Annulation de RADFEM2013 : quand les Queers et les masculinistes font cause commune.

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«  Priver un individu de ses droits fondamentaux, c’est d’abord le priver de la capacité du politique » – Hannah Arendt.

L’année 2013 serait-elle l’année des masculinistes ? En tout cas, ils passent à l’offensive : entre animateurs télé faisant la part belle aux proxénètes[1], les pédopsychiatres tels Marcel Ruffo et Aldo Naouri banalisant et encourageant le viol, ou encore l’association des SOS les papas ( dont Aldo Naouri fut membre du comité d’honneur dans les années 2000)  , militant pour le droit des pères de posséder les femmes et les enfants, et par là-même, en faveur de la restauration du ‘pater familias’, il semble que rien ne les arrête dans leur entreprise de destruction et de dénigrement des femmes.

La complaisance des institutions est absolument inouïe, mais elle ne montre que trop bien le fondement patriarcal des instances politiques. Cette tendance se cristallise cette année -une fois de plus -au Royaume-Uni, avec l’annulation de RadFem2013.

Les masculinistes ont pris d’assaut l’association chargée des réservations, sous prétexte que la conférence inciterait à la haine (‘ hate speech’), et ferait preuve de discriminations envers les hommes. L’année dernière, des arguments similaires ont été avancés par les militants transexuels d’obédience Queer, étant donné que la conférence est réservée aux femmes nées femmes.

Les bien-pensants peu au courant du caractère proprement phallocrate de la pensée et du militantisme Queer pourraient être étonnés d’observer que ces deux groupes s’entendent parfaitement pour l’annulation de la conférence féministe. Mais le fait est que la pensée postmoderne procède à un inversement de valeurs, ces-dernières sont conservées dans leur totalité, et résulte alors à un conformisme sophistiqué qui ne fait que légitimer l’organisation patriarcale. Le schéma ci-dessous en est une illustration parfaite :

                                                                                               Queerstupidity

Dès lors,  le patriarcalisme traditionnel et postmoderne s’accorde sans aucune difficulté.

Mais l’annulation de RadFem2013 pose un problème très grave : celui de l’exercice effectif du pouvoir politique des femmes. Les masculinistes et les militants transexuels sont en train de confisquer aux femmes leur droit fondamental : celui de s’organiser de manière autonome, de se réunir dans l’espace public pour mettre à jour leurs revendications sur la scène politique. C’est la participation des femmes au monde[2] qui est remise en cause, parce qu’elle présente un danger pour les instances phallocrates structurant l’espace commun selon une logique consensuelle.

On comprendra mieux les raisons pour lesquelles le féminisme politique fait l’objet de diffamation, de tant de violence et de si peu de soutien de la part de groupes féministes d’autres tendances (je récuse comme vous le savez les féminismes’, preuve en est, ils ont bien d’autres buts que la libération des femmes de la suprématie masculine ! Il s’agit d’une pluralité qui n’a d’autres fins que l’alignement du féminisme sur les valeurs et concepts androcentrés).   Il instaure une conception de la politique nouvelle : à l’heure où les experts dépolitisent les affaires communes, le féminisme politique s’impose à contre-courant de l’ordre dominant,  assume le conflit et redéfinit les modalités de l’exercice du pouvoir politique.

Non, les féministes radicales ne font pas preuve de sectarisme. Ce sont bien les masculinistes et les Queers qui tentent de réprimer les actions politiques féministes, en prétextant l’exclusion des subordonnants. Un sophisme empreint de mauvaise foi, qui ne dissuade pourtant pas les médias et une bonne partie des groupes dits ‘féministes’ d’apporter leur soutien aux gardiens de la phallocratie.

                                                                               ***

 

                   RadFem2013 devait avoir lieu le 8 et 9 juin au London Irish Centre.  Les masculinistes ont dès lors riposté en déplorant le fait que la conférence était non-mixte. Pour ces messieurs, il s’agit d’une incitation à la haine contre les hommes. Poussant plus loin l’ineptie, selon eux, les féministes radicales veulent exterminer les hommes et instaurer le Matriarcat. Ils parlent de conspiration féministe. Posant les hommes en victimes, mettre un terme à la conférence serait absolument nécessaire pour poser des limites au pouvoir incontrôlable et envahissant des femmes.

Il s’agit là d’un délire difficile à prendre au sérieux, et pourtant, ces groupes pour ‘les droits des hommes’ utilisent des techniques d’intimidation mettant en danger la vie même des féministes et des partisan-n-e-s. Le personnel de l’association gérant les réservations a été victime de harcèlement, poussant les dirigeants à annuler la disponibilité du lieu d’accueil  pour protéger le personnel.  Mais ils n’ont en aucun cas reconnu le bien-fondé des revendications masculinistes.

Des actes de violences et d’intimidations à répétition ont eu raison de la ténacité de l’association.  L’article du blog ‘Sisterhood is powerful’ [7] révèle également que les masculinistes ont des cibles spécifiques et pratiques des enquêtes légalement douteuses pour s’en prendre à la personne : «  [Les masculinistes] ont promis une récompense de 1000 dollars pour celui qui trouvera le véritable nom d’une femme, et une fois qu’ils l’ont obtenus, ils l’ont harcelée. ». Une autre femme a été menacée de mort, et a dû faire profil bas pour ne pas qu’on la retrouve.

Nous en sommes donc à des pratiques terroristes de la part d’hommes violents qui usent du principe d’égalité et de liberté pour empêcher les femmes de s’organiser. Pourtant- vous vous en doutez- la conférence ne prône en aucun cas une hostilité violente, il s’agit de se rencontrer, de former son esprit, de penser, de débattre entre femmes. La lutte contre la suprématie masculine est au cœur de cette rencontre, il n’est pas surprenant que les demi-dieux se sentent menacés.

            Face à une telle animosité viriliste, on aurait pu s’attendre à un soutien de la part des pouvoirs publics, ou d’autres ‘féministes’. Que nenni, les militants Queers ont profité de l’occasion pour prêcher leur évangélisme genriste, emportant avec eux tout le soutien des libéraux. Comme un air de déjà vu, le ‘trangenrisme’ se retrouve au cœur de la controverse.

Cette année encore, les militants transexuels n’ont pas taris d’insultes et de violences envers les féministes et les femmes nées femmes : apparemment le ‘ Die CIS SCUM’[3] (CIS = femme privilégiée car peut porter des talons hauts, elle entre dans les normes) est à la mode et a refait surface, l’apitoiement et la victimisation des hommes-tel que l’exercent les masculinistes- sont de mise, et prennent le pas sur le projet de libération des femmes.

Cis

Telles des machines ou des automates, les seuls mots que les militants transexuels connaissent sont : «  sectaire », «  transphobe », « haine » … jamais le fondement analytique du féminisme politique en ce qui concerne le ‘transgenrisme’ n’est abordé.

Et pour cause, les transexuels prônent une pluralité consensuelle. Leur relativisme n’a d’effectivité que parce qu’il légitime le patriarcalisme. En encourageant l’inclusion des ‘trans-femmes’,  les queers-comme les masculinistes- veulent envahir l’espace de discussion des femmes. S’ils assumaient véritablement la pluralité, la différence, le conflit, alors ils admettraient que la politique n’a pas vocation à plaire à tout le monde, elle est dissenssuelle ou elle n’est pas. Les femmes ont donc le droit légal et moral de s’organiser comme elles le souhaitent.

Le féminisme politique met à jour une analyse et une pratique politique qui précisément n’a pas pour objet de s’accorder avec le consensus dominant,  ni de faire consensus, impolitique par définition.  En d’autres termes, l’approbation des hommes est proprement superfétatoire.

L’espace politique[4] est donc le lieu de la confrontation, il est constitutif dès lors d’un espace commun pluriel[5] , au sein duquel les femmes font valoir leur singularité. La conférence en l’occurrence, participe de cet espace puisqu’elle est d’une part une remise en cause des instances patriarcales, homogénéisantes et aliénantes et d’autre part, c’est l’émergence des femmes comme sujets politiques autonomes qu’elle rend possible par l’échanges.

                   Mais le fait est que l’espace politique est privatisé par les patriarcalistes, qu’ils soient masculinistes ou queers : la solidarité des hommes entre eux pour dominer les femmes n’a pas de limites.

Une des conséquences fort alarmante est le soutien de féministes- qui bien sûr font l’apologie des féminismes pour défendre des positions antiféministes, logique : si le féminisme n’appartient à personne, alors il appartient à tout le monde, qu’il n’est plus aucune substance, qu’importe ?- mettant en avant la fameuse intersectionalité : les féministes doivent s’intéresser à toute la misère du monde (des hommes), sauf celle des femmes.  

Figure de la mère sacrificielle, de la femme fidèle à l’homme, son espèce de dieu auquel elle aurait prêté allégeance, tout engagement en faveur des femmes ne constituerait pas moins qu’une discrimination envers les groupes exclus (mais d’où ?) masculins. Et comment pourrait-il en être autrement ? Quand on réduit l’organisation patriarcale à un système normatif, l’oppression des femmes à un sentiment, quand on prône un nihilisme tel, qu’on fait du renoncement un acte politique ‘subversif’, on ne peut pas comprendre que les femmes forment un groupe subordonné et que c’est cette subordination qui sous-tend toute l’organisation politique ou ‘policière’ selon le terme de Rancière.  Rien n’a de sens, la politique est au grès de mes caprices, et comme l’a suggéré la Queer Gail Rubins : je dois pouvoir laisser librement s’exprimer mes passions en société. Incarnation parfaite de la pluralité consensuelle, immorale, impolitique, dangereuse pour les femmes comme être politiques et comme êtres humains, les tactiques d’intimidation des queers visent à faire des femmes des ‘narcisses désolées’ [6] , réifiées par les hommes et les institutions patriarcales, pour qu’elles se perdent elles-mêmes et se résignent.

Les masculinistes et les Queers veulent la mort (physique et) politique des femmes. Ils utilisent les instances en leur faveur pour faire valoir leurs privilèges patriarcaux. S’inscrivant parfaitement dans une société phallocrate postmoderne, où la dépolitisation est reine, ils peuvent aisément utiliser les principes d’égalité et de liberté pour empêcher les femmes de s’organiser, et s’imposer comme victimes. La logique de toute entreprise étant consensuelle, c’est-à-dire visant au maintien de la phallocratie en niant les rapports de domination, dès lors que des femmes initient des actions à contre-courant, elles sont victimes d’hostilité de tous les bords : médias, journaux, justice, féministes antiféministes, hommes …

                                                                          ***

         Enfin, comme l’année précédente on observe un deux poids- deux mesures flagrant. Les groupes les plus haineux peuvent s’organiser, y compris les masculinistes et les militants transexuels Queers, ils ne font pas pour autant l’objet d’attaques, et on leur accorde toute leur légitimité. Donc clairement, il faut choisir son camp. Arrêtons avec les excuses incessantes auprès des hommes, auprès des Queers, il faut imposer LE féminisme POLITIQUE, faisons de la politique autrement. C’est notre seul moyen en tant que femmes et en tant qu’être politiques de survivre : ne pas céder au consensus, se battre pour être partie prenante du pouvoir politique.

J’ai honte pour les dites féministes qui soutiennent et se réjouissent de l’annulation de RadFem2013. Les femmes ne récoltent jamais les lauriers de la collaboration avec les hommes. Jamais. Encore moins quand l’usage de la violence  et de l’intimidation à l’encontre des féministes radicales et de celles/ceux qui les soutiennent est le moyen privilégié des masculinistes et des Queers pour arriver à leurs fins. Ce sont des MYSOGINES, rien d’autre. Il est temps de le comprendre.  

Vous pouvez écouter ici une interview d’une des organisatrices de RadFem2013.

NB : L’interview ci-dessus a été supprimée pour la raison suivante : "I’ve removed this interview as I’m no longer comfortable associating myself with Rad Fem 2013 in a journalistic capacity. I’m closing comments here as well. Apologies for the inconvenience". Circonstance aggravante, les féministes se retrouvent muselées, poussées à bout par des commentaires insultants qui ne permettent en aucun cas le débat, voilà l’illustration parfaite d’autoritarisme qui détruit la politique : aucun espace pour s’exprimer, penser, la violence destructrice impose le droit du plus fort. Amis queers et masculinistes, vous pouvez être fiers de vous. Mais ne prenez pas cela pour une victoire, la résistance ne sera que plus forte.


[2] J’utilise le terme au sens arendtien, il désigne le cadre de la vie politique.

[3] Traduction très approximative : «  Meurt sale vermine », oui, les femmes sont des vermines qui ont le malheur d’être nées avec un vagin. C’est fou comme ils sont révolutionnaires ces Queers, jamais les femmes n’ont été insultées et leurs corps dénigrés de la sorte.

[4] Précision : dès lors qu’il y a un espace politique non privatisé par les patriarcalistes, et sans cesse élargit par la réactualisation du litige, l’argument concernant l’exclusion des transexuels n’est plus valide car l’espace politique est celui de la rencontre de ‘mondes’ (sens large) antagonistes (à des fins non consensuelles).

[5] Cf Responsabilité et Jugement, Hannah Arendt.

[6] Je définirai le terme dans un prochain article, je reprends une fois le plus la notion de désolation d’Hannah Arendt, il renvoie à la perte de l’appartenance au monde commun, à la superfluité humaine tant l’individu ne peut plus penser, juger, il est résigné.

[7] https://sisterhoodispowerful.wordpress.com/2013/04/27/the-dangerous-tale-of-the-mres-and-their-allies/

© Women’s liberation without borders [2013]

La haine de la démocratie.

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Je vous propose un compte-rendu de La haine de la démocratie écrit par Jacques Rancière. J’ai pensé utile de le proposer, puisque ce livre offre des pistes de réflexions importantes. S’il ne s’agit pas de trouver chez cet auteur, dont on peut faire la critique, ’la vérité’, il donne tout de même matière à penser. Et chères lectrices et peut-être lecteurs, étant donné que vous allez me servir de cobayes pour mon travail sur la démocratie d’un point de vue féministe, comprendre les concepts de Rancière facilitera certainement la lecture (sauf si vous êtes déjà initié-e-s!), puisque j’en parlerai à plusieurs égards.

 

                                                                     La haine de la démocratie.

                                                                                         Jacques Rancière

 

         Selon les experts, la société de masse, caractérisée par les désirs illimités des individus, est  un trait distinctif de la démocratie, une forme de gouvernement dangereuse, inconstante, une maladie à l’origine de désordres qui légitiment tous les caprices : mariage homosexuel, essor de la télé réalité, sécurité sociale en déficit, autant de revendications, de phénomènes qui corrompent toute gouvernance qui se veut bien réglée.

Si la démocratie a fait l’objet de critiques dans l’histoire,  notamment marxiste, en faveur d’une démocratie ‘réelle’, au sein de laquelle la liberté et l’égalité se traduiraient dans les formes de la vie matérielle, par opposition à la démocratie ‘formelle’, représentée dans les lois et les institutions sans être véritablement effective ; la nouvelle haine de la démocratie ne formule aucunement une critique des institutions, elle suppose au contraire une crise de la civilisation, par laquelle l’Etat serait aliéné à la société démocratique. Ainsi, la bonne démocratie, serait précisément celle qui réprime l’excès du « démos », et qui obéit à une lutte des civilisations : imposer la démocratie au monde à la force des armes, voilà qui remettrait les individus avachis de la société démocratique sur le droit chemin.

Il s’agit alors d’examiner le scandale que porte la notion de démocratie, ce principe de gouvernement anarchique où personne n’a de titre à gouverner, et par là-même les enjeux d’une haine, et la politique qu’elle met en œuvre.

                                                                      ***

De la démocratie victorieuse à la démocratie criminelle.

« La démocratie se lève au Moyen-Orient », titre du journal  britannique The Economist qui porte le flambeau du libéralisme économique, se réjouissant des élections en Irak, et fustigeant ces idéalistes qui revendiquaient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le ministre américain de la Défense affirmait alors, après les pillages ayant suivi la mort de Saddam Hussein : « nous avons apporté aux irakiens la liberté ».  Ce que ces faits révèlent, est une conception de la démocratie qui n’est pas cette idée utopique du gouvernement du peuple par lui-même, mais précisément, elle est ce désordre du peuple avide, soumis à ces passions, et elle nécessite par conséquent, l’intervention d’une superpuissance. Une force extérieure qui ne se caractérise pas seulement par la puissance militaire, mais par son pouvoir de maîtriser le désordre démocratique.

A cet égard, et comme le suggérait déjà le rapport The Crisis of Democracy trente ans plus tôt, il serait avéré que la crise de la démocratie est causé par l’excès de vie démocratique, c’est-à-dire l’émergence d’une culture oppositionnelle nourrit par les «value-oriented intellectuals », doux rêveurs proclamant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mettant à mal le pragmatisme américain, seul capable d’instaurer le bon gouvernement, c’est-à-dire celui capable de maîtriser cet excès.

La seule solution qui se présente alors, consiste à canaliser cette énergie démocratique par la consommation. Mais un double-excès s’impose alors : d’un côté une vie démocratique trop investie dans les affaires publiques, de l’autre, une vie démocratique quasi-inexistante, les individus étant repliés sur eux-mêmes, focalisés sur la satisfaction de leurs besoins matériels. Cela implique la ruine du gouvernement démocratique, garant de l’ordre ; la répression de la ‘vie démocratique’ en est d’autant plus légitime: « que les démocraties soient ‘ingouvernables’ prouve surabondamment le besoin qu’elles ont d’être gouvernées, et c’est pour [les experts] une légitimation suffisante du soin qu’ils prennent justement à les gouverner ». D’autant que les libéraux ont remplacé la « bourgeoisie » définit par Marx et Engels dans le Manifeste du Parti Communiste selon lesquels : « [la bourgeoisie] a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange », par « l’homme démocratique », en identifiant l’égalité démocratique à l’égalité d’échanges de la prestation marchande : «  L’égalité des droits de l’homme traduit l’ ‘’égalité’’ du rapport d’exploitation qui est l’idéal achevé de l’homme démocratique ».

Contre ce pessimisme américain, les postmodernes procèdent alors à un inversement des valeurs  et réhabilitent « l’individualisme démocratique », où le consommateur narcissique participe à la vie démocratique au grès de ses plaisirs intimes.

Les experts s’efforcent dès lors de dépeindre la société comme un tout homogène, une vie démocratique alimentée uniquement par des intérêts irrationnels et déraisonnables quels qu’ils soient. Ainsi, « la vie démocratique devient la vie apolitique du consommateur indifférent de marchandises, de droit des minorités, d’industrie culturelle et d’enfants produits en laboratoires ». 

La politique ou le pasteur perdu.

Cette conception n’est cependant pas nouvelle. Dès l’Antiquité, Platon déplorait déjà dans La République la démocratie comme le gouvernement de l’inconstance. Pour lui, la démocratie est le règne de la loi abstraite, par opposition à la sollicitude du médecin et du pasteur. La vertu du médecin ou du pasteur réside dans le fait que, contrairement aux tyrans, leur science s’exerce uniquement sur ceux qu’ils soignent. Mais d’un autre côté, cette science s’oppose aux lois de la Cité, valables pour tous. Aussi, selon Platon, tout est comme si le médecin avait laissé des ordonnances prétendument valables pour toutes maladies. Par conséquent, l’universalité des lois est un leurre, elles sont le fait du bon plaisir de l’ « homme démocratique ». Plus encore, ce « bazar aux constitutions » bouleverse toutes les relations structurant la vie humaine : les gouvernés ont l’air de gouvernants et vice versa. 

A partir de là, les experts modernes redoutent un mal plus profond encore que la démocratie frivole et soumise aux passions de l’ « homme démocratique » : la démocratie ne serait pas la forme du ‘bon gouvernement’, mais le principe même de la politique. Ici se trouve le scandale démocratique : ni la nature, ni Dieu, ni la science ou la richesse ne constituent des titres à gouvernés. Les gens « bien-nés » doivent alors s’incliner devant la loi du sort. En effet, le tirage au sort est la pratique qui réalise ce principe démocratique anarchique. Et la démesure démocratique réside en la perte de mesure selon laquelle la nature donnait les lois régissant les relations humaines : « [Le scandale] est celui d’une supériorité fondé sur aucun autre principe que l’absence même de supériorité ». En conséquence, le ‘bon’ gouvernement est celui de ceux qui ne désirent pas gouverner, pas plus qu’ils n’en ont le titre.

Ceci constitue le point de départ de la politique. La politique est une scène où les « incomptés » viennent exposer le tort qui leur est fait, elle se dresse face à la « police », cet ordre hiérarchique qui attribue à chacun une place spécifique ; et reconfigure alors de manière dissensuelle le « partage du sensible ». La démocratie n’est donc pas cette illimitation des désirs empiétant sur la sphère politique. Mais au contraire, elle met fin à l’autorité qui s’étend précisément à la société dite civile.

La démocratie pose alors la question de l’égalité. Celle-ci est un axiome, elle ne constitue pas un objectif à atteindre mais elle consiste à dénaturaliser les relations hiérarchiques, elle manifeste de ce fait, l’inégalité. Cette-dernière est la réponse à une égalité irréductible : qu’un pouvoir doit être légitime pour fonctionner suppose bien la reconnaissance de la part des oligarques, de l’égalité : «  La société inégalitaire ne peut fonctionner que grâce à la multitude de relations égalitaires ».

En somme, la démocratie n’est pas une société à gouverner, ni un « gouvernement de la société », c’est un  principe d’autorégulation anarchique, qui ne repose sur aucune compétence (ou incompétence).

Démocratie, république, représentation.

Force est de constater qu’il n’existe pas aujourd’hui de gouvernement démocratique. Le gouvernement s’exerce de la minorité sur la majorité, le pouvoir du peuple n’est pas envisageable et ne peut être effectif, car d’après les experts, la démocratie directe pouvait s’appliquer à Athènes, où les citoyens ne sont pas nombreux et le territoire restreint, mais certainement pas dans les sociétés modernes : seule la représentation peut fonctionner. C’est-à-dire qu’une minorité qualifiée, compétente, une oligarchie, se trouve apte à diriger les affaires communes. Or dans l’histoire, seuls les ordres, ou des états sont représentés. L’élection de représentants ne fait pas exception, à ceci près qu’elle exprime un consentement unanime à l’égard d’un pouvoir qui n’a pas vocation à être destitué.

Les gouvernants instituent alors la sphère publique, sans cesse réduite au profit de la sphère privée. Et pour cause, il s’agit d’éviter la rencontre entre dirigeants et ceux qui ne sont pas membres de l’appareil étatique. Aussi, la démocratie est « le processus de lutte contre cette privatisation », le processus d’élargissement de la sphère publique. Contrairement aux prétentions libérales, ceci ne consiste pas à établir l’empiètement de l’Etat sur la société, tel un régime totalitaire. Mais cela implique davantage la mise à mal d’une double domination oligarchique dans l’Etat, au sein de la sphère publique, et dans la société. L’approche « représentative » est donc à ‘double-ressort’: on suppose d’une part l’égalité de tous les citoyens, et même une égalité naturelle entre les hommes d’après la DDHC, alors que celle-ci ne serait que valable dans la sphère juridico-politique ; et dans cette sphère publique, la souveraineté supposée des citoyens, ne l’est qu’en tant qu’elle est déléguée à des représentants.  Il s’agit en fait de distinguer la sphère publique appartenant à tous, de la liberté de chacun dans la sphère privée. Et « cette liberté de chacun est la liberté, c’est-à-dire la domination de ceux qui détiennent les pouvoirs immanents à la société ».  Pareillement, la sphère publique est privatisée, limitée par les gouvernants, ceux qui ont le monopole des institutions. Le trait d’union des deux sphères est la loi oligarchique.

D’autre part, la dualité entre « homme » et « citoyen » a servi à la construction de sujets politiques mettant en scène la double logique de la domination séparant l’homme public de l’individu privé. Olympe de Gouges, rédactrice des Droits de la femme et de la citoyenne montre bien la contradiction des prétentions libérales, ou révolutionnaires. En effet, l’auteure déclare « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune ». Si un pouvoir révolutionnaire peut condamner des femmes à l’échafaud, alors même qu’elles ont été reléguées à la sphère privée, domestique, particulière, c’est que précisément leur « vie nue » est politique.

La démocratie est donc action, des actions qui s’inscrivent dans un processus qui reconfigure les distributions du privé et du public.

C’est cet aspect que récuse la République qui proclame la séparation stricte du domaine privé, particulier, au règne de la loi universelle dans la sphère publique. Aussi, la République reconnaît certes la loi émanant de la volonté populaire incluant « l’excès du démos », mais elle suppose également un principe régulateur : « il ne faut pas à la république seulement des lois, mais aussi des mœurs républicaines ». Il s’agit d’instituer une homogénéité entre l’Etat et les mœurs de la société. D’où l’utilité de l’Ecole républicaine : l’éducation n’a d’efficacité que dans la mesure où elle est une redistribution des places dans la société ; de sorte que les républicains, tels Jules Ferry, réclament une certaine pureté politique assurée par la science politique. Car les sciences naturelles, les mathématiques ne sont pas des domaines prédisposés à la formation citoyenne, seule la science politique permet de déterminer une direction commune entre l’Etat et la société. La politique (re)devient alors une affaire étatique, de gestionnaires et d’élites éclairées.

Les raisons d’une haine.

Lorsque l’on parle de démocraties, il faut entendre que nous vivions dans des Etats de droit oligarchiques. Raymond Aron en convient : «  On ne peut concevoir de régime, qui en un sens, ne soit oligarchique ».  Ces Etats de droit oligarchiques trouvent le pouvoir des oligarques limité par les libertés individuelles et la souveraineté populaire. Mais cette  liberté individuelle et cette souveraineté ne sont admises qu’en tant qu’elles ne bouleversent pas l’ordre oligarchique. Il sera ainsi bien difficile, même en admettant la liberté de la presse, de créer un journal sans aide de puissances financières, les initiateurs ne risqueront toutefois pas la prison. La démocratie serait donc le gouvernement qui permet de concilier les contraires, de réaliser un équilibre autorisant  les initiatives populaires qui alimentent la vie démocratique, tout en étant canalisées.

Parallèlement, c’est une culture du consensus qui se met en place. On répudie les conflits, les problèmes sont objectivés, on demande les solutions aux savants ou aux représentants experts des intérêts sociaux.  Tel est le cas lors des élections, tout parti ou courant politique qui n’obéit pas à la ligne gouvernementale oligarchique est qualifiée d’ « extrémiste » : «  le système dit majoritaire élimine les partis extrêmes et donne aux ‘partis de gouvernement’ le moyen de gouverner en alternance ; il permet ainsi à la majorité, c’est-à-dire à la plus forte minorité, de gouverner sans opposition pendant cinq ans (…). ». L’augmentation du taux d’abstention, n’est pas tellement la marque d’une dépolitisation, mais au contraire, elle signale un désir que la politique soit autre chose que le choix entre oligarques interchangeables.

 Plus précisément, aujourd’hui, ce que les experts tendent à décrier, c’est l’équilibre conflictuel, et non consensuel, qu’avaient tant bien que mal permis les Etats de droit oligarchiques grâce au principe de souveraineté populaire, même si lui aussi est une fiction. Depuis l’effondrement du système soviétique, la vision consensuelle des oligarques a donné une orientation figée, définitive à toute entreprise gouvernementale et démocratique : l’économie et l’illimité du pouvoir de la  richesse.  Mais le gouvernement a dès lors une double tâche : celle de supprimer les limites nationales pour permettre la circulation illimitée du capital, et en même temps, faire en sorte que l’expansion illimitée du capital soit soumise aux limites des nations. La légitimation du pouvoir oligarchique est donc dans la cohésion du principe de la richesse et du principe de la science.  Le peuple est alors considéré comme une totalité qu’il convient de diriger ; tout homogène, il n’est plus partie prenante des décisions politiques : «  Le temps n’est donc plus où la division du peuple était assez active et la science assez modeste pour que les principes opposés maintiennent leur coexistence. ».

Ainsi, lorsque la science des experts est contestée, cela signifie que le peuple est ignorant. Telle a été l’explication donnée lors des résultats du référendum en 2005, sur la Constitution européenne. Un mot résume cette explication : le « populisme » : «  sous ce terme, on veut ranger toutes les formes de sécession par rapport au consensus dominant (…). ». Le fait est que la légitimité scientifique ne parvient pas tout à fait a concurrencé la légitimité populaire, même admise dans les systèmes représentatifs.  Le terme de « populisme » révèle donc le souhait des oligarques : gouverner sans peuple, sans démultiplication du peuple, c’est-à-dire sans politique. Plus encore, la gestion oligarchique de la richesse devient une question de foi : on comprend aisément que l’accroissement du capital obéit à un calcul et une science spécifique, que cette science entre en contradiction avec les politiques sociales des Etats nationaux est également admissible, mais dire qu’elles sont des lois historiques inévitables permettant la prospérité aux générations futures, à condition qu’elles abandonnent leurs acquis sociaux ne relèvent plus de la science, mais bien de la croyance. L’ignorance du peuple, est ainsi son manque de foi en la « science royale ».  Aussi, en créant des instances supra-étatiques, qui n’ont de compte à rendre à aucun peuple, les oligarques dépolitisent les affaires publiques, en éloignant les peuples de toute sphère politique, polémique, dissensuelle par définition.

En conséquence, la haine de la démocratie révèle d’une part l’entreprise de dépolitisation des questions de la vie publique pour en faire des « phénomènes de société », tout en contestant les formes de domination qui organisent la société ; d’autre part, elle passe sous silence la domination oligarchique des Etats et celle des économies oligarchiques, en faisant de la démocratie une forme de société alimentée par l’appétit dévorant du peuple, prétendument accentué par l’ « égalité des conditions ».  Le point d’orgue idéologique réside dans l’idée que la lutte contre la démocratie est urgente, car elle est une forme de totalitarisme.

                                                                         ***

        Finalement, la haine de la démocratie nous oblige à retrouver la puissance d’une idée singulière, celle d’un principe politique d’autorégulation anarchique, d’un gouvernement de ceux qui n’ont pas de titre à gouverner. Elle suscite la peur pour les Maîtres à penser, mais elle est courage, action, démultiplication et participe de ce fait, à un processus d’émancipation. « Elle est l’action qui sans cesse arrache aux gouvernements oligarchiques le monopole de la vie publique et à la richesse la toute-puissance sur les vies. Elle est la puissance qui doit, aujourd’hui, plus que jamais, se battre contre la confusion de ces pouvoirs en une seule et même loi de la domination."

© Women’s liberation without borders [2013]

Anne Lister: not a 'modern' woman

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It is often said of independent, strong-willed women of the past who defied the social rules and norms that they are women “ahead of their time”. By this it is understood that should a woman behave in a similar way in contemporary society, they would be included and accepted within society, that less barriers would exist for contemporary women who wished to have a comparable lifestyle and equitable achievement.

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Back from the London Feminist Film Festival

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By Witchwind

These 4 days of feminist film festival in London have brought me back the hope, the sisterly, positive and creative energy that Patriarchy and men were stealing away from me for the last few months of activism. Being in the company of radical feminists from different parts of the world and spending entire days watching feminist films about women bravely fighting against men's violence, bonding together, pushing the boundaries of their captivity in the male system and creating new worlds of their own, was enough to fill me with renewed joy and fire.

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Forgiveness + Positive Thinking = Eating Shit

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Every patriarchal religion has a Forgiveness Clause. Forgive! It's Holy! Get Whole again!  Why even the Dalai Lama says forgiveness is good for you. And not only that, any psychologist who spent all that money getting the paper-thingee to sit and listen to kinda redundant incest/depression tales will tell you the same: Forgive! Because it's the only way you'll heal...

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This is such a true article.

Le féminisme, remède au relativisme politique et culturel.

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Nous observons aujourd’hui l’enthousiasme général à l’égard de ‘féminismes’ "exotiques", "décolonisés" non pas parce qu’ils sont en rupture avec la phallocratie, mais au contraire, parce qu’ils défendent l’ordre dominant sous prétexte d’"exception culturelle" et de rupture avec l’Occident. Comme l’a dit Catharine Mackinnon, il s’agit en fait "d’une défense multiculturelle de la domination masculine", qui a l’intérêt tout particulier de diviser les femmes, et de les faire "adhérer  aux ficitons des hommes", selon les mots d’Ana Pak ; rendant ainsi la lutte féministe inutile, si ce n’est lorsqu’il s’agit l’instrumentaliser.
                                                    **
Je vous laisse découvrir l’interview d’Ana Pak, féministe iranienne et membre du collectif Lesbiennes-Féministes-ba-ham (CLFBH) qui nous livre son point de vue sur ce phénomène relativiste faisant courir un grand danger aux femmes du monde entier.
                                                    ***
1.    Vous êtes une exilée politique iranienne, une féministe radicale, pensez-vous que votre expérience iranienne a eu une répercussion sur votre vision du féminisme ?

 

En effet. Lorsque la révolution iranienne éclata en 1979, je sentais déjà dans mon très jeune cœur le cri des millions de personnes qui souhaitaient trouver la liberté.

Mais cette révolution a été instrumentalisée par des islamistes (qui constituaient une infime minorité). Ce que nous voyons aujourd’hui en Égypte, en Tunisie, au Libye et dans d’autres pays sous les lois islamiques. Ils ont en premier attaqué les femmes. Khomeiny leur a demandé de se voiler.

J’étais très jeune à l’époque mais à ce moment -là, mon corps d’enfant de sexe féminin ressentait profondément l’effroi de ces milliers de femmes iraniennes qui protestaient contre le voile et il s’alarmait à l’unisson de leur indignation.

Je ressentais cette révolte des femmes, même si je ne pouvais pas encore tout comprendre.

l faut savoir que Khomeiny a tout d’abord été contraint de revenir sur certaines de ses positions au regard des colères, des révoltes et des manifestations quotidiennes des femmes !

Il déclara d’ailleurs que « Non, l’Etat islamique n’obligerait pas les femmes à se voiler, [il] leur laisser[ait] le choix de se voiler ou pas.»

Mais quelques jours après cette déclaration de capitulation de Khomeiny, j’entendis, médusée, aux informations télévisées, Banisadr, le premier président du régime islamiste, déclarer que « si l’islam voilait les femmes, c’était parce que la science avait prouvé que des ondes capables d’exciter les hommes se cachaient dans les cheveux des femmes. Et qu’afin de s’assurer qu’hommes et femmes puissent vivre en paix dans la société et sans excitation, l’islam exigeait que des femmes qu’elles soient voilées.» !!!

Ces paroles m’ont laissée bouche bée. Tous les moyens étaient bons pour le régime pour imposer le voile aux femmes, quand il n’arrivait pas à le faire au nom de la religion, il essayait de l’imposer en utilisant cette fois des arguments soi-disant scientifiques.

Et en fin de compte, ce fût bien par des violences et par des humiliations inouïes, permanentes et constantes, que le régime islamiste réussit à contraindre les Iraniennes au voile.

Au début, par des coups, des brutalités, des insultes et des menaces, par les licenciements en masse des femmes dans les entreprises et dans les fonctions d’Etat, la retraite imposée. Puis par le viol, des violences physiques répétées, des contraventions, des arrestations et des emprisonnements, et aussi par l’imposition du voile aux salariées qui restaient ou recrutée à nouveau.

Le voilement du corps des femmes dévoile en lui-même la violence du patriarcat sur le corps des femmes. Comme pour la prostitution, la violence lui est inhérente. Cette violence, psychologique et corporelle, est dans la sexualisation des femmes.

Donc oui, cette expérience d’un régime facho-islamiste m’a donné une certaine grille de lecture du monde, qui forge mon féminisme et qui me procure, comme à beaucoup d’autres femmes, les antennes nécessaires pour détecter les stratégies d’intimidation des islamistes et pour cerner l’aberration qui consisterait à devoir tout accepter au nom de la tolérance culturelle.

D’autre part, je pense que nous n’avons pas besoin de subir une mutilation sexuelle féminine pour lutter contre, de nombreuses femmes luttent contre les extrémismes religieux et en particulier l’islamisme, sans l’avoir subi personnellement.

Au nom de la tolérance et du « relativisme culturel », au nom de la « lutte contre l’islamophobie», on nous impose même ici dans des sociétés plutôt démocratiques et plutôt libres, la peur des extrémistes religieux et l’interdiction de critiquer les religions, surtout l’islam, et nous condamne au silence au nom de blasphème.

Les islamistes et leurs alliés veulent nous faire taire en nous désignant comme «   islamophobes».

Mais en fait, j’ai peur de l’islamisme comme j’ai peur de tous les fascismes, et je ne vois pas pourquoi je devrais le cacher.

A vrai dire, j’ai plusieurs raisons qui m’ont conduite à cette intransigeance à l’égard de l’islamisme. La première par mon expérience iranienne, et l’influence du gourou Khomeiny à cause duquel les iraniennes refusant le voile étaient targuées « d’islamophobie ». Et puis dans les pays dit démocratiques, au sein desquels on ne peut critiquer librement l’islamisme.

Être radicale, c’est pour moi être radicalement contre toutes les formes du patriarcat qui invente tant de institutions (religion, mariage,…) pour piéger et opprimer les femmes. Être radicalement opposée à toutes les religions, et l’islam aussi.

 Les religions ont la particularité d’être fondées sur la misogynie, avec comme principale obsession le monopole du contrôle du corps des femmes.

 lors, si être féministe radicale, cela veut dire vouloir changer le monde, vouloir nous libérer de toutes les institutions patriarcales (religion, culture, mariage, Etat…), effectivement je suis une féministe radicale. Et je me demande même comment il serait possible d’être féministe, sans être en conséquence, radicale.

2.   Vous avez mentionné dans cette interview que « tant que les femmes et féministes adhérent à n’importe quelle fiction inventée par des mâles : race, religion, nation, culture, couleur politique… nous ne pouvons pas nous libérer ». Pourquoi cela ?

 Effectivement, en tant que femme, adhérer aux inventions des hommes, à leurs religions, à leurs cultures, à leurs concepts, revient à ne pas comprendre, nier ou oublier notre appartenance à la classe des femmes. Et donc à ne pas entamer une lutte nécessaire contre ces oppressions, ou pire se détourner de notre lutte commune. L’adhésion consciente ou inconsciente des femmes aux inventions des hommes nous coûte très cher.

Ce qui différencie l’oppression des femmes d’autres oppressions, c’est qu’elles sont liées par la force, mais aussi par la ruse, par la culture ou les religions, affectivement, économiquement et corporellement aux individus de la classe des oppresseurs.

Les femmes sont d’ailleurs les seules opprimées qui majoritairement subissent leurs oppresseurs constamment, jusque dans leur lit.

En effet, les hommes esclaves et prolétaires ont au moins la chance de ne pas avoir l’obligation de supporter corporellement et sexuellement ceux qui les exploitent et les dominent.

C’est pourquoi l’oppression des femmes, la plus ancienne des oppressions, peut bien changer de visage, de forme ou de nom, elle continuera à enchainer les femmes, si ces dernières n’adoptent pas les mesures requises pour se libérer.

Pour ne donner qu’un exemple bien connu dans l’histoire de la lutte des femmes : le droit de vote. Pendant que les femmes suffragistes luttaient pour obtenir le droit de vote, certaines femmes s’opposaient, en répétant le discours des hommes qui disaient que les « femmes seraient incapables de voter »!

Comme je l’ai déjà soutenu dans un autre écrit, il est parfois difficile et il peut être douloureux pour les femmes de prendre conscience qu’elles appartiennent à une classe qui est opprimée et méprisée incessamment.

Cela dit, nous les femmes, devons apprendre à nous débarrasser des réflexes misogynes que nous avons intériorisés. Car nous sommes tellement imprégnées par l’apartheid sexiste, que ce soit dans la famille, dans toutes les cultures et pays que  nous faisons usage de cette misogynie contre nous-même et les autres femmes, en défendant les arguments des dominants ! Peut-être est-ce parce que certaines se sentent découragées, et prennent des chemins apparemment plus faciles.

Beaucoup de femmes préfèrent alors s’accrocher à ce qui nous divise et nous sépare, au lieu de mettre en œuvre des moyens de lutte et de créer leurs propres concepts pour un monde différent.

3.    Pourtant, de nombreux courants féministes : féminisme libéral, postmoderniste, « black feminism », transnational, etc… revendiquent la différence des femmes de couleur, pour lesquelles le féminisme radical serait une invention des femmes blanches, occidentales et des classes sociales aisées. Comment expliquez-vous ce refus de se sentir « unies dans la classe des femmes » ?

Ah, nous voici au cœur du problème ! Qui est justement de diviser les femmes pour pouvoir mieux les opprimer !

Et même encore aujourd’hui, certains qui se disent de gauche, rejettent les constatations et les revendications féministes, en prétendant qu’elles seraient l’émanation de pensées « bourgeoises »…

Or, que vous soyez bourgeoise ou pas, si vous êtes une femme, il est certain que nulle part, vous ne marcherez seule et sereinement dans les rues à une certaine heure !

Et que vous soyez bourgeoise ou non, en Iran, vous serez toutes condamnée à vous voiler, c’est à dire à arborer le drapeau de votre sexualisation et votre infériorité !

Autant le dire, la première fois que j’ai entendu les médias parler contre les « valeurs occidentales », contre les « féministes occidentales » et contre les femmes « occidentalisées », c’était en Iran, en 1979 au moment où les islamistes réprimaient les manifestations des femmes contre le voile.

A l’époque, ils ont voulu faire taire les femmes en les appelant d’abord des « prostituées ». Lorsque le nombre des manifestantes a dépassé quelques milliers, ils les ont qualifiées de « royalistes », puis « d’occidentalisées », puis de « pro-occidentales » et enfin « d’islamophobes» !

Il faut savoir que pendant les années noires en Iran, soit de 1983 à 1989, les instances internationales en charge de vérifier les violations des droits humains, sous la pression de milliers d’exilé-es qui pouvaient témoigner, voulaient visiter les prisons iraniennes où étaient torturé-es et exécuté-es des milliers de femmes et d’hommes, prisonnières/ers politiques…

Mais en riposte, à cette époque, le régime créa un « droit de l’homme islamique », afin de fournir à qui veut l’illusion de l’existence de « raisons culturelles et religieuse » pouvant s’opposer aux contrôles internationaux et pouvant justifier les massacres et la barbarie du régime de Téhéran !

Ceci en opposition totale aux droits humains fondamentaux et universels, prétendument originaires  des pays occidentaux, si on en croit le régime iranien !

Alors s’il existe bien des droits de l’homme islamiste revendiqués et un peu spéciaux, c’est le cas de le dire, pourquoi ne pas pousser plus loin dans ce raisonnement cher à Téhéran et ne pas créer un concept de féminisme islamique, n’est-ce pas ?

En effet, quel ne fût pas le choc que je ressentis, d’entendre ici et en 2009, les mots étranges de « féministe blanche », à l’occasion de l’organisation d’une journée d’étude à l’université de Paris VIII portant sur les lesbiennes exilées et immigrées.

Là, dans les réunions préparatoires, j’attendais que l’on dénonce enfin la haine des communautés en exil envers les lesbiennes et leur misogynie. Mais ce ne fût pas le cas.
Au contraire, je fus confrontée à des allégations aussi extraordinaires que celles de la théorie de ces « féministes blanches occidentales » qui ne comprendraient pas les « femmes racisées » !!!

Pourtant, il y a bien eu des luttes historiques et mondiales pour la libération des femmes, menées par des féministes solidaires du monde entier ; une lutte qui a quand même porté ses fruits dans quelques domaines.

Pourquoi alors devrait-on rejeter des féministes sous prétexte qu’elles soient «  blanches » et revendiquer ce concept de « féminisme islamique » pour soi-disant affirmer notre différence ?

Être une « féministe islamique », ne serait-ce pas plutôt répéter et prendre à son compte les inventions et les doctrines des islamistes, telles celles en provenance de Téhéran et des Frères Musulmans ?!

Ma réponse à votre question est que l’oppression et la domination des hommes sur les femmes sont universelles ! Par conséquent, nos luttes doivent aussi l’être.

D’autant plus qu’aujourd’hui, c’est en grande partie grâce aussi aux femmes vivant dans des sociétés sous les lois musulmanes (où qu’elles soient dans le monde), que notre lutte féministe avance encore.

Ces femmes dénoncent en effet de la façon la plus virulente qui soit et la plus « radicale » les violences subie au nom de la religion, et elles ne revendiquent pourtant que des droits universels !

Malala, la jeune pakistanaise de 14 ans, qui a été attaqué mortellement par les islamistes en est un exemple.

Elles appellent régulièrement leurs sœurs des pays plus démocratiques à les soutenir dans leur lutte contre l’islamisme, elles rejettent cette fiction de « féministes blanches-occidentales différentes ».

Car elles savent bien que leurs luttes sont semblables à celles que les féministes occidentales ont faites, notamment la lutte contre l’oppression de la religion catholique.

4.    J’ai aussi personnellement remarqué qu’il y avait un malentendu concernant le féminisme. En observant ces courants, on a l’impression que le féminisme se concentre davantage sur les différences entre femmes, en omettant totalement la domination masculine qui en est à l’origine. Du coup, il y a une individualisation totale du féminisme, c’est peut-être ce qui explique cette émergence du féminisme dit islamique. Qu’en pensez-vous ? Et pour vous, le féminisme (radical) est-il le remède au relativisme culturel ?

 Le féminisme ne peut en aucun cas être islamique. De même que les régimes en l’Iran et l’Afghanistan prétendent être des « républiques islamiques », ne peuvent pas être des républiques.

Dans la république les peuples votent, or dans l’islamisme c’est le dieu qui par son guide-suprême (gourou) choisit les hommes qui gouvernent la société!

Le féminisme est un mouvement en lutte pour l’émancipation des femmes, n’oublions pas que l’« Islam », lui, veut dire « soumission », et qu’il implique la soumission des hommes à leur dieu et dans tous les cas la soumission des femmes aux hommes.

Comme je vous l’ai dit plus haut, le « relativisme culturel », le « relativisme des droits », la « différence des droits », ont été inventés par des islamistes et surtout par le régime islamiste de Téhéran afin de lutter contre l’émancipation des femmes et pouvoir ainsi saborder les droits humains.

Ceux qui, en occident nous font taire, ou qui font dangereusement dévier la lutte des femmes, ont la même idéologie que celles des islamistes car ils jouent le même jeu qu’eux.

Regardez en occident, les peuples ont lutté contre des diktats intégristes de leurs religions. Pourquoi alors, certains ici, au sein même des démocraties occidentales, pensent-ils que les individu-es né-es dans des sociétés sous lois musulmanes ne peuvent pas avoir les mêmes droits qu’eux-mêmes se sont arrogés et pour lesquels ils se sont battus, à savoir la dignité et la liberté de ne pas subir l’oppression d’une religion ?

Aujourd’hui, au nom de la « tolérance » et au nom du « respect des religions des autres », certaines personnes nous poussent vers un autre « relativisme », celle de l’interdiction de pouvoir de critiquer une religion et surtout l’islam !

Toute critique de l’islam est condamnée ici comme blasphème et insulte ! Clairement, il y a bien des intérêts derrière cette stratégie d’aliénation.

Certes, les islamistes ne veulent surtout pas que l’on touche à l’islam, c’est bien connu, ni qu’on le rénove, ni qu’on lui pose des limites ; vous comprenez, ces hommes doivent pouvoir continuer tranquillement à mutiler sexuellement les femmes, les brûler, les voiler, les violer et les lapider !

Pour mettre à mal tout ceci, nous devons lutter pour la liberté de critiquer toutes les religions, islam compris.

Quelle sorte de monde veulent construirent les  défenseurs du « relativisme culturel » ? Comment peuvent-ils légitimer de tels actes barbares au sein des sociétés dites démocratiques ? Le voile, les excisions, la lapidation pour adultère devraient passer à la trappe sous prétexte d’  «  exception culturelle » ?

Il ne faut en aucun cas négliger et prendre à la légère ce qui se passe au sein des pays occidentaux enclin au relativisme, car après la défense du port du voile pour les femmes, on risque d’avoir tout le reste ! Comme ce qui s’est passé en Iran.C’est cela que les islamistes cherchent à obtenir.

C’est pourquoi il ne faut pas céder aux intimidations. C’est pourquoi seulement par la lutte féministe, la pensée féministe, un féminisme constamment en mouvement, inlassablement interrogatif de tout ce que la société androcentrique et misogyne propose que nous pouvons nous libérer.

En défendant l’universalité des droit des femmes,  d’où qu’elles viennent ! Quelle que soit la couleur de leur peau ! Quel que soit la croyance de leur père et leur frère! Quelle que soit leur provenance culturelle et géographique.

L’universalité des droits des femmes !

Coup de tampon réglementariste !

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A la lecture du texte d’Alban Ketelbuters : « Reconnaître la prostitution et non l'abolir », paru dans le Monde du 23-07-2012, je constate tout d’abord que de plus en plus d’hommes  se sentent autorisés à apposer ou non,  un tampon « féminisme convenable » sur nos revendications.

Nombreux sont ceux qui, comme l’auteur, vouent  désormais un culte à Simone de Beauvoir ou à Elisabeth Badinter et pour le reste, ils décident s’il est ou non acceptable que nous menacions leurs privilèges patriarcaux.

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A lire et diffuser !