stratégie pour empêcher les femmes de penser à des alternatives anti-patriarcales consiste à dire : « Et comment sera la société féministe ? », on s’intéresse au résultat plutôt qu’au processus. Le fait est que cette réflexion montre que nous n’envisageons pas de vivre dans un monde qui n’est pas modelé par le patriarcat : « Si nous ne pouvons nous imaginer indépendantes, comme des êtres non arbitrées dans ce monde, alors nous ne pouvons envisager survivre à notre libération »[4] (Marilyn Frye). L’imagination des femmes est contrariée par ce spectre phallocrate qui joue la carte de la peur du futur.

De plus, comme je l’ai dit, construire une société féministe est un travail de longue haleine que nous devons entreprendre dès aujourd’hui, sans lâcher de lest ou nous contenter des miettes. Comme le disait Marilyn Frye « Nous ne pouvons pas imaginer ce à quoi nous ne pouvons faire face, mais nous ne pouvons pas faire face à ce que nous ne pouvons imaginer ». Le projet féministe ne doit donc pas être une simple utopie, un rêve. Ce rêve doit nous pousser à l’action pour le concrétiser.

La réalité des femmes n’est pas fictive (par définition), la subordination des femmes n’est pas fictive, et leur libération serait « Utopique », « irréaliste » ?

De même, nous ne devons pas succomber à cette rhétorique néolibérale anti-progrès : dès que vous avez un projet de société, de changement radical, vous devenez une Staline ou une Mao en puissance.

Précisément car les dominants pensent qu’ils avoir l’éternité devant eux. Ils ont plus de mal à voir la subordination structurelle des femmes puisque celle-ci assure leurs privilèges : « Absence of privilege is a presence of knowlege » disait Marilyn Frye, forcément car nous concevons les modalités de notre libération hors des normes patriarcales.

Je voudrais aborder brièvement la question du consensus. Certes, les féministes radicales n’ont pas toujours la même approche, ceci ne doit pas nous empêcher d’élaborer un projet commun.

Chacune doit apporter sa pierre à l’édifice, ses compétences, c’est comme cela que l’on construira un projet riche. Nous devons discuter, échanger et ainsi surmonter toutes les contradictions.

Enfin, construire une société féministe est un projet ambitieux, et c’est ce dont nous avons besoin.

Ce n’est pas une Utopie, une société féministe peut exister et nous devons y croire, car ce ne sont pas les phallocrates qui y croiront à notre place. Tout est mis en œuvre pour nous résigner et nous contenter de peu. Or plus que jamais nous avons besoin d’une véritable démocratie, d’un mode de production anti-capitaliste, et d’exister en tant qu’être humain. Le féminisme permettra de construire tout cela, et nous donnera également des armes théoriques et politiques pour lutter contre les défenseurs de l’oppression et de la domination.

 © Women’s liberation without borders 2012


[1] Pour aller plus loin, lire La democracia feminista d’Alicia Miyares, Feminism Unmodified de Catharine Mackinnon , Radical feminism today de Denise Thompson.

[2] Marilyn Frye, in Politics of reality p 66

[3] « Wild women » selon Mary Daly sont les femmes qui œuvrent pour la libération des femmes et contre le système patriarcal.

[4] Marilyn Frye, in Politics of reality , p 80

The lost woman

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The lost woman

My mother went with no more warning

Than a bright voice and a bad pain.

Home from school on a June morning

And where the brook goes under the lane

I saw the back of a shocking white

Ambulance drawing away from the gate.

 

She never returned and I never saw

Her buried. So a romance began.

The ivy-mother turned into a tree

That still hops away like a rainbow down

The avenue as I approach.

My tendrils are the ones that clutch.

 

I made a life for her over the years.

Frustrated no more by a dull marriage

She ran a canteen through several wars.

The wit of a cliché-ridden village

She met her match at an extra-mural

Class and the OU summer school.

 

Many a hero in his time

And every poet has acquired

A lost woman to haunt the home,

To be compensated and desired,

Who will not alter, who will not grow,

A corps they need never get to know.

 

She is nearly always benign. Her habit

Is not to stride at dead of night.

Soft and crepuscular in rabbit-

Light she comes out. Hear how they hate

Themselves for losing her as they did.

Her country is bland and she does not chide.

 

But my lost woman evermore snaps

From somewhere else: ‘You did not love me.

I sacrificied too much perhaps,

I showed you the way to rise above me

And you took it. You are the ghost

With the bat-voice, my dear. I am not lost.’

-Patricia Beer

 

Féministes, tombez le haut !

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Ou comment la soi-disant réappropriation des codes patriarcaux délégitiment les luttes féministes.

Le féminisme est en perte de vitesse. Faute d’une nouvelle génération politiquement ambitieuse, on assiste à des actions militantes en adéquation totale avec les codes patriarcaux.

Sans parler du désert théorique actuel en la matière : on utilise des concepts phallocrates, établis donc du point de vue de l’oppresseur, on se les « réapproprie », on les « recycle », avec notamment ce concept fumeux de genre et les conséquences qui en découlent (postmodernisme, théories Queers, …).Concept qui n’autorise pas de réels changements féministes et préserve le statu quo.

Ainsi, quelles perspectives d’avenir pour le féminisme, si celui-ci ne présente aucune alternative anti-patriarcale pour les femmes ?

FEMEN, ce groupe officiellement féministe Ukrainien, a adopté un mode d’action très originale, jamais nous n’avons vu cela dans une société patriarcale : manifester quasiment nues (on garde la culote quand même !). Qu’elles soient nues n’est pas tellement le problème en soi, mais on pourrait tout de même se poser la question : pourquoi les féministes doivent-elles tomber le haut pour être entendues ?

Peu importe l’intention, le fait est que nous vivons dans une société phallocrate, dans laquelle la pornographie est souveraine quant à l’objectification du corps des femmes : « Pornography can no longer be said to be just a mirror. It does not just reflect the world or some people’s perceptions. It moves them.” , “ On ne peut plus dire que la pornographie n’est qu’un miroir. Elle ne reflète pas le monde ou la perception de certaines personnes. Elle les conditionne. » [1] (Catharine Mackinnon).

Le corps des femmes est un objet sexuel que l’on contemple, que les hommes utilisent à leur guise.

Les femmes ne sont pas des êtres humains, ce sont les choses des hommes, des choses créent par les hommes pour les hommes. C’est ce qu’on appelle le « male gaze ».

La raison pour laquelle les FEMEN ont droit à plus d’attention, n’est pas à cause de leurs revendications, que je partage, mais bien parce qu’elles se soumettent aux codes patriarcaux. Elles obéissent d’une part aux normes féminines imposées par le patriarcat : belles blondes, bien sveltes, bien blanches et confirment la fable phallocrate consistant à dire que les femmes obtiennent tout ce qu’elles veulent grâce à leur corps. Les femmes sont des tentatrices malsaines, aucun homme ne peut leur résister. Comme le suggère Susan J. Douglas dans The rise of enlightened sexism, selon le patiarcat d’aujourd’hui : “It’s through sex and sexual display that women really have the power to get what they want”. , “ C’est en s’exhibant sexuellement et grâce au sexe que les femmes ont véritablement le pouvoir d’obtenir ce qu’elles veulent”. Les FEMEN sont exactement dans ce cas- là : pour être entendues, il faut être sexuellement disponibles pour les hommes.

 De plus, notez le paradoxe : le préjugé antiféministe ridicule, que seuls les antiféministes peuvent comprendre, dit que les féministes sont des dingues car elles ont jeté leurs soutiens gorges. Pourquoi dans ce cas cela dérange ? Parce que les féministes auraient ou ont fait cela pour rejeté l’injonction patriarcale de féminité. Selon Andrea Dworkin : « Women’s fashion » is a euphemism for fashion created by men for women”, « “ la mode pour femme” est un euphémisme pour parler de la mode créée par les hommes pour les femmes. ». Si les hommes apprécient ces modes d’actions, si les médias en parlent, c’est précisément que l’on ne défie aucune institution patriarcale.

Il n’y a rien de radical à utiliser les moyens d’actions de l’oppresseur. Au contraire, cela décrédibilise le féminisme comme pensée et action révolutionnaire et finalement on confirme cette idée que celui-ci n’est plus nécessaire. En effet, comment peut-on parler de division sexuelle du travail, d’objectification des femmes, d’oppression des femmes et utiliser tous les attributs de l’oppression comme mode d’action ?

« Nous devons détruire la culture telle que nous la connaissons » disait Andrea Dworkin . Le fait que « détruire » les institutions patriarcales ne soit pas à l’ordre du jour, témoigne d’une certaine résignation.

En effet, il existe un certain fatalisme ambiant, largement incarné par le postmodernisme du reste, mais pas seulement ; qui consiste à dire que de toutes les façons, jamais la libération des femmes n’aura lieu, jamais nous ne connaîtrons de société féministe. Alors conscientes de l’oppression, les féministes patriarcales ( ie qui s’identifient à la classe des hommes, utilise ses concepts . Je parle principalement des « sex positiv » , des féministes postmodernistes et libérales) , décident de prendre les devants et dire : « opprime-moi » avant que l’oppresseur en ait décidé ainsi. Car de toute façon, selon elles mais aussi les phallocrates déguisés qui soutiennent évidemment ces courants, ça finira par arriver quand même. Geneviève Fraisse dans Du Consentement résume très bien la situation dans cette interrogation : « Quel est ce temps où dire « non » semble de peu d’intérêt et où dire « oui » à la hiérarchie sexuelle devrait nous enthousiasmer ? ».

Aussi, tous ces mouvements qui veulent se réapproprier les outils avilissants de l’oppresseur perpétuent cette oppression. Une fois de plus, il ne suffit pas de changer les rôles, de tenter de battre le patriarcat à son propre jeu pour remettre en cause le pouvoir des hommes. Comme le disait Audre Lorde “The master’s tools will never dismantle the master’s house”. Autrement dit, les outils de l’oppresseur ne démonteront jamais le système qu’il a créé.

Alors, dire que l’on est une « salope », manifester en sous- vêtements pour lutter contre le viol relève d’une absurdité. Ce mot là sert à diminuer les femmes, les rabaisser, les humilier. Pourquoi voudrait-on réutiliser ce mot violent pour lutter contre le patriarcat ?

 Sans compter que les « Slutwalks » ne font preuve d’aucune analyse féministe, ce n’est pas le but. De plus, société phallocrate oblige, les femmes auront moins de mal à s’identifier comme « salopes » que féministes. Le féminisme fait trembler tous les patriarcalistes, pas seulement des conservateurs, mais des progressistes, des religieux, tout. La force transformatrice, c’est le féminisme qui la porte.

Ainsi, comme le suggère Meghan Murphy dans son article : « We’re sluts, not feminists. Wherein my relationship with Slutwalk gets rocky. » : “But in terms of saying what we mean, addressing the roots and foundations of sexual assault and victim blaming, and challenging the system, I think that what we may be talking about is, in fact, feminism. I think that what we may, in fact, be, are feminists. Not sluts. Feminists.”, “Pour faire passer notre message, aborder les racines et les fondements des agressions sexuelles, de la culpabilisation des victimes et pour remettre en question le système, ce dont nous devons parler est, je pense, de féminisme. En fait, je crois que nous devrions être des féministes. Pas des salopes. Des féministes. »

Par ailleurs, ces modes d’actions obéissent à cette tendance « postféministe » individualiste qui dit : « je fais ce que je veux ! Tant que je me sens en confiance, tout va bien » et qui n’a aucun mal à suivre tous les codes patriarcaux : « Narcissism is , like, way cooler than politics » , « Le narcissisme , c’est genre , plus cool que la politique » , affirme ironiquement Susan J. Douglas. Alors on vous présente « Burlesque » comme quelque chose de féministe, alors qu’il s’agit de reproduire cette image de femmes objets. Les femmes embrassent la féminité construite par les hommes, comme si elle ne supposait pas leur subordination. C’est ce que Susan J. Douglas appelle « le sexisme éclairé » : les femmes auraient à présent l’égalité, alors réactiver des vieux stéréotypes dégradants est super marrant. La situation est très bien explicitée dans cette phrase : « Enlightened sexism is meant to make patriarchy pleasurable for women », « l’objectif du sexisme éclairé est de rendre le patriarcat plaisant pour les femmes », de sorte à éviter, bien entendu, la lutte.

Les mouvements sociaux et politiques féministes ne semblent pas échapper à cette volonté de plaire aux hommes, avant de convaincre les femmes. Les hommes ont le pouvoir, il vaudrait donc mieux s’adresser à eux, plutôt que de sensibiliser des femmes et leur faire prendre conscience de l’oppression ; par des groupes de consciences en l’occurrence.

Que fait-on finalement ? On demande la permission aux hommes d’agir, car « une femmes sans homme, c’est comme un poisson sans [eau] ». Sans eux, rien n’est possible. Aussi, les FEMEN et d’autres groupes semblables confirment ce que Sheila Jeffreys a démontrer dans son livre Beauty and Misogyny : « Women are in pain, totally disabled, showing their bodies, taking part in what I call the sexual corvee(…) to create men’s sexual satisfaction on the streets and everywhere else they have to do this to their bodies, in order to have the right to, I think in terms of equal opprotunities, these days, be in offices, have jobs, be out there in the world, this is the compensation »[2] , “ les femmes souffrent , complètement incommodées , exhibent leurs corps , jouant un rôle dans ce que j’appelle “la corvée sexuelle” (…) pour satisfaire les hommes dans la rue et partout , c’est ce qu’elles doivent infliger à leur corps .Dans le but de pouvoir bénéficier de l’égalité des chances, aller au bureau , avoir des emplois, être présentes dans la société, la ‘corvée sexuelle’ est le prix à payer ».

Je ne suis pas en train de dire, évidemment, que le corps des femmes soit vulgaire. Ça c’est ce que disent les conservateurs pour lesquels les femmes sont une propriété privée. Il y a très peu de différences entre les conservateurs et les libéraux, concernant les femmes.

Le remède que je proposerais à ce fléau phallocrate qui atteint les féministes est simple : arrêtons de parler d’Utopie. Colette Guillaumin disait : « les groupes dominants ont toujours tendance à voir l’histoire immobile et l’éternité au bout du chemin ». Les dominants ont réussi à faire gober ça aux opprimées, les militantes y compris.

Un avenir pour les femmes est possible. J’ai proposé des solutions dans l’article « Le parti féministe, ou le parti de l’avenir ».

L’Utopie n’est pas souhaitable puisqu’elle suppose l’immobilisme, il faudrait revenir plus en détail sur la définition du mot, je le ferai dans un prochain article.

Mais ce que je veux dire, c’est que nous avons les moyens matériels de changer les choses. Les mouvements féministes passés nous ont apporté des théories, des stratégies innovantes pour l’époque, à nous à présent de s’en inspirer et faire preuve d’une véritable innovation. Des choses qu’aujourd’hui nous considérons comme acquises étaient impensables pour les femmes dans le passé.

Au lieu de nier la possibilité du changement, on devrait plutôt suivre le conseil que Nietzche, brillant philosophe phallocrate, aux puissants : « Il faut toujours protéger les forts contre les faibles. » Vous savez pourquoi ? Parce que si les opprimées se réunissent, les oppresseurs ne feront pas long feux.

Je conclurai avec Susan J Douglas : « le féminisme de nos jours a encore du chemin à faire. Son audace, son zèle, son goût implacable pour la justice nous manque ».

Quoique, finissons sur une note positive avec Marie-Victoire Louis : « le monde sera féministe ou restera barbare ».

 
© Women’s liberation without borders 2012


[1] Feminism Unmodified , p 188

[2] http://www.feminist-reprise.org/docs/jeffreys.htm

Un féminisme bien peu soucieux des femmes

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Les féministes d’aujourd’hui luttent pour l’égalité, ou l’égalité réelle, sans se demander pourquoi l’égalité formelle n’est pas effective.

 Les féministes d’aujourd’hui préfèrent les associations mixtes. Il faut intégrer les hommes dans la lutte, voilà la clé du succès pour le féminisme du XXIème siècle ! Dans le cas contraire, il s’agirait d’un féminisme ringard … ou radical. Décoloniser la pensée des femmes ? Vous n’y pensez pas.

 Les féministes d’aujourd’hui veulent déconstruire le genre. Je répondrais : que voulez-vous construire alors ? Qu’est-ce que les femmes ont à gagner dans les politiques de l’identité ?

 Je suis une féministe d’aujourd’hui. Et je remarque qu’à chaque prétendue renaissance du féminisme, ce dernier est encore plus mou que le précédent.

 Le féminisme du XXIème siècle est trop soucieux des hommes, et se soumet finalement à leurs fables : égalité, liberté individuelle, ‘intersectionalité’, multiculturalisme, subversion du genre, socialisme[1], capitalisme, …

 La situation est fort simple. Il existe des féministes pour qui il n’y a pas d’oppresseurs.

 Ainsi, nombre d’entre elles se sont réjouies de l’annulation officielle (non officieuse) de Radfem2012. Que des centaines de femmes soient forcées de se cacher pour se réunir ne les choquent pas plus que ça. Non. C’est légitime, vous comprenez, on attend des féministes qu’elles soient tolérantes, même avec l’oppression. Oppression qui je le rappelle, vient de nulle part.

 Je vais donc revenir brièvement sur l’exemple Radfem2012 afin de montrer qu’il est étrangement préférable pour certaines féministes de faire passer les femmes pour des bourreaux sectaires et ainsi de substituer leurs luttes au profit des gender dévôts, qui n’ont aucune analyse critique des rapports de pouvoirs. Ceci dévoile un manque de courage politique et une certaine culpabilité de la part des féministes: le féminisme est un mouvement bourgeois, raciste (au secours, des femmes blanches dans le mouvement !), il est secondaire (faute d’une absence d’analyse systémique), de plus s’identifier à la classe des hommes donne de la crédibilité.

 Des féministes, libérales ou postmodernistes ont été scandalisées par la non-mixité politique de Radfem2012. Le fait est que ces courants féministes, s’il en est, se focalisent sur l’interchangeabilité des rôles sans remise en question de l’inégalité et la domination d’un sexe par l’autre, à l’origine de ces rôles : « There is a growing trend towards seeing the transformation of sex-roles as the desirable end of women’s liberation. Sex-roles can be transformed without any real change in power (…). Changing sex roles doesn’t seriously threaten [men’s] power.[2] “ Il y existe une grandissante tendance à envisager l’interchangeabilité des rôles sexués comme une fin souhaitable du Mouvement de Libération. Les rôles sexués peuvent être transformés sans réel changement des rapports de pouvoir. Cela ne menace pas vraiment le pouvoir des hommes. »

 Le féminisme n’est pas une question d’identité, mais politique. On assiste à cet égard à une perversion du slogan féministe « le privé est politique », comme si cela voulait dire : « je fais ce que je veux, mes actions personnelles, individuelles sont politiques. C’est moi, moi, moi, puis ? Moi. » Or je cite ici Catharine Mackinnon : « cela (le privé est politique) signifie que l’expérience spécifique des femmes se manifeste dans cette sphère dite personnelle – privée, intime, intériorisée, particulière, individualisée, secrète- de sorte que comprendre la subordination des femmes, c’est savoir ce qu’il se passe dans leur vie privée » (p 535, Feminism,Marxism, Method and the State) . Par conséquent, il ne suffit pas de dire « je suis une femme » pour appartenir à la classe des femmes. La catégorie femme est politique, ce n’est pas une coquetterie.

 J’ajouterai que l’oppression des femmes repose également sur leur fonction reproductrice (je dis bien fonction et non capacité, cette fonction est liée à l’organisation sociale). Le patriarcat contrôle le corps des femmes: « [Patriarchy] is based not only on the exploitation as a class, but upon the ownership and control of their reproductive powers », « Le patriarcat est non seulement fondé sur l’exploitation des femmes en tant que classe, mais aussi sur l’appropriation et le contrôle de leur capacités reproductrices (qui deviennent alors fonction) ». (Sheila Jeffreys)

 Au regard de tous ces éléments, il paraît cohérent de ne pas considérer les transexuelles comme appartenant automatiquement à la classe des femmes. Aussi, comment peut-on dire que la différence des sexes est politique plutôt que naturelle, et ne pas être critique d’opérations visant à établir une cohésion entre le sexe et les normes patriarcales ? Les femmes, nées avec un sexe de femme résistent contre ces normes, elles essaient de construire une culture féministe, hors des sentiers battus par le patriarcat.

 En conséquence, ces féministes qui nous rabâchent sans arrêt que les hommes souffrent autant que les femmes à cause du patriarcat ; ces féministes qui n’ont aucun état d’âme à soutenir l’annulation d’une conférence réservée aux femmes, négligent l’expérience et la réalité matérielle des femmes. Il semble que le féminisme soit pour qui veut, sauf les femmes. A force de vouloir paraître acceptables, les féministes elles-mêmes relèguent les femmes au second plan.

 Mais chèr-e-s gens, vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Dites bonjour au « cis-women » ! Ou aux femmes privilégiées, devinez pourquoi ! Parce qu’elles sont nées femmes !![3] On continue dans la puérilité : « T’as c’que j’veux ? T’es privilégiée ! ». Encore des excuses : pardon, pardon, pardon d’être une femme. C’est vrai que c’est vachement drôle d’être un objet sexuel, d’être « violable », d’être une citoyenne de seconde zone, et j’en passe.

 Cette idée de « cis-women » est liée à l’analyse postmoderniste. Elle ne conçoit pas le racisme ou le capitalisme comme émanant de l’idéologie patriarcale, et divise les femmes. Or selon l’analyse féministe radicale, toutes les femmes, pauvres, riches, noires, blanches sont soumises au système patriarcal. Les femmes doivent être solidaires pour lutter contre ces superstructures du patriarcat : « les femmes sont, en tant que groupe social, l’objet d’un déni de réalité : dès qu’il est visé en tant que groupe, il se dissout dans les particularités » (Colette Guillaumin), afin de bâtir un système politique féministe.

 Mais les féministes sympas s’écrasent. Elles succombent aux violons des hommes et des gender dévôts : pauvres gens, délaissés pas la société, plus opprimés encore que n’importe qui d’autres (les femmes). Ne reconnaît-on pas ici un argument masculiniste ? Les femmes ont tout pour elle ! Elles ont pris la place des hommes ! La solidarité des oppresseurs entre eux, une fois de plus. Juste à titre d’information, l’événement « The Philli Trans Health Conference », a duré 5 jours, avec des milliers de participants, aucune féministes radicales, oui parce qu’apparemment les activistes transexuels peuvent s’imposer dans les conférences de féministes radicales. Mais nous, féministes radicales, nous devons nous justifier, nous mettre à genoux pour organiser des réunions entre femmes concernant les violences masculines et la réalité des femmes comme femmes. C’est normal ? Pas de scandale ici ?

 Les féministes non radicales tolèrent jusqu’à l’exclusion des femmes du mouvement féministe, pour les intérêts des patriarcalistes avoués ou déguisés. Et finalement, tout le monde peut être une femme, sauf les femmes. Il faut éviter la lutte contre la phallocratie à tout prix.

 Cela révèle la nécessité vitale et l’efficacité des espaces non-mixtes.

 Le féminisme fait preuve d’une méthode singulière : il n’existe aucune dichotomie entre la théorie et la pratique. Et pour cause, les groupes de conscience permettent de rendre de compte de l’expérience commune des femmes, qui fait alors système : « Through consciousness raising, women grasp the collective reality of women’s condition from within the perspective of that experience, not from outside of it. » (Catharine Mackinnon), « Grâce aux groupes de conscience, les femmes saisissent la réalité communément partagée par les femmes du point de vue de l’opprimée, et non de l’oppresseur. » Il s’agit donc de décoloniser la pensée, pour changer la réalité des femmes : « les hommes ont le pouvoir de nommer, un pouvoir immense et sublime. Ce pouvoir de nommer permet aux hommes de définir l’ensemble du champ de l’expérience, de déterminer limites et valeurs, d’assigner à chaque chose son domaine et ses attributs, de décider ce qui peut et ne peut pas être exprimé, de contrôler jusqu’à la perception », affirme justement Andrea Dworkin. Que peut-il y avoir de plus menaçant pour le patriarcat que la solidarité féministe ?

 Les gender dévôts, sous leur apparent anti-patriarcalisme, parviennent même à diviser les féministes. Certaines préfèrent se rallier à leur cause et contraindre au silence les féministes radicales, ces méchantes filles. Comme l’a très bien signifié Patricia McFadden dans son article « Why women’s Spaces are critical to Feminist Autonomy » : « Surveiller la conscience politique des femmes est l’objectif clé du « Backlash » patriarcal, cela se manifeste à travers l’exigence des hommes d’être intégrés dans les espaces non-mixtes. »

 Enfin, ce féminisme bien sympathique qui n’est pas anti-hommes, mais plutôt anti-femmes et qui donc ne choque personne, doit être combattu. Je comprends qu’il y ait différents courants féministes, des courants de pensées qui se nourrissent les uns des autres, mais on ne peut tolérer un courant qui contribue à la subordination des femmes, parce qu’il a trop peur de tenir tête aux hommes. Les enjeux sont trop importants. La vie des femmes est en jeu.

 Comme le suggère Sonia Johnson « As long as we’re focused on the men, we’re never going to see that the door to our jail cell is open, that it’s open not into patriarchy, but into our own power. », “ Tant que nous focalisons notre énergie sur les hommes, jamais nous ne verrons d’issue à notre prison, une issue qui ne debouche pas sur le patriarcat, mais qui conduit à notre propre pouvoir”. Le pouvoir de changer les choses radicalement.

© Women’s liberation without borders 2012

 NB : je vous conseille vivement de lire cet article de Patricia McFadden , une brillante féministe radicale , africaine , je précise uniquement pour les partisan-n-e-s de l’analyse postmoderniste (qui n’iront certainement pas lire ce texte, du reste) . Je voulais le mettre en note , mais le site était hacké , donc je ne l’ai pas fait. Il est en marche de nouveau , mais au cas où , je vous suggère d’être prudent-e-s .

 

http://www.isiswomen.org/index.php?option=com_content&view=article&id=630%3Awhy-womens-spaces-are-critical-to-feminist-autonomy&catid=127%3Atheme-mens-involvement-in-womens-empowerment

 

 

 


 

[1] http://www2.law.columbia.edu/faculty_franke/Certification%20Readings/catherine-mackinnon-feminism-marxism-method-and-the-state-an-agenda-for-theory1.pdf

 

[2] The Need for Revolutionary Feminism , Sheila Jeffreys.

 

[3] http://factcheckme.wordpress.com/2009/11/16/the-fallacy-of-cis-privilege/

 

 

 

Merci les gender dévôts !

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« transphobes ! », « anti-hommes ! », « féminazis ! », autant d’expressions intelligentes, faciles à lancer lorsqu’on veut arrêter le débat. Autant d’ignominies parvenues à faire annuler Radfem2012 à Londres. C’est révoltant.

Une fois de plus, les féministes radicales, la résistance des femmes a été marginalisée, écrasée, méprisée.

Mais moi, je n’ai pas envie d’invectiver de quelque façon que ce soit les gender dévôts (les lobbies trans, postmodernistes, queers, libéraux…). Je veux leur dire un grand MERCI.

Merci parce qu’ils (j’inclue les male-identified women) confirment la légitimité de l’analyse et des luttes féministes radicales. En effet, les organisatrices de Radfem2012 avaient stipulé que la conférence ne serait pas ouverte aux masculinistes, aux hommes, aux transexuel-le-s. Une conférence non-mixte, la bête noire des phallocrates qui ne comprennent toujours pas que les femmes forment un groupe politique : de quoi pourraient-elles parler si ce n’est de mecs et du dernier lave-vaisselle ou de leurs Jeans Prada ? Ou l’autre version : les hommes doivent avoir une place dans le féminisme ! Toujours les hommes, il ne faudrait pas déplaire aux demi- dieux. Voilà qu’on déclare Radfem2012 discriminatoire.

Les femmes sont exploitées et opprimées dans toutes les sphères de toutes les sociétés, mais ceci relève du droit légitime des hommes à opprimer des femmes ; donc cela ne fait rien. On le remarque à peine. C’est précisément la raison pour laquelle on dit des féministes radicales qu’elles sont sectaires : le patriarcat repose sur la division et la subdivision des femmes dans les institutions phallocrates, lorsque les femmes se réunissent pour lutter ensemble, en tant que classe, cela constitue une réelle menace. C’est ce qu’ont montré les actions pitoyables des activistes trans.

Interrogez-vous, pourquoi s’obstinent-ils à vouloir intégrer des conférences féministes radicales ?

Pourquoi la question transsexuelle devrait-elle monopoliser toute la conférence ?

Pour contraindre une fois de plus les femmes au silence. Leur vécu n’a pas d’importance, puisqu’être femme, ça ne veut rien dire non ? (cf http://beyourownwoman-feminism.over-blog.com/article-je-suis-libre-cette-incantation-magique-censee-nous-liberer-des-structures-oppressives-106107154.html) La Suprématie Masculine dans toute sa splendeur !

Ceux qui nous parlent de liberté à longueur de journée, dénie celle des femmes de s’organiser entre elles ! Je vous pose la question : de qui se moque-t-on ?

Qui meurent tous les deux jours sous les coups de leurs compagnons ? Qui sont violées, parce qu’une femme non violée constitue un oxymore ? Qui sont prostituées ? Qui sont sexuellement harcelées ? Qui n’ont pas le luxe de choisir de changer de sexe parce qu’elles se sentent males (mâles ?), dans le mauvais corps ! Qui se fout de la gueule des femmes ici ?! Elles iraient contre le principe le concept ou je ne sais quoi d’égalité ? Ont-elles au moins droit à une once de respect, de dignité et d’égalité, les femmes ! Non. Elles sont méprisées. Les transexuelles ont *choisi* de se conformer aux codes patriarcaux, les femmes survivent comme elles le peuvent.

Même ici peut-on réellement parler de choix ? Le genre n’est pas une question individuelle mais politique. Il repose sur la subordination des femmes aux hommes : « l’un et l’autre (le masculin et le féminin) sont les deux faces de la relation de pouvoir » (Colette Guillaumin). Alors, à quoi ça rime de revendiquer l’un ou l’autre genre, si ce n’est à réclamer un pouvoir fondé sur l’inégalité ?

Est-ce vraiment innocent que des femmes et des hommes se sentent davantage l’un ou l’autre ? N’est-ce pas lié à une organisation sociale spécifique ? Oui, car dans une société sans hiérarchie patriarcale, féministe donc, être femme ou homme ne voudrait rien dire. Ainsi, être subversif, prétendre que la pratique transexuelle (je ne vise pas les personnes) déconstruit le genre, je dirais plutôt qu’elle réifie les catégories sexuées. Et c’est grave. On ne s’en sortira jamais si on continue de la sorte.

Le problème, je l’ai dit plusieurs fois, est que les gens ramènent tout à leur personne. Ils n’ont aucune perspective d’ensemble : le « moi » est devenu Dieu, sacré, intouchable. Critiquer une position politique, devient une critique personnelle. Nous avons une société de micro-dictateurs phallocrates.

Interdire Radfem2012 est injuste. Mais cette interdiction révèle la fraternité des hommes entre eux. Les hommes sont très solidaires quand il s’agit d’opprimer les femmes, les « Male to Female » activistes transexuels ne font pas exception. Leur comportement a montré qu’ils font toujours usage de leurs privilèges masculins, que leurs intérêts sont plus importants que ceux des femmes, quitte à paralyser toute une conférence.

La première conférence féministe radicale en 25 ans a été gâchée (pas totalement, puisque les organisatrices n’ont pas l’intention de l’annuler) par des réactions de simplistes phallocrates qui, au lieu d’avancer des arguments rationnels n’ont su que dire « Sheila Jeffreys est transophobe », ça révèle une recherche très approfondie sur son travail n’est-ce pas, ou encore des insecticides « Ridfem ». La haine vient d’eux. Sans parler, excusez-moi de le dire comme cela, ça risque de rappeler un certain phallocrate, des féministes bien pensantes, qui partent aussi du point de vue de la droite : « si elle est contre , nous , on est pour ! » pour finalement défendre la caste des hommes.

Un dernier grand MERCI aux lobbies transexuels : vous vous rappeler de la citation de Somer Brodribb que je mentionnais dans l’article « Avons-nous le temps d’attendre ? » ? La rage est le moteur de la lutte politique féministe radicale.

Alors Merci à vous, phallocrates professionnels, parce que vos actions n’ont fait qu’accélérer le processus. En ce qui me concerne, j’ai la rage plus que jamais devant tant de misogynie manifeste, j’espère que vos actions ont réveillé et enragé plus d’une féministe.

Face à tant de réactions négatives concernant une conférence non-mixte de femmes, je vous repose la question, nous féministes radicales en France, solidaires des féministes du monde entier y compris des britanniques et sachant que la vague postmoderniste se propage : avons-nous le temps d’attendre ?

J’en étais persuadée, mais maintenant j’en suis vraiment sûre : il est temps pour le féminisme radical d’émerger. Il est temps de (re)penser (à) la LIBERATION des femmes.

© Women’s liberation without borders 2012

NB : je tiens quand même à vous donner le lien de deux transexuelles, qui comprennent bien la nécessité des espaces réservés aux femmes.

http://www.transactivisty.com/2012/05/no-more/

http://borngenderless.blogspot.co.uk/2012/05/transwomans-support-for-rad-fem-2012.html